« Se battre contre le projet de la droite », interview à Le Quotidien de la Réunion

par · 31 octobre 2016

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Le Quotidien de La Réunion publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:


Venir à la Réunion, le jour de la fête des défunts… Ne craignez vous pas de conforter l’idée que le PS est mort ?

On peut avoir toutes les interprétations. Ça peut aussi être le moment de la résurrection. Ce voyage devait être fait. J’étais déjà venu avec Martine Aubry quand elle était première secrétaire et je viens aujourd’hui dans une situation qui a beaucoup changé depuis. Nous sommes au pouvoir et nous avons fait évoluer beaucoup de choses pour l’égalité réelle outre-mer.

Vous faîtes actuellement la tournée des fédérations. Quel message allez vous faire passer aux dirigeants et militants socialistes réunionnais ?

Il faut se battre, il faut cesser de spéculer sur les chances de tel ou untel, mais se battre contre un projet réel : celui de la droite et de l’extrême droite qui veulent remettre en cause ce que nous avons fait et revenir à ce qu’ils faisaient hier.

La fédération réunionnaise s’est montrée très loyale pendant ce quinquennat, s’illustrant par une absence de frondeurs et même de reproches. C’est la fédé idéal pour un premier secrétaire national ?

Toutes les fédérations sont idéales parce que les socialistes adorent à la fois discuter, polémiquer, donner leur avis, mais en même temps, ils sont très légitimistes. La fédération a été au rendez-vous parce que nous l’avons été nous-mêmes en travaillant dans ce domaine avec d’abord Victorin Lurel, puis George Pau-Langevin et aujourd’hui avec Ericka Bareigts que vous connaissez bien.

François Hollande a réalisé un score record à la Réunion en 2012 (72%). Dans ce département, le plus peuplé d’outre-mer, que répondez-vous à tous les déçus du quinquennat ?
Je crois qu’à la Réunion moins qu’ailleurs il y a des raisons d’être déçu. Nous avons lancé ce plan d’égalité réelle outre-mer, nous avons des plans de convergence Etat-Région comme jamais, nous avons mis en place des dispositions nationales d’évaluation des politiques de l’Etat outre-mer, nous avons aussi le fait que les chambres régionales des comptes examineront ces stratégies de convergence. Bref, il y a un plan pour l’égalité tant sur le plan social que sur le plan économique et le rattrapage que nous avions promis est en cours.

Le projet de loi égalité réelle, n’aurait-il pas du être lancé en début de quinquennat pour ne pas donner l’impression qu’on s’intéresse à l’outre-mer juste avant l’échéance électorale ?

Sûrement, il aurait fallu faire au plus vite. Mais il fallait quand même qu’il y ait un certain nombre de concertations, de discussions. Si on l’avait fait tout de suite, on nous aurait dit que nous ne prenions pas en compte les demandes réelles de l’outre-mer. Tout le monde comprendra que ce qui compte, ce n’est pas le moment où ça intervient, mais que ça intervienne.

Des indicateurs s’améliorent mais la situation sociale et économique reste désastreuse. En quoi ce quinquennat a-t-il changé les choses en profondeur, comme promis en 2012 ?

Nous avons commencé ce travail qui est un travail de longue haleine. Il ne fallait pas sacrifier le court-terme, c’est-à-dire le filet social qui a évidemment progressé, du long terme, c’est-à-dire faire en sorte qu’il y ait un décollage sur le plan économique. Je crois que nous avons engagé une politique qui, dans ce domaine, va dans le bon sens.

Pour la première fois, s’il est bien candidat à un second mandat, un président de la République sortant devra se soumettre à une primaire en janvier. Cette primaire de la Belle alliance populaire n’est-elle pas à hauts risques pour François Hollande ?

Gouverner est toujours à hauts risques. Parce que vous prenez des décisions, que celles-ci ne font pas toujours l’unanimité. Je trouve plutôt sain qu’à la fin d’un parcours, le président ait la possibilité sous la forme d’une primaire de faire un compte-rendu de mandat et de laisser aux citoyens de gauche le droit de choisir s’il peut être à nouveau ou pas le futur candidat de la gauche à la présidentielle.

Considérez-vous effectivement, comme vous l’avez déclaré, Manuel Valls comme le meilleur candidat de la gauche à la présidentielle si François Hollande décidait de ne pas se représenter ?

C’est en tout cas le premier, enfin celui qui a le grade le plus élevé. Mais je ne doute pas qu’il y aura d’autres candidats, j’entends évoquer : Ségolène Royal, Christiane Taubira, voire d’autres. C’est une situation qui découlerait de la non-présence du Président. Il faut être capable de la maîtriser et je crois que les primaires permettront de le faire.

Allez-vous rencontrer Patrick Lebreton, qui est en marge de la fédération, a quitté le groupe PS à l’Assemblée, a durement critiqué la loi Travail et qui se rapproche d’Arnaud Montebourg, dans la perspective de la primaire ?
Nous nous étions rencontrés la dernière fois que je suis venu à La Réunion. J’ai été le voir dans sa mairie et nous avions sympathisé. Moi je l’aime bien, c’est une forte personnalité, tout le monde le sait. Ne pas soutenir le président de la République mais un autre candidat à la primaire, c’est une manière de ne pas se détacher des socialistes.

Propos recueillis par Stéphane Fontaine