« Hollande a beaucoup semé, la récolte viendra », interview au JDD

par · 7 décembre 2014

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Le JDD publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

François Hollande peut-il s’en sortir ?

Il s’en sort. Petit à petit, les réformes passent, s’installent, sous les lazzi, les critiques, les quolibets. Mais elles sont là. La réforme territoriale en est l’illustration. Et personne ne reviendra dessus. Le mariage pour tous, la politique de soutien à la compétitivité des entreprises, la BPI ne seront pas remis en cause. Donc, lentement, en évitant les chocs frontaux et même si cela a un coût électoral, le Président avance. A un moment donné, les Français choisiront entre ce changement à pas comptés mais assumés et assurés et le saut terrifiant dans l’inconnu du FN où la stratégie d’abrogation de ce que fit la gauche et d’un libéralisme thatchérien dévastateur de Nicolas Sarkozy ou un autre. François Hollande a beaucoup semé, on a beaucoup glosé sur la récolte mais elle viendra à point nommé.

 

Quelles cartes lui reste-t-il en main ?

Il est Président de la République, donc il a toutes les cartes institutionnelles en main.Il peut impulser de nouvelles lois, demander le soutien au gouvernement par le 49-3, organiser des référendums ou même dissoudre. Il est maître du temps. Il a devant lui deux années et demie. Mon souhait, et j’espère que ce sera le souhait du congrès du Parti Socialiste, est que le second temps du quinquennat soit celui de la guerre aux inégalités après une première partie consacrée à l’assainissement.

 

Comment se traduira cette guerre aux inégalités ?

Cela va de la sécurisation des parcours professionnels à l’intervention de l’Etat pour réduire les inégalités dans la formation, à l’école et les inégalités salariales entre les hommes et les femmes. Nous devons désormais marcher sur nos deux pieds : la lutte contre les inégalités et l’ éco-socialisme.

 

François Hollande doit-il être candidat à sa réélection en 2017 ?

Je souhaite la réussite de François Hollande. Et s’il réussit, cela m’étonnerait qu’il ne soit pas candidat. Mais cette décision lui appartient. Je vais vous faire une confidence : à la fin, il y aura un candidat socialiste.

 

Et si ce n’est pas le Président ?

Rassurez-vous, on ne manquera sûrement pas de candidats socialistes à la candidature : Manuel Valls, Martine Aubry, Arnaud Montebourg, Claude Bartolone, Benoit Hamon et d’autres encore peuvent l’être. On ne peut que se féliciter d’avoir autant de candidats potentiels de hauts niveaux quand Nicolas Sarkozy ou d’autres ne le sont plus.

 

Le congrès du PS en juin 2015 s’annonce périlleux. Certains voudraient en faire un référendum anti-Valls…

Personne ne s’embarquera sur cette voix, celle d’un congrès débouchant sur une crise institutionnelle et cela à quelques mois des régionales. Je n’imagine pas un instant que des amis socialistes puissent enfourcher ce cheval fou. Le Congrès ne doit pas se réduire à des motions de censure mais à des motions justes, utiles. Pourquoi censurer un gouvernement Valls auquel tout le monde – ou presque – à participer ? Ce qu’il faut, c’est se tourner vers la réussite de la fin de ce quinquennat. Je veux un congrès utile, pas un congrès futile. Je proposerai le moment venu une contribution de tout le secrétariat national  visant à peser sur la fin du quinquennat. Ce sera aux militants de juger, pas aux courants de préjuger.

 

Quelle ligne permet aujourd’hui de rassembler le PS ?

Il faut souligner ce qui a fonctionné, corriger ce qui a dysfonctionné dans les aides aux entreprises ou la croissance, et proposer pour impulser la lutte contre les inégalités. Mon PS se veut ni godillot ni gaucho.

 

Où se déroulera le congrès ?

Il aura lieu à Poitiers. Alain Claeys son maire a toujours porté des valeurs éthiques à un très haut niveau et a su moderniser sa ville. Il incarne bien le modèle municipal de la gauche.

 

L’un des objectifs de la fin de ce quinquennat doit-il être de ressouder une majorité aujourd’hui très divisée ?

Oui, il faut retrouver le cercle vertueux de l’union de la gauche et des écologistes mais en évacuant les tentations l’hégémoniques. Pour cela, chacun doit faire des compromis. On peut avoir des majorités de projets qui préfigurent une majorité pour le premier tour de l’élection présidentielle. Le PC peut, par exemple, être amené à soutenir de futures lois de luttes contre les inégalités. Dans le tripartisme qui existe aujourd’hui, le risque est grand de voir la gauche éliminée. Après avoir été battus idéologiquement par l’hégémonie culturelle du bloc réactionnaire, ne finissons pas par être tous ensemble  marginalisés politiquement. Personne ne peut dire : c’est moi ou la fin de la gauche.

 

Les écologistes ne sont-ils pas plus tôt en train de s’éloigner de vous ?
Je ne le souhaite pas. Je veux maintenir le dialogue avec chacun. Je trouve dramatique que dans une gauche qui aujourd’hui même regroupée ne fait que 31 %, l’objectif soit d’en éliminer une partie comme certains semblent le souhaiter. Cela s’appelle scier la branche sur laquelle on est assis.

 

Le pacte de responsabilité est-il un échec, comme M. Macron l’a dit ?

L’échec est celui du Medef. Aucun gouvernement n’a à ce point intégré à sa politique le combat pour la compétitivité. Nous avons « rendu » 40 à 50 milliards d’euros aux entreprises. Le patronat annonçait que cette mesure permettrait la création d’ un million d’emplois. Aujourd’hui, non seulement le Medef ne respecte pas son engagement mais pire, il ouvre un nouveau front avec la pénibilité. Ils mettent en cause une avancée sociale touchant des gens qui durant toute leur carrière ont effectué des travaux pénibles et qui n’ont plus beaucoup de temps à vivre. On voudrait peindre l’égoïsme des rentiers, qu’on ne s’’y prendrait pas autrement.

 

Est-ce qu’il y a des avancés pour les salariés dans la loi Macron ?

Je souhaite qu’il y en ait. Au point de départ, cette loi devait lutter contre la rente. C’était une bonne idée de réforme structurelle de gauche. Mais au fur et à mesure, des sujets sont venus se glisser, donnant plus de flexibilité mais pas plus de protection pour les salariés. Exemple : la question du travail du dimanche. Le périmètre de l’extension du travail le dimanche reste à discuter mais il manque à cette heure dans la loi des contreparties à cette extension comme le repos compensateur et les hausses salariales. Cette loi nécessite une discussion plus importante.

 

Ferez-vous aussi campagne aussi pour le droit de vote des étrangers ?

Nous devons participer à l’élaboration d’un rapport de force pour permettre le droit de vote des étrangers. Le PS ne doit pas seulement être dans la critique ou le soutien. Le PS doit participer de la constitution du rapport de force pour faire gagner des idées de gauche. Il faut donc faire campagne. J’ai donc écrit à mes partenaires de gauche et nous sommes en train d’essayer de construire un comité national pour le droit de vote. Et, s’ils en sont d’accord, nous ferons campagne ensemble.

 

Propos recueillis par Cécile Amar et Arthur Nazaret