Mon discours lors du meeting de lancement de la campagne des européennes – Jeudi 17 avril 2014

par · 18 avril 2014

Jcc meeting 17042014 crédit Philippe Grangeaud

Vous pouvez retrouver ci-dessous la retranscription du discours de Jean-Christophe Cambadélis lors du meeting de lancement de la campagne des européennes au cirque d’hiver jeudi 17 avril 2014.

 

Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades,

Vous êtes très nombreux ce soir et j’y vois comme un signe. On nous avait dit : tenir une réunion à Paris pendant les vacances scolaires vous n’allez pas y arriver. Aujourd’hui, vous avez fait mentir les pronostics, nous ne savons plus si nous sommes 1 900, 2 000, allez, nous sommes 2 000, ici et dehors, et nous avons réussi notre pari.

 

Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades,

Je voudrais bien sûr saluer les franciliens, mais aussi les Français de l’étranger qui nous écoutent, qui sont rattachés à la grande circonscription de l’Ile-de-France.

N’ayez pas peur, je serai court. D’abord par courtoisie pour Martin Schulz, qui est quand même celui qui va terminer notre meeting, et parce que je n’ai que trois choses à dire. Ceux qui me connaissent disent que c’est mal parti, parce qu’en général, quand je dis ça, c’est que ça dure très longtemps. Mais je vais concentrer mon propos autour du message que les socialistes veulent envoyer à l’ensemble des Français.

Le premier message : l’Europe est en danger ! L’Europe c’est LA solution mais elle est devenue LE problème pour des millions d’européens. Alors je veux dire au peuple de gauche de ne pas se tromper de colère. Ce n’est pas l’Europe qui est le problème, mais le parti populaire européen (PPE).

C’est le parti populaire européen qui a gouverné l’Europe pendant une décennie. Et face au désastre de sa gestion le Parti socialiste européen est la solution de l’Europe.

Le bilan de la commission sortante de Monsieur Barroso et de l’ensemble des droites européennes est calamiteux. Jugeons le bilan : un chômage en hausse, une croissance en berne, des inégalités qui explosent, peu ou pas d’investissement dans l’avenir, une bureaucratie qui explose, quant au budget, il a fallu toute la ténacité de Martin Schulz et de Catherine Trautmann pour essayer d’arracher un certain nombre de subsides pour les plus pauvres de l’Europe. Sans eux, aujourd’hui, les plus pauvres de l’Europe seraient sans protection.

Mais comment en serait-il autrement ? David Cameron, qui n’est pas membre du PPE, mais vous avouerez qu’ils se ressemblent tous, disait il y a peu de temps : Le grand marché plutôt que la solidarité. Rajoy s’est prononcé contre l’avortement. Madame Merkel a dit cette phrase extraordinaire : La démocratie doit être conforme au marché. Quant à Monsieur Copé, vous l’avez entendu aujourd’hui, il est pour remettre en cause le SMIC, il est d’accord avec le MEDEF sur ce sujet. Mieux, il vient de déclarer : le plan présenté par Manuel Valls à la représentation nationale qui sera discuté dans quelques jours ne va pas assez loin. Il faudrait remettre en cause les minima sociaux, précariser les salariés.

Cette idéologie qui est portée par tous ces hommes et toutes ces femmes, c’est cette idéologie conservatrice aux commandes de l’Europe. Ce sont eux qui ont produit l’austérité continentale. Ce sont eux qui ont fait qu’on se débat dans les plus grandes difficultés aujourd’hui. Car ce sont ceux qui ont une lecture dogmatique et libérale du pacte de stabilité et de croissance. J’y reviendrai.

Ils sont candidats à leur succession. Aujourd’hui, Monsieur Juncker les représente. Pas la peine de vous dire d’où il vient et ce qu’il a fait dans son pays. Ils ont tout abîmé, tout cassé, tout compliqué. Dans le débat entre Juncker et Martin Schulz, l’ancien Premier ministre conservateur a avancé l’idée qu’il était pour une autre Europe. C’est intéressant parce que c’est un aveu.

Nous disons, nous, « notre Europe », eux, ils disent : une autre Europe, car ils ne peuvent pas assumer leur bilan. Ils sont obligés de dire qu’ils veulent autre chose. C’est un aveu, un aveu d’échec.

L’Europe est en danger ! Pas simplement parce que les conservateurs sont à la tête de la commission. Parce qu’il règne en Europe le vent mauvais de l’europhobie. Le national populisme est à la hausse, le racisme, l’islamophobie, l’antisémitisme sont là !

Nos prédécesseurs, les anciens, ont fait l’Europe au nom du plus jamais ça. Et aujourd’hui, dans tous les pays d’Europe, resurgit ce qu’on appelait la bête immonde. Ceux qui veulent chasser les immigrés, veulent faire éclater l’Europe. Ces fanatiques du nationalisme ont en tête l’affrontement entre les communautés. François Mitterrand disait : « Le  nationalisme, c’est la guerre ». Pour éviter cela, il faut construire l’Europe. D’un côté l’immobilisme conservateur. De l’autre une volonté d’éclatement. Mais ce sont les frères jumeaux de combat contre l’Europe, l’un nourrit l’autre.

Mon deuxième mot, ma deuxième phrase, ma deuxième idée, est un plaidoyer pour des règles d’après-crise.

Le dogmatisme et la bureaucratie se sont enkystés aux commandes de Bruxelles. Le traité de Maastricht a fixé au doigt mouillé 3% comme critère de convergence.

Depuis le traité de Maastricht, tout a changé, le nombre d’habitants, leur niveau social, le nombre de pays présents dans l’Europe, la compétition mondiale, la manière de produire, la crise. La commission et le PPE nous disent : Mais enfin, il faut s’adapter ! Par contre les critères de convergences doivent eux être intangibles. La France respecte sa parole, c’est bien. La France a adopté le traité de Maastricht, parfait. Les Français l’ont voté, oui. C’est maintenant un traité assurément. Mais ce traité dit deux choses : qu’il faut la stabilité et qu’il faut la croissance. La stabilité s’est transformée en austérité et la croissance est absente.

Ah, la stabilité, on en a entendu parler, sur tous les noms et dans toutes les langues. Mais la croissance, où est-elle ? Nous en avons tellement besoin pour la stabilité. Où est-elle ? Rien. Aucun projet, aucune action.

Alors, moi, je vous le dis, il faut une autre logique, il faut d’autres règles d’après-crise. Et les critères de 3% qui ont été adoptés dans un temps ne peuvent pas être aujourd’hui appliqués dans le moment de la crise que nous vivons.

Il faut à la tête de la commission une toute autre logique que celle qui est portée par le PPE et les conservateurs. Il faut être capable d’investir dans la croissance, de la faire prospérer, de faire en sorte qu’elle puisse permettre aux peuples d’espérer. Il faut revisiter les critères, relancer la croissance et inventer un traité social.

Et moi, je le dis, oui, nous allons mettre au cœur de la campagne électorale la question d’un nouveau traité social qui permettra aux salariés, aux exclus, aux étudiants, aux jeunes, de pouvoir vivre décemment dans une Europe solidaire.

La troisième idée procède des deux premières. Il faut une nouvelle croissance. Pour promouvoir une nouvelle croissance en Europe, c’est le sens de ce que les socialistes vont défendre, dans leurs euro-circonscriptions.

Au niveau de l’union, nous allons présenter six grands projets prioritaires. Ils doivent être mis en œuvre à 28 si possible, à moins si c’est nécessaire.

L’Europe de l’énergie, l’Europe du numérique, des transports propres, de la défense, des technologies clefs et génériques, de l’agriculture bio. Ces grands programmes d’investissement ne sont pas des plans sur la comète, ils sont nécessaires et rentables.

D’abord pour une Europe de l’énergie. Chaque année, les Européens déboursent 400 milliards d’euros pour payer leur pétrole et leur gaz. La réduction de cette facture serait bénéfique à la relance de nos économies. Une politique européenne de l’énergie doit pouvoir poursuivre trois objectifs : garantir la sécurité énergétique de l’UE, des prix favorables en diversifiant les sources d’approvisionnement et en instaurant un achat conjoint de pétrole et de gaz, non plus dans un ordre dispersé comme c’est le cas aujourd’hui face à Vladimir Poutine et aux émirs. Ce serait l’indépendance de l’Europe.

Aujourd’hui, le peuple ukrainien se tourne vers nous malgré nos difficultés, il demande de pouvoir vivre dignement car ils ont mis un signe égal entre l’Europe et la démocratie, ils se tournent vers nos valeurs. Et nous disons ce soir à monsieur Poutine : bas les pattes devant l’Ukraine.

Le deuxième pilier, c’est pour une Europe du numérique. Le numérique est un enjeu majeur d’innovation et donc de croissance et d’emploi. C’est également un enjeu majeur du point de vue stratégique et industriel tant l’indépendance vis-à-vis de l’extérieur est importante dans ce domaine.

Le troisième pilier : les industries du futur, et miser sur les technologies clefs génériques. Il s’agit des futurs moteurs de l’innovation dans le processus et les produits.

Enfin, pas tout à fait, mais le quatrième pilier, c’est pour une Europe de la défense. Dans ce domaine également, il est essentiel de mutualiser nos forces pour renforcer notre indépendance à l’échelle de l’union. Les derniers conflits au Mali, en Centrafrique, en Syrie, l’ont démontré.

Et je me fais quand même une réflexion. La France est engagée dans ces conflits, elle le fait parce qu’elle estime que c’est nécessaire. Mais elle le fait aussi pour la protection des Européens. Et il faudra bien un jour que l’on discute au niveau de l’Europe de l’engagement souvent seul de la France. Ces engagements pèsent. Ils ne lui permettent pas d’avoir les marges de manœuvre budgétaire qu’elle souhaiterait. Et ceci est supporté par les Français. La solidarité européenne voudrait que la France soit plus soutenue qu’elle n’est aujourd’hui.

Le cinquième pilier c’est le développement des réseaux et infrastructures transeuropéennes.

Terminons évidemment par les activités agricoles et côtières qui doivent se tourner vers l’avenir.

Voilà six points, six éléments qui sont pour nous la possibilité d’une nouvelle croissance.

Alors en conclusion, l’Europe est en danger. Et il faut donc la sauver. Il faut imposer par notre vote des règles pour l’après-crise. Il faut imposer par notre vote une nouvelle croissance. Et il faut porter à la tête de la commission Martin Schulz.

Martin, tu es né au cœur de l’Europe. Tu as vécu au cœur de l’Europe. Tu as l’Europe au cœur. Et tu seras le cœur battant de l’Europe demain.

Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades, le vote qui interviendra le 25 mai est un vote historique pour deux raisons.

La première, nous utilisons une faille dans le traité, je ne suis pas certain que ceux qui l’avaient rédigé pensaient qu’un jour on se retrouverait avec des listes continentales et la possibilité de voir un responsable majoritaire dans le Parlement pour être élu à la commission. Mais c’est ainsi !

C’est historique parce que pour la première fois les Européens, par l’intermédiaire de leur parlement, vont peser sur la commission qui est une sorte de gouvernement de l’Europe. Les Européens vont pouvoir élire pour la première fois le président de la commission. C’est historique ! L’enjeu est continental. Il ne faut pas simplement se déterminer sur les problèmes que nous vivons dans notre propre pays.

Historique pour une deuxième raison : Les Européens ont entre leurs mains leur destin. Soit les conservateurs restent et leur politique continuera, soit le Parti socialiste européen sera majoritaire et un nouveau cap sera donné à l’Europe. Je le souhaite et je le crois, au Parlement européen il rassemblera à gauche l’ensemble des forces qui veulent vraiment autre chose, autrement. Il y aura un engagement social au niveau de l’Europe. Tout le climat politique européen changera. Et je dirais même : tout le climat français changera.

Nous conduirons notre action dans un tout autre environnement. C’est la raison pour laquelle il faut tout faire pour essayer de rassembler l’ensemble de nos concitoyens sur un seul objectif : en terminer avec cette politique d’austérité qui mine les peuples, les jette dans la rue et conduit à la destruction de l’Europe à petit feu.

 

Crédit photo: Philippe Grangeaud