Interview dans Sud Ouest: « Manuel Valls et moi sommes condamnés à nous entendre »

par · 22 avril 2014

logo sud ouestLe journal Sud Ouest publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver ci-dessous:

PARTI SOCIALISTE – Malgré les doutes de l’aile gauche, Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire, veut que le parti retrouve  » le chemin de la cohérence « 

 » Sud Ouest « . Des députés socialistes proposent un autre plan d’économies que celui de Manuel Valls (lire ci-contre). Le gouvernement et la majorité parlementaire ne sont-ils pas au bord de la rupture ?

Jean-Christophe Cambadélis. Non. Je n’ai pas à cautionner ni à condamner cette initiative, mais il y a un temps du débat parlementaire à respecter. S’il y a des interrogations, il faut les lever; s’il y a des suggestions, il faut les étudier. Maintenant, chacun doit comprendre qu’à la fin, il faut aboutir dans l’efficacité et le respect de la feuille de route du président de la République.

 

Lors de sa déclaration de politique générale, Manuel Valls a reconnu qu’il y avait en France  » trop de souffrance et pas assez d’espérance « . Après vingt-trois mois de présidence Hollande, les socialistes n’ont-ils pas perdu leur âme ?

Vingt-trois mois de gouvernement socialiste après quinze ans de gouvernement de droite : il suffit de comparer pour savoir qui porte la responsabilité de cette souffrance et cette absence d’espérance. Le problème des socialistes, c’est qu’ils doivent passer la serpillière des années Sarkozy-Chirac.

 

Henri Emmanuelli a déclaré que le PS était un  » parc à moutons « . Comment réconcilier les socialistes entre eux ?

Je ne serai pas le chien de berger tel que mon ami Henri Emmanuelli le suggère. Je pense que les socialistes doivent garder leur liberté de réflexion et leur capacité d’imagination, mais ils doivent aussi retrouver le chemin de la cohérence et faire en sorte que ce quinquennat réussisse. Ce qui induit un équilibre entre la réflexion et la cohésion.

 

La nomination de Manuel Valls n’ayant pas rassuré l’aile gauche du PS, quelles marges de manoeuvre aurez-vous face à lui ?

Si on prend les sondages, il a déjà rassuré les Français, c’est un bon point. Il est déterminé et à l’écoute. Manuel Valls et moi sommes condamnés à nous entendre, mais cela ne veut pas dire que nous mettrons nos opinions sous le tapis. Il y a toujours eu une aile gauche au PS, à la fois brillante et tonitruante, mais je n’oublie pas qu’il y a une majorité. Et s’il faut écouter la minorité, il faut aussi entendre la majorité.

Un gouvernement de  » combat  » suppose aussi une adhésion sans discussion. À plus forte raison de son partenaire principal qu’est le PS…

Un gouvernement de combat doit être soutenu par une majorité cohérente, mais on ne peut pas partir au combat sans une feuille de route préalablement discutée par l’ensemble de la majorité. S’il faut être évidemment cohérent dans l’action, rien n’empêche d’être ouvert aux opinions.

 

Les écologistes ne signeront pas  » en l’état  » le pacte de responsabilité. Les considérez-vous dans l’opposition ?

Absolument pas. Ils sont une voix dans la majorité qu’il faut respecter. Comme tous les parlementaires, ils veulent améliorer le pacte. Mais n’oublions pas que nous n’assainissons pas nos finances pour Bruxelles, mais parce que nos enfants nous le demandent, car c’est eux qui paieront la note de notre laxisme.

 

François Hollande a annoncé que s’il n’obtenait pas de résultats sur le chômage, il ne se représenterait pas. Dans cette hypothèse, il y aura donc une primaire au PS ?

Nous n’en sommes pas là. Le président de la République a indiqué aux Français sa priorité, avant son destin : c’est-à-dire réussir dans la lutte contre le chômage. Pour la présidentielle, nous verrons bien qui sera à même de défendre nos couleurs, et je ne doute pas que ce sera François Hollande.

 

En cas de déroute aux européennes, le principal risque pour le PS ne sera-t-il pas d’être le témoin d’une recomposition de la gauche ?

Le Parti socialiste reste, malgré ses déboires, la colonne vertébrale irremplaçable de la gauche. Je suis confiant pour les européennes car les Français ne se tromperont pas de colère. L’enjeu n’est pas de juger Paris mais Bruxelles et d’offrir la solution d’une nouvelle croissance en Europe. Seuls les socialistes européens sont en situation de le faire. La gauche a toujours été plurielle et elle a toujours eu besoin du PS pour faire son unité. Je ne vois pas autour de qui ou autour de quoi elle pourrait se recomposer.

Recueilli par Jefferson Desport