Jean-Christophe Cambadélis : « Les sociaux-démocrates peuvent l’emporter en Europe »

par · 17 mai 2014

PQR groupe EBRA

Vous pouvez retrouver ci-dessous une interview de Jean-Christophe Cambadélis publiée ce jour dans les journaux du groupe Ebra (Le Progrès, Le Dauphiné Libéré, Vaucluse Matin, Le Journal de Saône et Loire, Le Bien Public, L’Est Républicain, Vosges Matin, Le Républicain Lorrain, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, l’Alsace).

 

Quel est pour vous l’enjeu des élections européennes ?

Le scrutin du 25 mai sera la première véritable élection continentale en Europe. C’est historique. Pour la première fois, les électeurs vont décider, en choisissant une majorité de gauche ou de droite au Parlement de Strasbourg, qui sera le président de la Commission européenne. Voilà dix ans que l’Europe est à droite, sous la direction de Jose-Manuel Barroso, qui appartient au même parti européen que Jean-François Copé, le Parti populaire européen (PPE). Nous avons cette fois-ci l’occasion d’élire un social-démocrate, Martin Schulz.

 

Jusqu’à présent le PPE et le Parti socialiste européen (PSE), dont vous êtes le premier vice-président, se sont toujours partagé équitablement la présidence du Parlement européen : deux ans et demi par mandat pour l’un, deux ans et demi pour l’autre. Qu’est-ce qui les différencie ?

D’abord la politique économique, pour laquelle les deux partis n’ont pas la même lecture des traités de Maastricht et de Lisbonne. Les conservateurs donnent priorité absolue à la stabilité, ce qui les entraîne dans les politiques d’austérité que nous vivons depuis plusieurs années. Barroso, c’est le dogmatisme des traités. Martin Schulz instaurera un autre climat. Le PSE veut mettre l’accent sur la croissance, qui selon nous, ne remet pas en cause la stabilité. Nous réclamons l’instauration d’un smic européen, refusé par la droite, et une harmonisation fiscale dans laquelle le premier principe sera que les grandes firmes paient leurs impôts là où elles réalisent leurs profits. Le PSE est également favorable à des « europrojects » permettant de financer des projets d’investissements.

 

Il ne s’agit pas d’eurobonds permettant de mutualiser la dette…

Les europrojects permettraient d’aller ensemble vers l’avenir. Ce serait décisif pour la croissance et un premier pas vers une mutualisation plus large de nos finances, que nous, socialistes français, appelons de nos vœux.

 

Le Parti socialiste vient de subir en France une lourde défaite aux élections municipales. Peut-il se rétablir en l’espace de quelques semaines ?

Il faut souligner que les sociaux-démocrates peuvent l’emporter en Europe, où le PSE et le PPE sont au coude-à-coude. Le nombre d’élus socialistes en France sera donc décisif. Surtout, l’objet de l’élection ne se situe pas au niveau national : ce n’est pas Paris qu’il faut gagner mais Bruxelles. Les électeurs mécontents gagneront à diriger leur colère vers les sortants plutôt que vers les challengers que nous sommes !

Chez les socialistes français l’Europe divise plus qu’elle ne rassemble. On se souvient du référendum de 2005 mais aussi du vote de plusieurs députés PS contre le dernier traité européen et des saillies contre l’euro fort ou encore les piques d’Arnaud Montebourg contre la politique de « Bismark » attribuée à Angela Merkel.

Le traumatisme du traité européen, rejeté en 2005, a été surmonté. Les socialistes qui se sont déchirés à l’époque figurent aujourd’hui sur les mêmes listes aux européennes, en compagnie de candidats issus de la société civile, comme Edouard Martin, dans le Grand Est. Il reste certes une interrogation chez certains d’entre nous, sur ce que veulent vraiment les dirigeants allemands : souhaitent-ils que la France se redresse ou qu’elle reste entre deux eaux ? Personnellement je penche pour la première hypothèse et l’entrée des sociaux-démocrates dans la coalition gouvernementale à Berlin nous rassure tous. L’inflexion de la politique allemande est palpable.

 

Craignez-vous la montée des eurosceptiques et des populistes aux élections du 25 mai ?

Compte tenu des politiques d’austérité initiées par la droite en Europe, une partie des peuples est dans l’europhobie. Marine Le Pen en France et bien d’autres ailleurs, cherchent à instrumentaliser ce rejet. Ils utilisent la campagne européenne pour se construire dans leur propre nation contre l’Europe ! Nous allons tout faire pour qu’ils n’y réussissent pas. Cela dit, ils sont et seront au Parlement européen des éléments perturbateurs, mais je ne pense pas qu’ils pourront faire ou défaire une majorité.

 

Et les amis de Jean-Luc Mélenchon, qui ne perdent pas une occasion de critiquer l’euro fort?

Les critiques de l’euro fort et la nécessité d’un juste échange sur lesquelles s’appuie le Front de gauche figurent dans notre programme ! Quand Jean-Luc Mélenchon ne se montre pas excessif et caricatural, il nous arrive de partager nombre de ses analyses. Mais au Parlement européen comme à Paris il n’y a pas d’alternative possible avec le Front de gauche, qui est voué à rester dans la dénonciation, alors que nous sommes dans la réorientation. Il n’y a donc qu’un seul vote utile possible, celui qui permet de faire basculer l’Europe de droite à gauche.

Si vous étiez Erasmus de Rotterdam, aujourd’hui, dans quel pays iriez-vous faire vos études ?

Ce serait en Grèce, à Athènes, ou en Italie, à Florence. A Athènes parce que c’est le berceau de la démocratie. A Florence parce que c’est le berceau de la politique. A bien réfléchir, je choisirais plutôt Florence…

 

Propos recueillis par Patrick FLUCKIGER