Réplique à Jean-Louis Bourlanges

par · 21 mai 2014

JL Bourlanges

Jean-Louis Bourlanges, pour qui tous les européens ont de l’estime, est sorti de sa semi-retraite européenne pour contredire sa famille politique. En effet, il trouve que l’on « maltraite » le traité de Lisbonne en laissant croire que le Parlement européen désignerait le Président de la commission. Ce faisant, il contredit sa famille politique, l’UDI-Modem, qui milite pour Guy Verhofstadt.

La lecture du traité de Lisbonne par Jean-Louis Bourlanges est celle de Herman Van Rompuy et de beaucoup de responsables de Bruxelles. Elle vise à faire obstacle à la « politisation de la construction européenne ».

Pour eux l’Europe a une subtilité que la démocratie parlementaire ne peut atteindre. Celle-ci exerce une neutralité dépolitisée à l’égard de ces garnements que sont les Etats dépensiers et la mise hors jeu des parlementaires européens qui sont des hooligans dans l’arène aseptisée européenne. Il manquerait plus que le peuple s’en mêle.

Ce raisonnement serait défendable si Monsieur Borroso, l’ancien président de la Commission, avait été un technocrate bon teint. Mais il a été un responsable du PPE désigné par une majorité de gouvernants conservateurs avec l’amicale pression de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. L’un parce qu’il avait un mépris de fer pour la Commission, l’autre parce que José Manuel Barroso écoutait ses recommandations.

Pourquoi la politisation cachée serait-elle supérieure à la politisation par les urnes ? Franchement ! La Commission, comme le Conseil, ne sont pas une assemblée de notables chargée de faire respecter les traités. On y fait de la politique. On y défend une lecture de l’économie. On y fixe des priorités qui sont loin d’être neutres. Faire croire aux français qu’il y a quelque vertu à l’apolitisme européen, c’est draper d’un voile pudique l’idéologie qui gouverne l’Europe.

Ensuite le traité de Lisbonne est-il maltraité ? L’article 17 nous dit que le traité stipule que le conseil « des chefs d’Etat » doit « tenir compte » du vote des électeurs. On imagine mal qu’il ait pu dire autre chose. Je ne crois pas que le Conseil puisse dire : «  Non ! En fait vous avez voté mais on vous en présente un autre ». Surtout à partir du moment où les conservateurs, Angela Merkel compris, ont tous fait campagne pour Jean-Claude Juncker. J’imagine la réaction au Parlement et les lazzis des nationaux populistes.

Cette voie n’est pas praticable. Elle provoquerait une tension entre le Parlement et le Conseil et ruinerait à tout jamais la confiance dans la construction européenne. Celui qui arrivera en tête sera choisi. A lui de construire une majorité pour être adoubé par l’assemblée.

Là, tous les cas de figures sont possibles comme dans tous les régimes parlementaires. Martin Schulz a clairement dit qu’il travaillerait à une majorité progressiste. C’est simple, si on veut que l’Europe change, il faut changer la majorité de droite, qui gouverne depuis 10 ans.

Enfin on dit à ce sujet tout et son contraire. Je sais que Madame Merkel pense que la démocratie doit être conforme au marché. Alors pour les uns, elle serait défavorable à l’arrivée de Martin Schulz à la Présidence de la Commission. Elle serait défavorable à la lecture parlementaire du traité. Pour d’autres Madame Merkel souhaiterait l’arrivée de Martin Schulz avec qui elle aurait un accord secret. Et notre ami Bourlanges de souhaiter que la « lucide Madame Merkel » fasse triompher l’intergouvernemental au détriment de la commission.

Cette vision n’est plus l’étape de la construction européenne car les problèmes auxquels celle-ci est confrontée sont politiques. Et quand on chasse la politique par la porte, elle revient par la fenêtre sous la forme peu rieuse du national populisme.

Alors le traité de Lisbonne a ouvert la voie à un « double pouvoir », le Conseil appuyé sur les gouvernements et la Commission appuyée sur le Parlement. C’est dans cet équilibre institutionnel que dorénavant l’Europe va se mouvoir.

Le Conseil est le lieu du compromis entre les Etats nations. Le Parlement est le lieu du rapport de force des peuples. L’un ne doit pas l’emporter sur l’autre mais les deux vont vivre si la majorité parlementaire ne correspond pas à la majorité au conseil dans une tension constructive.

J’ajouterais, pour les Français, un dernier argument. La France dans les années Jospin était montrée comme modèle en Allemagne. Depuis la France a vu le couple franco-allemand se déséquilibrer.

Madame Angela Merkel se mêle de beaucoup de choses, elle le fait avec une vraie foi européenne mais avec des convictions qui ne sont pas communautaires. Elle a tendance à tourner le dos aux recommandations de Helmut Schmidt qui invitait son pays au nom de l’Histoire : à la prudence, à l’humilité.

L’Europe c’est une construction originale des Etats d’Europe Unis. Le Parlement sans être souverain à l’instar des parlements nationaux. Mais il est l’émanation des votes de 28 peuples. Il n’est pas mauvais qu’il fasse contrepoids à la tentation de telle ou telle nation de prendre l’Europe à son compte.

Ne croyons pas que l’on fera l’économie de la construction communautaire en déposant le destin européen dans des mains aussi éclairées soient-elles. Sinon cela va mal se terminer.

Le caractère historique – continental – de l’élection imposant via le Parlement le candidat à la présidence de la Commission ouvre un nouveau chemin. Il faut l’emprunter, la torche de l’intérêt des nations européennes à la main. Beaucoup des réponses au débat institutionnel se trouvent dans cette évolution.

Les commentaires3 Commentaires

  1. orard Marguerite dit :

    si le vote de dimanche n’est pas suivi par le Conseil, je pense que les Européens iront encore moins vôter -il faut faire avancer la démocratie même avec ses faiblesses – et nous faire confiance

  2. bleuetoiles dit :

    si le conseil ne respecte pas le choix des électeurs , le parlement doit se dresser contre cette attaque vis à vis la démocratie !
    sinon , c’est la fin de l’UE .

  3. Antoine dit :

    Vous faites semblant de ne pas comprendre les propos de Bourlanges et vous trompez les électeurs en leur laissant croire qu’ils votent, peu ou proue, pour élire le Président de la Commission. Celui-ci sera élu en novembre par les parlementaires APRES DESIGNATION PAR LE CONSEIL.
    Les institutions ne sont aujourd’hui ni plus ni moins démocratiques qu’avant, par contre, le mode de scrutin actuel est une calamité. Sans parler de l’absence de projet commun aux européens.