Discours devant le Conseil national du Parti socialiste – Mardi 15 avril 2014

par · 15 avril 2014

Vous pouvez retrouver ci-dessous l’intégralité du discours de Jean-Christophe Cambadélis devant le Conseil national du Parti socialiste du mardi 15 avril 2014

 

Discours de Jean-Christophe Cambadélis

Mardi 15 avril 2014

Conseil National du PS

Salle Victor Hugo

101 rue de l’Université 75007 Paris

 

Cher(e)s  ami(e)s, cher(e)s camarades,

 

Je ne suis pas adepte du bouc-émissaire ni de la chasse à cours médiatique, permettez-moi de commencer par souhaiter bonne chance à Harlem dont tout le monde connaît la passion pour l’Europe.

Il sera utile au gouvernement qui aura à porter à Bruxelles notre exigence de changer de cap.

 

Cher(e)s  ami(e)s, cher(e)s camarades,

 

De quoi s’agit-il ? De succéder à Harlem Désir et de prendre la mesure du choc du 30 mars pour y remédier.

De quoi s’agit-il ? D’un congrès ? Il a eu lieu à Toulouse.

En préparer un nouveau dans l’urgence ? Il aura lieu dans un an après les élections régionales.

Non, il s’agit de respecter nos statuts, élire un nouveau Premier secrétaire qui est nécessairement provisoire, une direction qui le sera tout autant et de fixer une feuille de route pour les mois à venir soumise aux adhérents.

Il s’agit de redonner la parole aux militants, non en l’encadrant par le jeu classique des courants, mais par une véritable expression directe des adhérents.

Avant de vous proposer une feuille de route je voudrais revenir sur le contexte politique.

En ce jour, l’enjeu pour le Parti socialiste, c’est la glissade ou le renouveau, la dispersion ou le sursaut.

La défaite aux élections municipales n’est pas anecdotique. Elle a touché les fondations du socialisme municipal qui fut bâtit pas à pas depuis 1905, et plus particulièrement pour nous depuis 1977.  Elle touche notre parti.  Et je voudrais faire un signe amical à tous ceux qui ne demandaient rien et qui viennent de se trouver sans rien.

Si je suis élu, une mission sera constituée pour mesurer les dégâts, et aider ceux qui ont été mis à terre.

Pour cela il faudra aller dans les fédérations et j’irai ! Je veux rencontrer les battus, les militants, notre encadrement.

Cette lourde et triste défaite, tout le monde en connaît les éléments électoraux.

D’abord la fracture civique qui, élections après élections, se propage. Nos compatriotes sont de plus en plus sceptiques sur les pouvoirs du politique. Ils doutent tout autant que la gauche puisse appliquer son dessein de justice.

A cet abstentionnisme s’est ajouté le retrait de notre électorat. Certes, il n’y a pas eu un mouvement massif sur une autre offre politique. Même s’il y a eu des exceptions. Il y  a eu une grève électorale. Une partie de notre base a exercé un refus de vote.

Notre obsession : faire baisser le chômage qui mine le lien social n’a pas marqué les esprits.

Nos marqueurs de gauche : la réforme des retraites avec la prise en compte de la pénibilité, comme celle du marché du travail, la sécurisation des parcours professionnels, l’accord sur la formation professionnelle, le combat acharné pour le redressement productif, la banque d’investissement, les avancées sur les questions de société comme le mariage pour tous… rien n’y a fait !

Nos efforts d’assainissement de la montagne de dettes laissée par la droite, la volonté de dépenser mieux pour investir plus, créer plus de richesses et retrouver le sens de la justice, tout a été enseveli, saccagé par un sentiment. La gauche au pouvoir n’a pas mis le peuple de gauche au cœur de ses préoccupations.

Ils ont estimé que nous n’étions pas assez justes, efficaces, cohérents.  C’est totalement injuste mais c’est ainsi !

Pourquoi ? Parce que nous sommes dans une crise des ciseaux, entre l’urgence de la lutte contre les déficits et les urgences sociales.

Nous courons de l’un à l’autre, rattrapés par les uns et interpellés par les autres. Et pourtant il faut bien faire les deux. La lutte contre la dette parce qu’elle affaiblit la puissance publique et son action. Et ne jamais perdre de vue que nous travaillons pour ceux qui gagnent peu et vivent de peu. Et s’ils ne s’y retrouvent pas, ils ne nous retrouvent pas.

Le peuple de gauche comprend que nous sommes dans un moment économique où tout n’est pas possible. Il comprend qu’il faut bouger mais il attend du sens, un horizon de sortie de crise.

La réforme a un but : la modernisation de la justice sociale, pour rendre efficace notre lutte contre les inégalités ici et maintenant. Il y a un discours propre au Parti socialiste qui ne saurait se réduire à porter la parole du gouvernement qu’il défend.

Pour terminer rapidement, je voudrais souligner un aspect qui n’a pas été assez étudié. La politique c’est de la sémantique et la sémantique ce n’est pas nécessairement un jargon technique.

La technique doit aider à faire, elle ne doit pas remplacer le dire.

Franchement nous avons accentué le sentiment de « l’entre nous » ! Qu’est-ce que pouvait bien dire à nos électeurs la polémique sur la politique de l’offre et celle de la demande ? Ou même, et nous l’avons tous fait, répété, « baisse de la hausse» ? Sans oublier « les coûts salariaux ». Même les grands partis politiques peuvent mourir de l’entre soi. C’est le mal qui nous guette « la sclérose en plaque technocratique ».

Comme le disait Jean Jaurès, la complexité du monde doit être exprimée dans un langage clair.

Il y a là tout un travail à faire.

Il faudra aussi préciser notre doctrine vis-à-vis d’une droite en pire. La frontière entre la droite extrémisée et l’extrême-droite s’est dissoute dans les urnes, dans une haine de la gauche et le déni de sa légitimité à gouverner que nous avons sous-estimés. Comme il faudra préciser notre analyse du Front national.

Nous devons constater que nos arguments ne portent pas, même si, et c’est heureux, ils mobilisent toujours la gauche.

Le résultat est là ! Plus de 160 villes de plus de 10 000 habitants, des petites villes, des chefs-lieux de canton, des fédérations exsangues, des élus au tapis, des militants entre désarrois et colère.

C’est un revers majeur pour le socialisme municipal, même si notre parti reste debout, implanté et de loin une grande formation politique.

En Conseil National, entre deux congrès, nous sommes le Parlement du parti. Nous devons juguler la crise et ne pas transformer le PS en bateau ivre.

Un débat sur la ligne ? Très bien ! Mais dans l’ordre et maîtrisé. Il ne s’agit pas d’étouffer le débat mais déboucher, progresser, réussir.

Entendons-nous bien, dire qu’il faut aller plus vite ici ou plus loin là, ce n’est pas pour moi une réserve vis-à-vis du gouvernement, c’est plutôt une réserve d’énergie pour avancer.

Dire que la confiance et l’exigence c’est le double devoir du Parti socialiste, ce n’est pas refuser le débat c’est le permettre. C’est sur cette ligne de crête qu’il faut avancer.

La direction doit se tourner vers les militants, les adhérents. Nos militants, nos adhérents doivent participer, délibérer, représenter, donner forme aux revendications politiques émergentes.

 

Cher(e)s  ami(e)s, cher(e)s camarades,

 

La feuille de route c’est le Renouveau, la reconquête de l’opinion.

La feuille de route c’est 3 « R » : Reformuler notre socialisme, Rénover notre organisation, Rassembler la gauche.  Au travail !

Cette feuille de route sera perfectible par les Premiers fédéraux, le Bureau national, le Conseil national et enfin bien sûr les militants, les adhérents seront consultés sur toutes les décisions de la journée.

Le premier acte ce sera les élections européennes, l’enjeu est continental, pas seulement national – le vote des militants sera respecté en Ile-de-France et Pervenche Bérès sera notre tête de liste – Mais au-delà quel est l’enjeu ?

Il faut une majorité au Parlement Européen pour un Président de la Commission responsable devant cette majorité.  Il faut imposer notre débat : « l’austérité de Bruxelles est une erreur, imposons par notre vote une nouvelle croissance ».

On ne peut pas obtenir la croissance décisive en France si on ne l’impose pas en Europe.

La majorité pour les socialistes européens au Parlement Européen est à portée de main. Ce qui veut dire que la rupture avec le libéralisme de Bruxelles appliquant avec dogmatisme les critères de déficit construit avant la crise et refusant une vraie croissance sera facilitée.

Je sais que le pronostic des sondeurs n’est pas en notre faveur. Mais les sondeurs se sont tellement trompés. Nous pouvons les faire mentir car nous sommes tout à la fois le vote sanction et la solution face à la droite conservatrice du PPE.

Jeudi, Martin Schulz, le candidat des 28 partis sociaux-démocrates Européens, lancera à Paris sa campagne européenne par un meeting et une conférence de presse retransmis dans toute l’Europe. Dans nos euros circonscriptions les candidats sont déjà au travail et je veux les saluer.

 

Le deuxième acte sera un « vrai » Conseil national pour débattre. Il se tiendra un samedi et pas un mardi.

Je proposerai au Premier ministre de venir échanger avec nous. Il a reçu la confiance de la majorité des députés du groupe et le pays est séduit par ses premiers pas. Il faut s’en réjouir, être utile au succès dans une confiance exigeante.

Je vous proposerai à cette occasion un rendez-vous annuel où notre Conseil national se transformera en « conférence militante » où nous discuterons, en dehors de tout enjeu de pouvoir, sur notre orientation politique.

 

Le troisième acte, nous lancerons la feuille de route auprès des militants.

D’abord Reformuler notre projet socialiste par des Etats généraux des socialistes. C’est une démarche de dialogue, de réflexion dans notre parti à partir de ce que nous a  dit le peuple de gauche dans les porte-à-porte. Lors de ces états généraux nous adopterons une adresse aux Français qui reformulera ainsi concrètement notre socialisme.

Ce mouvement sera initié à « La Rochelle », c’est notre université d’été qui lancera le renouveau.

 

L’acte quatre portera sur notre réflexion. Je vous propose de travailler à trois rendez-vous.

Le premier portera sur la fracture territoriale et les moyens de la surmonter. Il s’inscrira dans la préparation des élections régionales.

Le deuxième portera sur l’entreprise. Et enfin le troisième sur la « culture » au sens large du terme. Qu’est-ce que pour les socialistes l’exception culturelle française, en termes de création, de transmission, de diffusion des savoirs ?

Dans le même temps nous lancerons l’Université Permanente sur la transition écologique.

 

Le cinquième acte de la feuille de route portera sur la Rénovation de notre organisation. Il faut modifier profondément nos modes de gouvernance.

Si vous m’élisez, un secrétariat provisoire de 30 membres sera mis en place jusqu’au prochain congrès.  Chacun aura évidemment un domaine de compétence, mais chaque membre sera responsable devant la direction de tout ou partie d’un territoire pour le reconstruire, ou le construire. Ceci se fera en toute transparence et les militants au-delà de leurs responsables locaux sauront à qui s’adresser.

Il faudra que notre formation ajoute une corde à son arc militant, au côté des distributions de tracts, des porte-à-porte, c’est l’utilisation des réseaux sociaux. Nous allons investir fortement en ce domaine. Nous ferons un effort primordial sur la formation des militants et des cadres.

Le Conseil national retrouvera un rythme régulier et nos débats seront publiés, ainsi que les présents à nos réunions.

 

L’acte six de la feuille de route portera sur le rassemblement de la gauche et des écologistes. La division de la gauche est doublement fatale.  Electoralement bien sûr, mais aussi dans la conduite du changement.

La division des gauches et des écologistes permet à la droite d’exercer une domination idéologique qui mine nos combats et conduit aux défaites électorales.

Les municipales ont révélé l’affaissement du désistement républicain dans toutes les formations politiques. Il faut à nouveau se parler pour converger.

L’unité ce n’est pas l’uniformité. C’est forger le sens de l’intérêt général de la gauche.

J’attire votre attention sur l’évolution de la situation politique. Une sorte de tripartisme où l’un de ces partis est d’extrême-droite s’exprime dans les urnes. Les élections partielles, à bien des égards, annonçaient les élections municipales. Et nous n’avons pas voulu le voir.

Le « ni-ni » de l’UMP a mis sur le même plan un parti républicain : le PS et un qui ne l’est pas : le Front national.

Non seulement cette posture est indigne, mais elle est électoralement utile pour la droite, car de plus en plus la droite et l’extrême-droite fusionnent au second tour dans les urnes.

Cet état de chose produit un double effet. Le risque d’être éliminé au premier tour ou balayé au second dans le scrutin majoritaire.

Le refus du front républicain par l’UMP offre au Front national une chance historique de s’imposer ou de recomposer la droite.

Observons aussi une constellation hétérogène, une sorte de parapluie contestataire qui tente de se constituer à notre gauche, avec comme seul point commun l’antisocialisme. Voilà pourquoi il faut travailler à la perspective d’une assemblée unitaire de la gauche.

Comment ? D’abord en créant un espace de confrontation entre les forces de gauche et les écologistes.  Le comité de liaison de la gauche ne se réunit que rarement dans des moments paroxysmiques ou purement électoraux. Il faut débattre sur le fond pour connaître les divergences et les réduire.

Il faudra bâtir ensuite un comité de coordination de la gauche, non seulement au sommet mais dans tous les départements.

Le rassemblement de la gauche c’est le domaine partagé dans le Parti socialiste. Voilà pourquoi je proposerais à Julien Dray de l’animer.

J’aimerai que cette question essentielle à mes yeux soit d’abord l’objet d’un rassemblement du Parti socialiste.

 

Voilà en six points ma proposition de feuille de route par et pour les militants.

Elle a un mot d’ordre : le Renouveau, un seul but : la Reconquête, un seul moyen : se bouger ! Les Français nous ont dit occupez-vous de nous, les militants écoutez-nous ! Ce sera ma feuille de route.

Elle n’est pas à prendre ou à laisser,  mais c’est un cadre de discussion après les  élections européennes.

S’il y a beaucoup à changer dans notre formation politique, la première est de rompre avec un état d’esprit qui veut que sur chaque sujet, chaque proposition, mécaniquement la minorité s’oppose à la majorité et vice versa.

La proportionnelle voulue par le Congrès d’Epinay – et je la défendrai- ce n’est pas cela. Il s’agit du libre débat pour mieux converger. Et c’est cela que nous demandent les militants. Nos querelles ne sont jamais subalternes à condition de les surmonter. Je m’y emploierai.

Je serai très attentif à travailler à l’unité dans le respect de notre diversité. Et à un mode de direction collégiale.

 

Cher(e)s  ami(e)s, cher(e)s camarades,

 

Je suis candidat devant vous pour succéder à Harlem Désir dans le respect de nos statuts, avec une feuille de route qui sera soumise aux militants.

Les militants seront donc consultés.

Les militants seront informés.

Les militants seront impliqués.

Ils sont les garants de la continuité de notre histoire qui doit traverser les épreuves présentes et à venir.

Cette profession de foi est nécessairement « très interne » mais nous allons vite revenir aux préoccupations des Français. Et à la situation internationale – ce qui se passe en Ukraine nécessite toute notre attention.

C’est avec émotion que j’aborde ce moment, tout le monde le comprendra.

Je ne suis pas né politiquement dans ce parti mais il m’a adopté. Il a fait de moi un député, un dirigeant. Je veux lui rendre ce qu’il m’a offert pour servir notre cause. Je ne prends pas le rôle de Premier secrétaire à la légère. Je sais combien l’histoire est cruelle, incertaine.

Notre parti est une grande formation politique, je l’ai dit. Elle a fait avancer la France sur le chemin du progrès et de la justice. Elle n’a pas à rougir de son bilan.

Il faut maintenant nous hisser à la hauteur de notre passé pour faire de notre dessein un destin commun.

Pour moi c’est un honneur de me présenter devant vous. On m’a suffisamment fait obstacle pour ne pas avoir à démontrer mon indépendance de pensée.

Pourquoi voulez-vous qu’à 62 ans j’entame une carrière de « béni oui-oui » ? Je me détermine toujours politiquement à partir de ce que je pense être notre intérêt général.

J’aime le débat, mais pour moi c’est toujours un moyen pour l’action.

Je serais le premier secrétaire de tous les socialistes.

Je vous appelle à « refaire parti » par et pour les militants.

Notre but est la réussite du quinquennat de François Hollande. Nous agirons à l’Assemblée, au Sénat, dans les territoires, main dans la main avec le gouvernement de Manuel Valls. Et nous procéderons du Parti socialiste, de ses militants, de ses engagements.

Travaillons ensemble à une société décente grâce à un Parti socialiste respecté et fier de son idéal.

Merci.

Les commentaires2 Commentaires

  1. touiza habib dit :

    Très beau discours de rassemblement, très encourageant pour l’avenir.

  2. Palisson Patrick dit :

    Enfin, une vraie bonne nouvelle au PS ! Merci et bonne chance à toi, Jean-Christophe…

    Patrick P.