Mon discours lors du meeting européen à Rezé – lundi 12 mai 2014

par · 12 mai 2014

Vous pouvez retrouver ci-dessous le discours prononcé par Jean-Christophe Cambadélis lors du grand meeting européen à Rezé.

 

Seul le prononcé fait foi

 

Chers amis, chers camarades,

 

Je dois le confesser : ce soir, je suis en très bonne compagnie. Avec vous tous, mes chers amis. Avec Jean-Marc Ayrault aussi. Jean-Marc, quel plaisir de te voir, en pleine forme. J’en profite pour te remercier, d’avoir tant fait pour poser les bases du redressement dans notre pays. Merci et bravo à toi ! Je vous le dis, je suis très bien entouré, et ce jusque dans l’ordre de passage des intervenants: je parle juste après Isabelle Thomas et juste avant Martin Schulz. Isabelle, tu fais honneur à ton mandat de députée européenne et, en campagne, on vient de le voir, tu es redoutable ! Dans quelques minutes, je vais laisser la parole à Jean-Marc Ayrault et Martin Schulz. Cher Martin, ceux qui n’ont pas encore eu la chance de t’entendre, vont voir que tu es non seulement le candidat idéal mais également un orateur magistral.

Mais, avant cela, laissez-moi vous livrer quelques mots, pour Eric Plumer, ici à Rezé, au centre du Pays nantais, au cœur de cette campagne européenne historique.

La politique, mes chers camarades, consiste à partir des faits et débute avec un acte essentiel: « dire ce qui est ». Alors, je le dis: L’Europe va mal. L’Europe souffre de 10 ans de gestion lamentable à droite. En 10 ans, les Conservateurs ont presque réussi à défaire 60 ans de construction européenne. Ils ont abimé l’Europe. Pire, ils ont menée l’Europe à l’abîme, au bord d’un gouffre où elle est prête de s’engloutir. Car, non contents d’imposer partout l’austérité et de laisser la précarité s’enraciner, ils ont pavé le chemin des populistes.

Oui ! Le désamour dont souffre l’Europe aujourd’hui c’est à la droite qu’on le doit. Voilà les faits ! Voilà la vérité !

Si la force de la politique consiste à « dire ce qui est », la médiocrité politique consiste, elle, à taire et à camoufler ce qui est. Les Conservateurs ne veulent pas dire la gravité de la situation qu’ils ont créée. Alors je vais le dire pour eux : Bruxelles est l’homme malade de l’Europe.

Il faut le marteler : leur austérité est une erreur, leur Europe est un échec, leur bilan est la cause de la crise. Ce bilan catastrophique, ils ne pourront le cacher derrière aucun slogan, aussi gros soit-il. Cet échec pathétique, ils ne pourront le dissimuler derrière aucune diversion, aussi grossière soit-elle. Ils ne veulent pas voir le résultat de leur politique austéritaire en face. Ils sont dans le refoulé. En France, l’UMP fait semblant de souhaiter une « autre Europe » et de chercher une nouvelle ligne européenne, ce qui n’est pas chose facile. On voit ainsi Monsieur Copé jouer au pion dans cette immense cour de récré qu’est devenue l’UMP, tentant de séparer Juppé et Wauquiez et de réconcilier Lamassoure et Guaino. Mais, derrière ce cirque il faut bien voir que leur ligne européenne est toute trouvée : c’est l’austérité budgétaire et l’orthodoxie monétaire. Cette ligne antisociale, on sait où elle mène : c’est la ligne droite vers le dépérissement de l’Europe. Et cela nous ne pouvons l’accepter. Cela, nous ne l’accepterons pas.

L’UMP, on le sent, est extrêmement gênée aux entournures. Alors l’UMP fait dans l’entourloupe. Ils veulent à tout prix rester dans une campagne franco-française, ils veulent tout ramener à Paris, car ils veulent à tout prix détourner l’attention loin de Bruxelles et de Strasbourg, où ils ont la majorité, où ils sont aux responsabilités. Monsieur Copé, qui, on le sait, a vraiment besoin de réaffirmer sa position au sein de sa propre formation, veut coûte que coûte passer à la télé le 22 mai prochain. Pourquoi ? Pour se poser en chef de l’opposition en France. Mais Monsieur Copé, le 22 mai, vous serez le chef de la majorité sortante en Europe!

L’UMP mène vraiment une « drôle » de campagne. Ils ont peur de leur ombre. Ils ont peur du débat.

Pourquoi ? Mais, parce qu’ils ont honte de leur bilan, honte de leur Europe et même honte de leur candidat, Jean-Claude Juncker. Pauvre Monsieur Juncker… Monsieur Wauquiez propose, sans sourciller, une « Europe des 6 » sans le Luxembourg et Monsieur Copé l’interdit de télévision. Juncker. L’homme du paradis fiscal, vit avec ses amis français un véritable enfer. Mais, ne versons pas trop de larmes pour Monsieur Juncker, lui qui a tant versé aux banques et lui qui incarne comme aucun autre cette politique austéritaire, dure avec ceux qui vivent avec moins de 1 000 euros et tendre avec ceux qui jouent avec des milliards. L’échec de l’Europe aujourd’hui, c’est l’échec des Conservateurs et il va falloir le rappeler très clairement le 25 mai prochain. Mes chers camarades, les sortants ne doivent pas s’en sortir pas avec des pirouettes. Dans deux semaines, les sortants, il faut les sortir !

Il faut les sortir, si on veut sortir l’Europe de l’ornière, si l’on veut casser la logique austéritaire, si l’on veut libérer nos enfants du chômage, si l’on veut remettre les spéculateurs à leur place, si l’on veut, en somme, recréer de l’espoir en Europe et dans l’Europe.

Cette politique détestable et délétère provoque à juste titre chez nos concitoyens une très vive colère. Et le Front national, comme à son habitude, veut récupérer cette révolte et en faire sa récolte. Mais, le Front national, n’est que le réceptacle stérile de cette colère légitime. Car, le Front National ne fera rien de cette colère. Il ne peut rien résoudre, il ne veut que dissoudre.
Le Front national n’est jamais dans le registre des solutions, mais toujours dans celui des émotions et dans celui de la manipulation. Madame Le Pen dit non à Bruxelles ? Mais, elle a toujours dit oui aux indemnités de Bruxelles ! Madame Le Pen se dit patriote ? Mais, au Front national, ils ne sont pas patriotes, ils sont nationalistes ! Oui, ils sont nationalistes et d’extrême droite. Ils ne veulent pas l’entendre. Ils ne veulent pas qu’on le dise. Alors, je le répète : ils sont nationalistes et d’extrême droite.

Les nationalistes sont aux anges. Après avoir trouvé l’ennemi intérieur, le musulman, ils ont trouvé leur ennemi extérieur : l’Europe ! Mais, ils n’ont pas réussi à trouver de candidat au niveau européen. Et ils n’ont pas de véritable programme européen, à part la sortie de l’Europe. La colère de nos concitoyens, ils ne veulent pas y répondre, ils veulent l’entretenir. Cette colère ils ne peuvent pas y répondre, car leur sortie de l’Euro, leur prétendue issue de secours est en fait une sortie sans issue : ils ne pourront jamais la réaliser. Le vote FN est un vote stérile. Stérile mais pas neutre : le vote FN est le vote utile de l’UMP. Voter FN c’est en effet empêcher la sanction des conservateurs sortants, voter FN c’est empêcher la réorientation de l’Europe. Le FN dans cette campagne est la béquille de l’UMP, leur seule chance de survie, leur seule chance de maintien à la tête de l’Europe.

Madame Le Pen veut transformer les isoloirs en simple défouloir. Nous voulons en faire le tremplin de l’espoir pour demain. Nous sommes dans la construction pas dans la destruction, nous sommes dans la recherche d’un grand dessein pas dans le registre du déclin. L’Europe n’a pas besoin de populistes, elle a besoin d’une alternative.

Alors, quelle alternative au vote UMP de rustine et au vote FN stérile ? L’alternative, c’est le vote progressiste. C’est le seul vote utile car c’est le seul vote qui peut offrir un débouché concret à la colère de nos concitoyens. Nous avons un candidat, Martin Schulz, et un programme de rupture, pour une nouvelle croissance. Il ne nous manque plus qu’une majorité. Nous ne pouvons plus attendre : il faut réformer l’Europe et corriger ses déficiences. Il nous faut sortir du totémisme des 3%, nous libérer du fétichisme monétaire. L’Europe, au fond, n’a pas besoin d’euroconservateurs ni d’eurodéclinistes, elle a besoin d’euroréformistes.

Nous sommes les euroréformistes de cette élection. Ni le conservatisme libéral, ni l’europhobie du Front National.

L’Europe, mes chers amis, a besoin de nous ! L’Europe a besoin d’être réorientée. L’Europe a besoin de sortir de la lecture hémiplégique des traités : la stabilité ne doit plus se muter en austérité et la croissance ne doit plus être oubliée, au contraire : la croissance doit être notre priorité. L’Europe a besoin d’un nouveau modèle d’indépendance énergétique. L’Europe a besoin d’une défense commune pour défendre ses principes et ses frontières. L’Europe a besoin aussi de se débureaucratiser. Car, c’est sans doute là le comble de l’histoire européenne récente : les conservateurs ont voulu tout déréguler, tout déréglementer  et résultat : ils ont tout bureaucratiser ! Imaginez, 17 000 textes publiés au journal officiel ! 100 000 pages ! L’Europe a besoin de se recentrer sur l’essentiel : un smic européen ! Un traité social ! Une garantie jeunesse ! Un meilleur contrôle des banques ! La croissance, la croissance, la croissance ! Voilà ce dont l’Europe a besoin, et voilà ce que nous sommes les seuls à pouvoir lui offrir !

Mes camarades, tout cela n’est possible que si nous donnons une nouvelle majorité à l’Europe. Et pour cela il faut mener campagne, pour cela il faut se battre. Alors, mes amis, mobilisez-vous! D’ici le 25 mai prochain, chaque minute comptera, chaque tract comptera, chaque tweet comptera, chaque mot comptera. Car, le 25 mai, chaque voix comptera pour sortir les conservateurs du Parlement européen et pour empêcher les nationalistes d’y entrer.

Un dernier mot, mes chers amis. Puisque nous sommes ici pour nous dire les choses : j’entends les commentateurs et les sondeurs, j’entends les regrets et les rancoeurs suite aux municipales. J’entends les interrogations, les doutes. J’entends cette incertitude du succès. Mais rien n’est écrit. Tous ces bruissements sont couverts par l’appel urgent des Françaises et des Français pour plus de justice et plus de croissance. Et c’est cela qu’il faut entendre et écouter, c’est cela qui doit nous motiver à agir et à faire campagne sans relâche.

Mes amis, c’est notre passion pour les idéaux d’égalité et de progrès qui nous a réuni ce soir à Rezé. C’est cette passion commune qui est la raison de notre engagement. Et c’est cette passion qui sera la raison de notre succès !

Jean-Christophe Cambadélis
Premier secrétaire du Parti socialiste