Interview dans Le Figaro: « L’UMP est prise en étau entre Jean-Pierre Raffarin et Marine Le Pen »

par · 4 février 2014

logofigaroLe Figaro a publié une interview que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

INTERVIEW- Jean-Christophe Cambadélis, concepteur de la gauche plurielle à l’époque du gouvernement Jospin, décrypte les difficultés actuelles de l’opposition.

Jean-Christophe Cambadélis est un homme politique français. Il fut président de l’Union nationale des étudiants de France – Indépendante et démocratique (UNEF-ID) dans les années 1970 et 1980, puis député socialiste de Paris de 1988 à 1993, puis de 1997 à aujourd’hui.


En tant que principal théoricien de la gauche plurielle, vous avez contribué à redéfinir le logiciel politique du PS. Quel regard portez-vous sur le camp adverse? Alors que l’UMP peine à se reconstruire après la défaite de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle, comment analysez-vous le positionnement idéologique de la droite actuelle?

Jean-Christophe Cambadélis: Aujourd’hui, la droite, empêtrée dans la posture de gardien du «temple Sarkozy», n’a plus de stratégie et pas ou peu d’idées nouvelles. Sa conception du monde est datée. La cohabitation entre un gaullisme éculé et un libéralisme échevelé ne fait pas une identité, d’autant plus que sur le terrain, les élus hésitent entre les thèmes mis à la mode par le FN et leur réprobation. Pour résumer, sans idées, sans chef, sans stratégie, c’est la droite sans intérêt!

Certains ténors du PS s’inquiète de la droitisation de l’UMP. Partagez-vous cette inquiétude? Pourquoi?

Le mal est fait et les dégâts sont considérables. La droite sarkozyste a perdu son âme sans gagner l’élection présidentielle. C’est un scénario dangereux, non seulement parce qu’il a ouvert la porte au FN, mais aussi parce que l’UMP n’est plus une force d’équilibre dans la République. L’UMP qui devait rassembler toute la droite est prise en étau entre un courant frontiste et un courant centriste incarné aussi bien par l’UDI qu’en interne par certains cadres de l’UMP, comme Alain Juppé ou François Baroin.

Dans ce contexte, la droite républicaine a-t-elle vocation à gouverner avec le FN?

Ce sera à elle de répondre à cette question. Néanmoins, on peut noter que Nicolas Sarkozy est déjà sur le retour. La jeune génération de l’UMP n’a pas su être l’alternative. Il n’est pas certain que Sarkozy emprunte la voie qui fut la sienne lors de la dernière présidentielle. Il est probable qu’il cherchera à surgir comme l’ «l’homme providentiel» au centre de l’échiquier politique plutôt qu’apparaître comme le stratège de l’union des droites et de l’extrême droite, ce qui le condamnerait. Voilà qui va contrarier la Droite forte dans l’UMP qu’il a contribué à fonder.

Dans les années 70-80, le RPR tenait déjà des positions très à droite, notamment en matière d’immigration et d’intégration. Plus qu’à un phénomène de droitisation, n’assiste-ton pas tout simplement à la renaissance d’une droite qui s’assume?

Dans les années 70-80, le RPR regroupait toutes les droites contre les «socialo-communistes» à l’exception notable de l’UDF qui avait gagné l’élection présidentielle avec Valéry Giscard d’Estaing. Aujourd’hui, nous sommes dans une logique de tripartisme ou l’un des partis est d’extrême droite.

Le positionnement de la gauche de gouvernement, plus particulièrement encore depuis le virage social-démocrate de François Hollande n’oblige-t-il pas la droite à se radicaliser?

La droite hésite entre deux stratégies: aller plus à droite, comme le préconise Jean-François Copé, quitte à se marginaliser ou se recentrer, avec Allain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin, mais surtout l’UDI, quitte à paraître adouber les socialistes comme sur le pacte de responsabilité de François Hollande. La vision exclusivement électoraliste et tactique des dirigeants de l’UMP ces dernières années la disloque aujourd’hui.

On constate néanmoins de véritables fractures idéologiques au sein de la droite. D’ailleurs, l’UMP s’organise désormais en courants. Dans son mode d’organisation la droite se rapproche-t-elle finalement du PS?

Depuis François Mitterrand jusqu’à François Hollande en passant par Lionel Jospin et Martine Aubry, il y a toujours eu une colonne vertébrale à gauche pour faire la synthèse des différentes sensibilités. La colonne vertébrale de l’UMP s’est brisée lors de son dernier congrès et pour l’instant, personne à l’UMP n’est capable de faire la synthèse.

Quelle peut-être l’influence d’un mouvement comme la Manif pour tous sur la droite? Finalement est-ce l’UMP qui se radicalise ou la société française qui se droitise?

Une forme de «street party», où la radicalisation se fait par les manifestations, se développe à droite. Mais les manifestations ne sont pas la base électorale des partis politiques. Dans les années 70 et au début des années 80, l’extrême gauche était puissante dans la rue. François Mitterrand a toujours pris soin de se délimiter d’elle.