« Il ne faut pas mépriser l’adversaire », interview dans Le Figaro

par · 7 août 2014

Le Figaro

 

Le Figaro publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver ci-dessous:

 

Pour le premier secrétaire du Parti socialiste, la gauche « ne doit pas se déterminer par rapport à Sarkozy ».

LE FIGARO.- Que pensez-vous du retour de Nicolas Sarkozy ?
Jean-Christophe CAMBADÉLIS.- La France est traversée par la plus grande crise de l’après-guerre et l’ex-président éconduit par le peuple croit pouvoir tenir en haleine la France autour de son retour ! Il n’y a pas d’appel dans le pays pour Sarkozy. Tout juste un appel dans l’UMP, qui veut s’en sortir. Mais Sarkozy refuse tout bilan. Il n’a comme programme que son retour. Il minaude : « J’y vais, j’y vais pas, appelez-moi et je verrai… » Il espère être un recours. Mais pour ce faire, il faut une conjoncture, un appel du peuple et un passé glorieux. N’ayant rien de tout cela, il veut revenir par la petite porte en utilisant son retour à l’UMP pour faire taire les affaires.

Nicolas Sarkozy est-il un adversaire dangereux pour François Hollande et le PS ? Redoutez-vous ce retour ?
Il ne faut jamais mépriser l’adversaire. On peut le maîtriser, mais pas le mépriser. Cela dit, tous les futurs candidats de droite pour 2017 seront dangereux, au son du tambour thatchérien. Mais il ne faut pas se déterminer par rapport à Sarkozy ; ce n’est pas lui qui doit donner le tempo. Il faut rester concentré sur l’intérêt du pays et le rassemblement de la gauche.

Comment Hollande envisage-t-il ce match retour ?
Il n’a pas peur. La défaite de Sarkozy est dans la tête de Sarkozy. Ce dernier revient non pas par goût du pays, mais par vengeance de ce qu’on lui fit.

Selon l’Ifop, Hollande ne se qualifierait pas au second tour d’une présidentielle. Faut-il organiser une primaire à gauche pour choisir le meilleur candidat ?
C’est trop tôt pour le dire. Nous ne connaissons pas l’état d’esprit du pays, la volonté des dirigeants de gauche et le choix du président. J’ajoute que ce sondage est à relativiser : j’ai connu Balladur et Jospin élus deux ans avant l’élection ! Mais ce sondage doit être mesuré à l’aune de ce qu’il indique : dans le tripartisme, il faut être au deuxième tour. Or, pour l’instant, personne ne l’est (ni Hollande, ni Valls, NDLR). François Hollande accélère le redressement du pays. Manuel Valls met de la cohérence et de la détermination dans l’action du gouvernement. Mais les Français sont en colère et ne voient pas, à cette étape, en quoi la voie que nous leur offrons est la plus juste et la plus équilibrée.

Le PS doit-il changer de stratégie pour affronter Nicolas Sarkozy ?
Le PS a entamé un processus de rénovation et de reconstruction après sa défaite historique aux municipales. La distance d’une partie de notre électorat ne date pas du pacte de responsabilité, mais a commencé dès le lendemain de la présidentielle. Il faut donc que le PS se remette en cause et change du sous-sol au grenier. Le retour de Nicolas Sarkozy donnera une visibilité à l’UMP et redonnera au débat politique sa coloration gauche-droite. Nous quitterons la période du « PS bashing » et du « tous contre Hollande ».

Propos recueillis par Solenn de Royer