Vous êtes dans: Ecrits

21 Nov

0 Comments

« Défendre les musulmans », ma tribune dans le Huffington Post

par

Le Huffington Post publie ce jour une tribune de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Non, il n’y a pas de « guerre contre les musulmans ». Mais certains ont du mal à leur foutre la paix. De toutes parts, nos compatriotes musulmans sont pressés de se justifier, de prendre parti, qu’ils soient pratiquants ou pas et surtout quand ils sont d’origine maghrébine. Pas un débat public, pas une polémique qui ne se terminent en discussion sur la place de l’Islam dans notre pays.

Pris en otage de cette focalisation mais surtout de cette assignation à identité, les musulmans de France sont avant tout pris en étau : entre ceux qui veulent que la République se sépare des musulmans et ceux qui veulent que les musulmans se séparent de la République. Nos compatriotes musulmans sont en fait au cœur de la fragmentation française, de cette polarisation inquiétante d’une nation qui a du mal au fond à accepter toutes les altérités, qui a aujourd’hui du mal à se trouver. Voilà, la France ne s’ennuie pas, la France se cherche.

Alors, oui, il faut défendre les musulmans. Contre les identitaires qui font des musulmans la cause de tous les maux et de leur rejet le préalable au redressement national. Contre tous les apprentis sorciers de l’islam politique dans toute leurs subtiles variations – Frères Musulmans, salafistes voire sectes takfiristes – qui leur intiment de rompre avec la République pour vivre totalement sous un ordre religieux qui aurait réponse à toutes les questions, existentielles comme collectives.

Défendre les musulmans, oui, pour défendre la République. Laquelle ne peut plus accepter les discriminations qui les touchent non pas exclusivement mais de façon cumulative, sans qu’ils soient d’ailleurs forcément au fait de la religion, notamment parmi les jeunes Français d’origine maghrébine : discriminations au faciès, au nom, à l’adresse, à l’embauche, au logement… La République se doit pourtant d’incarner au quotidien sa promesse d’égalité auprès de tous les siens et donc aussi auprès de nos compatriotes musulmans.

Et si certaines revendications religieuses poussées par des forces fondamentalistes sont inacceptables dans l’espace public et dans l’entreprise, il y a des revendications tout à fait légitimes pour notre démocratie mais surtout pour honorer la loi de 1905 qui prévoit de traiter tous les cultes à égalité et avec une stricte neutralité. La laïcité, parlons-en. Il faut la défendre elle aussi, contre ce qu’elle n’est pas – une religion – et pour ce qu’elle est : une liberté de croire ou de ne pas croire et une égalité de traitement mais aussi le ressort premier de la fraternité en acte.

Ainsi, défendre les musulmans, croyants ou pas, cela veut dire lutter avec la même fermeté contre les actes anti-musulmans que contre l’antisémitisme et que toutes les autres formes de racisme. Pas de fausse pudeur ici : il y a du racisme anti-musulman, du racisme anti-asiatique, du racisme anti-noirs, du racisme anti-français et tant d’autres. Et si certains de nos compatriotes musulmans sont parfois surpris du traitement de l’antisémitisme dans notre pays, il attire leur attention sur une triste spécificité nationale au-delà de notre passé vichyste : nos compatriotes juifs sont aujourd’hui victimes de 50% des actes racistes dans notre pays alors qu’ils ne représentent qu’1% de la population française.

Égalité, c’est le mot clé, le ciment indispensable qui permet de tenir ensemble notre société. Parce que sans nos compatriotes musulmans, la République ne serait plus la République. Parce que vouloir la République jusqu’au bout, cela veut dire avant tout construire la République pour tous. Sans l’égalité, le vivre-en-bandes risque de remplacer le vivre-ensemble. Certains ne manqueront pas de pointer la supposée naïveté de cet attachement viscéral au vivre-ensemble, je leur rappellerai simplement que l’alternative s’appelle la guerre civile.

Défendre les musulmans, oui, pour assurer l’identité et la pérennité de la République mais aussi son rayonnement. C’est une raison à la fois géopolitique et politique. Car si l’Allemagne domine économiquement le continent, la France est la première puissance méditerranéenne. C’est une chance pour la France mais aussi pour l’Europe et pour les défis économiques et migratoires qu’elle doit affronter. Et chacun peut comprendre qu’il faudra des moyens pour aider l’Égypte, stabiliser la Libye, soutenir la Tunisie, respecter l’Algérie et accompagner le Maroc. Le tout en bonne intelligence avec les puissances du Makrech. Disons-le : la chute du mur de la Méditerranée est le prochain grand défi du continent européen et nos compatriotes musulmans ont un rôle non négligeable à jouer pour répondre à ce prochain tournant de l’Histoire.

Défendre les musulmans, non pas parce qu’ils sont musulmans mais parce qu’ils sont nos compatriotes. Oui, défendre les musulmans au nom de la nation, car la France incarne l’idée même de fraternité universelle. Ni plus ni moins.

 

Jean-Christophe Cambadélis

Député honoraire

 

03 Nov

0 Comments

« Emmanuel Macron est fasciné par François Hollande », interview à Closer

par

Le magazine Closer publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:



Après trois ans à la tête du PS, vous avez quitté votre bureau de Solférino. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Je suis triste pour le PS mais plutôt libre. Et rendu à la vie civile ! (Rires.)

Dans votre livre, vous n’êtes pas tendre avec la classe politique. C’est votre revanche après des années de langue de bois ?
Revanche, peut-être pas. Mais j’ai souhaité raconter ce que j’ai vécu, sans être bridé. Quand vous êtes premier secrétaire du PS, il faut rassembler et votre parole n’est donc pas libre.

Vous expliquez que François Hollande n’était pas prêt à présider. Il ne s’imaginait que Premier ministre de DSK ?
Oui. Il savait que ce serait compliqué de le battre à la primaire. Lorsque Dominique Strauss-Kahn n’a pas pu se présenter, il a dû sauter sans élan. C’est la grande différence avec Emmanuel Macron qui s’est préparé, dans l’ombre.

Le problème de François Hollande, c’est qu’il a souvent décidé de ne pas décider ? 
Tout à fait. Sa méthode de gouvernance est de laisser tout ouvert, pour décider au dernier moment. Mais parfois, les choses s’imposent à lui, sans qu’il puisse faire la synthèse.

Cela lui est d’ailleurs arrivé dès le début du quinquennat, lorsque Valérie Trierweiler lui réclame un baiser à la Bastille, au soir de sa victoire. « On pourra lui demander le plus grotesque, il y répondra » dites-vous.
Oui, c’était une demande grotesque ! Or il ne se dérobe pas… Tout en ne répondant qu’à moitié, par un baiser furtif.

Sa vie privée s’est beaucoup invitée dans son mandat. N’avait-il pas anticipé la peopolisation de la vie politique ?
Je ne suis pas sûr qu’il pensait se retrouver dans Closer ! (Rires.) Mais évidemment, quand on est Président, la vie privée devient publique.

Valérie Trierweiler n’avait pas attendu Closer pour mettre son couple sur la scène publique avec son tweet de soutien à Olivier Falorni…
Absolument. D’emblée, elle a pris position pour un élu socialiste mais surtout contre Ségolène Royal, ce qui donnait à son intervention une dimension de règlement de comptes.

Le lendemain de la révélation du Gayet Gate, vous aviez rendez-vous avec François Hollande. Il n’annulera pas, mais vous le verrez très troublé, s’endormant même pendant la discussion !
C’est une dimension du personnage : pour lui, un Président assume. Mais les conditions de ce rendez-vous étaient très compliquées pour lui !

Vous jugez le bilan du quinquennat meilleur que le récit qui en a été fait. Comment expliquer cette mauvaise communication, avec un Président qui a tant parlé aux journalistes ?
Cela renvoie à son habitude de répondre à toutes les demandes ! Mais Un Président ne devrait pas dire ça a contribué à rendre sa candidature très compliquée.

En vexant nombre de ses soutiens ? Claude Bartolone, qu’il ne jugeait pas digne d’être Premier ministre, ou Najat Vallaud-Belkacem, qu’il ne trouve pas intellectuelle…
Oui, ils ont été blessés par les propos tenus, qui n’ont pas été démentis. Cela faisait des alliés en moins !

Ce qui a empêché sa candidature est bien sûr aussi la montée d’Emmanuel Macron. Il l’a longtemps cru loyal ?
Non, il a vu son appétit mais a pensé que cette ambition pouvait lui être utile, qu’Emmanuel Macron ringardiserait Alain Juppé et lui ramènerait une partie de l’électorat centriste. Mais Emmanuel Macron a compris cette instrumentalisation et il en a profité.

C’est finalement lors du meeting de la Mutualité qu’il comprend que les choses lui échappent ?
Oui. Ce soir-là, j’étais avec lui à l’Elysée et nous avons eu des difficultés techniques pour suivre le meeting. La télévision ne marchait pas, Emmanuel Macron passait du vert au bleu… François Hollande est un homme très maîtrisé mais là, il était furieux !

Pensez-vous qu’il pourrait revenir en politique ?
Je crois qu’il est fidèle à lui-même : il laisse tout ouvert. Il ne crée pas les conditions pour être candidat, mais on ne sait jamais…

Cela ne devrait pas rassurer Emmanuel Macron, que vous dites obsédé par François Hollande…
Au fond, il est fasciné par Hollande. Dans un effet de miroir, il veut faire l’inverse de lui et ça le cadre, d’un certain point de vue ! Mais je pense qu’il fait quelques erreurs psychologiques à cause de cela, en voulant tout centraliser autour de lui. Quand vous êtes dans cette incarnation jupitérienne, vous devenez un pouvoir désincarné.

Cela explique aussi son rapport compliqué aux médias ?
Oui. Il pense qu’ils prennent tout par le petit bout de la lorgnette. Mais il ne comprend pas que leurs interpellations sont aussi celles des Français. On ne peut pas sans arrêt venir du haut pour dire la bonne parole !

Votre première impression d’Emmanuel Macron a été contrastée. Vous décrivez le mélange entre « un déhanché de Michael Jackson et un regard de Margaret Thatcher »
J’ai été frappé par cet homme intelligent, pétillant, souriant, tactile, enveloppant… Et d’un seul coup, un regard dur, sombre, qui ne semblait pas là. Cette dichotomie m’a marqué.

Avez-vous été déçu par les socialistes – comme Jean-Yves Le Drian ou Christophe Castaner – qui ont choisi de le suivre ?
Oui, je leur en veux parce que cela a un nom : l’opportunisme. Ils ont choisi quelqu’un dont ils pensaient qu’il allait gagner au détriment de ce qui a fait leur vie, la gauche. Peu importe le flacon, pourvu qu’on puisse le boire !

C’est aussi le cas pour Manuel Valls ?
Bien sûr. Je n’avais jamais pensé qu’il serait parjure à sa parole dans la primaire. Le voir déchirer ce qu’il avait signé, puis demander l’investiture d’En Marche avec ce qu’il pensait d’Emmanuel Macron, cela m’a surpris. Il a peut-être une idée derrière la tête mais je ne vois pas laquelle.

Vous ne mâchez pas vos mots non plus sur Jean-Luc Mélenchon, « rêve d’un Chavez de Saint-Germain-des-Prés »…
Je respecte la colère des Insoumis mais leur orientation populiste ne permet pas de construire une alternative. Elle autorise surtout Macron à se maintenir !

Regrettez-vous de ne pas vous être présenté à la présidentielle ? Vous dites y avoir brièvement pensé après la défection de François Hollande!
J’y ai pensé une demi-seconde et j’ai éclaté de rire. J’ai le sens du ridicule !

Vous venez de monter votre société de conseil. Pourquoi ne pas devenir plutôt chroniqueur, comme nombres de vos confrères ?
Pourquoi pas ? Je ne m’interdis rien.

Vous avez eu des propositions ?
Non. Mais c’est une manière de lancer un appel ! (Rires.)

Propos recueillis par Maelle Brun

 

 

28 Oct

0 Comments

On ne peut regarder l’Espagne les bras ballants !

par

 

Mais elle est où la gauche?

Ils sont où les Insoumis, les socialistes, les communistes, les écologistes dans ce qui en Espagne s’apparente au début de la crise yougoslave?

Car ne nous y trompons pas, un début de double pouvoir se met en place entre les élections à la constituante. Cela ne rappelle rien aux Insoumis? Et les élections constitutionnelles voulues par Madrid, la droite et le gouvernement?

On peut comprendre que le Président Macron renvoie l’ascenseur à Mariano Rajoy pour son soutien sur les travailleurs détachés mais ça ne fait pas une politique européenne. Et Jean-Claude Juncker en ballade avec Emmanuel Macron ne devrait-il pas rentrer pour traiter ce sujet qui va s’envenimer? Au nom de la non intervention dans les affaires de l’Etat d’un pays voisin on applique le « démerdez-vous! ». Et puis comme toujours,  on va constater les dégâts. C’est une honte pour l’Europe et une faute pour la France.

L’intransigeance des conservateurs à Madrid et celle des nationalistes à Barcelone a conduit à un dialogue de sourds. Les indépendantistes catalans sont suffisamment nombreux: 2 millions pour croire en l’indépendance mais pas assez pour l’imposer. Ils vont donc aller jusqu’au bout pour créer les conditions d’un avenir possible. Madrid a la Constitution, la légalité mais la crise politique mine l’autorité du gouvernement. Chaque parti a compris que cette crise lui permettait de se refaire face à Ciudadanos et Podemos. Mais jusqu’où?

On parle d’élections mais on va assister aux confrontations de manifestations. Seront-elles toujours pacifiques car les unionistes sont fort nombreux mais pas suffisamment pour contraindre les activistes. La Constitution espagnole n’a pas d’article 16 donc la presse et le Parlement seront toujours aux mains des indépendantistes qui ont en tête de gagner ou de faire un précédent.

Notre classe politique est à ce point jacobine pour ne pas voir qu’il y a travers cette crise une volonté de maîtriser son destin dans la mondialisation? L’Europe ne comprend pas qu’elle démontre ainsi qu’elle est politiquement inutile. Les deux partis ont besoin de la France et de l’Europe. Il est indispensable d’intervenir diplomatiquement, politiquement. Nous avons déjà trop tardé. L’Europe a déjà été confrontée à la crise belge avec les velléités séparatistes flamandes, à la situation italienne avec les récents votes dans les régions du Nord qui n’ont pas été insensibles à la situation espagnole. Bientôt il sera trop tard car le feu couve au Pays basque et dans d’autres régions et Madrid est politiquement faible.

Le PSOE est le seul parti à proposer depuis longtemps une voie praticable et d’ailleurs il a refait son unité sur cette question.

La solution est une deuxième révolution démocratique après la chute de Franco, une souveraineté revisitée avec un statut d’association. Mais cela rendrait l’Espagne divisible. Dans tous les cas la France doit être au minimum garante de la paix civile et du refus de l’engrenage vers la violence.

Il est temps que la question espagnole devienne une question européenne et française.

17 Oct

Commentaires fermés sur « Nous sommes tous responsables de la débâcle », interview au Télégramme

« Nous sommes tous responsables de la débâcle », interview au Télégramme

par

Le Télégramme publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

Quelle est la part de responsabilité de François Hollande dans ce que vous appelez la « débâcle » ?
Nous sommes tous responsables à des niveaux divers. Mais François Hollande, en tant que président de la République, n’a pas su donner le sens à son action.De Montebourg, Hamon, Valls ou Aubry, laquelle de ces personnalités est-elle l’assassin le plus efficace du PS ?
Je ne poserai pas la question de cette manière. Je pense que chacun a joué une partition qu’il estimait juste à un moment donné. Les raisons de l’effondrement parlementaire du PS tiennent à une raison objective, à savoir la crise des partis progressistes dans le monde. Et subjectives, à savoir l’action des hommes et des femmes que vous avez cités.Mélenchon et La France insoumise empêchent-ils la reconstruction du PS ?
Ils la compliquent, à partir du moment où ils tournent le dos à l’unité de la gauche et veulent lui substituer un clivage La France insoumise/oligarchie. Ils se privent d’une dynamique unitaire et donc de toute accession aux responsabilités.Un Premier secrétaire remplacé par une armée de 28 personnes, est-ce bien raisonnable ?
C’est une transition. Mais de toute façon, je crois être le dernier Premier secrétaire à la mode de François Mitterrand. Le futur dirigeant du PS sera un animateur, un secrétaire général, mais pas, à cette étape, le leader de la gauche.

Finalement, le PS est-il capable de se reconstruire ?
Il l’est à partir de son implantation départementale, locale et régionale, et s’il porte le projet d’une nouvelle France plus décentralisée, plus déconcentrée, plus transparente et plus efficace.

Propos recueillis par Philippe Reinhard

13 Oct

Commentaires fermés sur « Les résultats du quinquennat Hollande sont contrastés mais pas nuls », interview à Nice Matin

« Les résultats du quinquennat Hollande sont contrastés mais pas nuls », interview à Nice Matin

par

Nice Matin publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez lire en cliquant ici ou ci-dessous:

Vous n’êtes pas tendre dans votre livre avec François Hollande. Pourquoi ne pas vous être montré critique plus tôt?

Je l’ai été en petit comité, mais je ne pouvais m’exprimer publiquement car sous la Ve République, on le voit bien avec La République en marche!, c’est l’exécutif qui décide et les partis politiques n’ont pas leur mot à dire. Valls, Macron, les frondeurs, Mélenchon… Tout le monde en prend pour son grade.

Qui trouve aujourd’hui grâce à vos yeux à gauche?

Je crois que la responsabilité de l’échec est collective et que l’avenir du PS le sera. Il est trop tôt pour dire par qui il passera.

Votre part de responsabilité dans la débâcle du PS?

Je n’ai pas été capable de donner du sens et d’infléchir la politique gouvernementale. J’ai cru que la capacité à maintenir tout le monde ensemble suffirait. Cela n’a pas été le cas.

Sur quelques points précis, que changeriez-vous si c’était à refaire?

Je supprimerais l’année 2016. Car fin 2015, nous avons limité les dégâts aux régionales, malgré des déroutes en Paca et dans le Nord, nous avons aussi réussi la COP 21, et François Hollande est alors parvenu à incarner la Nation au Congrès de Versailles, après le Bataclan. Les sondages étaient frémissants pour lui…

L’année 2016 va ensuite tout mettre par terre, avec la déchéance de la nationalité, la loi Travail et enfin le départ d’Emmanuel Macron.

Macron, justement, c’est pour vous la droite au pouvoir?

Quand j’entends Jean-François Copé déclarer qu’il fait le programme que la droite n’a pas voulu faire, je crois que tout est dit. Il est ultralibéral en économie, même si sur les questions de société il est libéral également.

Comment la gauche socialiste peut-elle désormais retrouver un crédit politique et contrecarrer l’omniprésence de Mélenchon?

D’abord en ne se préoccupant ni de Mélenchon ni de Macron, et en assumant ce qu’elle est. C’est-à-dire une confédération d’élus locaux qui conduisent une décentralisation écologique et participative.

Votre avenir personnel?

J’aspire à être une voix à gauche, sans plus. Un apporteur d’idées et un analyste des situations politiques.

Vous avez conservé des contacts avec François Hollande?

Oui. Je l’avais aussi prévenu avant la publication du livre. Il sait ce que je pense. A savoir que les résultats de son quinquennat valent mieux que son récit.

Vous estimez donc, au final, que le quinquennat n’a pas été si mauvais…

Comme je le dis dans mon livre, les résultats sont contrastés mais ils ne sont pas nuls. C’est l’histoire chaotique et l’absence de sens qui les rendent peu lisibles.

Propos recueillis par Thierry Prudhon

04 Oct

Commentaires fermés sur « François Hollande n’avait pas de politique d’ensemble», interview à Ouest France

« François Hollande n’avait pas de politique d’ensemble», interview à Ouest France

par

Ouest France publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Dans ce livre, vous êtes très sévère avec François Hollande. Est-il le fossoyeur de la gauche ?

Je pense que les résultats de son quinquennat valent mieux que son récit, mais il y a eu beaucoup de couacs. L’année 2016 a été épouvantable pour les socialistes. Cela a commencé par la déchéance de nationalité, la loi travail, puis le départ d’Emmanuel Macron. D’un point de vue du résultat, force est de constater qu’il est contrasté. Il a sa part de responsabilité dans l’échec de la gauche, mais ce n’est pas le seul, je suis aussi responsable.

Quel regard porte-t-il sur sa présidence ?

Il en est satisfait. Il sait qu’il a commis une erreur avec la déchéance de nationalité et dans sa capacité à régler les problèmes. Le principal problème est que François Hollande n’avait pas de politique d’ensemble, comme il l’avait présentée aux Français pendant sa campagne.

François Hollande a-t-il lu votre livre ?

Je l’avais prévenu de sa sortie, mais je n’ai pas eu de retour. Je ne sais pas s’il l’a lu.

Si vous deviez évaluer ce quinquennat, quelle note donneriez-vous à François Hollande ?

C’est compliqué de donner une note car elle ne donne pas de nuances. Je dirais que le quinquennat a été passable.

Vous écrivez que François Hollande a vu venir l’émergence d’Emmanuel Macron, pourquoi s’est-il fait doubler ?

C’est un fin analyste des situations politiques, mais il a cru qu’il pourrait instrumentaliser Emmanuel Macron pour faire barrage à la candidature d’Alain Juppé voire Manuel Valls. Il s’est trompé. Emmanuel Macron a compris le « jeu » du président et l’a piégé. Son départ du gouvernement a été un tournant du quinquennat.

Benoît Hamon était le candidat du parti socialiste à la présidentielle, pourtant il est peu présent dans cet essai…

Les résultats de Benoît Hamon parlent pour lui. Je n’ai plus de relation avec lui depuis le 1er juillet, date à laquelle il a décidé de créer son mouvement. Je ne crois pas en son avenir politique.

Vous jugez aussi que l’ancien ministre de l’Économie Arnaud Montebourg « plaide plus qu’il ne pense »…

Lors de la primaire socialiste en 2011, il était plus proche de Martine Aubry que de François Hollande. Il a pourtant choisi de soutenir le deuxième nommé. Je ne fais pas une affaire personnelle d’Arnaud Montebourg, je l’estime mais il a installé la fronde en défendant des positions à l’opposé de Manuel Valls.

Concernant votre cas personnel, de quoi êtes-vous fier pendant vos trois ans à la tête du PS et, à l’inverse, quels sont vos regrets ?

Je suis fier de trois choses : avoir fait muter le PS vers la sociale-écologie, avoir donné une image et une existence au Parti socialiste, ce qui n’est pas facile sous la Ve République et, après le 18 juin (N.D.L.R., date du deuxième tour des élections législatives) d’avoir permis que le Parti socialiste n’explose pas. Je regrette cependant de ne pas avoir pu retenir les socialistes partis chez Macron. Globalement, je ne pleure pas sur le lait renversé. Je suis très heureux de ce que j’ai réalisé dans une conjoncture difficile et un contexte particulier.

Le PS peut-il se relever après les dernières débâcles électorales ?

Oui, c’est le premier parti parlementaire de gauche, il y a toujours une grosse formation d’élus, il doit désormais définir un dessein. La révolution décentralisée fait qu’il y a une nouvelle France décentralisatrice. Le PS doit avoir le courage de dire que la France doit se décentraliser pour se refonder.

Votre livre donne souvent l’impression que la politique n’est faite que de coups bas et de petits calculs politiciens. Ce qui peut décourager l’électorat, voire dégoûter…

Non, je ne suis pas d’accord. Il n’est pas décourageant car il y a des anecdotes qui font le charme de ce livre, plus des idées, tout ce qu’aiment les Français. La preuve, il se vend très bien et mon éditeur a prévu une réédition.

Aujourd’hui, vous n’êtes plus à la tête du PS et n’avez pas de mandat. Comment se profile votre avenir ?

Je serai un spectateur désengagé, un rapporteur d’idées à gauche, un guetteur de sens, un analyste libre.

 

Propos recueillis par Ronan Planchon

02 Oct

Commentaires fermés sur «La défaite du PS est morale: zéro idéologie, 100% tactique», interview à Libération

«La défaite du PS est morale: zéro idéologie, 100% tactique», interview à Libération

par

Libération publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire dans son intégralité ci-dessous:

 

Dans votre livre, vous parlez de ces socialistes qui «sont devenus un détail dans un tableau ancien». C’est comme ça que vous voyez vos camarades en 2017 ?

C’est l’année zéro, oui. Les socialistes ont subi une défaite majeure mais leur implantation locale n’est pas démantelée… Ils doivent tout reconstruire.

Vous parlez des socialistes à la troisième personne du pluriel…

Moi, je suis parti : je parle mais c’est à eux de faire ! Le paradoxe, c’est que le PS reste le premier parti parlementaire de la gauche mais qu’il n’est plus au cœur de cette gauche. Petit à petit, on va revenir vers les socialistes. Car Emmanuel Macron ne sera plus ce qu’il a été – il ne peut plus surprendre car il gouverne – et Jean-Luc Mélenchon ne veut pas l’unité de la gauche. Ce nouveau cycle passe par une analyse du bilan la plus honnête possible, notamment pour comprendre la dégénérescence d’un parti de gouvernement en parti de gouvernance.

Quand le PS a-t-il basculé, comme dit Régis Debray, de la rhétorique vers la statistique ?

Quand le sens, la justice, la transformation, l’égalité se sont dissous dans le sable de la gestion. On a perdu de vue ce qu’était une gauche de transformation, car au fond, la divergence entre le gouvernement et les frondeurs était exclusivement budgétaire. La technocratisation de la gauche l’a conduite à dire que l’élément essentiel était de libérer le capital, les entreprises. Mais l’entreprise, ce n’est pas un projet de société. Sous le coup de la désidéologisation, la politique s’est contractée sur la seule question économique. C’est ça qui a fini par tuer les socialistes.

En choisissant Hollande, un candidat économiste et féru de fiscalité, c’était couru d’avance…

C’est vrai. Après Mitterrand, nous avons cherché le candidat qui pouvait être élu, pas celui qui incarnait un nouveau projet. Si vous combinez ça à la crise du courant progressiste, au fait que François Hollande n’était pas prêt et à son accord politique bancal avec Arnaud Montebourg, vous avez la toile de fond de ce quinquennat pour le moins contrasté.

Pour vous, François Hollande a été privé de sa «course d’appel» par l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn. Celui qui fait rater le quinquennat avant même son début, ce serait donc DSK ?

Mais bien sûr ! Il combinait une expertise économique et un projet de lutte contre les inégalités. Après lui, il a fallu bricoler.

Vous résumez le quinquennat à la formule «refus d’agir, paresse de penser». C’est adressé à Hollande et à vous-même ?

En réalité, on a bien agi mais on n’a pas donné de sens. Et la paresse de pensée, c’est parce que tout le monde a préféré balayer le travail sur le fond pour se consacrer exclusivement au jeu tactique.

Venant du tacticien en chef, la critique est gonflée…

J’en étais, oui, mais je crois que j’étais très bien entouré à ce petit jeu…

Vous parlez de «défaite morale» et de «choix de carrière» qui ont remplacé le combat collectif. Vous visez qui ?

Sur le fond, il y a eu la déchéance de nationalité et la loi travail qui ont éparpillé ce qu’il restait de nous. Mais je parle surtout des socialistes qui ont participé à la politique de Hollande et qui ont choisi un candidat le combattant. Le Drian, Collomb, Castaner… C’est une défaite morale. Zéro idéologie, 100 % tactique. Certains m’ont même vendu qu’il fallait soutenir Macron parce qu’il allait échouer et qu’on pourrait ensuite se refonder dans la gauche du macronisme ! J’ai les noms… Je n’ai pas de problème avec les socialistes qui se sont opposés sur un sujet ou un autre mais je suis extrêmement critique de ceux qui ont théorisé la fronde. C’est devenu un esprit de système.

Votre lecture du quinquennat épargne globalement François Hollande, que vous présentez comme un dirigeant empêtré dans les circonstances, qui ne serait coupable que d’une chose : ne pas avoir bien communiqué. C’est un peu court…

Les choses sont suffisamment complexes pour ne pas dire que tout est de sa faute. Frondeurs, Macron, Mélenchon, choix politiques, crise économique : l’échec est dû à un très grand nombre de paramètres… Hollande a sa part de responsabilité comme j’ai la mienne…

Ah ! Laquelle ?

D’être arrivé tard à la tête du PS (rires). J’aurais dû mieux me démerder ! Ma responsabilité, c’est d’avoir surestimé ma capacité à donner du sens, à infléchir les choix du gouvernement et à tenir tout le monde ensemble.

A quel moment vous vous dites : «cette fois, c’est perdu» ?

Tard… Le 1er décembre 2016, juste après le renoncement de François Hollande. J’ai toujours pensé, contrairement à beaucoup de mes camarades, qu’il était en mesure de remporter la primaire et la présidentielle, parce que la droite était trop à droite et que Mélenchon ne pouvait pas l’emporter. J’ai relancé la primaire pour qu’il se relégitime. Mais il y a un premier accroc en juillet 2016, quand Emmanuel Macron prend son envol à la Mutualité. Avec Macron dehors, la gauche de gouvernement est coupée en deux et la victoire contre la gauche critique devient compliquée. Ajoutez-y le fameux livre [Un président ne devrait pas dire ça… ndlr] qui brouille tout et cela débouche sur le retrait de Hollande. L’objet de la primaire n’est alors plus de gagner la présidentielle mais de départager la gauche.

Faut-il garder ce système de désignation pour la prochaine présidentielle ?

Je pense qu’on ne pourra pas faire autrement. Il faudra trouver un système pour que seuls les nôtres votent. Mais ce qui est sûr, c’est que, le Dernier Empereur de Bertolucci, je suis le dernier premier secrétaire au sens mitterrandien. C’est la fin du cycle d’Epinay. Le patron du PS ne sera plus le candidat naturel à l’Elysée. Je ne l’étais pas moi-même.

Vous y avez donc pensé ?

Ça m’a effleuré une demi-seconde (il sourit). En décembre dernier, je suis en République tchèque pour un congrès des socialistes européens. Hollande m’appelle après son annonce pour expliquer son choix. Le téléphone reposé, je regarde la vieille ville de Prague, bercée dans la lumière du soir. Me traverse l’idée, «vas-y», et j’explose de rire, tout seul dans ma chambre d’hôtel. Je ne me sentais pas inférieur à ceux qui ont concouru à la primaire et je ne me sentais pas incapable d’incarner un projet. Mais, c’est mon côté jospiniste, je savais qu’aucune des conditions n’étaient réunies. J’étais certes premier secrétaire mais j’avais une réputation, disons, sombre…

Vous vous êtes sacrifié ?

Au lendemain des législatives, oui. Quelques-uns complotaient déjà au loin, jurant ma perte. Je me sentais de taille à les affronter mais je me suis dit que si je me maintenais jusqu’au congrès, l’affrontement se ferait sur fond de «dégagisme». Une bataille personnalisée. L’autre possibilité, c’était de rendre la clé et de les laisser se débrouiller.

Et vous choisissez une bonne vieille synthèse…

Non, je fais une défense élastique (rires). Je démissionne et je propose une direction provisoire avec une feuille de route qui permette de se rassembler et de préparer les conditions du prochain congrès [début 2018, ndlr]. En faisant ça, je concours à sauver le PS.

Mélenchon y contribue aussi, non ?

Il y a plusieurs concours de circonstances. Au soir du premier tour de la présidentielle, je regarde l’intervention de Jean-Luc Mélenchon et je me dis qu’il tient notre destin entre ses mains. S’il avait joué la cohabitation avec Macron, il aurait proposé une union de toutes les gauches et des écologistes. Il aurait eu plus de parlementaires – de quoi peser vraiment face à la majorité – et se serait installé au cœur de la gauche. Quand je vois Mélenchon faire du Beppe Grillo plutôt que du Mitterrand, je me dis : «Nous sommes sauvés !» Sans cela, le PS éclatait. Il y aurait eu ceux qui se seraient dit «mon salut vaut bien Mélenchon» et ceux qui auraient sauté dans les bras de Macron. Même moi, je me serais posé la question…

Il valait mieux sauver le PS que la gauche ?

Ce n’est pas moi le responsable, c’était à Mélenchon de le faire. Outre le choix du chef des insoumis, Macron n’a pas voulu constituer un parti social-libéral : il a décidé d’être centriste. Il a cherché à briser le PS mais pas à occuper son espace. Et puis, dernier clin d’œil de l’histoire, les deux acteurs principaux de la fin du quinquennat socialiste, Manuel Valls et Benoît Hamon, ont quitté le PS. Le parallélisme des formes va jusqu’à la barbe !

En quoi sont-ils semblables ?

Dans le fait qu’ils ont incarné les socialistes pour mieux les quitter, en tant que chef de la majorité et candidat à la présidentielle. Leur trajectoire a un petit côté shakespearien.

Qui est alors Iago, la figure du traître ?

Nous sommes tous des Iago !

Pour vous, Macron, Mélenchon, Le Pen et Wauquiez sont des facettes d’un même populisme…

C’est le club des Jacobins. Le point commun entre les quatre, c’est que pour eux, tout procède de l’Etat. De Bercy, de la Nation ou de la Constituante. Or nous ne sommes plus dans le temps de la centralisation. Aujourd’hui, les Français veulent décider, participer, s’engager, gouverner…

Emmanuel Macron se trompe donc avec sa théorie sur la verticalité du pouvoir ?

C’est ma critique fondamentale du macronisme : notre pays est bloqué parce qu’il est dirigé par le club des Jacobins. Centralisé, vertical. Le seul parti qui peut assumer le girondisme, l’horizontalité du pouvoir et rapprocher les citoyens des lieux de décision, c’est le PS.

Mais comment mener un combat collectif à l’heure de l’individualisme et du libéralisme ?

Les gens ne sont pas contre les partis politiques, ils sont contre les partis qui n’ont pas de projet, si ce n’est celui de se reconduire au pouvoir. Donc si les socialistes se prennent à bras-le-corps, s’ils dessinent une nouvelle France, ils auront leur chance.

Elle doit ressembler à quoi, cette nouvelle France ?

Il faut le droit à l’expérimentation, permettre aux Français d’inventer, créer des nouveaux droits, faire la cogestion dans l’entreprise. Il y a une intelligence collective qui ne demande qu’à être libérée. Macron dit que les Français ne veulent pas se réformer, qu’ils sont fainéants. C’est le contraire ! On ne les laisse pas s’approprier la politique. Ce qui me frappe, c’est que rien ne leur échappe. Ils sont passionnés, engagés : l’enthousiasme est là, ne manque que le projet. Les socialistes français ont une chance de pouvoir reconstruire le courant progressiste avec le SPD allemand, qui est aujourd’hui dans la même impasse programmatique et stratégique.

Via un parti commun ?

Je pense que nos pays sont trop différents pour cela mais ce serait un symbole majeur que les deux partis travaillent ensemble à une refondation du progressisme européen.

Vous laissez une ardoise politique mais pas seulement. Ce soir, c’est votre pot de départ à Solférino, où de nombreux salariés sont sous le coup d’un plan social…

Le malaise des permanents du PS est une traduction interne de la violence qu’a subie le parti à l’extérieur. Une violence inouïe, qui s’est exprimée de manière épouvantable dans l’affrontement entre M’jid El Guerrab et Boris Faure. Des gens qui militaient ensemble en viennent à se battre à coups de casque… Tout un symbole. Aujourd’hui, des amis de vingt, trente, quarante ans ne se parlent plus. Le parti a besoin d’apaisement.

Et vous, dans tout ça ?

Je serai un spectateur désengagé.

Il faut bien gagner sa vie…

Grâce à Macron qui m’a fait battre, je suis un parlementaire à la retraite. Je ne dois plus rien à personne. Je vais monter ma petite boîte de conseil. Elle s’appellera C Conseils. Si on a besoin de moi, je filerai un coup de main… Ça permettra de payer les cigarettes et le taxi, comme on dit.

A 7 ans, vous tombez du troisième étage d’un immeuble à Montréal et vous vous relevez sans une égratignure. Un peu comme aujourd’hui, «même pas mal» ?

C’est de cet épisode que me vient mon surnom, «le Chat». La presse locale, au Canada, s’était fait l’écho de l’incident. Ma première interview…

Vous vous souvenez de la chute ?

J’avais 7 ans, je me vois très bien tomber et puis me relever. Un de mes amis, un psychanalyste, m’a dit récemment : «C’est ça ton problème, tu te crois indestructible.»

Propos recueillis par Rachid Laïreche et Laure Bretton

28 Sep

Commentaires fermés sur « Hollande s’est fait piéger par Macron », interview au Parisien

« Hollande s’est fait piéger par Macron », interview au Parisien

par

Le Parisien publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Votre livre revisite le quinquennat de François Hollande. A quoi attribuez-vous son échec ?

Jean-Christophe Cambadélis. Il y a des raisons objectives : la panne des partis progressistes partout en Europe ou aux Etats-Unis, la montée des nationalismes en font partie. Parmi les raisons subjectives, il y a le fait que François Hollande fut le candidat de «rattrapage» par rapport à Dominique Strauss-Kahn. Il n’a pas eu le temps de penser son quinquennat. Puis, il a gagné la primaire avec l’appui d’Arnaud Montebourg. La fronde était donc inscrite dans le code génétique de ce quinquennat : il y avait deux lignes au sein du gouvernement ! Et il y a les traits spécifiques de Hollande…

Vous voulez dire que c’est Hollande qui a tué Hollande ?

Oui, c’est un peu cela. Avec Hollande, la gauche est passée d’une culture de gouvernement au culte de la gouvernance. On s’est enfermé dans un débat économique et on a perdu le sens de ce que veut la gauche.

Pourquoi Hollande n’a-t-il pas renvoyé Macron quand il commençait à être un problème pour lui ?

Il pensait qu’Emmanuel Macron lui servirait à contrer la menace que représentait alors la possible candidature d’Alain Juppé. Macron a compris que le président ne se séparerait pas de lui parce qu’il l’instrumentalisait et qu’il pourrait de ce fait, lui, prospérer.

Hollande sait-il bien jauger les personnes qui l’entourent ?

C’est un individualiste grégaire : il est toujours entouré de beaucoup de monde, mais il pense d’abord à lui, à son action. Il n’a pas de système de « bande » comme François Mitterrand, on ne rentrait dans son cercle qu’après de nombreuses épreuves. Avec Hollande il n’y a pas de cercle : tout le monde est hollandais et personne ne l’est. Il laisse, on le voit encore aujourd’hui, toujours tout ouvert. C’est comme cela qu’il s’est fait piéger par Macron.

Jean-Luc Mélenchon, que vous appelez dans votre livre «le Chavez de Saint-Germain-des-Prés», revendique le leadership de l’opposition…

Je respecte Jean-Luc Mélenchon, mais il ne rassemble pas la gauche. Par contre, il rassemble deux Français sur trois… qui refusent de le voir comme président de la République ! La présence dans les manifestations n’a jamais fait une alternative. Nous sommes une démocratie représentative : c’est peut-être le coeur de notre divergence avec Jean-Luc Mélenchon, mais aussi avec Emmanuel Macron. Le premier estime qu’il faut une démocratie directe avec des élus révocables à tout moment tandis que le second considère que les corps intermédiaires sont un obstacle pour la réalisation de la toute-puissance de l’Etat.

Quelles sont les figures qui peuvent relever le PS ?

J’ai préconisé une direction collégiale. La désignation d’un homme ou d’une femme aujourd’hui serait celle d’une ligne. Mieux vaut attendre le congrès. Il y a des gens de grand talent : Olivier Faure, Boris Vallaud, Guillaume Bachelay, Rachid Temal, Laurence Rossignol, Carole Delga, Matthias Fekl, Isabelle This Saint-Jean ou Emmanuel Grégoire.

Hollande a-t-il encore un avenir ?

Il sera un spectateur engagé. Macron n’a fait aucun geste à son endroit. Pire, il veut se définir en contradiction avec un gouvernement auquel il appartenait. Ce faisant, il n’attaque pas simplement le bilan du président, mais sa nature même. « Feignant, mou, incapable. » Les qualificatifs pleuvent, souvent blessants, pour Hollande. Il n’y a pas de geste du président vis-à-vis de son prédécesseur, il n’y aura pas de geste du prédécesseur vis-à-vis de son successeur. Macron est plein de bonne volonté, mais il est brutal.

A quoi est-ce dû ?

Je pense que ceci est dû à la toute-puissance où il se trouve depuis très longtemps. « Ce que je pense sera », voilà l’étendard de ce président. Il ne cherche pas une modernisation, il veut la rupture libérale. Quoi qu’il se passe, il veut laisser cette marque dans son histoire. Hollande, c’était le quinquennat malgré lui ; Macron, ce sera le quinquennat malgré eux.

Vous racontez que vous aviez rendez-vous avec lui le jour de la révélation dans la presse people de sa liaison avec Julie Gayet : vous vous attendiez à ce qu’il reporte, mais non. Tout glisse sur lui ?

C’est un homme de devoir, il pense que lorsqu’on est président, on ne s’appartient pas. C’est pour cela qu’il présente cette image impassible, impa-vide. Quand on incarne la France, on ne doit pas se laisser aller, quand on a rendez-vous, on a rendez-vous, on assume.

Ça le touchait quand on critiquait son apparence, son manque de tenue ?

Oui, bien sûr. Mais c’est un homme qui cache ses blessures. Il se voulait philosophe. La presse étant dans le bashing de Hollande, il y aurait toujours une raison pour que cela n’aille pas. Quand on est dans le loving — comme aujourd’hui avec Macron — tout est formidable… (Rires.)

Propos recueillis par Philippe Martinat et Henri Vernet

27 Sep

Commentaires fermés sur « Chronique d’une débâcle. 2012-2017 »

« Chronique d’une débâcle. 2012-2017 »

par

Jean-Christophe Cambadélis publie ce jour son dernier ouvrage « Chronique d’une débâcle » aux éditions de l’Archipel:

« Non, le Parti socialiste n’est pas mort. C’est le parti d’Épinay qui est mort. »

Premier secrétaire du PS depuis trois ans, Jean-Christophe Cambadélis a assisté, en juin 2017, à la débâcle du groupe à l’Assemblée nationale, passé de 295 à 31 députés. Le pire revers qu’aient connu les socialistes depuis la refondation du parti, en 1971.

Aujourd’hui libéré de son devoir de réserve, il analyse les causes de la débâcle de la gauche de gouvernement sans com- plaisance ni langue de bois, en désignant les responsables.Un essai coup de poing pour mieux penser la suite et rassembler son camp face à Emmanuel Macron, « l’homme qui vient de la gauche et qui convient à la droite ».

Pour plus d’infos cliquez ici.

19 Juil

Commentaires fermés sur Réaction du Parti socialiste à la démission du chef d’état-major des armées

Réaction du Parti socialiste à la démission du chef d’état-major des armées

par

 
Le Parti socialiste prend acte de la démission du chef d’état-major des armées.
Si le recadrage du Général de Villiers par le président de la République a tourné à l’humiliation et à la polémique, c’est bien parce qu’il a été fait publiquement. Cela constitue une faute personnelle dans l’exercice du pouvoir.
Toutefois, l’armée ne saurait, en quelques circonstances que ce soit, décider en lieu et place du chef de l’Etat, qui demeure constitutionnellement chef des armées.  Les choix budgétaires, comme l’intégralité des décisions politiques de la nation, restent la prérogative exclusive du pouvoir civil.
Mais, au-delà des questions de personnes, cette séquence n’apaise en rien les inquiétudes des socialistes quant aux moyens consacrés par la nation en appui à nos soldats. Nul n’ignore que les 850 millions d’euros de réduction budgétaire décidés par le gouvernement ajourneront un renouvellement des équipements pourtant nécessaire, car les lacunes en la matière sont criantes. La trajectoire budgétaire et capacitaire, décidée lors du quinquennat précédent devait y remédier. Elle est aujourd’hui remise en cause.
Dans un contexte international instable, où les menaces intérieures et extérieures engagent nos troupes au-delà de leurs contrats opérationnels, le Parti socialiste déplore ces choix et appelle gouvernement et parlementaires à prendre des décisions à la hauteur de la situation.