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29 Mar

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« Nous sommes socialistes ! », lettre de Jean-Christophe Cambadélis aux militants socialistes

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Paris, le 29 mars 2017

 

 

« Nous sommes socialistes ! »

 

 

Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s camarades,

La presse lassée des affaires Fillon et désintéressée des affaires de Marine Le Pen a décidé de feuilletonner sur le Parti socialiste.

Ainsi, notre formation serait morte et enterrée vivante par une défaite annoncée, sondages à la main, par médias interposés. Au moment même où Martin Schulz pour le SPD apporte publiquement son soutien à Benoît Hamon et Angela Merkel le reçoit.

D’abord, cette élection n’est pas terminée. Elle n’a pour ainsi dire pas commencé, si on excepte un débat surréaliste au regard des canons de la Vème République.

Ensuite, cette élection reste brumeuse, cotonneuse et chaotique. Il y a certes un classement sondagier de candidats, mais pas de majorité. C’est à cette étape une élection présidentielle sans majorité. Le seul mot d’ordre apparent est « sus à toutes les représentations » au nom d’un peuple mirage. Cette ligne ne permet pas à celui-ci de trancher sur l’avenir du pays. Ne concluons pas trop vite au nom des sondages qui ont déjà démontré qu’ils pouvaient être démentis par la réalité.

En particulier dans un moment de montée des nationalismes, de l’isolationnisme américain et de pression de la Russie poutinienne. L’Europe déjà minée par l’austérité et le Brexit ne résistera pas à la crise française.

Enfin, une élection gagnée ou perdue ne détermine pas le devenir d’un parti.

Nous avons perdu en 2002, nous fûmes même éliminés dès le premier tour. Nous nous sommes remis rapidement.

Nous avons gagné en 2012, pourtant qui peut dire que le Parti socialiste avait réglé ses problèmes politiques ou stratégiques ?

Nous avons été balayés aux élections municipales et européennes, mais nous étions à plus de 23% aux élections départementales et 24% aux élections régionales qui ont suivi.

Une élection ne dissout pas une Histoire. Le parti gaulliste a connu maintes mutations après ses déroutes électorales.

On vous dit ou prédit « la saignée macroniste ». Il est vrai qu’une partie de notre électorat voit dans le vote Macron un moyen utile de faire barrage à François Fillon pour défaire Marine Le Pen. Pourtant, nous avons toujours pris nos responsabilités face à Marine Le Pen et nous le ferons encore.

Cette équation était d’ailleurs déjà en place lors de la primaire de la droite, ce qui a amené 800 000 électeurs de gauche à voter dans une grande majorité pour Alain Juppé.

Ce n’est pas une sanction des socialistes. C’est une urgence politique dans une panique démocratique. Mais ce réflexe est une profonde erreur. On ne fait pas barrage au nationalisme populiste en ne réglant pas le problème à la racine. Un barrage endigue un moment. Si on ne tarit pas la source, à la fin le flux emporte tout.

Pour autant, ce vote n’est pas un vote d’adhésion. Et il pourrait revenir à nous si nous étions collectivement capables de dire que notre candidat Benoît Hamon est plus réaliste que Jean-Luc Mélenchon et plus à gauche qu’Emmanuel Macron.

Jean-Luc Mélenchon veut faire la révolution. Ce n’est pas la solution. Il ne veut pas changer l’Europe comme nous le proposons tous, il veut en sortir. Il a refusé l’unité au moment où elle était possible. Alors qu’il n’avait, lui, aucun désaccord avec le candidat de la Belle alliance populaire sur la lecture du quinquennat. Il a délibérément clos le chapitre de l’union de la gauche.

Emmanuel Macron veut être dans l’indéfinition pour mieux coaliser les contraires autour de sa personne. Chacun sait que c’est pour l’espace d’une élection. Et que dire des 11 anciens ministres de Jacques Chirac qui se sont engagés auprès de lui ? Cela fait sans doute beaucoup pour rénover la vie politique, sans parler de mener une politique « équilibrée ». Il cherche à constituer un centre qui veut s’émanciper et de la droite et de la gauche, des représentations partisanes comme des corps intermédiaires.

Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron rêvent, comme beaucoup, d’un paysage recomposé où le Parti socialiste serait émietté, éclaté, décimé.

On vous dit « les élu-e-s rejoignent Emmanuel Macron ». 13 membres du gouvernement se sont engagés en faveur de Benoît Hamon, 3 pour Emmanuel Macron. 22 députés ont parrainés Emmanuel Macron, 172 Benoît Hamon, et 18 sénateurs contre 53. Un seul Premier fédéral sur 100 a rejoint Emmanuel Macron. Et on compte à peine une dizaine de Secrétaires de section sur 3500 qui font sa campagne.

Le Parti socialiste fait bloc et a donné les moyens humains et financiers à notre candidat. Il a accompagné l’élargissement de la Belle alliance populaire aux partisans de Yannick Jadot. Il a facilité l’organisation de la campagne, n’a pas bougé lorsque le candidat a désiré voir ses représentants dans chaque département.

Le Bureau national du Parti socialiste soutient la campagne du candidat qui décide librement de ses choix, comme à chaque présidentielle. Le Secrétariat national et le Bureau national ont engagé le dialogue sur le programme du candidat – nul ne conteste le résultat – et un Bureau national extraordinaire, en présence du Premier ministre, a été organisé pour mobiliser toutes les forces.

On vous dit « que fait le Parti socialiste vis-à-vis de ceux qui vont chez Emmanuel Macron » ?

D’abord les tenants de la Saint-Barthélémy socialiste sont toujours de très mauvais conseillers. Il faudrait stigmatiser, exclure, couper. Qui peut croire que ce nouveau feuilleton servirait notre candidat ? Qui peut penser que ces purges favoriseraient les élections législatives ?

Ce n’est pas au Parti socialiste d’agir pour régler les problèmes internes de courants qui voient certains des leurs se partager entre Emmanuel Macron et Benoît Hamon. Ce n’est pas au Parti socialiste d’être comptable des manques individuels de certaines de ses personnalités.

Notre position est simple : Benoît Hamon est le candidat issu de la primaire, légitimé par une convention unanime du Parti socialiste. Ceux qui ont rejoint En Marche ne sont donc plus au Parti socialiste. Il n’y a pas de double appartenance. Ceux qui parrainent ne peuvent plus s’en réclamer. Et il faut condamner les manquements. Pour le reste, nos statuts – qui ont été adoptés à l’unanimité du Congrès de Toulouse – indiquent que chaque fédération est en droit de faire appel à la commission fédérale des conflits pour tout manquement à la discipline. Il n’y a chez nous – au contraire d’autres organisations – aucun fait du prince.

Dans ces affaires, il faut être ferme et proportionné et ne pas rendre central ce qui relève à cette étape de décisions individuelles que je combats.

Voilà cher-es ami-es, cher-es camarades, la réponse aux problèmes qui nous sont posés.

Le Parti socialiste est et demeurera. Je veux le défendre, nous devons le défendre car une République sans les Socialistes est une démocratie amputée.

L’élection présidentielle n’est pas faite. Tout est encore possible, le meilleur comme le pire. Les sondages ne sont jamais une « assurance vie » politique. Devant la fragmentation française, source d’une crise sans précédent de la Vème République, nous restons socialistes.

Je rappelle que notre pays n’est à l’abri de rien. Il faut un peu de retenue. J’appelle tous les socialistes au calme, au respect de leurs principes et de leur cohérence pour une gauche qui gouverne et qui transforme.

 

Amitiés socialistes,

 

 

 

Jean-Christophe Cambadélis

Premier secrétaire du Parti socialiste

 

29 Mar

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Déclaration de Manuel Valls : réaction du Premier secrétaire

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Je suis triste de ne pas avoir réussi à convaincre Manuel Valls de ne pas soutenir Emmanuel Macron.

Je combats cette position. Notre candidat, après la primaire et la convention unanime des socialistes, est Benoît Hamon. Il doit représenter tous les socialistes, les radicaux et tous les écologistes.

Emmanuel Macron ne désire aucun ralliement. Avec une certaine fébrilité, il a précipité une conférence de presse définissant sa majorité présidentielle comme s’il était déjà élu président. Emmanuel Macron fait le tri dans ses futurs soutiens, ce qui est tout de même baroque à un mois de l’élection présidentielle et surtout dangereux dans la perspective éventuelle d’un deuxième tour face à Marine Le Pen.

Le Parti socialiste rappelle qu’il sera, comme toujours, au rendez-vous du combat contre le Front national.

Devant la fragmentation française, source d’une crise sans précédent de la Vème République, nous restons socialistes.

J’appelle tous les socialistes au calme, au respect de leurs principes et de leur cohérence pour une gauche qui gouverne et qui transforme.

21 Mar

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Disparition d’Henri Emmanuelli : le Parti socialiste saisi d’une infinie tristesse

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C’est une infinie tristesse qui saisit aujourd’hui la famille socialiste à l’annonce de la disparition de l’une de ses plus grandes figures, Henri Emmanuelli.

Membre de notre Parti dès sa fondation en 1971, il fut l’un des compagnons de François Mitterrand et rapidement une personnalité unique et incontournable.

Elu dès l’âge de 32 ans à l’Assemblée nationale, Henri Emmanuelli resta tout au long de sa vie, ancré à ses convictions comme aux Landes.

Pour tous les socialistes, Henri Emmanuelli était une voix. Une voix rocailleuse. Quelques fois sévère mais toujours maitrisée. Une voix au service de si nombreux combats politiques, de la conquête à l’exercice du pouvoir.

En 1981, Henri Emmanuelli participe au premier gouvernement de Pierre Mauroy. Il exercera, par la suite, de nombreuses responsabilités à la tête de l’Etat comme au Parlement.

Dans une période politique mouvementée, nous n’oublierons pas qu’il sut être un Président de l’Assemblée nationale exemplaire et respecté sur tous les bancs.  Ses présidences successives de la Commission des Finances auront marqué une étape importante du renforcement du travail parlementaire.

Aucun grand débat n’était indifférent au leader socialiste qu’il était. Henri Emmanuelli savait plus que tout autre conjuguer la conviction et la bienveillance. Il pouvait être féroce dans le débat mais d’une grande élégance dans la vie. Il avait l’âme socialiste chevillée au corps et était toujours très respectueux des autres.

Premier secrétaire du Parti socialiste de 1994 à 1995, il contribua – par son sens des responsabilités – au redressement de notre formation et – par  son engagement- à la campagne présidentielle de 1995. De ses expériences, il cherchait continuellement à convaincre et à transmettre.

Pour nous, Henri Emmanuelli restera toujours l’enfant des Landes, dont il avait l’accent mais surtout la passion. Président du conseil départemental, il sut façonner ce territoire en y développant les services publics et en contribuant à l’essor de son tissu industriel et économique.

Le Parti socialiste exprime ses sincères condoléances à sa famille et à ses proches. Il se tient au côté de tous les camarades aujourd’hui endeuillés.

 

© Parti socialiste – Philippe Grangeaud

20 Mar

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Communiqué de presse de Jean-Christophe Cambadélis à l’occasion du Newroz

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Cette année, le Newroz, le nouvel an des peuples du Moyen-Orient et d’une grande partie d’Asie centrale et occidentale, se fête le 20 mars. Comme tous les ans, je présente aux peuples de cette région et à nos compatriotes d’origine afghane, iranienne, kurde, d’Asie centrale et du Caucase, mes vœux pour une année de paix et de liberté.

Je partage votre joie et vote aspiration à plus de démocratie, de liberté et de paix à l’occasion du Newroz, dont je sais combien cette fête millénaire est enracinée dans votre culture et votre tradition. Elle marque le printemps, elle est un symbole de renaissance et d’espoir pour vous.

Je salue particulièrement les peuples kurdes syrien et irakien pour leur contribution déterminante dans la lutte contre l’organisation terroriste Daech. Le peuple iranien aspire toujours à la démocratie et poursuit pacifiquement sa lutte pour les libertés fondamentales. Je demande une nouvelle fois la libération des prisonniers politiques, notamment celle de Mme Moussavi et de M. Karoubi, des candidats à l’élection présidentielle injustement placés en résidence surveillée depuis 2011. Je salue également les Kurdes de Turquie, victimes de l’extension de la répression et d’un conflit armé qui dure depuis plus de 30 ans sur lequel le gouvernement de M. Erdogan ne montre aucune volonté pour parvenir à une solution politique.

Ma pensée va également vers le peuple afghan qui depuis presque 40 ans ne connaît que la guerre, le fanatisme et le terrorisme. Je tiens à exprimer toute mon inquiétude face à l’aggravation de la situation sécuritaire, l’émergence du groupe terroriste Daech et le nombre très élevé de victimes civiles.

Que le nouvel an pour vous soit une année de paix et du progrès des libertés.

18 Mar

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« Le Parti socialiste sera un acteur majeur des prochaines élections législatives ». Interview au Télégramme

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Le Télégramme publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous: 

 

Le Parti socialiste est-il devenu un acteur politique secondaire ?

Non ! Le Parti socialiste est dans les quatre capables de figurer au deuxième tour de l’élection présidentielle.

Vous y croyez vraiment ?

Oui ! De plus le Parti socialiste sera un acteur majeur des prochaines élections législatives. Nul n’en doute.

Condamnez-vous l’attitude de Manuel Valls qui, après s’être engagé à soutenir le vainqueur de notre primaire, refuse aujourd’hui de faire campagne pour Benoît Hamon ?

Je regrette que Manuel Valls n’ait pas donné son parrainage, car je crois qu’il faut toujours respecter les règles. Je constate qu’au cours de ce quinquennat, il y a eu beaucoup de contraventions à ce principe, y compris quand Manuel Valls était Premier ministre.

Si Emmanuel Macron l’emporte le 7 mai, le Parti socialiste devra-t-il passer un accord électoral avec lui ?

Le Parti socialiste doit rester une force autonome. Je ne crois pas que le PS soit une force d’appoint. Ni partenaire junior d’Emmanuel Macron, ni partenaire sénior de Jean-Luc Mélenchon. Le Parti socialiste doit décider par lui-même et pour les Français.

François Hollande a renoncé à briguer un second mandat. Qu’attendez-vous de lui aujourd’hui ?

Qu’il continue son mandat jusqu’au bout, qu’il soit Président jusqu’à la dernière seconde et qu’après il puisse aider sa famille politique à continuer à peser dans la vie politique française qui est bien tumultueuse.

Des personnalités socialistes de poids, comme Bertrand Delanoë, et sans doute bientôt Jean-Yves Le Drian, ont rejoint ou vont rejoindre Emmanuel Macron. Comment réagissez-vous à ces défections ?

Tout cela va se terminer par une auberge espagnole. J’ai beaucoup de respect pour Jean-Yves Le Drian, je sais que ses raisonnements ne sont jamais médiocres. Il a fait, ou va faire, un choix. Je le regrette profondément, mais je voudrai dire aux élus qui ont lancé un appel autour de Marylise Lebranchu, Charles Josselin et Louis Le Pensec pour faire respecter le choix des primaires et soutenir Benoît Hamon, que la décision de Jean-Yves Le Drian n’est pas un voyage sans retour. Il reviendra dans la famille socialiste

L’enjeu pour la prochaine présidentielle n’est-il pas la prise de contrôle du Parti socialiste ?

Le contrôle par qui ? Je ne crois pas que ce soit l’enjeu. Je partage ce qu’a dit Benoît Hamon : il se moque de savoir qui sera Premier secrétaire. Je pense que Manuel Valls est dans le même état d’esprit. Maintenant que nous avons les primaires, le rôle du Premier secrétaire n’est plus d’être le leader de la gauche. Il doit être l’animateur. C’est différent.

Pourquoi les affaires (Fillon, Le Pen et peut-être bientôt Macron) ne profitent-elles pas au candidat socialiste ?

Les affaires sont un symptôme de la décomposition de la Ve République. Elles ne sont pas un vecteur de recomposition. C’est pourquoi personne ne peut surfer sur les affaires.

 

 

Propos recueillis par Philippe Reinhard

16 Mar

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« L’élection présidentielle ce n’est pas un pronostic mais un choix ». Interview au Point

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Le site du Point publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

Le Point : Manuel Valls ne soutient pas Benoît Hamon. Il ne respecte pas l’engagement de la primaire. Vous qui êtes le garant de la charte, qu’en pensez-vous ?

Jean-Christophe Cambadélis : Il faut toujours respecter les instances, les votes démocratiques. C’est une constante de l’engagement politique. Mais, force est de constater que ce quinquennat n’a pas été avare de remises en cause tous azimut de nos décisions collectives. Je ne donne pas aux déclarations de Manuel Valls, à huis clos, un autre sens que la légitimation de son non-parrainage et le refus de rejoindre Emmanuel Macron. Allons au-delà de l’écume des choses.

De plus en plus de responsables socialistes, issus des réformateurs, comme Pierre Moscovici, vont appeler à voter Macron sans forcément le rejoindre. N’est-ce pas une anticipation de ce que sera la position du Parti socialiste in fine ?

Non, le Parti socialiste a décidé en convention nationale à l’unanimité de soutenir le vainqueur de la primaire. Le Premier secrétaire s’y tient. C’est de bonne politique car une présidentielle n’est pas un pronostic mais un choix. Une présidentielle dit toujours beaucoup de chose sur le moment politique…

Plutôt le chaos en ce moment…

Nous sommes dans une phase de décomposition de la Vème République. Les affaires en sont le symptôme. Le fait que deux candidats qui professent le « ni droite ni gauche », sans être équivalent dans leur nature, soient en tête en est le second élément. Le Front national s’installant dans la vie politique française à un haut niveau a fait exploser le bipartisme, c’est le troisième élément. Le scrutin majoritaire à deux tours n’est plus capable de contenir les offres politiques.

Un moment de décomposition ou de révolution politique ?

De décomposition politique car la révolution n’est pas encore là. Manifestement, le prochain président de la République va être élu par défaut puisqu’il sera élu, au second tour, dans le « tout sauf le Front national ». Un barrage ne fait pas un programme. Donc, il sera faible alors que nos institutions sont faites pour qu’il soit fort et  ordonne la vie politique. A cette étape, nul ne sait s’il aura une majorité parlementaire. Nous entrons dans une forme de IVème République dans la Vème. Le fait que le Front national ordonne toutes les réflexions politiques, en positif comme en négatif, n’est pas sain pour notre pays. La situation est enfin aggravée par la décision de Jean-Luc Mélenchon de ne pas soutenir le candidat socialiste qui lui était proche sur tous les thèmes. C’est une rupture stratégique de l’union de la gauche. Et, dans le même temps, les affaires et la radicalité de François Fillon ont provoqué l’émergence d’un nouveau centre qui s’est émancipé de la droite classique et de la gauche. Si bien que la concomitance de ces trois phénomènes – crise de nos institutions, montée du FN et changement stratégique – ouvre une nouvelle histoire de la politique française.

Barré sur sa gauche par Mélenchon, Benoît Hamon aurait-il dû faire plus de concessions aux socialistes réformistes de manière à rattraper Macron ?

On aurait pu toujours souhaiter que son mouvement soit plus rapide. Mais ce qui n’était pas prévu, c’est que Jean-Luc Mélenchon ferme la porte à gauche et que François Fillon, à son corps défendant, ouvre  la sienne en libérant le centre. Depuis, on assiste à un phénomène paradoxal autour d’Emmanuel Macron : ses ralliements viennent de la gauche alors que ses électeurs viennent de la droite.

Si on vous suit bien, nous allons droit vers une chambre ingouvernable… Comment le PS peut-il espérer tirer son épingle du jeu ?

Le changement de calendrier électoral avec des législatives qui suivent la présidentielle va, cette fois-ci, pleinement jouer son effet. En dehors du cas où Marine Le Pen serait élue Présidente, nous avons trois cas de figure possibles. Si François Fillon est élu, nul ne peut exclure une cohabitation avec la gauche. Si c’est Emmnauel Macron, nul ne peut exclure qu’il n’ait pas de majorité absolue et qu’il soit contraint de ne plus être dans le « ni droite ni gauche » mais d’être dans le « et droite et gauche », soit de manière permanente avec un accord de gouvernement ou au cas par cas sur l’ensemble de ses projets. Ce qui naturellement fragilisera l’exécutif. Enfin, si c’était Benoît Hamon, il y aurait fort à parier qu’il serait contraint d’organiser une majorité parlementaire allant de Macron à Mélenchon.

Et donc d’adapter son projet… 

Disons qu’il serait dépendant de cette majorité.

Mais il n’y a pas de points communs entre Macron, Hamon et Mélenchon… C’est ingouvernable ! Autant dissoudre…

Parce que vous pensez qu’il y a des points communs entre Alain Madelin et Robert Hue? Entre Laurent Wauquiez et Nathalie Kosciusko-Morizet ? Il va falloir apprendre les compromis et les coalitions.

Que restera-t-il du PS après la présidentielle ?

Outre le fait que nous devons soutenir le candidat désigné par la primaire, il y a un intérêt politique à rester groupés. Le PS doit serrer les rangs pour que son candidat soit le plus haut possible soit pour être au second tour soit pour que le Parti socialiste soit en capacité de peser dans les législatives où nécessairement il refera son unité. Car j’imagine mal de nombreux responsables socialistes se départir du dossard PS. D’autant que le Parti socialiste sera LE facteur d’ordre, de stabilité et de protection dans l’instabilité générale, si les socialistes sont capables de s’unir, et de saisir l’histoire. Que nous gagnons ou perdons la présidentielle, le groupe parlementaire PS jouera un rôle déterminant, soit pour faire respecter le programme présidentiel, soit pour protéger de l’absence de programme présidentiel.

Là, nous parlons du PS à la mode Hollande qui n’est pas la ligne du candidat Hamon lequel était un frondeur…

Le PS est resté dans ses clous qui sont ceux du Congrès de Poitiers, c’est à dire une majorité qui allait de Manuel Valls à Martine Aubry en passant par Gérard Collomb (aujourd’hui chez Macron, NDLR). Les cahiers de la présidentielle que nous avons élaborés pour celle-ci sont son ancrage. Mais la présidentielle n’est plus depuis l’introduction de la primaire, la projection mécanique du Parti socialiste ou des partis de gouvernement.

En 1995, Lionel Jospin, vainqueur d’une primaire interne, n’était pas sur la ligne d’Henri Emmanuelli, premier secrétaire. Henri Emmanuelli avec élégance et sens de la famille socialiste a soutenu Lionel Jospin tout en laissant au candidat d’avoir son autonomie durant la présidentielle. En 2007, François Hollande, Premier secrétaire, a fait de même avec Ségolène Royal. En 2012, Martine Aubry, Première secrétaire, avec tact, n’a pas entravé le candidat François Hollande.

Est-ce qu’il faut renoncer à la primaire ouverte qui, au fond, a jeté les Républicains et les socialistes dans le mur ?

Je ne pense pas. Sur ce sujet, on passe rapidement de l’adoration à la détestation. Pourquoi y-a-t-il des primaires ? Parce qu’il n’y a plus de leader incontestable. Pourquoi une primaire à droite ? Parce que Nicolas Sarkozy n’allait pas de soi. Pourquoi en fallait-il une à gauche ? Parce que François Hollande ne s’imposait pas, d’autant moins que son ministre de l’Economie et ancien conseiller se préparait à le quitter. Le temps du général de Gaulle voire de François Mitterrand dominant est révolu. Ce n’est pas prendre en compte la réalité. Hier, on pouvait s’appeler Michel Rocard et s’effacer derrière François Mitterrand. Ou être Chaban-Delmas et s’effacer devant le Général. Aujourd’hui, personne ne veut s’effacer et donc la seule légitimité si on veut rassembler un tant soit peu un camp, c’est toujours la primaire. Soit elle sera organisée, soit elle sera sauvage au 1er tour de la présidentielle comme entre Chirac et Balladur en 1995. De toute façon, nous sommes dans le temps des offres multiples, du multipartisme, des réseaux sociaux et non plus dans celui de la colline inspirée regardant la France au fond des yeux avec l’ORTF. En fait les primaires ne sont pas en soi un bien ou un mal, elles dépendent du contexte.

Si la Vème République est au bout du rouleau, proposez-vous la VIème République et sous quelle forme ?

A mon avis, cette question n’est jamais prise dans le bon sens. La Vème République, c’est évidemment la prééminence de l’exécutif sur le législatif avec un Président incarnant la Nation, sorte de recours ultime. Mais c’est surtout le scrutin uninominal à deux tours qui permet au Président d’avoir une majorité captive à l’Assemblée nationale.

Encore une fois, nous n’avons plus les hommes politiques nous permettant d’incarner ce schéma. Il y a eu les primaires, il y a eu les frondes et il y a aujourd’hui un Président qui sera élu par défaut et une majorité difficilement trouvable. Donc, la proportionnelle s’impose pour retrouver une légitimité et une stabilité. Et le jour où vous avez la proportionnelle avec une prime majoritaire, le Parlement retrouve tout son pouvoir, il rééquilibre le président de la République. Ça peut toujours s’appeler la Vème République mais nous sommes dans une autre forme institutionnelle.
Propos recueillis par Emmanuel Berretta

 

05 Mar

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« Ni partenaire junior de Macron, ni partenaire senior de Mélenchon », interview à La Voix du Nord

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La Voix du Nord publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouvez en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

 

Craignez-vous que Manuel Valls transgresse l’esprit de la primaire et le soutien qu’il doit au vainqueur?

L’avenir du Parti socialiste n’est ni d’être un partenaire junior d’Emmanuel Macron ni d’être un partenaire sénior de Jean-Luc Mélenchon. Il doit être incontournable dans la victoire ou dans la défaite, fier de ce qu’il a fait et de ce qu’il veut faire. Mais il n’est pas anormal que des responsables s’interrogent, suggèrent des éléments d’orientation dans la campagne. Ce sont des moyens de la bonifier. Maintenant qu’il y a l’accord avec EELV, dont l’absence nous a tant coûté pendant les régionales, Benoît Hamon doit être le candidat de toutes les gauches et de tous les écologistes. Emmanuel Macron mène une campagne au centre droit pour tenter d’enrôler l’électorat filloniste en déshérence. Benoît Hamon doit aussi capter le centre gauche.

Benoît Hamon donne l’impression d’écouter davantage les suggestions de ses partenaires extérieurs que des propres membres de sa famille politique.

Je ne crois pas. Son programme a été adoubé par la primaire. Il fait campagne sur cet axe. Il doit ajouter des accents qui sont à la fois ceux d’EELV et des concurrents qu’il a battus dans la primaire. Il a commencé à le faire dans son discours de Brest. Devant Yannick Jadot, il a salué le travail de Marisol Touraine, de Jean-Jacques Urvoas et Christiane Taubira. Il a même été jusqu’à dire que l’augmentation des effectifs de police avait été une bonne gestion du ministère de l’Intérieur. Dirigé à l’époque par… Manuel Valls.

Les Verts étaient à 2% dans les sondages. Méritaient-ils autant d’attention?

L’orientation des socialistes, qui doivent se vivre comme une force indépendante, est la sociale écologie. Constatons que Benoît Hamon est le candidat tout à la fois du PS, du PRG, des écologistes.

Mais il est déjà écologiste dans son discours.

Quand vous l’êtes dans le discours, vous ne pouvez pas avoir une force écologiste sur votre gauche. Il fallait que EELV nous rejoigne et rejoigne leurs « amis » écologistes du gouvernement. Les pro-gouvernementaux et les contestataires sont désormais rassemblés derrière Benoît Hamon. Notre candidat absorbe toute l’écologie et toutes les gauches. C’est très important pour la présidentielle et pour la suite du PS. Quelque soit le résultat, il y a là, la base d’une confédération des gauches et des écologistes qui pèsera, soit parce que nous aurons gagné, soit parce que nous aurons perdu, dans le paysage politique français. La France a besoin d’une force crédible et imaginative pour continuer à se redresser.

Une part significative de parlementaires sont tentés par Emmanuel Macron. Croyez-vous encore en l’unité?

C’est le marronnier de l’éclatement du PS. Tout le monde comprend la ligne que j’ai fixée d’un PS incontournable en cas de victoire comme en cas de défaite. Je n’ai rien contre Emmanuel Macron. J’ai cru comprendre qu’il fut attractif quand il était dans le ni droite ni gauche. Mais ce n’est pas au moment où il infléchit son discours à droite -avec l’austérité, la réduction du nombre de fonctionnaires, de l’assurance chômage et de l’assurance maladie- qu’on peut le rejoindre. Comme il ne me semble pas juste non plus de faire des yeux doux au delà du nécessaire à Jean-Luc Mélenchon dont le refus de l’Europe et d’un programme unitaire de gauche crédible permet à la droite de ce dire qu’elle peut l’emporter. Aujourd’hui, il faut être nous-mêmes et faire campagne.

 

Propos recueillis par Matthieu Verrier

02 Mar

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Projet d’Emmanuel Macron : le cap de l’austérité

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La décision d’Emmanuel Macron de réduire de trois points, chaque année, le ratio dépenses publiques/PIB conduit à une politique d’austérité que les différents gouvernements de François Hollande ont toujours refusée.

La volonté de séduire un électorat de droite, aujourd’hui en déshérence suite à l’affaire Fillon, amène le leader d’En Marche à présenter des mesures classiques de la droite : suppression massive du nombre de fonctionnaires, libéralisation de tous les secteurs, remise en cause des régimes de retraite…

Enfin, la décision de supprimer la taxe d’habitation – revenant  ainsi sur l’acquis séculaire des collectivités locales de lever l’impôt – et la remise en cause totale des négociations de branche, portent atteinte à nos traditions et notre modèle.

Le contrôle drastique de la recherche d’emploi est une touche finale que n’aurait pas désavoué Nicolas Sarkozy.

Loin de redresser la France, ce programme va dresser les Français les uns contre les autres.

01 Mar

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Réaction du Premier secrétaire du Parti socialiste Jean Christophe Cambadélis après la conférence de presse de François Fillon

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Avec la décision de François Fillon de s’en prendre à la justice, comme le fit hier Marine Le Pen, nous assistons à une situation grave.
Ces actes marquent, après bien d’autres, la décomposition de la droite. Ceci sur fond de ce qu’il faut bien appeler maintenant une crise politique. Elle ne profite paradoxalement qu’à Marine Le Pen. Chaque jour, la candidate du Front national s’avance un peu plus vers le pouvoir.
Chacun, à ce moment de notre histoire, est comptable de ses gestes et de ses paroles. Chacun aura à s’exprimer – le Président de la République aussi je suppose.
Chacun doit retrouver le chemin de l’État de droit et la sérénité des débats pour éviter que la crise politique débouche sur une crise de régime permettant à l’extrême-droite de s’emparer du pouvoir.
J’appelle à la responsabilité de tous et pour ce qui est de la gauche, à son rassemblement.

29 Jan

Commentaires fermés sur Meeting de François Fillon à La Villette : un temps mort plutôt qu’un temps fort

Meeting de François Fillon à La Villette : un temps mort plutôt qu’un temps fort

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Dans la campagne de François Fillon, le meeting d’aujourd’hui devait être un temps fort : ce fut un temps mort.
La droite rêvait de ce jour comme d’une démonstration de force : elle devait propulser son candidat, montrer qu’il était le seul légitime à gouverner la France.
Las : face à la tourmente, c’est à sa famille politique qu’il a dû prouver qu’il était encore capable de la représenter à l’élection présidentielle.
L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy a donc repris tous les mantras de la droite : une fois encore, les plus vulnérables ont vu leur dignité bafouée au nom du combat contre « l’assistanat », celle des fonctionnaires au nom de la lutte contre la « bureaucratie », le travail de la communauté éducative et des enseignants réduit à des « activités périphériques », les immigrés à des profiteurs qu’on tolère sous conditions. Rien de nouveau sous le soleil, donc.
Pire encore : pour retrouver de l’espace à droite, François Fillon raconte désormais que tous ses adversaires sont à gauche, y compris le Front national. Le candidat « les Républicains » ne prend même plus la peine de distinguer ceux qui portent les valeurs de la République de ceux qui les rejettent et les bafouent. Etre de gauche, c’est croire en l’action de l’Etat mais c’est aussi partager une éthique et des principes. Le succès des primaires citoyennes démontre que le peuple de gauche est bel et bien vivant, prêt à les défendre, contre la droite et l’extrême-droite.