L’hommage de la rose à l’Oeillet

par · 25 avril 2014

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Il y a quarante ans, la Révolution des Œillets chassait la dictature et ramenait la démocratie au Portugal.

C’est la fleur au fusil – en l’occurrence un œillet rouge – que les capitaines d’avril renversèrent le régime déjà chancelant installé un demi siècle plus tôt par Salazar. Comme une partie de la jeunesse française en Algérie ou américaine au Vietnam, la jeunesse portugaise n’avait pour avenir que de perdre son âme dans des guerres coloniales perdues d’avance où la barbarie achevait de corrompre une dictature déjà pourrie sur ses bases.

Au vent de liberté qui soufflait de la bouge d’Amilcar Cabral répondit sur l’air de Grandola Vila Morena, le peuple portugais qui fit sa révolution, sans violence, sans guerre civile.

Alvaro Cunhal pour le Parti communiste et Mário Soares pour le Parti socialiste furent les deux figures d’une gauche qui accompagna la transition démocratique, réussissant à enraciner profondément celle-ci dans un Portugal qui pouvait enfin travailler à son intégration dans la communauté européenne.

Pour nous les socialistes, la Révolution des Œillets fut un baume au cœur après la tragédie chilienne. Elle annonçait cependant un sale temps pour les dictatures fascisantes en Europe car bientôt, après la chute des Colonels grecs, ce fut la fin du franquisme en Espagne.

Je vous parle d’un temps que les jeunes doivent connaître. Nous avons vécu cette révolution avec une proximité aussi grande – il n’y avait alors pas de réseaux sociaux ni de chaînes d’info continue – que la révolution tunisienne. Le Parti socialiste et le SPD avaient travaillé très activement depuis le début des années 70 à la refondation des partis socialistes portugais et espagnol et en exil, la coopération entre Mario Soares, Willy Brandt et François Mitterrand procédait d’une amitié qui allait au-delà de la solidarité.

Quel est le sens de cet anniversaire aujourd’hui ?

D’abord, ne jamais oublier qu’en Europe, la démocratie ne va pas de soi. Qu’il a fallu se battre pour l’établir, la défendre ou la restaurer et qu’à côté d’une France prospère durant les Trente glorieuses, persistaient des dictatures.

Ensuite, c’est la solidarité européenne qui a tiré vers le haut le développement économique et les infrastructures de ces pays. La crise aujourd’hui pousse certains à le regretter, ce qui est une insulte à ce que ces nations ont subies.

Enfin, alors qu’aux marches de l’Europe – la rive sud de la Méditerranée et l’Ukraine, on meurt encore pour défendre la démocratie, nous devons continuer de préserver ce bien précieux mis à mal par la crise.

Si le Portugal frappé de plein fouet par cette crise, ne voit revenir aucune résurgence réactionnaire de droite, on a vu que ce n’était pas le cas en Grèce.

L’Europe que nous voulons était présente dans cette foule à Lisbonne en 1974. En 2014, il faut toujours puiser dans cette mémoire, saluer le courage du peuple portugais et lutter pour la démocratie, c’est-à-dire aussi pour la justice sociale et l’égalité des droits. C’est l’œuvre de Mário Soares, le projet d’ António José Seguro et de tous nos camarades. Nous continuerons main dans la main à défendre ce bel héritage et ce beau projet pour un monde meilleur.