« Il faut réorienter l’Europe », interview dans Paris-Normandie

par · 21 mai 2014

logo paris normandieParis-Normandie publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou bien ci-dessous:

 

Pour le premier secrétaire du PS, en meeting ce soir à Sotteville-lès-Rouen, il faut soutenir l’Europe et lui imprimer une nouvelle direction sous la conduite de Martin Schulz.

Entouré de Laurent Fabius, de Guillaume Bachelay, de la députée-maire socialiste Luce Pane et des deux têtes de la liste « Choisir notre Europe » dans la circonscription du Nord-Ouest, Gilles Pargneaux et Claude Roiron, le « patron » du PS, Jean-Christophe Cambadélis, sera ce soir au Trianon Transtlantique de Sotteville-lès-Rouen, pour un meeting européen à partir de 20 h 30.

Vous rencontrez ce mercredi soir les Normands. Qu’êtes-vous venu leur dire?
Jean-Christophe Cambadélis. : « Tout d’abord que ces élections européennes sont importantes, historiques, parce que les Français auront pour la première fois l’occasion de dire ce qu’ils veulent pour l’Europe et d’élire le président de la commission européenne. Et s’ils sont, comme moi, peu satisfaits de la manière dont l’Europe est administrée et fait face aux problèmes économiques et sociaux. Ils ont tout intérêt à changer de majorité. Elle est pour l’instant celle du PPE, c’est-à-dire celle des conservateurs de l’UMP en France ».

Vous affirmez que l’on peut tout à la fois défendre les intérêts de la France et construire l’Europe. Est-ce possible dans tous les domaines?
« Oui, c’est possible. En tout cas c’est nécessaire car l’Europe est la dimension indispensable pour régler les grands problèmes auxquels nous sommes confrontés : la finance folle, la mondialisation sauvage, les difficultés économiques, les flux migratoires, la lutte contre le terrorisme… »

L’Europe, dîtes-vous aussi, est enfermée dans une austérité qui ruine toute relance. Comment en sortir?
« Il faudrait lire autrement les traités où il est dit stabilité et croissance. Or la stabilité s’est transformée en austérité et la croissance, malgré les demandes de la France, peine à se déployer. Ensuite il faut débureaucratiser l’Europe, qui passe plus de temps sur la courbure des bananes, la hauteur des chasses d’eau, voire la taille des bocaux d’olives, que sur la garantie jeunesse ou le développement industriel, la protection de la pêche et de l’agriculture bio. Enfin, il faut une politique commune de l’énergie, un traité social qui débouche sur un SMIC européen, et qui permette de faire face au dumping social qui veut que le moins-disant social gagne dans chaque pays ».

C’est justement le reproche que font à l’Europe les salariés français, qui se sentent menacés par ce dumping social. Comment les rassurer?
« Il faut leur dire de ne pas se tromper de colère : ce n’est pas l’Europe qui est responsable, c’est la politique qui y est menée. Or, depuis plus de dix ans, c’est une politique de droite, libérale et conservatrice, obsédée par la nécessité de réduire les déficits et peu soucieuse de la croissance. Avec une autre politique, celle que nous préconisons avec les vingt-huit partis sociodémocrates, l’Europe aura une autre physionomie bien différente ».

Après des débuts timides, la campagne électorale semble se durcir dans la dernière ligne droite. Au lendemain de votre débat télévisé avec Marine Le Pen, est-ce également votre sentiment?
« Oui, parce qu’on a mis le Front National au centre de cette campagne, alors que cette formation ne pèsera ni sur le destin de l’Europe, avec ses 751 députés, ni sur celui de la France puisqu’il ne s’agit pas d’élections législatives. Il y a une dimension inutile dans le vote FN. Il détourne la colère contre l’Europe. Alors qu’il faudrait au contraire donner un débouché utile à cette colère : c’est-à-dire la réorientation de l’Europe ».

C’est compliqué aujourd’hui d’être le patron du PS ?
« Il y a eu des moments où c’était plus simple… Mais le challenge est exaltant, parce qu’il faut accompagner le gouvernement dans le redressement de la France, et reconstruire le parti socialiste pour lui permettre de retrouver la place qui doit être la sienne, c’est-à-dire la première. Or les élections municipales ont touché les fondations du PS. Nous avons perdu énormément de municipalités qui en constituaient le socle, ce qui est notre spécificité en Europe. Il nous faut donc retisser du lien avec les Français, leur indiquer là où nous voulons aller, leur expliquer le sens de notre action ».

Les sondages ne sont pas bons…
« Ils ne nous sont pas favorables en France. Mais ils se sont tellement trompés lors des municipales que cela donne à chacun des raisons d’espérer. A l’échelon européen, en revanche, les sociodémocrates peuvent arriver en tête. Nous sommes à un ou deux sièges près de la majorité. Donc chaque voix comptera, que ce soit en France, en Italie, en Allemagne ou dans d’autres pays ».

Propos recueillis par Franck Boitelle