Notes sur le discours de Jean-Christophe Cambadélis devant le Conseil National du Parti socialiste, samedi 14 juin 2014

par · 17 juin 2014

Notes sur le discours de Jean-Christophe Cambadélis devant le Conseil National du Parti socialiste, samedi 14 juin 2014


Seul le prononcé fait foi

Merci, chers camarades. Merci à vous d’être encore présent et à l’heure cette après-midi pour ce second moment du Conseil national. Nous étions nombreux à vouloir que cette réunion se tienne sur une journée. Voilà qui est fait, c’est un bon début.

Le Premier ministre s’est exprimé ce matin, tout comme de nombreux cadres du Parti. Il me revient désormais de vous présenter notre feuille de route pour une séquence qui commence maintenant et ira jusqu’aux élections régionales.

Mes chers amis, je doute ! Oui, je suis pris d’un doute ! Non pas sur tel ou tel aspect de la politique économique et sociale menée, ni sur la solidité des valeurs du socialisme et la viabilité des principes de la République dans l’époque qui est la nôtre. Je doute en fait sur la place et l’avenir de la Gauche dans l’espace politique. Je m’interroge : notre histoire a-t-elle un avenir ou va-t-elle être marginalisée, s’estomper, puis disparaître ?

Cette question a été posée clairement à la suite des dernières élections : notre camp a peiné à mobiliser et l’abstention des nôtres a été massive. Mais, regardons plus précisément : cette séquence n’a en réalité pas débuté avec les municipales et les européennes mais bel et bien dès les élections partielles. Et donc indépendamment de notre politique économique. Déjà, l’abstention était massive et la gauche n’était pas au second tour. Déjà, on sentait une dynamique du Front national. Déjà, en arrière-fond pointait une recomposition radicale du débat publique dans notre pays, un changement redoutable dont nous devons mesurer l’ampleur et la portée. Au fond, la grande controverse qui animait le champ politique depuis le lendemain de la seconde déflagration mondiale a perdu sa force structurante : le débat autour de l’égalité et de la justice sociale a ainsi laissé place à une nouvelle controverse, celle de l’identité.

Sans que nous n’y prenions garde, le principe d’identité a remplacé le principe d’égalité dans les débats pour lire et changer le réel. Dans un contexte de mondialisation qui s’accentue sans cesse, l’idéologie dominante qui imprègne les discours s’articule ainsi: peut-on s’inscrire dans cette mondialisation sans perdre son identité ? Le corollaire de cette lecture renvoie aux rapports à l’Autre. La question centrale n’est plus celle du vivre ensemble mais de savoir comment vivre malgré l’Autre. Cette radicalisation des débats va de pair avec une forme de racialisation des discours, où d’aucuns évoquent des « Français de papier » qui s’opposeraient aux « Français de souche ». L’ennemi est tout trouvé c’est l’Autre, celui qui a une autre peau, celui qui est d’une autre religion. De la à la chasse à l’anti-France, il n’y a qu’un pas !

Cette grille de lecture est devenue la nouvelle matrice structurante du débat politique dans notre pays. Pour reprendre Carl Schmitt, un philosophe allemand certes peu recommandable, la politique est la capacité à désigner l’ennemi. La polarité ami-ennemi est ce qui structure le champ politique et détermine la dynamique des forces politiques en son sein. La gauche ayant accédé au pouvoir, des institutions nationales aux collectivités locales, a su façonner la France telle qu’elle est aujourd’hui. Mais, la Gauche a perdu la capacité de pointer et nommer l’ennemi.

Si vous combinez cette incapacité à la perte de centralité du principe d’égalité et y ajoutez le fait que nous sommes entrés dans un système de tripartisme – où le FN, l’UMP et le PS ont leur place – alors vous saisissez clairement que la marginalisation politique peut nous guetter. C’est ainsi, la séquence qui s’ouvre peut être une séquence de marginalisation pour notre Parti et notre camp. Car rien ne dit que nous pourrons à l’avenir matricer le débat politique français. Dans un contexte de tripolarisation du champ politique, le combat politique s’articule autour du combat pour être au second tour. C’est un combat à mort.

Qui pourra dire que nous serons au 2e tour ? Si nous n’y sommes pas, qui y sera ? Comme le Premier ministre l’a évoqué ce matin, Marine Le Pen peut très bien être au 2e tour des présidentielles, par exemple, contre François Hollande. Mais, pensez-vous que la droite nous soutiendra de manière franche ? Pensez-vous qu’un parti en décomposition comme l’UMP suivra d’emblée l’appel à la discipline républicaine ? N’y a t-il pas une porosité active entre le « street » party formé dans le combat contre le mariage pour tous, le Front National et l’UMP ? Et, si par malheur nous étions absents du 2e tour, vous imaginez l’effet d’un appel pour soutenir Nicolas Sarkozy ? Vous le voyiez, la donne est nouvelle et elle est cruelle.

Il faut dire les choses telles qu’elles sont : ce parti qui a surgit des décombres de la 2e guerre mondiale et de la décolonisation est aux portes du pouvoir. Je l’ai dit récemment devant les parlementaires de la majorité, je le redis devant vous: notre génération fait face à un moment historique. Certes, la République, évidemment, et la Gauche, également, ont vécu des moments difficiles et ont su les surmonter. Mais, la potentialité dangereuse de la période actuelle ne doit pas être sous-estimée. C’est en ayant une conscience précise du danger qui vient que l’on arrive à l’anticiper et donc à le prévenir. La logique de xénophobie de Marine Le Pen porte en elle une autre logique plus radicale, plus létale: l’apartheid. Pour le Front national, notre pays devrait être coupé en deux, les « Français de souche » ayant plus de droits que les « Français de papier ». Cette logique d’apartheid provoquerait une réaction de rejet inéluctable, s’ensuivrait un affrontement infernal et adviendrait en conséquence une explosion effroyable de notre République. L’Islamophobie porte en germe la déflagration républicaine C’est ce scénario catastrophe que, par notre action résolue, nous devons à tout prix empêcher.

Les derniers scrutins l’ont montré, le Front national a muté. Il n’est plus uniquement protestataire, il s’est mis en situation de prendre le pouvoir. En utilisant la xénophobie et le racisme pour progresser dans les élections, il a décidé de faire de la sortie de l’Europe la solution à la crise. Le Front national n’a pas de revendication économique mais un programme politique. Il s’est doté d’une identité claire et a désigné clairement les ennemis de sa politique. Même si l’UMP en crise à la recherche de son identité mais surtout de sa ligne et de son programme reste l’adversaire, le concurrent dans la république, le FN est pour sa part l’ennemi hors la république.

Pour surmonter la crise qui l’agite, la gauche doit elle aussi répondre à la crise de son identité. Nous avons bâti, grâce à l’anticipation et au génie de François Mitterrand, une formation politique qui a su répondre au bipartisme et qui a su l’utiliser. Il fallait dominer le Parti communiste et incarner l’opposition aux gaullistes. Cette structuration imposait un schéma dans lequel les formations politiques classiques se devaient d’être et d’agir comme des partis « attrape-tout ».

Cette histoire est la nôtre et fait que nous avons aujourd’hui encore une formation formidable. Nous sommes le parti des « gégé ». De notre ami Gérard Colomb à notre ami Gérard Filoche, nous occupons un espace politique très large qui sans être abyssal – il n’en est pas loin – peut provoquer quelques difficultés aux adducteurs. Cette extension est une bonne chose pour notre formation, nous permettant de rassembler. Mais, qu’y-a-t-il au centre de notre parti ? Quelle est son identité profonde ? En baissant le centre de gravité de notre formation, on pourrait écarter les éléments contradictoires pour gagner des élections où le bipartisme règne en maître. Mais, nous sommes dans un modèle de tripartisme et la question centrale est d’être au 2e tour. La nécessité absolue c’est d’avoir une identité claire, un discours limpide et d’incarner une force propulsive.

C’est la raison pour laquelle je vous invite solennellement à reconstruire ensemble notre identité. Croyez moi, être capable de porter un projet de société, dire ce qu’est un socialisme moderne, ce n’est pas un débat secondaire, c’est essentiel. Et vital. Nous devons balayer dans cette reconstruction tout le champ ! Il faut répondre à ce qu’est le socialisme, en quoi il est la réponse moderne, quel type de société il veut, promouvoir qu’est ce que l’égalité, l’émancipation, la liberté, la laïcité aujourd’hui. Quelle est notre vision de l’Europe au moment où les critères d’après-crise vont céder le pas aux critères de sortie de crise.

Si nous ne le faisons pas, les prochaines élections régionales seront la préfiguration de notre perte définitive. Si dans ces élections, nous sommes à nouveau à la périphérie du combat pour le pouvoir des régions, ceci préfigurera l’issue tragique de la bataille présidentielle. Rien ne dit que la gauche dans son ensemble ne dévalera pas la montagne de l’autre côté. C’est la raison pour laquelle, j’ai proposé dans ma feuille de route, que nous organisions des états généraux pour refonder la carte d’identité du PS. Nous lancerons leur organisation à la Rochelle. Pourquoi ? Mais, parce que dès lors qu’il s’agit d’identité, ce sont les militants qui doivent décider. L’identité, c’est quelque chose que nous devons porter tous ensemble. J’imagine sans mal que les camarades, en section, qui ont été ébranlés par les derniers scrutins, sauront y fournir une réponse constructive.

Voici pour le premier point, le point central et vital de notre identité. Il y a un second sujet, sujet important qui sous-tend le précédent : celui de notre organisation. Notre Parti a un besoin absolu et urgent de renouveau, de respect et de rassemblement.

Renouveau, cela va de soi et cela a souvent été dit. Il faut le faire, il faut que les responsables et militants qui incarnent notre politique incarnent le renouveau. Pour nous, il s’agit de passer dans les meilleures conditions possibles le témoin à la génération nouvelle. Et non pas d’être la génération qui éteint la lumière. De fait, nous ne pouvons aborder les prochaines échéances avec un dispositif politique à l’identique. Il est difficilement concevable que les sortants puissent être à nouveau ceux qui portent le renouveau alors que, suite à la réforme territoriale, notre paysage aura changé du tout au tout.

Notre parti a besoin de renouveau mais également de respect. Dans le cadre de mes fonctions, je travaille et fais en sorte que le Parti socialiste soit respecté. Mais pour qu’il le soit, il faut qu’on se respecte. Comme vous tous, je ne supporte plus de voir certains socialistes s’affronter entre eux avec des mots plus durs que ceux qu’ils envoient à la droite. Parce que lorsqu’on est blessants entre nous, on se blesse soi-même, on insulte nos militants et nous froissons nos électeurs.

Cela n’a échappé à personne que je suis un passionné des débats. On peut être en débat, s’affronter, mais se respecter. Ce qui faisait la force du parti d’Epinay, c’est non seulement qu’on participait aux réunions du début à la fin – je plaisante – mais que l’on respectait le débat. Je sais, aujourd’hui, on tweete, on ne résiste pas au narcissisme d’être cité, au délice d’être filmé. Mais, tout de même, nous avons une responsabilité collective qui nous oblige à maitriser notre expression pour, une fois encore – répétons cette exigence – que le Parti socialiste soit respecté. Il y a entre nous la nécessité du rassemblement, qui ne peut être que formel et doit se manifester et se construire dans le cadre d’un débat.

Nous avons tous ici dirigé des bouts de formation, des collectivités locales. Nous savons donc conjuguer rassemblement et singularité. Il y a chez nous des avis différents, c’est la vie du Parti socialiste et son honneur. Nous devons faire en sorte que le compromis et le rassemblement l’emportent. Le débat ce n’est pas imposer sa ligne à l’autre, c’est comprendre les logiques des uns et des autres et trouver un compromis, pour avancer. C’est essentiel pour être crédible et audible auprès des Français qui nous observent et aiment eux aussi les débats. Leur attente est claire : nos débats doivent aboutir et déboucher sur des positions et des propositions concrètes et utiles. Oui utiles ! Ils nous veulent utiles et pas futiles.

Mes amis, mes camarades !
Le Parti socialiste est un parti formidable. De la tête aux pieds, tout est là. Un bureau national qui débat, un secrétariat au travail, des commissions qui élaborent, proposent et animent. Des fédérations qui se réunissent, des secrétariats fédéraux qui organisent, des bureaux de section qui débattent, des militants qui collent partout, qui tractent sur tous les marchés et parfois même aux portes des usines. Quand je dis ça, certains sourient. Ils ont raison ! Car sur le papier tout cela existe mais la réalité est tout autre. Certains camarades débattent et se battent pour exercer des responsabilités et accéder aux instances nationales et fédérales. Mais, une fois arrivés dans ces instances, on ne les y croise pas toujours. Souvent, on se retourne et on se dit : tiens, c’est marrant au BN les copains arrivent 30 minutes après le début. Puis ils sortent. D’autres viennent 20 minutes avant la fin en s’offusquant qu’on ne leur ai pas encore donné la parole. N’est ce pas le cas dans vos sections ? La réalité c’est aussi qu’il y a des fédérations qui se réunissent et débattent peu. Des responsables qui me disent ne pas s’être réunis depuis le congrès de Toulouse. Vous le concéderez, nous avons véritablement besoin d’une organisation qui soit en place. Et puis, il y a notre système d’organisation qui date de la SFIO. Elle est verticale. Le 1er fédéral, le pauvre – nous les avons vus hier – est parfois – souvent même – un élu qui n’a pas le temps de s’occuper vraiment de sa fédération. Quand le 1er fédéral arrive dans sa fédération, ou le secrétaire de section dans sa section, ce n’est plus lui qui porte la parole d’en haut, « la ligne » comme on disait.

Aujourd’hui, tous les militants sont au courant de tout et savent tout. Ils ont entendu les phrases même peu amènes prononcées. Ils ont vérifié ce qu’on dit les uns et les autres. La forme verticale de notre organisation est directement impactée par la communication horizontale. Et je ne vous parle pas des chaînes d’infos ! Dans le domaine de l’utilisation des nouvelles technologies de l’informatique nous sommes les derniers. Les meilleurs ? Vous savez qui ils sont ? Oui, c’est le Front national. Ils ont aujourd’hui une capacité d’envahir le net. Ne sous-estimer pas ce champ de bataille car c’est là, que les opinions se forment et que les comportements se cristallisent. Les réseaux horizontaux permettent de propager des idées comme jamais et au final de matricer le débat politique. Sachez également, chers amis, que tous les journalistes politiques sont abonnés à vos comptes Twitter. Ils savent ce que vous dites ou ne dites pas. Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est la nécessité de restructurer notre appareil politique, de revoir notre système de communication et de repenser notre organisation. Encore un sujet. Un élu me disait récemment que sa ville a été recouverte d’affiches contre le Parti socialiste. Qu’il a pris de vieilles affiches et qu’il a recollé. Il ne serait pas mauvais qu’on ressorte coller des affiches. Comme vous avez tous eu, lors des débats de ce matin, la délicatesse ou l’intelligence pour être entendu par tous, de dire que tout ce que faisait le gouvernement n’était pas si mauvais, on pourrait le dire dans des tracts hebdomadaires. Guillaume Bachelay a présenté notre rapport d’activité. Ce rapport démontre l’action menée par les socialistes. Je pense que si nous étions fiers de ce que nous faisons ensemble, les questions qui nous occupent aujourd’hui auraient un autre aspect et le débat une autre saveur.

Renouveau, respect mais également rassemblement. C’est mon troisième volet avant d’évoquer les régionales. Concernant l’unité, il faut avoir en tête une idée simple : on ne peut pas unir les autres si on est désunis soi-même.

Il est difficile d’échanger sereinement dans une phase où la gauche dans son ensemble se fait bousculer sévèrement dans le débat politique. Ce n’est plus aisé de rassembler et de mobiliser l’ensemble des formations de Gauche et des écologistes, ébranlés et émiettés qu’ils sont.

J’ai reçu et vu tout au long de cette semaine l’ensemble des forces de gauche et des écologistes. Je n’ai pas été jusqu’au Parti de Gauche, mais cela viendra. Laissez-moi vous dire une chose : ne sous estimez pas le désarroi dans lequel se trouve l’ensemble de la gauche. Si le peuple de gauche adhérait à une autre offre politique cela se verrait. Ne croyez pas qu’il existe un réservoir stratégique magnifique, une incroyable inventivité tactique. Il y a chez eux le même doute que j’évoquais au début. Les écologistes se trouvent en difficulté parce qu’ils ont quitté le gouvernement sans expliquer leur démarche, sans en fournir les raisons.

En leur sein, il y a plusieurs stratégies, plusieurs tactiques. Ils n’ont pas tous renoncé au projet de supplanter le Parti socialiste, de faire de nous des marginaux, mais ils butent sur la culture de gouvernement. Le Parti communiste pour sa part s’interroge sur sa stratégie. Ce n’est pas un hasard s’ils ont choisi de nous rencontrer. Sur la question de la SNCF, le Parti communiste a été congruent avec la majorité. Ils ont même demandé que le texte soit mis à l’ordre du jour. La difficulté avec la CGT est qu’elle oscille entre la volonté de signer des accords et la peur de se voir débordée. La difficulté pour le Parti communiste est qu’il voudrait revenir à une union de la gauche – certes plus à gauche – sans laisser d’espace sur sa gauche. Et en même temps, tout le monde s’inquiète d’une situation où le Parti socialiste serait en panne.

Comme me disait un ancien du Parti communiste : « nous ne voulons pas être marginaux dans un parti marginal ». C’est un peu le paradoxe de la situation pour nos deux partenaires. Ils veulent se construire en nous contestant mais s’alarment de notre affaiblissement. Alors nous devons être une force motrice et non pas la résultante des exigences et des pressions des autres. J’espère que nous allons militer pour. J’espère aussi que nous serons capables d’avoir des listes communes aux régionales. J’espère avant cela que nous aurons des listes communes ou une alliance aux sénatoriales car nous pourrions alors commencer l’année avec une surprise. Cela pourrait changer la situation et modifier la suite.

Mes chers amis, si nous abordons les élections régionales sans union, et ce même si nous aurions au préalable su refonder notre identité et restructurer notre formation et même si la réussite du gouvernement était au rendez-vous. Malgré tout cela, sans union, je crains que nous ne soyons en capacité de concourir pour la victoire.

Dans une situation où la France est en train de s’habituer au tripartisme, l’alliance à Gauche est plus que nécessaire. Notre parti doit se doter d’un programme pour les échéances régionales, devenir une force dynamique et si possible recréer l’unité. Cela nécessite également que notre formation soit en capacité de former ses militants. Nous avons travaillé avec Emeric Bréhier et David Assouline à relancer la formation des militants. Je pense que ceci est essentiel, nous en reparlerons en détails d’ici peu, car il y aura un cycle régional de formation des militants.

Certains diront : l’intervention du Premier secrétaire touche à sa fin. Belle intervention. Tout cela est bien pensé et bien dit. Enfin, j’espère qu’ils le diront. Mais, il a oublié deux petites choses. D’abord il n’a pas évoqué ce qui fait le sel de la terre : le prochain Congrès. Il n’a pas évoqué non plus ce qui peut faire le sucre de la terre, c’est-à-dire la désignation des têtes de listes et les listes aux régionales. Donc, je vais évoquer ces deux points pour finir. Oui, nous aurons un Congrès. La date est difficile à dire à ce jour. Car le gouvernement a donné une date pour les élections régionales à l’automne 2015, le Conseil Constitutionnel peut nous imposer des élections au mois de mars. Ce qui nécessiterait d’accélérer l’ensemble de notre dispositif.

Je souhaite vous faire la proposition suivante : on va en discuter ensemble. On va mettre en place une commission avec tous les sages possibles et inimaginables, tous les représentants des sensibilités, des sous-sensibilités et des sous-sous-sensibilités. Non, je n’oublierai personne. Cette commission sera évidemment paritaire. « Évidemment » car chaque sensibilité est évidemment dans la parité. Nous discuterons ensemble de la date du Congrès et de la forme que nous allons donner à ce Congrès. A ce sujet, je vous fais, mes chers amis, une suggestion : que ce congrès ne ressemble ni au congrès de Rennes, ni à celui de Reims. Que ce Congrès nous permette de discuter mais qu’il soit maitrisé.

Il n’est pas interdit de penser qu’un jour, dans le cadre de nos réformes, nous arrivions à imposer l’idée que l’ordre du jour des Congrès ne soit pas fixé par le bureau national mais par les militants pour qu’ils disent ce qu’ils veulent discuter et que nous soyons alors en capacité de leur répondre. Je rêve d’un congrès dont on sort en sachant ce qu’on a voté et en connaissant la ligne. Quant à la désignation des têtes de listes, je vous propose de le faire après les États généraux qui se tiendront début décembre.

Chers amis,
Pour ce qui est du débat et des perspectives ouvertes par les forces de gauche et les écologistes, j’ai déjà dit mon accord pour participer en votre nom au débat proposé par les écologistes, j’ai déjà dit mon accord pour participer au débat des radicaux sur la VIe République, j’ai déjà dit mon accord pour participer au débat des communistes sur la réindustrialisation. J’ai proposé à toutes ces formations, non pas un programme commun, ils n’en veulent plus, non pas à la Gauche plurielle, ils n’en veulent pas plus, mais à reconstruire au moins le désistement républicain. J’ai proposé un programme minimum entre les force de gauche qui soit un élément de repère et plus si affinités. Je leur ai proposé et ils ont accepté, sauf les amis de Jean-Pierre Chevènement, que nous fondions ensemble un comité national d’action pour le droit de vote des étrangers à l’automne. Je leur ai proposé, et ils en étaient d’accord, de travailler ensemble à une université permanente de la transition écologique. Et, je leur ai proposé que nous construisions un espace de confrontation entre l’ensemble des forces de gauche pour avoir un débat sur le fond. Car jusqu’à présent le Comité de liaison de la Gauche se réunissait à deux occasions, la première à la veille des élections en cas de difficultés – d’ailleurs il faut que nous nous parlions car il y a des difficultés à appliquer les accords pour les sénatoriales à venir- ou parce que le front national avait fait une sortie qui appelait une réponse de la gauche. Il faut des réunions régulières, des discussions pour comprendre où se situent les convergences et où se trouvent les divergences. Le débat entre les forces de gauche et les écologiques doit devenir quasi naturel et le Parti socialiste doit être en capacité à chaque fois d’apporter ses réponses. Vous comprendrez que ceci ne peut se faire qu’avec une certaine loyauté entre les gauches et les écologistes. Je ne veux pas finir mon propos sur cette notre pessimiste, mais je redis ici ce que j’ai dit à toutes les formations politiques : on ne peut pas jouer avec nos minorités respectives. C’est une question de respect. Le Parti socialiste n’est pas à vendre à la découpe. Car, si nous commençons de la sorte, tout le monde peut le faire. Et, dans ce domaine, je ne suis pas tout à fait manchot.
Un dernier point. Je comprends que certaines sensibilités, certains courants souhaitent inviter d’autres partis, cela ne me gène pas. Encore qu’il y ait des moments pour le faire… Mais ne passez pas sur la ligne des autres !

Voilà, mes camarades, la feuille de route que je vous propose pour aller jusqu’aux régionales. D’autres échéances suivront. Et j’entends bien que certains camarades éclairés voient loin et anticipent déjà. Très bien ! Mais, si l’on pouvait rester concentrés sur celle qui est devant nous. C’est-à-dire les régionales, la refondation de notre carte d’identité, le renouvellement de notre formation politique, la reconstruction de l’union de la gauche et des écologistes et peut-être à la suite quelque succès lors de sélections régionales. Cela, en toute bonne dialectique, modifierait peut-être les conditions mêmes des échéances futures. C’est tout ce que je souhaite à notre formation politique. Merci.