Mon interview à Sud Ouest: Cacophonie à gauche : Cambadélis veut le « silence dans les rangs »

par · 7 février 2014

 

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Sud Ouest.fr a publié aujourd’hui une interview que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

A six semaines des municipales, Jean-Christophe Cambadélis demande aux députés PS de ne pas se tromper de priorité. L’urgence reste la croissance

Dire que Jean-Christophe Cambadélis, le député PS de Paris, n’a pas apprécié les développements politiques qui ont accompagné, à gauche comme à droite, le retrait de la loi famille est un doux euphémisme. Comme il l’a expliqué à Sudouest.fr ce vendredi, le pacte de responsabilité aux entreprises doit rester la priorité. Et ce d’autant plus qu’il redoute d’ores et déjà que le patronat ne se défausse. Interview.

Sud Ouest. La volte face du gouvernement sur la loi famille vous a laissé un goût amer. Vous parlez même de « Shadok time »…

Jean-Christophe Cambadélis. Ma colère s’adresse à l’ensemble de la classe politique. La situation est ubuesque. On manifeste contre la PMA et la GPA alors que ces deux dispositions ne se trouvent pas dans le texte famille. Celui-ci est repoussé et la gauche hurle à la capitulation sur la PMA, tandis que l’UMP crie victoire alors qu’elle n’a pas participé à la manifestation. Vous avouerez que c’est incompréhensible.

Certains députés de gauche veulent toujours déposer des amendements sur cette loi famille. À six semaines des municipales, cela vous inquiète-il d’entendre des socialistes être prêts à ferrailler contre le gouvernement ?

Absolument. J’appelle certains de mes camarades à la responsabilité. Ils savaient que dans la loi famille il n’y avait pas de PMA. Dès lors, ils ne peuvent estimer qu’il y a recul sur le sujet parce qu’on repousse ce texte. Franchement ! La France traverse une épreuve majeure. Elle a besoin de visibilité, d’efficacité et donc d’unité. Alors, à partir de maintenant jusqu’en juin, c’est silence dans les rangs, on fera les comptes après.

La gauche doit-elle réagir aux manifestations des 26 janvier et 1er février ? Ne serait-ce pas au PS de se mobiliser sur ce point ?

Je ne pense pas que ce soit au Parti socialiste de porter seul la mobilisation contre les ennemis de la République. C’est à l’ensemble des républicains et des démocrates de proposer une manifestation à laquelle le PS pourra souscrire. Car si le PS le fait aujourd’hui, au mieux on parlera de récupération et au pire, on ne voudra pas apparaître comme le soutenant à la veille des municipales.

Cette cacophonie sur la loi famille n’illustre-t-elle pas la difficulté du gouvernement à tenir un cap ?

Mais le fait de reporter le texte famille a précisément été fait pour donner la priorité au pacte de responsabilité. C’était pour éviter que la France ne s’embrase – à tort – sur un sujet qui défraye la chronique depuis un an. Et surtout pour maintenir au centre du débat français la croissance et la lutte contre le chômage. La France traverse une période troublée et il ne faut pas ajouter du trouble au trouble.

 

Avec ce nouveau couac, le pacte de responsabilité a disparu des écrans radars. N’est ce pas ça le plus inquiétant ?

On ne peut pas dire que le pacte de responsabilité est le grand perdant, puisque les négociations n’ont pas encore débuté. Mais il y a des indices inquiétants. On voit le MEDEF abandonner progressivement ce qu’il avait dit : à savoir qu’avec des allègements de charge, il pourrait créer un million d’emplois. Monsieur Gattaz avait un badge à sa boutonnière qui rappelait cela. On a l’impression que le MEDEF veut prendre son gain avec les allègements de charge sur les cotisations familiales, mais se refuse à indiquer quels seraient ses investissements en contrepartie. A partir de là les syndicats ne voient pas comment ils peuvent participer à ce faux dialogue social. Ça devient inquiétant.
François Hollande doit-il de nouveau faire pression sur le MEDEF ?

Jean-Marc Ayrault a écrit aux partenaires sociaux pour leur demander d’engager promptement ces négociations. Il faut faire pression sur les uns et les autres. Le pays ne peut attendre. Il y a urgence, non seulement pour redresser notre économie mais il y a urgence pour la croissance, l’emploi et la compétitivité. On ne peut jouer avec les difficultés épouvantables de la France. Le MEDEF doit s’engager à investir puisque l’État s’est engagé de son côté. Messieurs du MEDEF, c’est à vous de jouer, la France vous regarde.