Mon discours lors du grand meeting européen de Lille – Jeudi 15 mai 2014

par · 15 mai 2014

photo

Retrouvez ci-dessous le discours prononcé par Jean-Christophe Cambadélis, lors du grand meeting européen de Lille.

 

Seul le prononcé fait foi

 

Chers amis, chers camarades,

 

Chère Martine ! Merci pour ton accueil chaleureux, ici dans ta ville, à Lille, où il fait si bon vivre et où l’on aime tant venir, une ville tournée vers l’Europe et donc vers l’avenir. Je tiens aussi à saluer Manuel Valls. Cher Manuel ! Qu’il est bon d’avoir un Premier Ministre en première ligne dans ce combat historique et fondamental des européennes. Je tiens également à saluer Gilles Pargnaux, à saluer sa pugnacité. Tu fais une campagne remarquable, épaulé par des colistiers eux aussi – tout est lié – remarquables : Claude Roiron et Jean-Louis Cottigny. Gilles, Claude, Jean-Louis, vous faites plaisir à voir, sûrs de nos valeurs, forts de nos propositions. Ne changez rien, continuez à vous battre de la sorte. Nous avons besoin de toutes les énergies pour faire chuter la droite de son trône bruxellois et pour faire trébucher l’extrême droite aux portes du Parlement européen. Il y a un homme dont je sais qu’il aurait aimé être de ce combat. Je sais aussi combien il nous manque. Oui, j’ai une pensée émue pour Pierre Mauroy.

 

Mes chers amis, la politique souffre d’être faite de trop de paroles. De paroles peu claires. De paroles peu tenues. Je vais donc essayer de dire les choses aussi clairement et distinctement que possible pour que les Français puissent nous entendre et qu’ils sachent à quoi s’attendre. Je vais tenter d’éclairer les faits pour éclairer leurs choix.

Les faits parlent une langue limpide et claire. Ils disent que l’Europe est en danger.

Grèce : 27% de chômage. L’Europe est en danger.

Espagne : 25% de chômage. L’Europe est en danger.

Croatie : 18% de chômage. L’Europe est en danger

Italie 13% de chômage. L’Europe est en danger

Allemagne : 8 millions de travailleurs pauvres. L’Europe est en danger.

Sur notre continent, un quart des jeunes sont sans emploi. L’Europe est en danger.

Sur notre continent, la pauvreté guette plus de 125 millions de personnes.

L’Europe est en danger.

L’Europe est abimée.

L’Europe est au bord de l’abîme. Et, elle ne s’y est pas rendue d’elle-même. Les Conservateurs l’ont aidé à s’y presser.

Depuis 10 ans, ils n’ont eu de cesse de propager leur austérité et de produire de la précarité. Année après année, ils ont créé un fossé sans cesse grandissant entre l’Europe et les Européens, un fossé qui s’est transformé, je le redis, en abîme, dans laquelle l’Europe est prête de s’engloutir. Au final, ils ont fait de Bruxelles l’homme malade de l’Europe. En fin de compte, ils ont fait des institutions de Bruxelles une machine à produire de l’austérité et donc de l’euroscepticisme. Voilà leur bilan. Oui, il faut le dire et le redire : ce sont les Conservateurs qui ont fait le lit du populisme. A force de négliger le peuple, à force de ne favoriser que les forces du marché ils ont réveillé les forces obscures de la haine. Qui jamais ne dorment, qui toujours attendent leur heure. Les Conservateurs ne pensent qu’à faire de l’Europe un marché, mais l’Europe comme projet ils s’en moquent. Ils ne pensent qu’à sauver les banques, mais l’Europe, elle peut crever !

Ils ont de toute façon un problème de fond avec l’idée même d’Europe politique. L’Europe pour eux n’est une zone économique, un acteur commercial. Cette élection historique, cette élection continentale, mes chers amis, au fond, ils n’en veulent pas !

Les Conservateurs n’ont que faire d’élections continentales puisque tout est, pour eux, affaire de négociations commerciales. Pour eux, les discussions de couloirs valent plus que les décisions des isoloirs. L’abstention qui s’annonce n’est pas pour eux un problème c’est une aubaine, pour affaiblir encore un peu plus la politique. Ces élections ils n’en veulent pas vraiment. D’ailleurs cette campagne, ils ne savent pas vraiment comment la faire.

En France, les sortants de l’UMP sont, on le sent, extrêmement gênés aux entournures. Alors ils font dans l’entourloupe. Ils essayent de cacher un bilan lamentable derrière le slogan pitoyable d’une « autre Europe ». Tout cela prend une tournure un peu surréaliste. La semaine dernière, je suis tombé sur les propos proprement ahurissants de Monsieur Lamassoure, tête de liste UMP en Ile-de-France, mais si, vous savez, celui pour lequel Monsieur Guaino ne votera pas. Donc, je suis tombé sur ces propos et je suis tombé des nues. Je vous livre en particulier une phrase magnifique. Accrochez vous et essayer de ne pas trop rire… Je cite : « Le pouvoir est à prendre en Europe, le 25 mai, face aux technocrates de la Commission européenne ».

Mais…

Personne ne lui a dit?

Monsieur Lamassoure, vous avez la majorité à Bruxelles et à Strasbourg, vous êtes aux responsabilités en Europe. La droite dirige le Parlement européen depuis 10 ans. La Présidence de la Commission européenne est entre les mains des Conservateurs depuis 1995, une Commission où ne siègent aujourd’hui que 5 sociaux-démocrates. Il n’y a que 7 chefs d’État sociaux-démocrates sur 28 en Europe…

Face à ce dédoublement de la personnalité avéré, je pense qu’il faut en appeler directement au Président de l’UMP. Que ce dernier se saisisse du peu d’autorité qui lui reste et qu’il fasse appel à ses amis communicants, pour une prestation sans doute un peu chère mais effective cette fois.

Je dis « un peu chère », en fait je ne fais que me référer aux propos du chef de Cabinet de Monsieur Copé, Monsieur Lavrillleux, que tu connais bien Gilles, puisqu’il est tête de liste UMP aux européennes dans le grand Nord-Ouest. Je cite Monsieur Lavrilleux donc – encore une phrase complètement hallucinante : « L’UMP peut administrer ses comptes comme bon lui semble. Si l’on veut payer 4 à 5 fois le prix, rien en nous empêche ».

Payer peu pour moins de travail. Et après étonnez-vous qu’ils nous aient laissé une dette colossale.

A l’UMP, la diversion est devenu un art. Il font ainsi diversion avec des supposées divisions sur l’Europe entre Messieurs Juppé et Wauquiez, Guaino et Lamassoure, j’en oublie. Mais, ne nous laissons pas avoir. Leur ligne européenne, mes chers amis, on la connaît par cœur : une politique austéritaire aux effets sociaux délétères sur lesquels les populistes prospèrent.

Leur ligne, on la connaît donc parfaitement. Leur stratégie, on la devine aisément. Ils veulent à tout prix rester dans une campagne franco-française. Ils veulent tout ramener à Paris, car ils veulent à tout prix détourner l’attention loin de Bruxelles et de Strasbourg, où ils ont la majorité. Mais en France ce n’est pas mieux. Cette politique qu’ils défendent à Bruxelles, ils veulent l’appliquer en France. Regardez le programme de l’UMP. Ils veulent l’austérité en pire. 130 milliards de coupes sombres en plus. Un million de fonctionnaires en moins.

A l’UMP ils sont dans le refoulé complet. Ils fuient le débat, parce qu’ils ont honte de leur bilan, honte de leur Europe. Ils ont même honte de leur candidat, Jean-Claude Juncker. Pauvre Monsieur Juncker… Monsieur Wauquiez veut le priver d’Europe, puisqu’il propose, une « Europe des 6 » sans le Luxembourg. Juncker, l’homme du paradis fiscal, vit avec ses amis français un véritable enfer. Mais, ne versons pas trop de larmes pour Monsieur Juncker, lui qui a tant versé aux banques. Non, ne nous apitoyons pas sur cet homme qui incarne cette politique austéritaire sans pitié avec ceux qui vivent de peu.

Oui, mes chers amis, ne tombons pas dans le piège de la diversion. Cet écran de fumée ne sert qu’à dissimuler leur échec. Cet échec il va falloir le rappeler très clairement le 25 mai prochain et il va falloir le sanctionner très fortement. Mes chers camarades, les sortants ne doivent pas s’en sortir pas avec des pirouettes. Dans 10 jours, les sortants, il va falloir les sortir !

Oui, il faut les sortir, si on veut sortir l’Europe de l’ornière, si l’on veut casser la logique austéritaire, si l’on veut créer les conditions d’une nouvelle croissance, si l’on veut, en somme, recréer de l’espoir en Europe et dans l’Europe. Nos concitoyens ont mille fois raison d’être en colère face à cette politique. Mais, que faire de cette colère ? Le Front National, comme à son habitude, veut récupérer cette révolte et en faire sa récolte. Le Front National, n’est que le réceptacle stérile de cette colère légitime. Car, le Front National ne fera rien de cette colère. Il ne peut rien résoudre, il ne veut que dissoudre. Le Front National n’est jamais dans le registre des solutions, mais toujours dans celui des boucs émissaires. Avec Marine Le Pen, il y a un bouc émissaire pour tous les problèmes.

Madame Le Pen dit non à Bruxelles ? Mais, elle a toujours dit oui aux indemnités de Bruxelles ! Madame Le Pen se dit patriote ? Mais, au Front National, ils ne sont pas patriotes, ils sont nationalistes. Oui, ils sont nationalistes et d’extrême droite. Ils ne veulent pas l’entendre. Ils ne veulent pas qu’on le dise. Alors, je le répète : ils sont nationalistes et d’extrême droite.

Ici, dans le Nord, sur ce qu’ils pensent être une « terre de conquête » ils font les fiers mais ils ont honte au fond de ce qu’ils sont. Leur haine commence par la haine de soi. Ils doivent savoir que la greffe ne peut pas prendre ici ! La greffe ne peut pas prendre sur cette terre labourée par l’histoire, où l’on a fait la démonstration de la capacité d’intégration de tous par le travail ! La haine est étrangère à cette terre ! Le FN n’a ici aucun avenir !

Les populistes ne feront rien de la colère légitime provoquée par la politique des Conservateurs car ils n’ont pas réussi à trouver de candidat au niveau européen. Ils n’ont pas voulu accepter le saut historique que l’Europe politique peut faire grâce à cette élection. Ils ne veulent pas de l’Europe politique car ils ne veulent pas d’Europe tout court. Si l’UMP veut faire l’Europe-marché, une Europe sans le peuple, le FN veut, pour sa part, laisser le peuple sans l’Europe face aux forces du marché. L’Europe n’est pour eux qu’un marchepied politicien. S’ils n’ont pas jugé bon de proposer de candidat à la Présidence de la Commission européenne, ils n’ont pas non plus de véritable programme européen, à part la sortie de l’Europe. La colère de nos concitoyens, ils ne veulent pas y répondre, ils veulent l’entretenir. Cette colère ils ne peuvent pas y répondre, car leur sortie de l’Euro, leur prétendue issue de secours est en fait une sortie sans issue : ils ne pourront jamais la réaliser. Le vote FN est un vote stérile.

Stérile mais pas neutre : le vote FN est le vote utile de l’UMP.

Le vote FN est le vote béquille de l’UMP.

Voter FN c’est en effet empêcher la sanction des conservateurs sortants, voter FN c’est empêcher la réorientation de l’Europe. Le FN qui se targue de vouloir bouleverser la donne en Europe est en fait la garantie absolue que rien ne changera, que les Conservateurs de l’UMP pourront continuer leur travail de sape. Mais, sans doute, est-ce cela que le FN attend et souhaite : provoquer encore un peu plus le chaos en Europe pour pouvoir mettre l’Europe KO, faire tomber l’Europe dans l’abîme.

L’Europe mes chers amis, n’a pas besoin d’être encore plus affaiblie qu’elle ne l’est par des discours dépréciatifs. L’Europe a besoin de nous ! L’Europe a besoin des euroréformistes que nous sommes. L’UMP dit : « il n’y a pas d’alternative, notre avenir c’est notre présent ». Le FN dit : «  Il n’y a qu’une alternative, notre avenir c’est le passé ». Nous devons dire : « Nous sommes l’alternative de progrès, notre avenir est à construire ». Voilà notre programme : poser les bases d’une nouvelle croissance pour construire ensemble l’avenir de l’Europe, notre seconde patrie.
L’Europe, je le dis, a besoin de nous. L’Europe a besoin d’être réorientée. L’Europe a besoin de sortir de la lecture hémiplégique des traités : la stabilité ne doit plus se muter en austérité et la croissance ne doit plus être oubliée, au contraire : la croissance doit être notre priorité. L’Europe a besoin d’une politique industrielle pour recréer des bassins d’emploi durables. L’Europe a besoin de soutenir son tissu de PME. L’Europe a besoin d’un nouveau modèle d’indépendance énergétique. L’Europe a besoin d’une défense commune pour défendre ses principes et ses frontières. L’Europe a besoin de se recentrer sur l’essentiel : un smic européen ! Un traité social ! Un traité social vite ! Une garantie jeunesse ! Un meilleur contrôle des banques ! Voilà ce dont l’Europe a besoin, et voilà, surtout, ce que nous sommes les seuls à pouvoir lui offrir !

Mes camarades, l’Europe a besoin de tout cela, mais nous avons besoin, pour ce faire d’une majorité en Europe. Nous avons 10 jours pour convaincre nos concitoyens. 10 jours de campagne dynamique pour compenser 10 ans de politique catastrophique. Je sais, ce sera dur. Je sens l’incertitude du succès parmi les militants. J’entends les déceptions suite aux municipales. J’entends les doutes et les hésitations. Mais, ne nous laissons pas déconcentrer, ne nous laissons pas submerger par le bruissement continu des commentateurs et des sondeurs. Il y a un son plus important que nos oreilles doivent pouvoir saisir : c’est l’appel urgent, l’appel pressant des françaises et des Français pour plus de justice et plus d’égalité. C’est cela qu’il faut entendre ! C’est cet appel qui doit nous pousser à faire campagne et à nous battre. Le reste c’est de l’écume.

L’urgence sociale en Europe, voilà notre mandat ! La justice, voilà notre compas ! Redresser, dans un même mouvement historique, l’Europe et la France, voilà notre combat! Mes chers camarades, en avant !

 

Jean-Christophe Cambadélis

Premier secrétaire du Parti socialiste