Les pièges du tournant

par · 7 janvier 2014

gouvernement ayrault janvier 2014 (2)Régulièrement ! Ce fut déjà le cas le 13 novembre 2012, la presse évoque le  tournant, le changement de cap, le nouveau cap… que sais-je encore ? Régulièrement on suggère le social-libéralisme avec un frisson d’effroi. Pourquoi ?

D’abord cela permet de dire ou de sous-entendre que la politique a échoué puisqu’on en change. Mais surtout comme il n’y a pas d’opposition crédible, la majorité concentre toutes les contradictions. Le match  vu et commenté, se concentre en son sein. Mais quel est l’objectif ?

Il s’agit de démontrer que François Hollande n’a pas les moyens de ses annonces. Il s’agit de souligner que la gauche n’a pas l’ADN de la modernisation. En fin de compte, il s’agit de convaincre le pays qu’il doit changer de majorité pour affronter les temps nouveaux. Car la gauche est rétive au social-libéralisme. Il s’agit aussi de décrédibiliser  le Président Hollande.

La gauche est depuis longtemps convaincue que la France accumule des retards. Et ce n’est pas être de gauche qu’être conservateur. J’avais fait de la question du retard français et de l’urgence de la modernisation, la colonne vertébrale de ma profession de foi pour ma candidature au poste de Premier secrétaire publiée par Le Monde en septembre 2011. Le débat porte moins sur le but que sur les moyens, car la France a des problèmes d’offre et de demande.  Dans une conjoncture lente de sortie de crise où une rechute est possible, il faut  marcher sur ses deux pieds.

Dans le même temps si on veut encore se réclamer de la gauche, on ne peut réduire la politique à un économisme faisant l’impasse sur l’injustice sociale et la précarité.  D’ailleurs, j’observe que les « budgétivores » de droite et de gauche stigmatisant la dépense publique sont fort modérés lorsqu’il s’agit de trancher dans le lard. Il faut toujours sanctuariser  la défense, la santé, l’Education nationale, la sécurité etc. Bref François Hollande connaissant ses classiques et les postures, il veut bien dépenser moins pour investir plus. Mais pas au risque d’une aventure budgétaire ou d’une crise sociale.

Et voilà ! Cela  permettra à ceux qui parlent de tournant de déplorer qu’il n’y en a point ou pas assez. CQFD.  C’est ce que Pierre Bourdieu appelle une « imposition de problématique », on crée un problème qui n’en est pas un pour mieux imposer ce qu’on pense.

Ajoutons un dernier piège électoral à cela. Il s’agit de créer le trouble dans l’électorat socialiste. Ce dernier s’interroge sur la capacité à défendre notre modèle même modernisé. Alors en introduisant le poison social-libéral, on l’incline à s’abstenir aux élections municipales. Quand on sait que tout se joue sur le niveau de l’abstention, on comprend l’objet de  la manœuvre.

Les commentaires1 Commentaire

  1. poilàgratter dit :

    La Droite désunie n’est plus capable de faire des propositions pour lutter contre le chômage.
    La Droite ne peut donc qu’attaquer à tort et à travers la Gauche,même lorsque les mesures proposées sont approuvées par son électorat.
    La lutte contre l’abstention recoupe la lutte contre le découragement des électeurs :
    – on les fait rêver, ils vous le reprochent car ils sont déçus de la réalité
    – on est réaliste, ils baissent les bras et se désengagent et suivent les bonimenteurs d’extrême droite ou de gauche et leurs rêves fous
    et dire que malgré cela, les politiques n’hésitent pas à cumuler les mandats !!!