Mon interview au JDD.fr: « Jamais un gouvernement impopulaire n’a gagné les élections intermédiaires »

par · 4 février 2014

JDD 04022014Vous pouvez retrouver l’interview sur le site du JDD.fr en cliquant ici.

 

INTERVIEW – Alors que le PS vient juste de lancer sa campagne pour les Européennes, samedi à la Mutualité, Jean-Christophe Cambadélis, directeur de cette campagne, revient sur les enjeux du scrutin. Et évoque aussi les municipales avec un discours nettement moins optimiste que celui d’Harlem Désir.

Faites-vous partie de ceux qui à gauche regrettent le recul sur la loi Famille?
Nous sommes dans la grossesse nerveuse. On veut voir dans l’abandon du projet de loi Famille, une reculade du gouvernement. Mais sur quoi? La PMA et la GPA n’étaient pas, avant la manifestation de la droite catholique, dans la loi. C’est typique de notre débat national qui s’enflamme sur des symboles et des rumeurs.  Les choses sont claires : notre priorité c’est la croissance. Les problèmes de société seront traités mais en temps et en heure. Ils ne peuvent se substituer à l’urgence du moment : remettre sur pied le pays.

Pour les municipales, le PS ne cesse de répéter qu’il craint l’abstention. Le pacte de responsabilité et le recul sur la loi famille et la PMA vont-ils aider les socialistes à se mobiliser?
Les élections municipales sont des élections locales. Hors, le bilan des socialistes dans les municipalités est excellent. Les Français comprennent parfaitement que l’attention du gouvernement doit porter avant tout sur le redressement économique et social de la France.

«Les problèmes de société seront traités mais en temps et en heure.»

Harlem Désir évoque des municipales de « conquêtes ». Partagez-vous un tel enthousiasme?
C’est évidemment un discours de mobilisation mais nous savons que la situation sera difficile. Jamais un gouvernement impopulaire n’a gagné les élections intermédiaires sous la Ve République. Il faut donc se mobiliser. Nous aurons des gains et des pertes. La partie sera rude. Si deux tiers des Français voteront sur des enjeux locaux, un tiers des Français le fera à partir des évènements nationaux et de leur lecture de la politique gouvernementale. On peut craindre un abstentionnisme de masse, surtout à gauche.

Vous parlez aussi de scénario gris et de scénario noir…
Vous avez un scénario noir qui serait une défaite des socialistes sans gains significatifs aux municipales et aux européennes. Un scénario gris serait une absence de vague bleue, pas de vague noire – c’est-à-dire pas de vague Front national -, pas de vague rouge, mais des pertes et des gains et au final une confirmation pour les socialistes des positions acquises depuis de nombreux scrutins. Ce scénario est le plus probable mais il dépendra de l’abstention au premier tour.

S’agissant des élections européennes, on a l’impression que les socialistes prônent la relance en Europe et la rigueur en France. N’est-ce pas contradictoire?
Pas du tout. On ne peut  pas s’en sortir uniquement avec une politique rigoureuse en France. Cette politique est supportée difficilement par les Français. Cela se fait dans la douleur avec un peuple qui souffre. Donc c’est maintenant à l’Europe de faire sa part du travail avec une relance économique. Lors des  prochaines élections, il y a la possibilité d’une majorité progressiste emmenée par Martin Schulz. Pour la première fois, c’est cette majorité d’eurodéputés  qui pourra désigner son candidat à la tête de la Commission.

«L’électorat de Marine Le Pen ne se déplace pas aux élections européennes.»

Quel est l’objectif du PS pour ces élections. Être devant le FN?
Il est simple : faire plus que la dernière fois où nous avions 14 députés et faire en sorte que les sociaux-démocrates en Europe arrivent en tête. Aujourd’hui, Marine Le Pen fanfaronne sur les sondages mais chacun sait que son électorat ne se déplace pas aux élections européennes.

Êtes-vous favorable à une grande manifestation de gauche contre l’extrémisme de droite?
Nous ne sommes pas dans les années trente. S’il y a des résurgences fascistes, ils n’ont pas l’organisation et la puissance des ligues entre les deux guerres. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne soit pas nécessaire de les combattre.  Cela peut se faire par des manifestations mais pour cela il faut qu’elles soient d’ampleur, qu’elles réunissent toutes les gauches, et défendent la République. Ce n’est pas au Parti socialiste de l’organiser.

Samedi, Edouard Martin a clairement critiqué le pacte de responsabilité, disant qu’il fallait en faire plus pour la demande et moins pour l’offre. Le PS peut-il avoir sa tête de liste la plus emblématique qui critique l’action gouvernementale?
Ce n’est pas un problème, c’est sa position. Il défend encore la position de la CFDT. Ce n’est pas un militant socialiste. C’est un militant de la réorientation européenne  qui défendra le moment venu  le programme qui sera celui de tous.

Après cette séquence électorale, est-ce un nouveau temps du quinquennat qui doit s’ouvrir?
Ce temps nouveau a commencé le 31 décembre et le 14 janvier. Le président de la République a accéléré sa politique. Mais il n’est pas impossible qu’il y ait un temps nouveau au Parti socialiste.

Arthur Nazaret – Le Journal du Dimanche

mardi 04 février 2014