Discours d’ouverture de l’université d’été du Parti socialiste

par · 29 août 2014

Discours du Premier Secrétaire du Parti socialiste

Jean-Christophe Cambadélis

Discours d’ouverture de l’Université d’été de La Rochelle

Vendredi 29 août 2014

 

Seul le prononcé fait foi

 

Cher-e-s camarades, mes cher-e-s ami-e-s,

Nous voici, enfin, réunis ici à la Rochelle. Alors, permettez-moi d’exprimer ma satisfaction d’être parmi vous ! Permettez-moi de dire mon plaisir d’être à vos côtés pour échanger des idées, des points de vue et, plus simplement, partager ensemble des moments chaleureux.

Vous êtes, me dit-on, très nombreux à avoir fait le déplacement cette année. Alors, merci à vous toutes et à vous tous ! Votre présence aujourd’hui témoigne de cet attachement commun à notre formation et souligne la vitalité des espoirs de renouveau qui l’animent.

Je tiens à saluer et à remercier, pour son chaleureux accueil, le maire de La Rochelle, Jean-François Fontaine. Merci aussi à Jean-François Macaire, le Président du Conseil Régional de Poitou-Charentes, ainsi qu’à Pierre Cohen et Sayna Shahryari pour leurs engagements respectifs et leurs interventions. Je tiens bien entendu à saluer celui qui préside cette Université et qui vient d’en expliquer à la fois le déroulé et l’originalité: David Assouline.

Je tiens également à saluer mon ami Martin Schulz, Président du parlement européen. Cher Martin, je suis heureux que tu sois là. Je suis heureux de t’avoir entendu dire ce matin des choses précises et importantes sur l’amitié entre nos deux pays, entre l’Allemagne et la France.

J’ai lu aussi dans la presse les propos de Sigmar Gabriel. Et j’ai noté qu’il y a entre le SPD et Madame Merkel une grande différence: le SPD nous tend la main, Madame Merkel nous fait la leçon. Madame Merkel nous dit des choses un peu désagréables et assez déplacées sur notre manière dont la France se réforme. J’en reparlerai dimanche.
Mais, je le dis aujourd’hui: on en parle pas ainsi à la France. La France n’est pas un Land allemand. Alors, merci Martin, d’avoir rappelé la vraie dimension des relations entre nos deux pays, la force de l’amitié qui nous lie.

Mes chers amis, je ne veux pas être trop long. Cette année, il faut laisser le plus de temps possible pour les échanges et les discussions. Je souhaite simplement, en quelques mots, évoquer un aspect de cette Université qui me tient particulièrement à cœur. Je soulignerai, pour conclure, l’état d’esprit qui doit, à mon sens, présider à nos discussions et tous nous animer dans les mois à venir.

 

Vous l’avez compris, cette Université n’est pas comme les éditions précédentes et ce n’est pas simplement dû à sa dimension participative. Si cette Université n’est pas comme les autres, cela tient avant tout au fait que nous y lançons nos états généraux.

Des États généraux, pour quoi faire ? Pour nous redéfinir. Pour nous réinventer. Pour reformuler les raisons d’être du Parti socialiste et aussi pour redéfinir des raisons d’être membre du Parti socialiste. Qu’est-ce qu’être socialiste et pourquoi devenir socialiste ? Telles sont les deux questions essentielles qu’il nous faut impérativement nous poser pour continuer à peser.

Des États généraux parce que le monde a changé, parce qu’il nous faut dire ce qu’est le socialisme moderne face aux bouleversements qui agitent notre monde. Un monde de superlatifs, plus mondialisé, plus connecté, plus polarisé, plus conflictuel et plus complexe que jamais. Pour clarifier tout en problématisant, disons qu’il nous faut penser les conséquences du rétrécissement de l’espace et de l’accélération du temps sur notre formation politique. Les Socialistes ont des choses précises à dire pour redonner de la lisibilité à ce monde présent et oppressant et répondre à la double dictature de l’argent et de l’urgence. Il nous faut, au final, repréciser et réactualiser le projet de société que nous voulons partager avec nos concitoyens. Oui, il nous faut répondre au fatalisme ambiant et aux fanatismes conquérants. Oui, il nous faut redonner de l’épaisseur et de la saillance à nos idées de progrès et de justice. Oui, il nous faut repréciser qui nous sommes, quels sont nos valeurs et nos espoirs, pour quoi nous nous battons et qui nous combattons.

Plus que jamais, le Parti socialiste doit fournir du sens, rappeler la valeur de ses valeurs et produire des idées. Ce travail sur notre identité est indispensable et utile. Il nous rassemblera et attirera de nouveaux militants, de nouveaux sympathisants et aussi, qui sait, de nouveaux talents.

Il y a une autre raison, plus directement liée à notre propre histoire, qui nous force à nous interroger sur ce que nous voulons être et sur ce que nous pouvons faire : la force propulsive d’Épinay s’est épuisée. Le tripartisme a supplanté le bipartisme, il ne s’agit plus seulement de rassembler mais d’être identifié.

Pour redéfinir notre identité nous avons décidé à l’unanimité d’organiser des États généraux. Nous avons voulu mettre en place les États généraux des, par et pour les socialistes. Les militants et les sympathisants doivent être au centre du dispositif puisqu’ils sont le cœur et le moteur de notre formation. De fait, nous avons toutes les raisons d’être fiers de cette approche participative et de cette logique inédite d’ouverture.

 

Alors, mes chers amis, comment vont fonctionner les états généraux ? Lancés ici à l’occasion des Universités d’Eté, les Etats généraux se dérouleront jusqu’au 6 décembre prochain. Nous avons 100 jours pour nous réinventer. 3 mois pendant lesquels des milliers de militants et de sympathisants vont se pencher sur le monde et sur eux-mêmes dans l’une des 3 500 sections et sur internet. L’ouverture se fera également vers les jeunes du MJS, vers les Fondations amies et vers les éminentes et non moins compétentes personnalités qui le souhaitent. Un Comité de pilotage emmené par le meilleur d’entre nous, Guillaume Bachelay, fera le travail d’audition, de convergence et de synthèse. Les contributions consolidées serviront à l’élaboration d’une « charte de l’identité socialiste » qui sera soumis aux militants. Un grand rassemblement national conclura ce trimestre de débats.

 

Mais, mes chers amis, autour de quel questionnement peut-on lancer ce travail sur notre identité? Les questions que je souhaite vous soumettre et que je vais lister sommairement dans un instant sont suffisamment larges pour engager la réflexion et permettre les discussions. Une fois encore, elles font office de déclencheurs. Si elles ne sont pas provocantes sur la forme, c’est pour mieux « provoquer » la participation. Ces champs de questionnement sont à explorer. Plus encore : ils sont à vous. Ils sont à compléter et à challenger. Vous le verrez dans les documents que nous allons vous remettre, ces questions sont détaillées et appellent d’autres questions. Voici donc les 12 champs d’interrogation que je vous propose:

1. Que doit être une société du « bien vivre »?

2. Peut-on dire à la fois « je » et « nous »?

3. Comment agir dans la mondialisation?

4. Qu’est-ce que la social-écologie?

5. Comment moderniser et améliorer l’État social?

6. Quelles doivent être les formes actuelles de la puissance publique?

7. Pourquoi l’industrie française s’est-elle affaissée depuis plus d’une décennie?

8. Que serait une société du plein emploi et du bon emploi?

9. Comment définir la nation aujourd’hui?

10. Comment réorienter effectivement l’Union européenne?

11. Comment « faire-société » dans une France tiraillée à la fois par l’individualisme, le consumérisme et le communautarisme?

12. Que peut la politique dans le nouvel âge de la démocratie – une démocratie médiatique, numérique, individualiste, sceptique?

 

Voici les champs de questionnement à explorer que je vous soumets. Il nous faut mener et nourrir ensemble ce questionnement, le prolonger, également, par nos contributions. Mes chers camarades, si la réflexion sur notre identité est essentielle, votre participation l’est tout autant car elle lui confère sa légitimité et son efficacité. L’enjeu est de taille. Pouvoir disposer d’identité forte est ce qui nous permettra d’aborder les années et les échéances qui viennent mieux armés, mieux outillés, plus soudés, plus solides aussi. Cette nouvelle carte d’identité rendra nos actions plus cohérentes et plus lisibles. Fiers de nos valeurs, sûrs de notre identité, nous pourrons avancer dans le réel et surtout aller au-devant de nos concitoyens.

 

S’ouvrir au nouveau monde et aux idées nouvelles, sortir de sa propre zone de confort intellectuel, favoriser les réflexions inédites aux reflexes idéologiques : voilà ce qui doit nous guider.

C’est sur cet esprit d’ouverture que je veux conclure aujourd’hui mon propos. Parler d’esprit d’ouverture lors d’une plénière d’ouverture… N’y voyez pas de mauvais jeu de mot, plutôt un souci premier et une espérance sincère.

C’est ainsi : la façon dont nous allons réfléchir sur notre identité et la manière dont nous allons nous comporter en général dans les mois qui viennent vont dire beaucoup de chose sur notre identité. Le Parti socialiste se doit d’incarner le principe d’ouverture et de faire en sorte que l’écoute et le respect l’emportent sur les habitudes et sur les certitudes. La nature des Socialistes les pousse à tenter – sans cesse – d’abattre les murs et à essayer – toujours – de construire des ponts.

J’ai déjà eu l’occasion de le dire : si la Gauche est dans la situation que nous connaissons c’est parce qu’elle a notamment perdu la bataille du cadrage culturel dans le pays. La passion égalitaire ne structure plus les débats politiques, c’est la crispation identitaire qui l’a remplacé. Le principe de fermeture l’emporte aujourd’hui et c’est ce principe de rejet de l’Autre qu’il nous importe donc de combattre de toutes nos forces. A nous de défendre l’idée que les liens du sens sont bien plus forts que les liens du sang. Ce combat s’appelle la Fraternité. C’est cela que nous devons incarner et promouvoir.

Alors, pourquoi ne pas commencer ici même, dès maintenant, dans nos rangs ? Lors de nos échanges et pendant les mois qui viennent, à nous donc d’être exemplaires, d’être ouverts.

A la différence de la Liberté et de l’Égalité, la Fraternité n’est pas un droit. La Fraternité c’est certes la règle du vivre ensemble, mais c’est également la règle du réfléchir et du bâtir ensemble. C’est cette règle qui rend, au fond, le renouveau et le progrès possibles.

Pendant les jours et les mois à venir, je vous invite à laisser de la place aux autres points de vue et aux idées nouvelles ! Laissez-vous surprendre ! Soyez à l’écoute ! Oui, soyez fraternels ! Si vous l’êtes, eh bien ! Mes chers amis, vous souhaiter une bonne Université d’été ne sera pas un vœu pieux mais tout un programme !

Donc, bonne et fraternelle Université d’été! Qu’elle soit ce qu’elle mérite d’être : une célébration des idées et de l’amitié socialistes!

Je vous remercie.

 

Jean-Christophe Cambadélis,

Premier secrétaire du Parti socialiste.