Interview dans La Voix du Nord: « Le PS lutte contre la lecture hémiplégique des traités »

par · 5 mai 2014

lavoixdunord

La Voix du Nord publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez lire ci-dessous ou retrouver ici:

 

Jean-Christophe Cambadélis sera ce lundi soir au Théâtre du Nord de Lille pour la campagne des européennes. Le nouveau premier secrétaire du PS compte sur un succès le 25 mai pour desserrer l’étau bruxellois autour du gouvernement.

 

Vous critiquez la règle des 3%. Pourtant le gouvernement s’apprête à s’y plier. Comment fait-on campagne contre l’austérité à Bruxelles quand on l’applique à Paris ?

Le gouvernement respecte les traités signés après le vote des Français et le Parti socialiste lutte contre leur lecture hémiplégique. Les traités nous disaient qu’il fallait la stabilité qui s’est transformée en austérité et la croissance qui est absente. Nous pensons que les 3 % ont été adoptés dans une période de croissance et que les appliquer dans la situation actuelle ne correspond pas à ce qui serait nécessaire. Nous voulons changer le rapport de forces pour une lecture plus axée sur la croissance.

Pourtant votre candidat à la présidence de la Commission européenne, Martin Schulz, prône un respect de ces 3 %.

Il n’est pas sur un respect des 3%. Il souhaite que les dépenses d’investissements ne soient pas comptabilisées dans les déficits. Il a entièrement raison. On peut avoir une autre lecture que l’ordo-libéralisme de nos élites de Bruxelles, qui sont des libéraux et qui utilisent le traité pour faire appliquer leur politique.

Le gouvernement n’aurait-il pas pu attendre avant de remplir ses engagements ?

Tous les gouvernements doivent rendre fin mai leurs programmes de façon à ce que la Commission puisse juger de leur trajectoire budgétaire. Nous avons des déficits. L’Allemagne a des excédents. Les deux pays doivent respecter une démarche solidaire. La France doit faire des efforts, l’Allemagne aussi.

« Ce n’est pas Bruxelles qui nous le demande, ce sont nos enfants »

S’il y a victoire des sociaux démocrates le 25 mai, le programme de 50 milliards d’économies connaîtra-t-il une inflexion ?

Il y aura une inflexion en Europe. Plus l’Europe se tournera vers la croissance et non pas sur l’austérité qui conduit à la récession, plus on pourra desserrer les politiques et les trajectoires financières des pays qui sont confrontés à des difficultés.

Pourtant, le gouvernement assure ne pas agir sous la pression de Bruxelles mais pour libérer la France de la pression des marchés financiers.

Dans la trajectoire budgétaire, il y a d’abord le fait que nous respectons nos engagements. Mais en même temps, ce n’est pas Bruxelles qui nous le demande, ce sont nos enfants. Nous ne pouvons pas laisser aux générations futures des déficits publics dus à un laxisme dans notre gestion. Ou plutôt dans la gestion de la droite puisqu’elle nous a laissé ces déficits.

Interprétez-vous les 41 abstentions sur le programme de stabilité comme une défiance à l’égard de Manuel Valls ?

J’observe d’abord qu’il y a eu une majorité de gauche sur le plan. Ensuite, je suis très étonné des lectures que l’on peut avoir sur le sujet. On ne tarit pas d’éloge sur M. Renzi qui n’a pas de majorité au Parlement italien et on critiquerait Manuel Valls parce qu’il en aurait une au Parlement français.

Une majorité moins nette que Jean-Marc Ayrault sur d’autres textes.

Sur l’ANI (sur la sécurisation de l’emploi, ndlr), 37 parlementaires s’étaient abstenus.

 

«Il y avait un appel de 100 députés, 41 seulement ont suivi la consigne d’abstention»

 

Avec les abstentions de l’UDI, assiste-t-on à une redéfinition de la majorité ?

Absolument pas, puisque nous avons une majorité de gauche. Yves Jégo a tordu le cou lui-même à toute interprétation. Il a indiqué que s’il constatait à nouveau des défections dans nos rangs sous la forme d’abstention, il demanderait la dissolution de l’Assemblée nationale.

Avez-vous été étonné que cette part d’abstention s’élargisse – au delà de l’aile gauche du PS – aux aubrystes?

Il y avait un appel de 100 députés, 41 seulement ont suivi la consigne d’abstention. Par ailleurs, les huit parlementaires PS du Nord ont voté ledit texte. La fédération du Nord a adopté une résolution soutenant le plan de Manuel Valls après les évolutions intervenues dans la lettre du Premier ministre aux parlementaires.

 

« Les députés socialistes ne veulent pas ajouter la crise à la crise »

 

Faut-il envisager des sanctions pour les abstentionnistes ?

Il faut surtout travailler à surmonter les problèmes et faire converger l’ensemble des socialistes. S’il y a des interrogations, il faut les lever. Maintenant que le texte a été adopté, il faut travailler tous ensemble dans ce cadre.

Ce n’est que le premier obstacle sur un long parcours, avec, dans les prochains mois le collectif budgétaire, le budget 2015, le projet de loi de financement de la Sécu… Craignez-vous d’autres épisodes de tensions ?

Je ne le souhaite pas. L’affaiblissement du Parti socialiste et de la majorité, texte après texte, aurait des effets désastreux pour la conduite du pays et pour la suite des élections (sénatoriales, régionales voire présidentielle). Je travaillerai à ce que les convergences puissent se mettre en place afin que nous n’ayons plus de souci de ce type.

Il n’y a pas de risque de scission au sein du PS ?

Non. Les députés socialistes ne veulent pas ajouter la crise à la crise.

 

Par MATTHIEU VERRIER