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16 Fév

Commentaires fermés sur Lettre ouverte à Gérard Collomb, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur

Lettre ouverte à Gérard Collomb, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur

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Mon cher Gérard,

Les mots sont des traîtres – ou des lanceurs d’alerte, c’est selon. Pour peu qu’on sache leur prêter attention, ils recèlent ce que l’on ne saurait avouer sans se perdre. J’écoute souvent tes mots, par les temps qui courent. Notamment ceux que tu emploies pour justifier la politique migratoire que tu conduits. Tu conviendras avec moi qu’ils sont édifiants.

Tu parles d’arrivants en augmentation « exponentielle ». Et voilà qu’aussitôt me vient à l’esprit une courbe qui se cabre et sort du cadre, tout en haut et tout à droite, vers l’infini. Parmi tes pairs, il n’y a guère que Cédric Villani qui sait qu’une exponentielle est une fonction qui transforme une somme en produit. Je ne sais si c’est mieux, mais qu’importe : ce que tu veux dépeindre, c’est une menace. Ce que tu veux figurer, c’est le risque effrayant d’une perte de contrôle. Ce que tu veux démontrer, c’est une reprise en main.

Un ancien président de la République, pour parler des réfugiés, avait choisi la métaphore plombière. Il voulait colmater des brèches, arrêter les fuites d’eau. Tu as préféré opter pour le confort de l’abstraction mathématique. La plomberie a le défaut de ne pas être une science exacte. Elle astreint au rafistolage, ce qui n’est pas très noble. Avec la fonction exponentielle, on est dans le domaine du sérieux, de l’objectif, du quantifié, de l’éprouvé. De l’incontestable, même. C’est pratique. Cela met à distance.

Cela permet par exemple de parler de stock et de tri. Des personnes ont été « stockées » dans des centres de rétention, parce qu’on ne savait pas quoi en faire ? On va clarifier tout cela. Trop d’unités en dehors des nomenclatures ? On se contentera de « faire le tri » entre l’économique et le réfugié. Le stock et le tri, ce ne sont pas comme des personnes. Le stock et le tri, ça s’automatise. Il suffit d’avoir de bons contrôleurs de gestion, de bons critères, de bonnes procédures, un bon système de monitoring. C’est qu’il faut performer, Monsieur le ministre de l’Intérieur ! Démontrez-nous vos talents de chef de projet logistique.

Car si tout n’est que logistique, alors tout est simple.

Réduire de 45 jours le délai de dépôt d’une demande d’asile ? Ce n’est pas une régression des droits, c’est un gain de productivité. Il faut être « plus efficace ».

Étendre la durée de rétention de 45 à 90 jours ? Ce n’est pas une privation de liberté difficilement justifiable, ce n’est qu’une meilleure « gestion des flux ».

Autoriser les forces de l’ordre à pénétrer dans les centres d’hébergement d’urgence, pour vérifier qui est en règle ou qui ne l’est pas ? Ce n’est pas remettre en cause un principe jusque-là sanctuarisé, c’est garantir une meilleure traçabilité.

Petit à petit, la langue de la politique migratoire – ta langue, Gérard – gomme tout ce qu’il y a d’humain dans l’exil. Elle passe sous silence la densité de l’existence du nouvel arrivant : son histoire, sa trajectoire, ses espoirs. Ses souffrances, ses peurs, ses rêves.

Progressivement, le migrant est réduit à un être en transit qu’il s’agit d’aiguiller sur la bonne voie et de placer dans la bonne case.

Un à un, les paliers sont franchis. Les principes perdent leur couleur et leur évidence. Les tentes lacérées, les couvertures confisquées ? Une procédure qui a mal tourné, et non le viol d’un droit minimal : celui de se protéger par le plus grand froid.

Tout cela se dilue dans les chiffres, ce nouveau viatique, que tu critiquais naguère lorsqu’il s’agissait de police et que la droite était au pouvoir, mais que tu vénères aujourd’hui, alors qu’il s’agit de déshérités. Mais que sont les chiffres des arrivants en France, en comparaison avec ceux qu’ont accueillis l’Allemagne et l’Italie ? Les 100 000 que tu évoques sont dix fois moins que le million arrivé outre-Rhin.

Le fin lettré que tu es, cher Gérard, sait que les mots façonnent notre perception du réel. Mieux : le politique averti que tu es, M. le ministre de l’Intérieur, sait que le premier des pouvoirs consiste à dire ce qui est et ce qui n’est pas. Rien n’est plus performatif que la langue que nous manions. C’est une immense responsabilité.

Je ne dis pas qu’il est facile de concevoir et de conduire une politique migratoire. Je ne dis pas que tu es illégitime à le faire. Je ne dis pas que nous n’avons pas fait d’erreurs lorsque nous avons dû en bâtir une. Ce que je dis, c’est qu’en écrivant ta politique migratoire avec les mots qui ont cours dans les entrepôts d’Amazon ou de FedEx, tu perds de vue l’essentiel. Tu es d’autant plus enclin à sacrifier la décence et les principes que rien dans tes mots ne t’y renvoie.

Tu sais au fond de toi qu’il n’y a rien d’équilibré dans la politique migratoire que tu conduis. Tu sais que tous ceux qui travaillent à l’accueil des migrants n’accepteront jamais les nouvelles règles que tu proposes. Tu sais même que les réfugiés préfèreront errer dans les rues plutôt que d’aller dans des camps – et le zéro SDF ne sera qu’un autre horizon lointain.

Tu sais tout cela, parce que tu sais d’où tu viens. « On pourrait mettre un prix aux pensées, a écrit Wittgenstein. Certaines coûteraient fort cher, d’autres très peu. Quelle est l’unité de compte pour les pensées ? Le courage, je crois. » Du courage, Gérard : voilà ce que nous attendons de toi. Le courage de ne pas oublier qui tu as été. Et si tu ne le fais pas par humanisme, fais-le au moins pour la France, sa réputation et son honneur.

 

Vous pouvez également retrouver la tribune de Jean-Christophe Cambadélis sur le site du Huffington Post en cliquant ici

 

05 Fév

Commentaires fermés sur « L’espoir est permis », mon interview au Monde

« L’espoir est permis », mon interview au Monde

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Le Monde publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez lire en cliquant ici ou bien ci-dessous:

 

Un score d’à peine 3 % dans le territoire de Belfort et d’à peine 7 % dans le Val-d’Oise lors des deux élections législatives partielles qui viennent de se dérouler, le Parti socialiste est-il mort ?

Comme vous y allez ! Non, le Parti socialiste n’est pas mort, du moins en tant que structure. La fonte des militants est stoppée, il reste la première formation de gauche à l’Assemblée nationale et au Sénat. Hormis Gérard Collomb et Jean-Yves Le Drian, les grands élus ne l’ont pas quitté et son autonomie financière est assurée jusqu’à la prochaine élection présidentielle, au prix d’un double sacrifice : la vente de son siège et un plan social sans précédent. Mais si la structure demeure, le Parti socialiste est nu, il n’a plus de doctrine.

Quatre candidats se disputent malgré tout votre succession. Cela ne vous fait-il pas un peu sourire ?

Non, parce que ce que j’ai craint, c’est le vide. J’ai craint que personne n’ose reprendre le flambeau. Au bout du compte, ils sont quatre, Olivier Faure, Stéphane Le Foll, Luc Carvounas, Emmanuel Maurel, et qui plus est d’accord sur l’essentiel : le Parti socialiste doit défendre une ligne d’autonomie stratégique, il doit procéder à un examen critique du hollandisme, il doit renouveler en profondeur les têtes et ce qu’il y a dans les têtes. L’espoir est permis.

Qui allez-vous soutenir ?

Je n’ai pas de favori, ce n’est pas mon rôle. En outre, j’ai la conviction que quel que soit le gagnant, ils devront tous travailler ensemble à l’essentiel : faire émerger un nouveau dessein qui permettra à la gauche non alignée [sur Macron et sur Mélenchond’incarner une alternative globale. Se satisfaire que la droite batte Emmanuel Macron, comme cela a été le cas dans les deux législatives partielles, ne peut être le destin de la gauche.

Lorsque vous étiez premier secrétaire du Parti socialiste, vous aviez tenté de convertir vos camarades au « progressisme ». En vain, puisque l’aile gauche du parti a refusé l’appellation. Le regrettez-vous ?

Oui, je le regrette. J’ai commis l’erreur de sacrifier à la synthèse au lieu d’imposer ce terme de progressiste.

Mais cela voulait clairement dire que le socialisme est dépassé…

Non, cela voulait dire que le socialisme dans les conditions politiques actuelles n’est qu’une partie de la gauche et qu’il doit impérativement se renouveler dans un ensemble plus large. On glose beaucoup sur la crise de la social-démocratie française, mais regardez ce qui se passe au niveau mondial. Partout, c’est la division : en Grande-Bretagne entre Corbyn et Smith, aux Etats-Unis entre Clinton et Sanders, en Italie entre Renzi et D’Alema, en Allemagne entre Schulz et Gabriel…

Partout, la gauche est confrontée aux mêmes tensions entre ceux qui veulent accompagner la mondialisation et ceux qui la contestent radicalement. Moyennant quoi les gauches ne sont pas seulement en désunion, elles sont en rivalité mortelle car aucune ne peut espérer gagner l’une sans l’autre. C’est pourquoi il est vital pour le PS de dégager un nouvel horizon capable de rassembler les forces progressistes non pas sur l’opposition capital-travail mais sur l’idée de l’émancipation.

Moyennant quoi c’est Emmanuel Macron qui s’est accaparé ce terme de progressiste, non sans succès d’ailleurs…

Emmanuel Macron s’est servi du progressisme pour séduire une partie des électeurs socialistes, mais à peine élu il l’a abandonné.

Pour devenir un président de droite ?

Pour devenir un président de centre droit. Aujourd’hui, sa tactique consiste, avec son premier ministre issu des rangs juppéistes, à ramener à lui le centre droit sans se préoccuper de la gauche parce que sa conviction est qu’elle est morte. Ce en quoi il se trompe lourdement.

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Les Français sont dans l’attente, pas dans l’adhésion. Ils veulent des résultats et, si les résultats ne viennent pas, ils rechercheront une alternative. Or la politique menée par Emmanuel Macron est hasardeuse. Elle est faite pour les gagnants de la mondialisation, pour ceux qui ont intérêt au libéralisme et à la dérégulation. Le raisonnement est que la richesse donnée aux uns profitera à tous mais c’est un leurre, car la croissance, même si elle revient, sera pauvre en emplois. Il y aura des gagnants d’un côté et des perdants de l’autre, des inclus et des exclus, des nantis et des chômeurs, tout le contraire du progressisme promis par le président de la République. D’où la nécessité pour la gauche de construire dès aujourd’hui une alternative globale.

Incluez-vous encore Jean-Luc Mélenchon dans la gauche ?

Je ne l’exclus pas. Je constate simplement que c’est lui qui exclut la gauche de son populisme, lequel comporte une part d’utopie et une part de dangerosité. Je n’aime pas ses attaques contre la démocratie parlementaire ni son souverainisme de plus en plus exacerbé sur la question européenne…

L’une des raisons de la rupture entre les gauches, ces dernières années, a été l’Europe. Existe-t-il une voie de réconciliation ?

La bataille fiscale est à mes yeux primordiale. Pour que l’Europe change, il faut d’abord lutter contre le dumping fiscal. C’est pourquoi je propose que le camp progressiste se batte autour de l’idée d’un serpent fiscal, exactement comme il a existé un serpent monétaire : les taux d’imposition ne pourraient évoluer qu’à l’intérieur d’un plafond et d’un plancher fixés par les Etats membres. Autour de cette idée, on peut espérer créer lors des prochaines élections européennes de 2019 un rassemblement large allant de Martin Schulz [à la tête du Parti social-démocrate allemandà Alexis Tsipras [premier ministre grec, issu de la gauche radicale] .

« La gauche de demain sera girondine », proclamez-vous dans l’essai que vous publiez à la Fondation Jean-Jaurès. C’est surprenant pour un jacobin comme vous…

En faisant la tournée des fédérations, l’année dernière, j’ai été frappé par l’envie de faire et l’enthousiasme qui se dégageaient du terrain. Il y a une formidable énergie citoyenne à mobiliser face au jacobisme d’Emmanuel Macron que je considère comme une impasse. On ne peut pas faire bouger le pays depuis Bercy sur une vision technocratique. Tôt ou tard, il y aura un blocage. La gauche doit en finir avec le jacobinisme.

A qui voulez-vous donner le pouvoir ?

Aux régions ! C’est elles qui ont la puissance de faire au niveau économique. C’est à elles qu’il revient de corriger les inégalités sur le territoire, angle mort de la politique d’Emmanuel Macron.

Et si un président de région issu de l’extrême droite se faisait élire ?

C’est un risque à prendre. C’est la démocratie. Il y a des régions en Italie ou en Autriche qui sont malheureusement dirigées par l’extrême droite.

Que deviendrait la Corse ?

Je suis pour une large autonomie.

Et pour le bilinguisme ?

Pourquoi ne poserait-on pas la question aux régions ?

Qui aurait décidé de l’avenir de Notre-Dame-des-Landes ?

La région évidemment, parce qu’elle est la première concernée.

La droite aussi veut reconquérir le pouvoir par les régions…

Mais elle est dans une contradiction absolue, car Laurent Wauquiez est le plus jacobin des jacobins. Il faudra qu’il fasse un choix.

L’électorat populaire est convoité par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Laurent Wauquiez. Comment espérez-vous le séduire de nouveau ?

La dégénérescence des socialistes les a conduits d’un parti de gouvernement à un parti de bonne gouvernance. Elle les a amenés à abandonner les exclus, à faire passer l’intérêt de l’entreprise avant celui des salariés.

C’est une critique forte du quinquennat Hollande…

Le déficit public était élevé, on devait encourager l’investissement à travers le pacte de responsabilité et le CICE [crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi] . Mais la grande erreur est d’avoir théorisé les deux gauches irréconciliables alors qu’il fallait dire que c’était une parenthèse, comme Lionel Jospin lors du tournant de la rigueur en 1983.

Concrètement, comment aider les exclus ?

Il faut viser l’égalité réelle, attaquer les inégalités là où elles se constituent, donner plus à ceux qui ont moins. D’où l’importance de la décentralisation, qui permet de concentrer plus de moyens à certains endroits, de lutter contre la relégation territoriale dans une parfaite connaissance du terrain.

Considérez-vous, comme Benoît Hamon, que le travail, c’est fini, qu’il ne structurera plus la société de demain ?

Non, la fin du travail est une utopie dangereuse. Le travail, même s’il évolue, restera structurant. C’est la raison pour laquelle nous devons placer la lutte contre la précarité au centre du projet des progressistes.

Quel est l’ennemi du progressisme ?

Le marché libéral, parce qu’il ne fait pas société, mais aussi le nationalisme, le populisme.

Le prochain premier secrétaire du PS devra-t-il être dans une opposition ferme à Emmanuel Macron ?

Mon dernier acte de premier secrétaire est d’avoir fait voter à l’unanimité du Conseil national une résolution qui disait que nous étions une opposition de gauche, réaliste. Il faut s’en tenir à ça.

Quel horizon fixez-vous à la recomposition de la gauche ?

Je ne fixe pas de rythme. Je fixe un but : l’invention d’un nouveau progressisme et assumer un girondisme salvateur. Ce qui me frappe, c’est la vitalité du monde associatif, qui est confronté à la très grande pauvreté et aux blessures sociales. Le PS a là une mine qu’il n’utilise pas. Dans le rendez-vous des municipales, il y a la possibilité de faire l’alliance des divers gauche pour la conquête et le maintien d’un certain nombre de villes, donnant ainsi un maillage qui comptera pour la prochaine présidentielle. S’il fait cela, le PS pourrait devenir incontournable.

 

Propos recueillis par Françoise Fressoz et Abel Mestre

 

 

21 Nov

Commentaires fermés sur « Défendre les musulmans », ma tribune dans le Huffington Post

« Défendre les musulmans », ma tribune dans le Huffington Post

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Le Huffington Post publie ce jour une tribune de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Non, il n’y a pas de « guerre contre les musulmans ». Mais certains ont du mal à leur foutre la paix. De toutes parts, nos compatriotes musulmans sont pressés de se justifier, de prendre parti, qu’ils soient pratiquants ou pas et surtout quand ils sont d’origine maghrébine. Pas un débat public, pas une polémique qui ne se terminent en discussion sur la place de l’Islam dans notre pays.

Pris en otage de cette focalisation mais surtout de cette assignation à identité, les musulmans de France sont avant tout pris en étau : entre ceux qui veulent que la République se sépare des musulmans et ceux qui veulent que les musulmans se séparent de la République. Nos compatriotes musulmans sont en fait au cœur de la fragmentation française, de cette polarisation inquiétante d’une nation qui a du mal au fond à accepter toutes les altérités, qui a aujourd’hui du mal à se trouver. Voilà, la France ne s’ennuie pas, la France se cherche.

Alors, oui, il faut défendre les musulmans. Contre les identitaires qui font des musulmans la cause de tous les maux et de leur rejet le préalable au redressement national. Contre tous les apprentis sorciers de l’islam politique dans toute leurs subtiles variations – Frères Musulmans, salafistes voire sectes takfiristes – qui leur intiment de rompre avec la République pour vivre totalement sous un ordre religieux qui aurait réponse à toutes les questions, existentielles comme collectives.

Défendre les musulmans, oui, pour défendre la République. Laquelle ne peut plus accepter les discriminations qui les touchent non pas exclusivement mais de façon cumulative, sans qu’ils soient d’ailleurs forcément au fait de la religion, notamment parmi les jeunes Français d’origine maghrébine : discriminations au faciès, au nom, à l’adresse, à l’embauche, au logement… La République se doit pourtant d’incarner au quotidien sa promesse d’égalité auprès de tous les siens et donc aussi auprès de nos compatriotes musulmans.

Et si certaines revendications religieuses poussées par des forces fondamentalistes sont inacceptables dans l’espace public et dans l’entreprise, il y a des revendications tout à fait légitimes pour notre démocratie mais surtout pour honorer la loi de 1905 qui prévoit de traiter tous les cultes à égalité et avec une stricte neutralité. La laïcité, parlons-en. Il faut la défendre elle aussi, contre ce qu’elle n’est pas – une religion – et pour ce qu’elle est : une liberté de croire ou de ne pas croire et une égalité de traitement mais aussi le ressort premier de la fraternité en acte.

Ainsi, défendre les musulmans, croyants ou pas, cela veut dire lutter avec la même fermeté contre les actes anti-musulmans que contre l’antisémitisme et que toutes les autres formes de racisme. Pas de fausse pudeur ici : il y a du racisme anti-musulman, du racisme anti-asiatique, du racisme anti-noirs, du racisme anti-français et tant d’autres. Et si certains de nos compatriotes musulmans sont parfois surpris du traitement de l’antisémitisme dans notre pays, il attire leur attention sur une triste spécificité nationale au-delà de notre passé vichyste : nos compatriotes juifs sont aujourd’hui victimes de 50% des actes racistes dans notre pays alors qu’ils ne représentent qu’1% de la population française.

Égalité, c’est le mot clé, le ciment indispensable qui permet de tenir ensemble notre société. Parce que sans nos compatriotes musulmans, la République ne serait plus la République. Parce que vouloir la République jusqu’au bout, cela veut dire avant tout construire la République pour tous. Sans l’égalité, le vivre-en-bandes risque de remplacer le vivre-ensemble. Certains ne manqueront pas de pointer la supposée naïveté de cet attachement viscéral au vivre-ensemble, je leur rappellerai simplement que l’alternative s’appelle la guerre civile.

Défendre les musulmans, oui, pour assurer l’identité et la pérennité de la République mais aussi son rayonnement. C’est une raison à la fois géopolitique et politique. Car si l’Allemagne domine économiquement le continent, la France est la première puissance méditerranéenne. C’est une chance pour la France mais aussi pour l’Europe et pour les défis économiques et migratoires qu’elle doit affronter. Et chacun peut comprendre qu’il faudra des moyens pour aider l’Égypte, stabiliser la Libye, soutenir la Tunisie, respecter l’Algérie et accompagner le Maroc. Le tout en bonne intelligence avec les puissances du Makrech. Disons-le : la chute du mur de la Méditerranée est le prochain grand défi du continent européen et nos compatriotes musulmans ont un rôle non négligeable à jouer pour répondre à ce prochain tournant de l’Histoire.

Défendre les musulmans, non pas parce qu’ils sont musulmans mais parce qu’ils sont nos compatriotes. Oui, défendre les musulmans au nom de la nation, car la France incarne l’idée même de fraternité universelle. Ni plus ni moins.

 

Jean-Christophe Cambadélis

Député honoraire

 

21 Nov

Commentaires fermés sur L’invité de la matinale de France Info

L’invité de la matinale de France Info

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Jean-Christophe Cambadélis répondait ce mardi 21 novembre aux questions de Jean-Michel Aphatie et Bruce Toussaint dans la matinale de France Info.

Retrouvez ci-dessous ses principales déclarations ainsi que la vidéo de l’interview:

Sur les 6 premiers mois du quinquennat Macron 

« Emmanuel Macron fait fausse route sur la centralisation jupitérienne. Cela ne me semble pas juste car aujourd’hui, vu les problèmes auxquels nous sommes confrontés, c’est plutôt une décentralisation massive qui devrait avoir lieu. (…) Ses discours sur l’Europe sont intéressants, il défend l’Europe mais je le trouve isolé sur la chaîne européenne et pour l’instant nous n’avons pas les premiers linéaments de la réalisation de nos rêves communs. Enfin, sur la politique sociale, je pense qu’il commet une faute par sa volonté d’avancer à marche forcée sur une orientation libérale. »

Gérard Filoche, a-t-il encore sa place au PS ?

« Certains disaient qu’il ne l’avait plus depuis très longtemps.  Moi j’avais toujours fait en sorte que chacun puisse s’exprimer. Il y avait des désaccords qui étaient de type politique. Aujourd’hui le désaccord n’est pas politique, il est éthique. Et sur l’éthique on ne peut pas transiger. (…) Vous vous souvenez de son tweet sur Christophe de Margerie. Là, il avait été déféré devant la commission des conflits du PS. Aujourd’hui, le désaccord n’est pas politique, il est éthique et on ne peut pas transiger là dessus. »

Sur l’affaire Marchal-Beck

« J’ai tout découvert en lisant Libération. (…) C’est très bien que les femmes puissent libérer leur parole et mettre en cause ces abus de pouvoirs. (…) Je crois qu’il y a la dimension dans cette affaire d’un abus de pouvoir, comme on en voit un peu partout, mais dans ce cas, cela tient au trait spécifique du MJS. (…) Le MJS est une organisation extrêmement concentrée, un Etat dans l’Etat au niveau du Parti socialiste, et dans l’opposition au PS. Ils font ce qu’ils veulent. Dans cette organisation on ne parle pas aux autres. Il y a une dimension fractionnaire, quasiment sectaire. »

 

03 Nov

Commentaires fermés sur « Emmanuel Macron est fasciné par François Hollande », interview à Closer

« Emmanuel Macron est fasciné par François Hollande », interview à Closer

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Le magazine Closer publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:



Après trois ans à la tête du PS, vous avez quitté votre bureau de Solférino. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Je suis triste pour le PS mais plutôt libre. Et rendu à la vie civile ! (Rires.)

Dans votre livre, vous n’êtes pas tendre avec la classe politique. C’est votre revanche après des années de langue de bois ?
Revanche, peut-être pas. Mais j’ai souhaité raconter ce que j’ai vécu, sans être bridé. Quand vous êtes premier secrétaire du PS, il faut rassembler et votre parole n’est donc pas libre.

Vous expliquez que François Hollande n’était pas prêt à présider. Il ne s’imaginait que Premier ministre de DSK ?
Oui. Il savait que ce serait compliqué de le battre à la primaire. Lorsque Dominique Strauss-Kahn n’a pas pu se présenter, il a dû sauter sans élan. C’est la grande différence avec Emmanuel Macron qui s’est préparé, dans l’ombre.

Le problème de François Hollande, c’est qu’il a souvent décidé de ne pas décider ? 
Tout à fait. Sa méthode de gouvernance est de laisser tout ouvert, pour décider au dernier moment. Mais parfois, les choses s’imposent à lui, sans qu’il puisse faire la synthèse.

Cela lui est d’ailleurs arrivé dès le début du quinquennat, lorsque Valérie Trierweiler lui réclame un baiser à la Bastille, au soir de sa victoire. « On pourra lui demander le plus grotesque, il y répondra » dites-vous.
Oui, c’était une demande grotesque ! Or il ne se dérobe pas… Tout en ne répondant qu’à moitié, par un baiser furtif.

Sa vie privée s’est beaucoup invitée dans son mandat. N’avait-il pas anticipé la peopolisation de la vie politique ?
Je ne suis pas sûr qu’il pensait se retrouver dans Closer ! (Rires.) Mais évidemment, quand on est Président, la vie privée devient publique.

Valérie Trierweiler n’avait pas attendu Closer pour mettre son couple sur la scène publique avec son tweet de soutien à Olivier Falorni…
Absolument. D’emblée, elle a pris position pour un élu socialiste mais surtout contre Ségolène Royal, ce qui donnait à son intervention une dimension de règlement de comptes.

Le lendemain de la révélation du Gayet Gate, vous aviez rendez-vous avec François Hollande. Il n’annulera pas, mais vous le verrez très troublé, s’endormant même pendant la discussion !
C’est une dimension du personnage : pour lui, un Président assume. Mais les conditions de ce rendez-vous étaient très compliquées pour lui !

Vous jugez le bilan du quinquennat meilleur que le récit qui en a été fait. Comment expliquer cette mauvaise communication, avec un Président qui a tant parlé aux journalistes ?
Cela renvoie à son habitude de répondre à toutes les demandes ! Mais Un Président ne devrait pas dire ça a contribué à rendre sa candidature très compliquée.

En vexant nombre de ses soutiens ? Claude Bartolone, qu’il ne jugeait pas digne d’être Premier ministre, ou Najat Vallaud-Belkacem, qu’il ne trouve pas intellectuelle…
Oui, ils ont été blessés par les propos tenus, qui n’ont pas été démentis. Cela faisait des alliés en moins !

Ce qui a empêché sa candidature est bien sûr aussi la montée d’Emmanuel Macron. Il l’a longtemps cru loyal ?
Non, il a vu son appétit mais a pensé que cette ambition pouvait lui être utile, qu’Emmanuel Macron ringardiserait Alain Juppé et lui ramènerait une partie de l’électorat centriste. Mais Emmanuel Macron a compris cette instrumentalisation et il en a profité.

C’est finalement lors du meeting de la Mutualité qu’il comprend que les choses lui échappent ?
Oui. Ce soir-là, j’étais avec lui à l’Elysée et nous avons eu des difficultés techniques pour suivre le meeting. La télévision ne marchait pas, Emmanuel Macron passait du vert au bleu… François Hollande est un homme très maîtrisé mais là, il était furieux !

Pensez-vous qu’il pourrait revenir en politique ?
Je crois qu’il est fidèle à lui-même : il laisse tout ouvert. Il ne crée pas les conditions pour être candidat, mais on ne sait jamais…

Cela ne devrait pas rassurer Emmanuel Macron, que vous dites obsédé par François Hollande…
Au fond, il est fasciné par Hollande. Dans un effet de miroir, il veut faire l’inverse de lui et ça le cadre, d’un certain point de vue ! Mais je pense qu’il fait quelques erreurs psychologiques à cause de cela, en voulant tout centraliser autour de lui. Quand vous êtes dans cette incarnation jupitérienne, vous devenez un pouvoir désincarné.

Cela explique aussi son rapport compliqué aux médias ?
Oui. Il pense qu’ils prennent tout par le petit bout de la lorgnette. Mais il ne comprend pas que leurs interpellations sont aussi celles des Français. On ne peut pas sans arrêt venir du haut pour dire la bonne parole !

Votre première impression d’Emmanuel Macron a été contrastée. Vous décrivez le mélange entre « un déhanché de Michael Jackson et un regard de Margaret Thatcher »
J’ai été frappé par cet homme intelligent, pétillant, souriant, tactile, enveloppant… Et d’un seul coup, un regard dur, sombre, qui ne semblait pas là. Cette dichotomie m’a marqué.

Avez-vous été déçu par les socialistes – comme Jean-Yves Le Drian ou Christophe Castaner – qui ont choisi de le suivre ?
Oui, je leur en veux parce que cela a un nom : l’opportunisme. Ils ont choisi quelqu’un dont ils pensaient qu’il allait gagner au détriment de ce qui a fait leur vie, la gauche. Peu importe le flacon, pourvu qu’on puisse le boire !

C’est aussi le cas pour Manuel Valls ?
Bien sûr. Je n’avais jamais pensé qu’il serait parjure à sa parole dans la primaire. Le voir déchirer ce qu’il avait signé, puis demander l’investiture d’En Marche avec ce qu’il pensait d’Emmanuel Macron, cela m’a surpris. Il a peut-être une idée derrière la tête mais je ne vois pas laquelle.

Vous ne mâchez pas vos mots non plus sur Jean-Luc Mélenchon, « rêve d’un Chavez de Saint-Germain-des-Prés »…
Je respecte la colère des Insoumis mais leur orientation populiste ne permet pas de construire une alternative. Elle autorise surtout Macron à se maintenir !

Regrettez-vous de ne pas vous être présenté à la présidentielle ? Vous dites y avoir brièvement pensé après la défection de François Hollande!
J’y ai pensé une demi-seconde et j’ai éclaté de rire. J’ai le sens du ridicule !

Vous venez de monter votre société de conseil. Pourquoi ne pas devenir plutôt chroniqueur, comme nombres de vos confrères ?
Pourquoi pas ? Je ne m’interdis rien.

Vous avez eu des propositions ?
Non. Mais c’est une manière de lancer un appel ! (Rires.)

Propos recueillis par Maelle Brun

 

 

20 Oct

Commentaires fermés sur L’invité de Brigitte Boucher dans « Politique Matin » sur LCP

L’invité de Brigitte Boucher dans « Politique Matin » sur LCP

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Jean-Christophe Cambadélis répondait vendredi 20 octobre 2017 aux questions de Brigitte Boucher dans l’émission « Politique Matin » sur LCP.

 

Retrouvez la vidéo de l’interview ci-dessous (à partir de 29’50 sec):

 

17 Oct

Commentaires fermés sur « Nous sommes tous responsables de la débâcle », interview au Télégramme

« Nous sommes tous responsables de la débâcle », interview au Télégramme

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Le Télégramme publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

Quelle est la part de responsabilité de François Hollande dans ce que vous appelez la « débâcle » ?
Nous sommes tous responsables à des niveaux divers. Mais François Hollande, en tant que président de la République, n’a pas su donner le sens à son action.De Montebourg, Hamon, Valls ou Aubry, laquelle de ces personnalités est-elle l’assassin le plus efficace du PS ?
Je ne poserai pas la question de cette manière. Je pense que chacun a joué une partition qu’il estimait juste à un moment donné. Les raisons de l’effondrement parlementaire du PS tiennent à une raison objective, à savoir la crise des partis progressistes dans le monde. Et subjectives, à savoir l’action des hommes et des femmes que vous avez cités.Mélenchon et La France insoumise empêchent-ils la reconstruction du PS ?
Ils la compliquent, à partir du moment où ils tournent le dos à l’unité de la gauche et veulent lui substituer un clivage La France insoumise/oligarchie. Ils se privent d’une dynamique unitaire et donc de toute accession aux responsabilités.Un Premier secrétaire remplacé par une armée de 28 personnes, est-ce bien raisonnable ?
C’est une transition. Mais de toute façon, je crois être le dernier Premier secrétaire à la mode de François Mitterrand. Le futur dirigeant du PS sera un animateur, un secrétaire général, mais pas, à cette étape, le leader de la gauche.

Finalement, le PS est-il capable de se reconstruire ?
Il l’est à partir de son implantation départementale, locale et régionale, et s’il porte le projet d’une nouvelle France plus décentralisée, plus déconcentrée, plus transparente et plus efficace.

Propos recueillis par Philippe Reinhard

13 Oct

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« Les résultats du quinquennat Hollande sont contrastés mais pas nuls », interview à Nice Matin

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Nice Matin publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez lire en cliquant ici ou ci-dessous:

Vous n’êtes pas tendre dans votre livre avec François Hollande. Pourquoi ne pas vous être montré critique plus tôt?

Je l’ai été en petit comité, mais je ne pouvais m’exprimer publiquement car sous la Ve République, on le voit bien avec La République en marche!, c’est l’exécutif qui décide et les partis politiques n’ont pas leur mot à dire. Valls, Macron, les frondeurs, Mélenchon… Tout le monde en prend pour son grade.

Qui trouve aujourd’hui grâce à vos yeux à gauche?

Je crois que la responsabilité de l’échec est collective et que l’avenir du PS le sera. Il est trop tôt pour dire par qui il passera.

Votre part de responsabilité dans la débâcle du PS?

Je n’ai pas été capable de donner du sens et d’infléchir la politique gouvernementale. J’ai cru que la capacité à maintenir tout le monde ensemble suffirait. Cela n’a pas été le cas.

Sur quelques points précis, que changeriez-vous si c’était à refaire?

Je supprimerais l’année 2016. Car fin 2015, nous avons limité les dégâts aux régionales, malgré des déroutes en Paca et dans le Nord, nous avons aussi réussi la COP 21, et François Hollande est alors parvenu à incarner la Nation au Congrès de Versailles, après le Bataclan. Les sondages étaient frémissants pour lui…

L’année 2016 va ensuite tout mettre par terre, avec la déchéance de la nationalité, la loi Travail et enfin le départ d’Emmanuel Macron.

Macron, justement, c’est pour vous la droite au pouvoir?

Quand j’entends Jean-François Copé déclarer qu’il fait le programme que la droite n’a pas voulu faire, je crois que tout est dit. Il est ultralibéral en économie, même si sur les questions de société il est libéral également.

Comment la gauche socialiste peut-elle désormais retrouver un crédit politique et contrecarrer l’omniprésence de Mélenchon?

D’abord en ne se préoccupant ni de Mélenchon ni de Macron, et en assumant ce qu’elle est. C’est-à-dire une confédération d’élus locaux qui conduisent une décentralisation écologique et participative.

Votre avenir personnel?

J’aspire à être une voix à gauche, sans plus. Un apporteur d’idées et un analyste des situations politiques.

Vous avez conservé des contacts avec François Hollande?

Oui. Je l’avais aussi prévenu avant la publication du livre. Il sait ce que je pense. A savoir que les résultats de son quinquennat valent mieux que son récit.

Vous estimez donc, au final, que le quinquennat n’a pas été si mauvais…

Comme je le dis dans mon livre, les résultats sont contrastés mais ils ne sont pas nuls. C’est l’histoire chaotique et l’absence de sens qui les rendent peu lisibles.

Propos recueillis par Thierry Prudhon