Vous êtes dans: Actualité

04 Oct

0 Comments

« François Hollande n’avait pas de politique d’ensemble», interview à Ouest France

par

Ouest France publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Dans ce livre, vous êtes très sévère avec François Hollande. Est-il le fossoyeur de la gauche ?

Je pense que les résultats de son quinquennat valent mieux que son récit, mais il y a eu beaucoup de couacs. L’année 2016 a été épouvantable pour les socialistes. Cela a commencé par la déchéance de nationalité, la loi travail, puis le départ d’Emmanuel Macron. D’un point de vue du résultat, force est de constater qu’il est contrasté. Il a sa part de responsabilité dans l’échec de la gauche, mais ce n’est pas le seul, je suis aussi responsable.

Quel regard porte-t-il sur sa présidence ?

Il en est satisfait. Il sait qu’il a commis une erreur avec la déchéance de nationalité et dans sa capacité à régler les problèmes. Le principal problème est que François Hollande n’avait pas de politique d’ensemble, comme il l’avait présentée aux Français pendant sa campagne.

François Hollande a-t-il lu votre livre ?

Je l’avais prévenu de sa sortie, mais je n’ai pas eu de retour. Je ne sais pas s’il l’a lu.

Si vous deviez évaluer ce quinquennat, quelle note donneriez-vous à François Hollande ?

C’est compliqué de donner une note car elle ne donne pas de nuances. Je dirais que le quinquennat a été passable.

Vous écrivez que François Hollande a vu venir l’émergence d’Emmanuel Macron, pourquoi s’est-il fait doubler ?

C’est un fin analyste des situations politiques, mais il a cru qu’il pourrait instrumentaliser Emmanuel Macron pour faire barrage à la candidature d’Alain Juppé voire Manuel Valls. Il s’est trompé. Emmanuel Macron a compris le « jeu » du président et l’a piégé. Son départ du gouvernement a été un tournant du quinquennat.

Benoît Hamon était le candidat du parti socialiste à la présidentielle, pourtant il est peu présent dans cet essai…

Les résultats de Benoît Hamon parlent pour lui. Je n’ai plus de relation avec lui depuis le 1er juillet, date à laquelle il a décidé de créer son mouvement. Je ne crois pas en son avenir politique.

Vous jugez aussi que l’ancien ministre de l’Économie Arnaud Montebourg « plaide plus qu’il ne pense »…

Lors de la primaire socialiste en 2011, il était plus proche de Martine Aubry que de François Hollande. Il a pourtant choisi de soutenir le deuxième nommé. Je ne fais pas une affaire personnelle d’Arnaud Montebourg, je l’estime mais il a installé la fronde en défendant des positions à l’opposé de Manuel Valls.

Concernant votre cas personnel, de quoi êtes-vous fier pendant vos trois ans à la tête du PS et, à l’inverse, quels sont vos regrets ?

Je suis fier de trois choses : avoir fait muter le PS vers la sociale-écologie, avoir donné une image et une existence au Parti socialiste, ce qui n’est pas facile sous la Ve République et, après le 18 juin (N.D.L.R., date du deuxième tour des élections législatives) d’avoir permis que le Parti socialiste n’explose pas. Je regrette cependant de ne pas avoir pu retenir les socialistes partis chez Macron. Globalement, je ne pleure pas sur le lait renversé. Je suis très heureux de ce que j’ai réalisé dans une conjoncture difficile et un contexte particulier.

Le PS peut-il se relever après les dernières débâcles électorales ?

Oui, c’est le premier parti parlementaire de gauche, il y a toujours une grosse formation d’élus, il doit désormais définir un dessein. La révolution décentralisée fait qu’il y a une nouvelle France décentralisatrice. Le PS doit avoir le courage de dire que la France doit se décentraliser pour se refonder.

Votre livre donne souvent l’impression que la politique n’est faite que de coups bas et de petits calculs politiciens. Ce qui peut décourager l’électorat, voire dégoûter…

Non, je ne suis pas d’accord. Il n’est pas décourageant car il y a des anecdotes qui font le charme de ce livre, plus des idées, tout ce qu’aiment les Français. La preuve, il se vend très bien et mon éditeur a prévu une réédition.

Aujourd’hui, vous n’êtes plus à la tête du PS et n’avez pas de mandat. Comment se profile votre avenir ?

Je serai un spectateur désengagé, un rapporteur d’idées à gauche, un guetteur de sens, un analyste libre.

 

Propos recueillis par Ronan Planchon

02 Oct

0 Comments

«La défaite du PS est morale: zéro idéologie, 100% tactique», interview à Libération

par

Libération publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire dans son intégralité ci-dessous:

 

Dans votre livre, vous parlez de ces socialistes qui «sont devenus un détail dans un tableau ancien». C’est comme ça que vous voyez vos camarades en 2017 ?

C’est l’année zéro, oui. Les socialistes ont subi une défaite majeure mais leur implantation locale n’est pas démantelée… Ils doivent tout reconstruire.

Vous parlez des socialistes à la troisième personne du pluriel…

Moi, je suis parti : je parle mais c’est à eux de faire ! Le paradoxe, c’est que le PS reste le premier parti parlementaire de la gauche mais qu’il n’est plus au cœur de cette gauche. Petit à petit, on va revenir vers les socialistes. Car Emmanuel Macron ne sera plus ce qu’il a été – il ne peut plus surprendre car il gouverne – et Jean-Luc Mélenchon ne veut pas l’unité de la gauche. Ce nouveau cycle passe par une analyse du bilan la plus honnête possible, notamment pour comprendre la dégénérescence d’un parti de gouvernement en parti de gouvernance.

Quand le PS a-t-il basculé, comme dit Régis Debray, de la rhétorique vers la statistique ?

Quand le sens, la justice, la transformation, l’égalité se sont dissous dans le sable de la gestion. On a perdu de vue ce qu’était une gauche de transformation, car au fond, la divergence entre le gouvernement et les frondeurs était exclusivement budgétaire. La technocratisation de la gauche l’a conduite à dire que l’élément essentiel était de libérer le capital, les entreprises. Mais l’entreprise, ce n’est pas un projet de société. Sous le coup de la désidéologisation, la politique s’est contractée sur la seule question économique. C’est ça qui a fini par tuer les socialistes.

En choisissant Hollande, un candidat économiste et féru de fiscalité, c’était couru d’avance…

C’est vrai. Après Mitterrand, nous avons cherché le candidat qui pouvait être élu, pas celui qui incarnait un nouveau projet. Si vous combinez ça à la crise du courant progressiste, au fait que François Hollande n’était pas prêt et à son accord politique bancal avec Arnaud Montebourg, vous avez la toile de fond de ce quinquennat pour le moins contrasté.

Pour vous, François Hollande a été privé de sa «course d’appel» par l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn. Celui qui fait rater le quinquennat avant même son début, ce serait donc DSK ?

Mais bien sûr ! Il combinait une expertise économique et un projet de lutte contre les inégalités. Après lui, il a fallu bricoler.

Vous résumez le quinquennat à la formule «refus d’agir, paresse de penser». C’est adressé à Hollande et à vous-même ?

En réalité, on a bien agi mais on n’a pas donné de sens. Et la paresse de pensée, c’est parce que tout le monde a préféré balayer le travail sur le fond pour se consacrer exclusivement au jeu tactique.

Venant du tacticien en chef, la critique est gonflée…

J’en étais, oui, mais je crois que j’étais très bien entouré à ce petit jeu…

Vous parlez de «défaite morale» et de «choix de carrière» qui ont remplacé le combat collectif. Vous visez qui ?

Sur le fond, il y a eu la déchéance de nationalité et la loi travail qui ont éparpillé ce qu’il restait de nous. Mais je parle surtout des socialistes qui ont participé à la politique de Hollande et qui ont choisi un candidat le combattant. Le Drian, Collomb, Castaner… C’est une défaite morale. Zéro idéologie, 100 % tactique. Certains m’ont même vendu qu’il fallait soutenir Macron parce qu’il allait échouer et qu’on pourrait ensuite se refonder dans la gauche du macronisme ! J’ai les noms… Je n’ai pas de problème avec les socialistes qui se sont opposés sur un sujet ou un autre mais je suis extrêmement critique de ceux qui ont théorisé la fronde. C’est devenu un esprit de système.

Votre lecture du quinquennat épargne globalement François Hollande, que vous présentez comme un dirigeant empêtré dans les circonstances, qui ne serait coupable que d’une chose : ne pas avoir bien communiqué. C’est un peu court…

Les choses sont suffisamment complexes pour ne pas dire que tout est de sa faute. Frondeurs, Macron, Mélenchon, choix politiques, crise économique : l’échec est dû à un très grand nombre de paramètres… Hollande a sa part de responsabilité comme j’ai la mienne…

Ah ! Laquelle ?

D’être arrivé tard à la tête du PS (rires). J’aurais dû mieux me démerder ! Ma responsabilité, c’est d’avoir surestimé ma capacité à donner du sens, à infléchir les choix du gouvernement et à tenir tout le monde ensemble.

A quel moment vous vous dites : «cette fois, c’est perdu» ?

Tard… Le 1er décembre 2016, juste après le renoncement de François Hollande. J’ai toujours pensé, contrairement à beaucoup de mes camarades, qu’il était en mesure de remporter la primaire et la présidentielle, parce que la droite était trop à droite et que Mélenchon ne pouvait pas l’emporter. J’ai relancé la primaire pour qu’il se relégitime. Mais il y a un premier accroc en juillet 2016, quand Emmanuel Macron prend son envol à la Mutualité. Avec Macron dehors, la gauche de gouvernement est coupée en deux et la victoire contre la gauche critique devient compliquée. Ajoutez-y le fameux livre [Un président ne devrait pas dire ça… ndlr] qui brouille tout et cela débouche sur le retrait de Hollande. L’objet de la primaire n’est alors plus de gagner la présidentielle mais de départager la gauche.

Faut-il garder ce système de désignation pour la prochaine présidentielle ?

Je pense qu’on ne pourra pas faire autrement. Il faudra trouver un système pour que seuls les nôtres votent. Mais ce qui est sûr, c’est que, le Dernier Empereur de Bertolucci, je suis le dernier premier secrétaire au sens mitterrandien. C’est la fin du cycle d’Epinay. Le patron du PS ne sera plus le candidat naturel à l’Elysée. Je ne l’étais pas moi-même.

Vous y avez donc pensé ?

Ça m’a effleuré une demi-seconde (il sourit). En décembre dernier, je suis en République tchèque pour un congrès des socialistes européens. Hollande m’appelle après son annonce pour expliquer son choix. Le téléphone reposé, je regarde la vieille ville de Prague, bercée dans la lumière du soir. Me traverse l’idée, «vas-y», et j’explose de rire, tout seul dans ma chambre d’hôtel. Je ne me sentais pas inférieur à ceux qui ont concouru à la primaire et je ne me sentais pas incapable d’incarner un projet. Mais, c’est mon côté jospiniste, je savais qu’aucune des conditions n’étaient réunies. J’étais certes premier secrétaire mais j’avais une réputation, disons, sombre…

Vous vous êtes sacrifié ?

Au lendemain des législatives, oui. Quelques-uns complotaient déjà au loin, jurant ma perte. Je me sentais de taille à les affronter mais je me suis dit que si je me maintenais jusqu’au congrès, l’affrontement se ferait sur fond de «dégagisme». Une bataille personnalisée. L’autre possibilité, c’était de rendre la clé et de les laisser se débrouiller.

Et vous choisissez une bonne vieille synthèse…

Non, je fais une défense élastique (rires). Je démissionne et je propose une direction provisoire avec une feuille de route qui permette de se rassembler et de préparer les conditions du prochain congrès [début 2018, ndlr]. En faisant ça, je concours à sauver le PS.

Mélenchon y contribue aussi, non ?

Il y a plusieurs concours de circonstances. Au soir du premier tour de la présidentielle, je regarde l’intervention de Jean-Luc Mélenchon et je me dis qu’il tient notre destin entre ses mains. S’il avait joué la cohabitation avec Macron, il aurait proposé une union de toutes les gauches et des écologistes. Il aurait eu plus de parlementaires – de quoi peser vraiment face à la majorité – et se serait installé au cœur de la gauche. Quand je vois Mélenchon faire du Beppe Grillo plutôt que du Mitterrand, je me dis : «Nous sommes sauvés !» Sans cela, le PS éclatait. Il y aurait eu ceux qui se seraient dit «mon salut vaut bien Mélenchon» et ceux qui auraient sauté dans les bras de Macron. Même moi, je me serais posé la question…

Il valait mieux sauver le PS que la gauche ?

Ce n’est pas moi le responsable, c’était à Mélenchon de le faire. Outre le choix du chef des insoumis, Macron n’a pas voulu constituer un parti social-libéral : il a décidé d’être centriste. Il a cherché à briser le PS mais pas à occuper son espace. Et puis, dernier clin d’œil de l’histoire, les deux acteurs principaux de la fin du quinquennat socialiste, Manuel Valls et Benoît Hamon, ont quitté le PS. Le parallélisme des formes va jusqu’à la barbe !

En quoi sont-ils semblables ?

Dans le fait qu’ils ont incarné les socialistes pour mieux les quitter, en tant que chef de la majorité et candidat à la présidentielle. Leur trajectoire a un petit côté shakespearien.

Qui est alors Iago, la figure du traître ?

Nous sommes tous des Iago !

Pour vous, Macron, Mélenchon, Le Pen et Wauquiez sont des facettes d’un même populisme…

C’est le club des Jacobins. Le point commun entre les quatre, c’est que pour eux, tout procède de l’Etat. De Bercy, de la Nation ou de la Constituante. Or nous ne sommes plus dans le temps de la centralisation. Aujourd’hui, les Français veulent décider, participer, s’engager, gouverner…

Emmanuel Macron se trompe donc avec sa théorie sur la verticalité du pouvoir ?

C’est ma critique fondamentale du macronisme : notre pays est bloqué parce qu’il est dirigé par le club des Jacobins. Centralisé, vertical. Le seul parti qui peut assumer le girondisme, l’horizontalité du pouvoir et rapprocher les citoyens des lieux de décision, c’est le PS.

Mais comment mener un combat collectif à l’heure de l’individualisme et du libéralisme ?

Les gens ne sont pas contre les partis politiques, ils sont contre les partis qui n’ont pas de projet, si ce n’est celui de se reconduire au pouvoir. Donc si les socialistes se prennent à bras-le-corps, s’ils dessinent une nouvelle France, ils auront leur chance.

Elle doit ressembler à quoi, cette nouvelle France ?

Il faut le droit à l’expérimentation, permettre aux Français d’inventer, créer des nouveaux droits, faire la cogestion dans l’entreprise. Il y a une intelligence collective qui ne demande qu’à être libérée. Macron dit que les Français ne veulent pas se réformer, qu’ils sont fainéants. C’est le contraire ! On ne les laisse pas s’approprier la politique. Ce qui me frappe, c’est que rien ne leur échappe. Ils sont passionnés, engagés : l’enthousiasme est là, ne manque que le projet. Les socialistes français ont une chance de pouvoir reconstruire le courant progressiste avec le SPD allemand, qui est aujourd’hui dans la même impasse programmatique et stratégique.

Via un parti commun ?

Je pense que nos pays sont trop différents pour cela mais ce serait un symbole majeur que les deux partis travaillent ensemble à une refondation du progressisme européen.

Vous laissez une ardoise politique mais pas seulement. Ce soir, c’est votre pot de départ à Solférino, où de nombreux salariés sont sous le coup d’un plan social…

Le malaise des permanents du PS est une traduction interne de la violence qu’a subie le parti à l’extérieur. Une violence inouïe, qui s’est exprimée de manière épouvantable dans l’affrontement entre M’jid El Guerrab et Boris Faure. Des gens qui militaient ensemble en viennent à se battre à coups de casque… Tout un symbole. Aujourd’hui, des amis de vingt, trente, quarante ans ne se parlent plus. Le parti a besoin d’apaisement.

Et vous, dans tout ça ?

Je serai un spectateur désengagé.

Il faut bien gagner sa vie…

Grâce à Macron qui m’a fait battre, je suis un parlementaire à la retraite. Je ne dois plus rien à personne. Je vais monter ma petite boîte de conseil. Elle s’appellera C Conseils. Si on a besoin de moi, je filerai un coup de main… Ça permettra de payer les cigarettes et le taxi, comme on dit.

A 7 ans, vous tombez du troisième étage d’un immeuble à Montréal et vous vous relevez sans une égratignure. Un peu comme aujourd’hui, «même pas mal» ?

C’est de cet épisode que me vient mon surnom, «le Chat». La presse locale, au Canada, s’était fait l’écho de l’incident. Ma première interview…

Vous vous souvenez de la chute ?

J’avais 7 ans, je me vois très bien tomber et puis me relever. Un de mes amis, un psychanalyste, m’a dit récemment : «C’est ça ton problème, tu te crois indestructible.»

Propos recueillis par Rachid Laïreche et Laure Bretton

28 Sep

0 Comments

« Hollande s’est fait piéger par Macron », interview au Parisien

par

Le Parisien publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Votre livre revisite le quinquennat de François Hollande. A quoi attribuez-vous son échec ?

Jean-Christophe Cambadélis. Il y a des raisons objectives : la panne des partis progressistes partout en Europe ou aux Etats-Unis, la montée des nationalismes en font partie. Parmi les raisons subjectives, il y a le fait que François Hollande fut le candidat de «rattrapage» par rapport à Dominique Strauss-Kahn. Il n’a pas eu le temps de penser son quinquennat. Puis, il a gagné la primaire avec l’appui d’Arnaud Montebourg. La fronde était donc inscrite dans le code génétique de ce quinquennat : il y avait deux lignes au sein du gouvernement ! Et il y a les traits spécifiques de Hollande…

Vous voulez dire que c’est Hollande qui a tué Hollande ?

Oui, c’est un peu cela. Avec Hollande, la gauche est passée d’une culture de gouvernement au culte de la gouvernance. On s’est enfermé dans un débat économique et on a perdu le sens de ce que veut la gauche.

Pourquoi Hollande n’a-t-il pas renvoyé Macron quand il commençait à être un problème pour lui ?

Il pensait qu’Emmanuel Macron lui servirait à contrer la menace que représentait alors la possible candidature d’Alain Juppé. Macron a compris que le président ne se séparerait pas de lui parce qu’il l’instrumentalisait et qu’il pourrait de ce fait, lui, prospérer.

Hollande sait-il bien jauger les personnes qui l’entourent ?

C’est un individualiste grégaire : il est toujours entouré de beaucoup de monde, mais il pense d’abord à lui, à son action. Il n’a pas de système de « bande » comme François Mitterrand, on ne rentrait dans son cercle qu’après de nombreuses épreuves. Avec Hollande il n’y a pas de cercle : tout le monde est hollandais et personne ne l’est. Il laisse, on le voit encore aujourd’hui, toujours tout ouvert. C’est comme cela qu’il s’est fait piéger par Macron.

Jean-Luc Mélenchon, que vous appelez dans votre livre «le Chavez de Saint-Germain-des-Prés», revendique le leadership de l’opposition…

Je respecte Jean-Luc Mélenchon, mais il ne rassemble pas la gauche. Par contre, il rassemble deux Français sur trois… qui refusent de le voir comme président de la République ! La présence dans les manifestations n’a jamais fait une alternative. Nous sommes une démocratie représentative : c’est peut-être le coeur de notre divergence avec Jean-Luc Mélenchon, mais aussi avec Emmanuel Macron. Le premier estime qu’il faut une démocratie directe avec des élus révocables à tout moment tandis que le second considère que les corps intermédiaires sont un obstacle pour la réalisation de la toute-puissance de l’Etat.

Quelles sont les figures qui peuvent relever le PS ?

J’ai préconisé une direction collégiale. La désignation d’un homme ou d’une femme aujourd’hui serait celle d’une ligne. Mieux vaut attendre le congrès. Il y a des gens de grand talent : Olivier Faure, Boris Vallaud, Guillaume Bachelay, Rachid Temal, Laurence Rossignol, Carole Delga, Matthias Fekl, Isabelle This Saint-Jean ou Emmanuel Grégoire.

Hollande a-t-il encore un avenir ?

Il sera un spectateur engagé. Macron n’a fait aucun geste à son endroit. Pire, il veut se définir en contradiction avec un gouvernement auquel il appartenait. Ce faisant, il n’attaque pas simplement le bilan du président, mais sa nature même. « Feignant, mou, incapable. » Les qualificatifs pleuvent, souvent blessants, pour Hollande. Il n’y a pas de geste du président vis-à-vis de son prédécesseur, il n’y aura pas de geste du prédécesseur vis-à-vis de son successeur. Macron est plein de bonne volonté, mais il est brutal.

A quoi est-ce dû ?

Je pense que ceci est dû à la toute-puissance où il se trouve depuis très longtemps. « Ce que je pense sera », voilà l’étendard de ce président. Il ne cherche pas une modernisation, il veut la rupture libérale. Quoi qu’il se passe, il veut laisser cette marque dans son histoire. Hollande, c’était le quinquennat malgré lui ; Macron, ce sera le quinquennat malgré eux.

Vous racontez que vous aviez rendez-vous avec lui le jour de la révélation dans la presse people de sa liaison avec Julie Gayet : vous vous attendiez à ce qu’il reporte, mais non. Tout glisse sur lui ?

C’est un homme de devoir, il pense que lorsqu’on est président, on ne s’appartient pas. C’est pour cela qu’il présente cette image impassible, impa-vide. Quand on incarne la France, on ne doit pas se laisser aller, quand on a rendez-vous, on a rendez-vous, on assume.

Ça le touchait quand on critiquait son apparence, son manque de tenue ?

Oui, bien sûr. Mais c’est un homme qui cache ses blessures. Il se voulait philosophe. La presse étant dans le bashing de Hollande, il y aurait toujours une raison pour que cela n’aille pas. Quand on est dans le loving — comme aujourd’hui avec Macron — tout est formidable… (Rires.)

Propos recueillis par Philippe Martinat et Henri Vernet