« La méthode du PCF et de Maurice Thorez »: Mon interview à l’Humanité.fr

par · 28 mars 2014

JCC humanité Europe

Le site Humanité.fr publie aujourd’hui une interview que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national du Parti Socialiste répond aux questions de l’Humanité Europe sur les changements dont l’Europe a besoin et sur la politique du gouvernement français.

Humanité Europe. Le Parti socialiste vient de lancer sa campagne des élections européennes ( https://www.choisirnotreeurope.fr/) dans un contexte marqué en France par le pacte de responsabilité et la recherche de 50 milliards d’économies dans les dépenses publiques. Par ailleurs, l’Allemagne vient d’annoncer la création d’un salaire minimum national. L’Angleterre parle d’augmenter le sien de 11 %. Barack Obama centre son discours sur l’état de l’Union sur la revalorisation des bas salaires. N’est-il pas temps pour la France et l’Europe de sortir de l’austérité pour retrouver la croissance et l’emploi?

Jean-Christophe Cambadélis. Nous ne sommes pas dans l’austérité en France mais dans la lutte pour réduire le déficit et pour la reconquête productive. Les autres pays ont à créer ou augmenter le SMIC mais en France il est là. Mais vous avez raison, la décision du gouvernement de coalition en Allemagne de reprendre la mesure phare du SPD (social-démocrate) sur le SMIC est très importante. D’abord pour l’Allemagne, ensuite pour les Européens car la relance en Allemagne aura quelques conséquences pour les autres pays. Ensuite, cela ouvre la voie à un SMIC européen et à une harmonisation sociale hautement souhaitable comme nous l’avons toujours demandé.

HE. Les grands mouvements de 2008-2009 qui ont vu des millions de personnes défiler dans les rues et les huit grandes organisations syndicales françaises signer une plateforme commune avec des propositions pour combattre la crise financière ont sans doute favorisé l’élection de François Hollande trois ans plus tard. L’absence de perspective politique à gauche aujourd’hui n’explique t-elle pas l’atonie actuelle, voire une certaine désespérance sociale qui s’exprime? Comment en sortir?

J.-C. C. Les manifestations contre l’austérité pèsent toujours et les réalités budgétaires aussi. Il faut répondre à la demande des peuples qui veulent la fin de la récession et de la politique européenne « austéritaire ». Nous le faisons en nous battant pied à pied contre le chômage, pour la croissance. Mais nous le faisons sous contrainte des déficits laissés par nos prédécesseurs. La France se redresse, c’est incontestable, mais moins vite que les Français et nous le souhaitons. Il y a des impatiences, des colères que nous comprenons. Mais c’est le chemin le plus court et le plus fiable pour sortir de la crise. Demander un compromis entre les salariés et le patronat, un donnant-donnant pour relancer le pays. N’était-ce pas la méthode soutenue par le PCF de Maurice Thorez au sortir de la guerre dans le premier gouvernement du général de Gaulle? Eh bien, nous faisons la même chose.

HE. Dans son document déclinant quatorze priorités pour réorienter l’Europe, le Parti socialiste déclare dans le même mouvement: « L’Europe a besoin de croissance, pas d’austérité. Nous demandons un calendrier étendu, crédible et réaliste de réduction des déficits publics…» Où allez-vous chercher l’argent de la croissance?

J.-C. C. La question des Européens, c’est: « quelle majorité pour quelle Europe? » et « quel candidat européen pour la présidence de la Commission européenne? » Nous voulons battre la droite sortante, dont le bilan est catastrophique. Nous appelons les Européens à « choisir notre Europe  ». Une Europe qui protège, qui soit performante mais qui progresse. Nous voulons une Europe plus simple, plus solidaire, avec davantage de cohésion. Le Manifesto adopté ce week-end par les 28 partis sociaux-démocrates d’Europe est une claire rupture avec ce qui se fait en Europe depuis plus de dix ans. Alors, où trouver l’argent? D’abord dans le fonds européen, ensuite dans la taxation des transactions financières, enfin dans les euro-projets, c’est-à-dire l’emprunt pour des projets concrets de croissance car l’Europe, elle, n’est pas endettée.

Entretien réalisé par Marc Berrus