« Il ne faut pas se tromper de combat », interview dans Centre Presse

par · 29 janvier 2015

 

Centre Presse

Centre Presse publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Pourquoi avoir choisi d’organiser le prochain congrès à Poitiers ?

D’abord, c’est un hommage aux socialistes de Poitiers et de la région pour le travail de modernisation urbaine et de capacité d’intégration sociale qui a été accompli. C’est aussi un signe à mon ami Alain Claeys qui est une voix respectée dans le Parti socialiste pour ses travaux sur la bioéthique et la fin de vie. Je trouvais que l’alliance des deux, l’intégration urbaine et l’éthique, était ce qu’il nous fallait pour affronter la fin du quinquennat qui, si les militants sont d’accord, sera marquée par une inflexion sur l’égalité.

 

C’est aussi l’une des rares grandes villes socialistes dont le maire soit compatible avec le courant majoritaire. Vous n’aviez peut-être pas trop le choix.

Allez dire ça à tous ceux qui m’ont envoyé des demandes de Metz à Rouen en passant par Montpellier, Nantes ou Lens. Le PS a subi un revers aux municipales mais il reste une formation solidement implantée.

 

A Poitiers, la liste du maire sortant a dû affronter une liste rouge-verte aux dernières municipales. Est-ce le casse-tête qui attend le PS pour toutes les échéances à venir ?

Aujourd’hui, la question n’est pas de départager une gauche réformiste de gouvernement et une gauche radicale et critique. La question, c’est de s’unir contre une droite revancharde et une extrême-droite triomphante. Il ne faut pas se tromper de combat. Il ne faut pas non plus se tromper de temps ; en politique, c’est plus grave qu’en grammaire.

 

C’est pour cela que vous applaudi la victoire de Siriza en Grèce…

J’ai également applaudi la victoire du Parti des travailleurs au Brésil. La question qui était posée était de tourner la page de l’austérité et le peuple grec l’a fait avec fermeté. Maintenant, il faut trouver un prolongement en Europe et pour cela il faudra bien combiner les gauches social-démocrate, écologiste et radicale.

 

La gauche a donc besoin de la gauche radicale pour faire bouger les lignes en Europe.

Nous avons besoin de tout le monde pour cela. Ce que l’on peut constater, c’est qu’élection après élection, la gauche gagne en Europe. Il faut que tous les tenants de la lutte contre l’austérité s’unissent.

 

En interne, les frondeurs sont inaudibles depuis les attentats de début janvier mais la division reste profonde.

Je n’ai pas entendu dans la gauche du parti une envie de nous quitter pour rejoindre Jean-Luc Mélenchon. Il y a un débat au sein du PS, non pas sur le diagnostic mais sur le chemin pour arriver à nos objectifs. Les militants trancheront cet important débat lors du prochain congrès.

 

Laurent Baumel, député d’Indre-et-Loire, vient de recevoir le prix du Trombinoscope du député de l’année. Vous vous en réjouissez ?

Laurent Baumel est un excellent député même s’il est critique de l’orientation. Je crois que ce prix salue non pas l’esprit frondeur mais l’esprit constructeur du parlementaire.

 

Certains congrès sont restés tristement célèbres à cause des guerres d’éléphants. A présent, la ligne de fracture, c’est la ligne politique.

D’abord, le PS est moins divisé qu’on ne le dit. Ensuite, le PS est un parti de débat qui a connu de nombreux affrontements ce qui n’empêche pas la fraternité de combat contre la droite et l’extrême-droite. Le congrès de Poitiers sera plus celui de l’inflexion vers l’égalité, voire du dépassement du Parti socialiste et de la refondation républicaine, que celui de la division sans solution.

 

Pensez-vous vraiment pouvoir réunir l’aile « aubryste » et l’aile « vallsiste » sur un même texte ?

J’espère fonder une majorité sur une motion Cambadélis qui commencera par une contribution du secrétariat national. Cet acte posé, je n’exclurai personne. A chacun de se déterminer. Il ne faut pas faire un congrès de personnes, il faut faire un congrès d’idées, à la hauteur des enjeux historiques pour la France.

 

Vous dites « je ». Vous dites ce sera « une motion Cambadélis ». Votre légitimité personnelle en sortira-t-elle renforcée ?

J’espère que le parti dans son ensemble aura une légitimité renforcée parce qu’il aura su définir une orientation politique praticable et en tant que premier signataire d’un texte de congrès, je le serais aussi.

 

Au début du mois, Nicolas Sarkozy ne vous connaissait pas. Pensez-vous qu’il acceptera de vous prendre au téléphone en juin ?

Nicolas Sarkozy ne prend au téléphone ni les leaders syndicaux ni les responsables de partis politiques parce qu’il s’estime au-dessus de cela. Il n’aime pas les corps intermédiaires.

 

Il est pourtant lui-même président d’un parti…

C’est sa contradiction.

 

Le PS comptait 232.000 adhérents à Reims en 2008, 173.000 à Toulouse en 2012, combien à Poitiers ?

Ils sont 150.000 en 2015 mais il ne faut pas juger en fonction de ceux qui sont encore encartés mais de ceux qui ont payé leur cotisation. Nous sommes à ce jour à plus de 95.000 et nous terminerons autour de 120 ou 130.000 ce qui est à peu près le chiffre des deux congrès que vous avez cités.

 

Il y a quand même une hémorragie.

Il y a un turn-over beaucoup trop grand à mon goût. Le PS doit se dépasser, il doit devenir un parti de masse. C’est pour cela que j’ai fixé l’objectif des 500.000 adhérents de façon à surmonter cette difficulté inhérente au PS d’être un parti d’élus entouré par des élus

 

Propos recueillis par Baptiste Bize