Lettre à Nicolas Sarkozy

par · 21 mars 2014

Nicolas Sarkozy3Monsieur l’ancien président je vous écris une lettre que vous lirez peut-être si vous en avez le temps.

Il me semblait indispensable devant tant d’accusations ou d’enquêtes sur vous et vos proches que vous vous adressiez aux Français.

Vous avez décidé pour votre première sortie, non pas de vous expliquer mais de contre-attaquer. Très bien ! Je ne sais si vous avez « pété les plombs » comme le dit votre ami Bernard Tapie, mais vous avez décidé une contre-attaque non sur les faits, mais l’effet. A l’évidence les révélations de Médiapart vous contraignent à vous défendre par une attaque.

Vous nous demandez d’oublier votre cas personnel, mais c’est vous qui écrivez aux Français, comment pourrait-on l’oublier ? Il est peu probable que vous ayez publié cette lettre pour qu’on vous oublie.

Toute la logique de votre philippique est une atteinte contre l’État de droit, les révélations d’une enquête dont vous suggérez que le pouvoir s’est rendu complice. Ce faisant n’apportant aucune preuve à vos allégations, vous appliquez les méthodes que vous prétendez contester.

Vous n’avez jamais fait beaucoup cas des journalistes. Un de vos ministres les aurait écoutés. Évidemment vous n’en étiez pas informé. Mais là n’est pas l’essentiel.

Vous refusez qu’on vous écoute. Il est vrai qu’après l’affaire Buisson cela fait beaucoup. Vous semblez découvrir une pratique qui avait déjà cours sous votre quinquennat. Vous le saviez car sinon vous n’auriez pas utilisé un nom d’emprunt pour cacher vos discussions. Vous avouez, au détour d’une phrase, que votre avocat a demandé conseil à un haut magistrat de la Cour de cassation. Ce qui n’est pas la version de votre avocat le matin même.

Devant tant d’infamie vous dites en pleurer. On ne vous connaissait pas cette fragilité. Il est vrai qu’écouter un adversaire politique en vue de l’abattre n’est pas très glorieux. Mais il ne s’agit pas du pouvoir mais de décisions de justice. Il est loin le temps où celle-ci était aux ordres du pouvoir. Mais si vous avez un précédent sous votre quinquennat, n’hésitez pas à étayer votre suspicion.

Vous mettez en cause le Gouvernement, les juges, et une certaine presse. Vous seriez la victime d’un acharnement. Vous seriez l’objet d’un complot.

Comme tout citoyen vous avez le droit à la présomption d’innocence. Vous le criez de toutes vos forces. Et on ne saurait vous le reprocher.

Mais pourquoi ne pas appliquer ce principe, qui vous semble cher, à ceux que vous accusez ? Pourquoi deux poids deux mesures ? Vous estimez immonde que la justice écoute sur la base d’un réquisitoire supplétif que personne ne s’aventure à contester en droit. Mais vous n’avez pas une phrase, pas un mot, pour Patrick Buisson qui a enregistré votre femme.

Vous vous emportez contre l’abaissement des libertés en France. Mais dans un État de droit vous avez toutes les possibilités de recours contre d’éventuelles fautes de procédure. Vous vous étonnez de la date de ces révélations. Mais qui est responsable des fuites de l’affaire Copé aux journaux ? Qui est responsable des révélations de l’affaire Buisson, si ce n’est votre camp ?

Vous vous étonnez que le Président de la République reçoive des journalistes. Il est vrai que vous n’entretenez pas les meilleurs rapports avec eux et avec les magistrats.

Vous omettez de dire que la rencontre a eu lieu après l’écriture du papier vous mettant en cause. Ce stratagème est-il digne d’un homme s’adressant à l’honneur de la France ?

Vous indiquez que si Monsieur Kadhafi avait des informations vous mettant en cause, il les aurait utilisées alors que vous étiez à la tête de la coalition contre lui. L’argument semble de bon sens. Mais précisément le fils de Kadhafi, Seif Al-Islam, le fit lors d’une conférence de presse juste avant la résolution du Conseil de sécurité permettant de bombarder les troupes de Kadhafi pour sauver Benghazi. Pour autant les accusations du clan Kadhafi ne peuvent servir ni d’accusation, ni de dénégation.

Enfin vous terminez votre pamphlet par une assertion qui restera dans les annales de la polémique publique en comparant la justice et la police à la Stasi.

Je ne pense que ce soit seulement une insulte aux institutions. C’est une insoutenable légèreté vis-à-vis de ceux qui ont été écoutés, emprisonnés, questionnés, voire torturés pour un aveu synonyme de prison. On ne peut, même le dos au mur, pour se défendre, se draper dans l’horreur. Tout l’art de la politique est la capacité à distinguer.

Défendez-vous Monsieur l’ancien président ! Vous en avez le droit et les moyens, mais ne nous entraînez pas dans un pugilat où la politique perd son honneur, la France son Etat de droit, et la justice la confiance. En abîmant tout cela vous ne rendez service ni à la France, ni à vos amis, ni à vous-même.

 

Les commentaires4 Commentaires

  1. Bernie dit :

    Avec respect et concision.
    Merci JC

  2. JOUSSET dit :

    Très bien dit et argumenté!

  3. Anthony dit :

    Parfait !