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08 Jan

Commentaires fermés sur Hommage à François Mitterrand – Discours de Jean-Christophe Cambadélis – Jarnac, vendredi 8 janvier 2016

Hommage à François Mitterrand – Discours de Jean-Christophe Cambadélis – Jarnac, vendredi 8 janvier 2016

par

Discours de Jean-Christophe CAMBADÉLIS

Premier secrétaire du Parti socialiste

Hommage à François Mitterrand

Jarnac, vendredi 8 janvier 2016

Seul le prononcé fait foi

 

Cher-e-s camarades, cher-e-s ami-e-s,

François Mitterrand. Immense François Mitterrand.

Mitterrand, un homme d’histoire dans l’Histoire pour l’histoire. On ne sait pas comment le résumer. Il a tant vécu, il a tant accompli, il a tant de facettes. Et quand on pense pouvoir éclairer un de ses versants, de fait les autres restent dans l’ombre. C’est que sa vie fut trop riche, trop féconde, pour pouvoir l’embrasser d’un seul regard. Comme la France, si belle, si variée, si grande de sa diversité, Mitterrand est un roman. C’est peut être ce qu’avait voulu dire François Mauriac.

Oui, Mitterrand fut un grand homme. Cela se reconnait au fait que sa propre histoire se confond avec celle de la France. Mitterrand avait la passion de la France. De sa langue, qu’il maitrisait à l’infini. De sa littérature, qu’il côtoyait au quotidien avec gourmandise et qu’il pratiquait occasionnellement avec brio. A un tel niveau d’ailleurs, qu’il aurait très bien pu choisir d’aller chercher les faveurs des lecteurs plutôt que celles des électeurs.

Mais, Mitterrand fut pris par l’histoire, par la vie politique de la France, qu’il aimait par dessus tout. Mitterrand aimait toute la France et l’Europe. Il ne fut jamais rassasié de la France, de ses paysages. Il aimait Jarnac, le berceau de sa famille, sur ses terres dont il garda toujours la mémoire. Je tiens d’ailleurs à saluer son maire, François RABY. Merci également à Martine PINVILLE, Secrétaire d’Etat, Mohamed HADJ-BOAZA, le Premier Fédéral de Charente, merci au Député David COMET ainsi qu’au Président de l’agglomération, Jean-François DAURÉ, de nous accueillir ici en Charente.

Il existe une Charente presque immuable, me permettra-t-on de dire- c’est celle là que je garde en permanence dans mon cœur écrire François Mitterrand en 1994. Mitterrand resta toujours un peu ce jeune charentais, cinquième enfant d’une famille de huit. Il aimait sa famille. Elle s’est élargie depuis la rue Abel Guy. Elle est parmi nous aujourd’hui. J’en salue affectueusement tous les membres ici présents.

*        *        *

Mes chers amis, je voudrais aussi dire quelques mots rapides après les mots éclairants et touchants d’Hubert Védrine, que je salue chaleureusement. Oui, Mitterrand aimait la France plus que tout. Et quand on aime la France, comment ne pas aimer Mitterrand ? Nombreux, surtout à droite, sont ceux qui n’aiment pas vraiment Mitterrand. Ils veulent réduire ce géant à une caricature. Il a tant de replis dans son existence, que ces esprits mal intentionnés vont y loger leurs exégèses apocryphes et leurs controverses stériles.

Je me suis toujours interrogé sur la détestation des élites pour François Mitterrand. Elle tient à son parcours, à sa réussite, à sa culture qu’ils ne pouvaient nier. Elle tient surtout au fait que c’est le peuple français qui leur a imposé cet homme tout autant que cet homme s’est imposé au peuple de France.

Quant à la droite, que retiennent-ils de Mitterrand ? Que disent-ils de Mitterrand : que c’est l’ambition pure, « le » pouvoir pur et dur. Mais, Mitterrand, ce n’est pas l’incarnation du pouvoir ! Ce n’est pas le pouvoir, c’est la gauche au pouvoir. C’est ce que la droite déteste par dessus tout car la droite n’est pas avare de responsables qui aiment le pouvoir. Non, pour elle, Mitterrand a dérobé son bien. Souvenez-vous de la formule d’Alain Peyrefitte en 1970 : « Nous sommes au pouvoir pour trente ans si nous ne faisons pas de bêtises ». C’est ainsi, pour la droite, la gauche arrive toujours au pouvoir par effraction.

Pour Mitterrand, le pouvoir n’était qu’un outil, un outil indispensable pour changer les choses. Il a toujours exercé ses fonctions avec gravité, pour être à la hauteur de la confiance des Français. Alors oui, Mitterrand était un maître du pouvoir, car il était un maître du temps. Il faut suivre les mouvements du réel si l’on veut le chevaucher, un réel mouvant, où rien n’est blanc ou noir, où tout est gris clair et gris foncé. Mais surtout si le vainqueur de 1981 était un stratège qui savait « troubler l’eau pour pêcher », il savait que la politique est l’art de l’exécution. Mitterrand était parfois dur, comment le nier ? Mais il faut le dire, dans ce monde, le cœur se brise ou se bronze. Et il fallait avoir une détermination totale, tempérament trempé pour faire face au talon de fer du pouvoir gaulliste. On l’oublie souvent.

Très tôt, il est vrai, sous François, pointait déjà Mitterrand. Le charisme de Mitterrand précéda celui du Président. Il connaissait sa force de caractère et la force du charisme en politique. Jeune militant, il me dit un jour : « Vous êtes fumeur ? » «Non » lui répondis-je. « Et bien vous vous serez imposé le jour où rentrant dans une salle, on éteindra sa cigarette ». Le charisme c’est cela ! Je ne peux malheureusement le vérifier car il est maintenant interdit de fumer.

Mes chers amis, la droite ne déteste pas seulement Mitterrand parce qu’il incarne la gauche au pouvoir. C’est qu’il incarne aussi la gauche unie, ce que la droite craint par dessus tout. Mitterrand fut le refondateur du Parti Socialiste et en même temps l’artisan de l’union de la gauche. Il ne sépara jamais complètement les deux. L’unité est le talisman de la gauche, son origine disait-il. Homme de rassemblement plus que de synthèse, il chercha sans cesse ce qui renforçait la gauche.

Comment oublier que l’anniversaire que nous fêtons est en 2016, date anniversaire du Front populaire, rassemblement des gauches s’il en fut. Oui, avant 1981, il faut voir Épinay, ce travail de titan pour apprivoiser les ambitions, pour aligner les volontés.

Mitterrand était pragmatique pour trouver le point d’ouverture sur le réel, un bout par lequel l’agripper, pour l’orienter dans le sens de nos valeurs.

Mitterrand, quel bilan ! Le pouvoir, il ne l’a pas seulement conquis, il l’a exercé au service de nos valeurs. Je me souviens de ce soir du 10 mai 1981, où nous avons repris la Bastille. Je me souviens ensuite des mesures historiques, sur la peine de mort, sur les retraites, sur le temps de travail, sur la décentralisation, sur la liberté des ondes.

En quinze ans, François Mitterrand, l’homme qui aimait la France d’avant, inventa la France d’après. Comment oublier le choix visionnaire sur les SS-20, la réunification allemande ou les avancées européennes jusqu’à l’euro ?

Alors, oui, il y a eu 1983, car il y avait la mondialisation qui s’accéléra. Mais François Mitterrand pensait au-delà de 15 jours. Il fallait tenir pour inscrire la gauche dans la durée. Il fallait tenir pour s’inscrire dans l’alternance. Il fallait réussir pour que la France accepte enfin la gauche pour destin à défaut de dessein. Il faut reconnaître que les réformes sociales initiales n’ont pas été remises en cause. Il nous faut reconnaître le bilan de cette dette immense. Disons les choses : 1981 a permis 1997, a permis 2012. Alors, bien entendu, la critique est permise. Certains peuvent avoir la mémoire courte, nous, nous avons la mémoire vive. Il ne me revient pas de faire un inventaire, chacun a son Mitterrand. Nous connaissons les replis de son parcours mais pour nous, socialistes, François Mitterrand est un bloc. Et c’est moi qui le dit alors que j’avais inventé et revendiqué, jeune parlementaire, le droit d’inventaire.

Oui, mes chers amis, François Mitterrand fut un grand homme. Ce qui se reconnait au fait qu’il continue de nous parler alors qu’il nous a quitté. Homme de gauche et homme d’État, il est pour nous un homme de référence. Une figure tutélaire, qui nous a beaucoup appris. Que l’Égalité n’est jamais acquise, qu’elle est toujours un combat. Que lorsque la France rencontre une grande idée, elles font ensemble le tour du monde. Regardez aujourd’hui la COP 21 ! Que gouverner, ce n’est pas plaire, que l’Histoire est tragique, que le France est notre patrie et l’Europe notre avenir.

Oui, se souvenir de Mitterrand c’est toujours regarder vers l’avenir. Ses axiomes doivent nous animer au quotidien : assumer le pouvoir et assurer l’unité. Le Président de la République François Hollande connaît bien la pertinence actuelle de ces vérités éprouvées mais ô combien fragiles. On dit que François Hollande s’inspire de son illustre prédécesseur. Mais, enfin, quel homme de gauche ne le fait pas ! Par sa densité, Mitterrand exerce une attraction sur nous tous. Mais, ce n’est pas une obsession. Après tout, on peut réussir sa vie sans être François Mitterrand ! Je me dis que François Mitterrand qui a connu bien des flux et reflux de l’Histoire, aurait aimé être dans celle que nous vivons. Guerre, terrorisme, réfugiés, panne européenne, question de la Grèce dans la zone euro, montée du nationalisme en Europe et du Front national en France, crise de modèle, crise climatique, que de défis dans lesquels il aurait aimé plonger, que de changements, de métamorphoses qu’il aurait aimé accompagner.

« L’ivresse de la métamorphose » pour paraphraser Stefan Zweig dont il m’avait longuement entretenu. Au delà de l’homme, il tenait son livre, Le monde d’hier, comme un livre magnifique, ce qu’il est. Mais il me disait « on ne fait pas de la politique avec de la nostalgie, et lorsqu’on s’enferme dans hier, on finit par se couper de la vie ».

Oui, il faut avancer dans l’Histoire la torche à la main pour paraphraser Chateaubriand que Mitterrand aimait moins que Lamartine, la torche de ceux qui nous ont précédé nous éclaire. Mais elle ne remplace pas la nécessité de marcher nous-même. Et le plus grand enseignement de François Mitterrand réside dans le fait que la politique ce n’est pas la gestion boutiquière des choses en attendant les élections, mais de peser sur les événements.

Peser sur les événements, pour faire vivre ses valeurs c’est essentiel. Mais ne pas faire des valeurs un refuge pour éviter de peser sur les événements c’est indispensable.

Mes chers amis,

Commémorer Mitterrand, c’est commémorer la victoire du peuple de gauche tout entier. Il le disait lui-même, le 10 mai 1981, c’est l’espoir qui l’a emporté. C’est ainsi, le mitterrandisme est une aventure collective même si François Mitterrand est unique. Il ne faut pas attribuer au seul Mitterrand la responsabilité des succès de la gauche.

Je tiens d’ailleurs ici à saluer ses anciens ministres qui sont présents parmi nous aujourd’hui et qui ont été des artisans fiers et persévérants.

Chers camarades, chers amis,

Aujourd’hui, nous pensons très fort à François Mitterrand. Je sais que toutes et tous, nous nous retrouvons dans ce géant, qui nous donne encore sa force, qui anime encore nos esprits. Mémoire et Histoire sont intimement liées. Alors souvenons-nous, pour pouvoir avancer dans le temps, sur les mers déchainées du présent. Nous ne sommes pas seuls dans ce périple.

François Mitterrand croyait aux forces de l’esprit.

Il a tenu parole : il ne nous a pas quitté.

Je vous remercie.

 

 

Jean-Christophe Cambadélis

Premier secrétaire du Parti socialiste

 

06 Jan

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L’invité de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1

par

JCC europe 1 06012015

Jean-Christophe Cambadélis était ce mercredi 6 janvier 2016 l’invité de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1.

Retrouvez ci-dessous ses principales déclarations ainsi que la vidéo de l’interview:


Sécurité et déchéance de nationalité : Jean… par Europe1fr

Projet de loi sur la sécurité : 

« C’est un débat bizarroïde : Un texte tronqué, pas encore examiné par le Conseil d’Etat, au conseil des ministres en février, au Parlement après et on nous dit déjà que nous sommes dans l’état policier !
Je l’ai dit lundi au Bureau national : Il faut être vigilant. Le respect des libertés et la sécurité ne sont pas incompatibles.
On ne peut pas vivre constamment dans l’état d’urgence.  La fin de l’état d’urgence ne veut pas dire la fin de la sécurité. La sécurité ne veut pas dire tout le pouvoir à la justice administrative
Nous sommes en guerre contre le terrorisme. Notre rôle c’est de faire de la sécurité pour les Français sans porter atteinte aux libertés.

On s’emballe sur des débats qui ne sont pas encore stabilisés parce qu’on est dans la polémique permanente ! Ça suffit ! »

Déchéance de la nationalité :

« Le feuilleton doit cesser. Il faut prendre une décision.
Faut-il l’union nationale contre le terrorisme? Réponse: oui. Faut-il mettre dans la constitution l’état d’urgence? Réponse: oui. Faut-il dénier le droit d’être Français aux terroristes qui nous dénient le droit d’être Français? Réponse: oui. Faut-il qu’il y ait des discriminations entre Français? Réponse: non, pas de discrimination entre les Français. Faut-il qu’il y ait des apatrides ? Réponse: non. Avec ces cinq items, on fait un texte de trois lignes et on se met d’accord à l’Assemblée nationale et au Sénat pour se débarrasser de cette question parce qu’il faut qu’il y ait l’état d’urgence dans la Constitution. »
Les parlementaires doivent prendre leurs responsabilités sur un texte stabilisé. On va arrêter le concours Lépine sur ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire.

Nous avons eu un premier débat au Bureau national. Nous en aurons d’autres mais une fois que nous aurons pris une décision, il faudra s’y tenir »
Réforme constitutionnelle :

« Je crois qu’il faut arrêter de finasser à droite, il faut arrêter les arguties. »

 Corée du Nord :

« Je suis très inquiet vu la nature du régime. (…) Il faut que l’ensemble de la communauté internationale soit d’accord sur le fait que c’est dangereux, ensuite, il faut trouver le moyen de « casser le bras », si je puis dire, à ce dictateur. »

 

 

04 Jan

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L’invité d’Arlette Chabot sur LCI

par

LCI 04012016

Jean-Christophe Cambadélis était ce matin l’invité politique d’Arlette Chabot sur LCI.

 

Retrouvez ci-dessous la vidéo de l’interview ainsi que ses principales déclarations:

 

Je suis d’accord avec l’orientation du Président de la République. Il faut combattre l’EI par la coalition et le terrorisme par la cohésion.

Le président préconise des mesures pour combattre le terrorisme et rassembler les Français. Moi, vous me trouverez toujours aux côtés des Français pour la défense de leur sécurité, quand ces questions seront posées, en sachant que, je le ferai dans le respect du droit, des valeurs et de l’efficacité.

L’état d’urgence est indiscutable la déchéance de la nationalité est discutable. Discutable parce que ce n’est pas une ce n’est pas une valeur ou un principe ou une proposition qui vient de la gauche. Mais ce n’est pas indigne, parce que c’est déjà dans notre code civil (…).

Il faut dans ce débat raison garder. J’appelle la gauche et les socialistes à prendre de la hauteur vis-à-vis de ce débat. Je les appelle à discuter, à se respecter. Il n’y a pas les enfants de Pétain d’un côté et les protecteurs des terroristes de l’autre.  Il y a simplement des hommes et des femmes, des parlementaires, puisque c’est eux qui vont travailler sur le sujet, qui ont à trouver une solution pour rassembler l’ensemble des Français sur leur sécurité.

La discussion doit se mener. Je m’inscris dans le débat parlementaire. (…) Il y a plusieurs pistes, l’indignité nationale, la déchéance des droits civiques. Sur la déchéance de nationalité dont je vous ai dit ce que j’en pensais, il y a l’ouverture à tous les Français. Il y a à discuter à partir de l’orientation fixée.
A l’avenir il faut que les socialistes portent la bataille du droit du sol dans l’article 34 de la constitution car j’ai peur que petit à petit on en vienne à remettre en cause le droit du sol.

Dans l’esprit de concorde nationale, nous débattrons  sur la déchéance de la nationalité dès le 18 janvier, après les commémorations.
La droite aujourd’hui est dans le flou. Elle ne dit pas ce qu’elle veut. Elle est aujourd’hui dans l’hésitation par rapport à la réponse que l’on doit porter à ce problème récurrent et important, qui est la sécurité des Français face au terrorisme.
Alain Juppé c’est la vieille droite qui a les mêmes réflexes depuis tous temps quand on veut être en capacité de protéger les Français ; pour lui c’est un coup politique.

La déchéance de la nationalité n’est pas une idée de gauche. Le Président a choisi cette voie pour ouvrir la possibilité de l’union nationale car la droite fait ce préalable pour voter la réforme constitutionnelle. Donc le président de la République a choisi la formule a minima, qui est celle du Conseil d’Etat mais qui finit par poser plus de problèmes qu’en résoudre. C’est une piste qui est posée aux socialistes, à l’ensemble de la gauche, à savoir si l’union nationale vaut ce type de mesure. Sinon, quel type de mesure nous pouvons mettre en place pour garantir la cohésion nationale.

2016: Il faudra combattre le chômage, nous n’y sommes pas encore, même s’il y a ici ou là des chiffres qui sont positifs, même si la croissance est plus importante que d’aucun le pensaient. Il y a aussi le volet de la lutte contre la précarité auquel je tiens et nous ferons des propositions au cours du mois de janvier sur ce sujet, pour tous les gens qui sont déclassés et hors de notre système aujourd’hui. Et puis, il y a la dimension politique : rassembler l’ensemble de la gauche.

 

 

24 Déc

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Le Parti socialiste salue la mémoire d’Hocine Aït Ahmed

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C’est avec une grande émotion que nous apprenons la disparition de notre camarade Hocine Aït Ahmed, révolutionnaire algérien. Ce militant socialiste avait été un des principaux dirigeants du FLN et un défenseur acharné du pluralisme démocratique dans son pays, ce qui le conduisit à rompre avec le FLN et à fonder le Front des forces socialistes, le parti frère du PS en Algérie.

Emprisonné, évadé, exilé, Cet homme à la silhouette élancée et longiligne, toujours serein avait la noblesse des grands dirigeants, patients mais déterminés.

C’était le dernier d’une génération de fondateurs de l’Algerie indépendante, sincèrement attaché au développement de la démocratie et de la concorde civique. Il a représenté un courant important du socialisme démocratique au Maghreb.

Le Parti socialiste salue sa mémoire et il adresse ses condoléances au peuple algérien et aux militants du FFS qui perdent une grande figure.

23 Déc

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Le Parti socialiste salue la mémoire de Marcel Debarge

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La disparition, ce 23 décembre, de Marcel Debarge est une triste nouvelle pour l’ensemble des socialistes. Cet ancien employé des PTT, né dans le Pas-de-Calais et engagé dans le combat syndical, incarnait une certaine idée du socialisme, de son histoire et de ses conquêtes.

Pilier du Parti socialiste au sein duquel il exerça de multiples responsabilités, Marcel Debarge a été élu maire du Pré-Saint-Gervais en 1977 et sénateur de Seine-Saint-Denis. Des fonctions qu’il occupa pendant 20 ans. Il fut « la » figure du socialisme de ce département pendant de longues années. Ministre et proche de François Mitterrand, qu’il recevait chaque année dans sa fédération, il se distinguait par son engagement constant et son franc-parler.

Tout au long de son parcours, Marcel Debarge a formé toute une génération de militants, solides et engagés au premier rang desquels, Claude Bartolone.

Le Parti socialiste adresse ses condoléances à sa famille, ses amis et ses camarades de Seine-Saint-Denis. Il forme le vœu que les combats de Marcel soient un exemple pour les jeunes générations.

Adieu camarade.

 

Crédit photo: Sénat

23 Déc

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« Il faut reconstruire une gauche moderne, fidèle à ses valeurs et rassemblant autour d’elle », interview à Paris Match

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Paris Match publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver dans son intégralité en cliquant ici ou bien lire ci-dessous:

 

Paris Match. Quelles leçons tirez-vous des élections régionales ?

Jean-Christophe Cambadélis. Le tripartisme interpelle l’ensemble de la gauche. Jusqu’à présent, au premier tour on se combattait pour, au second, se rassembler précipitamment et artificiellement. Désormais, nos divisions peuvent nous éliminer du second tour. C’est la jurisprudence Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Alsace-Lorraine Champagne-Ardenne. Face au bloc réactionnaire doté d’une colonne vertébrale frontiste en voie de construction, il faut constituer un bloc démocrate, républicain, avec une colonne vertébrale socialiste pour être présent au second tour. L’avenir de la gauche n’est pas d’être les supplétifs d’une droite hésitante face au FN.

Que proposez vous ?

Je lance la belle alliance ou l’alliance populaire. Nous devons créer un élargissement qui conduira au dépassement du Parti socialiste car, désormais, il ne peut plus seul atteindre le second tour des élections. Ma stratégie est celle des poupées russes. Il faut reconstruire une gauche moderne, fidèle à ses valeurs et rassemblant autour d’elle. Une ouverture tous azimuts sans inféodation à personne. Je propose donc la création d’une formation politique qui se substituera à terme au vieux Parti socialiste pour rassembler tous ceux qui se reconnaissent dans ce bloc démocrate et républicain.

Vous appelez donc à la fin du Parti socialiste?

La question du nom n’est pour l’instant pas ouverte. Et c’est le combat pour le dépassement qui déterminera son issue.

Les socialistes, depuis 2012, n’ont connu que des défaites électorales. Comment attirer?

Il y a une envie de Parti socialiste, mais pas d’un Parti socialiste sclérosé, conservateur, notabilisé, enfermé dans un vieux débat sur la ligne économique. J’appelle à trois ruptures. D’abord sur la forme de notre organisation : le Parti socialiste d’Epinay est mort. Il faut un changement complet du Parti. Ensuite une rupture de l’ensemble de la gauche : le rassemblement dès le premier tour doit être la règle, car être divisé, c’est être éliminé. J’en appelle à la responsabilité des forces de gauche. Enfin, j’appelle à la rupture le peuple de gauche : il doit rester impliqué même en dehors des échéances électorales, jouer un rôle central dans la vie politique en coproduisant avec les élus, les associations, les citoyens notre projet pour demain.

Que répondez vous à la main tendue de Cécile Duflot?

S’agit-il d’une ouverture ou d’une mise au pied du mur? Est-elle sincère dans sa demande d’union ou est-ce en fait pour mieux affirmer la construction d’un nouveau mouvement qui se substituerait à EELV et au Front de gauche, loin du PS? Je ne le souhaite pas! Mais si c’était le cas, ce nouveau mouvement sera-t-il hostile à l’alliance à gauche dès le premier tour? J’attends la réponse à ces questions en espérant que Cécile Duflot ne soit pas juste dans une opération de stratégie électorale.

L’exécutif donne, lui aussi, des gages en faveur d’une recomposition mais… vers la droite et le centre!

Personne n’est pour une recomposition vers le centre! Pourquoi voulez-vous que François Hollande ou Manuel Valls se subordonne au centre? Quant à la droite c’est la lente fragmentation! Mais qu’une partie de la droite républicaine souhaite se rapprocher de la gauche pour des causes nationales, qui pourrait le critiquer? En revanche, je n’imagine pas ni le Premier ministre, ni le Président dans une stratégie de recomposition sans la gauche.

Pourtant, en Bretagne, Jean-Yves Le Drian gagne sans les écologistes et en Ile-de-France, Claude Bartolone perd avec!

Cela n’est pas comparable. Ni EELV, ni le PCF n’ont l’importance en Bretagne qu’ils ont en Ile-de-France. Et Jean-Yves Le Drian, ministre de la France en guerre, est intouchable. Claude Bartolone a été percuté par l’épisode en Seine-Saint-Denis des attaques terroristes du 13 novembre. Madame Pécresse a immédiatement tapé sur l’ex-président du Conseil général pour dire «pas de ça en Ile-de-France!». Elle a obtenu gain de cause. Le Front national sans perspective de victoire a voulu faire barrage à Claude Bartolone en votant Valérie Pécresse.

Au soir du second tour des régionales, vous avez demandé à l’exécutif une «inflexion» en faveur des plus démunis. On l’attend toujours!

Vous vous trompez. Le Premier ministre a été clair devant le groupe parlementaire : il a annoncé qu’il allait prendre des mesures pour lutter contre le précariat. Le rôle de la gauche est de maintenir de la cohésion nationale. Il faut remailler le filet social qui laisse passer trop de monde. C’est l’honneur des socialistes que de ne pas baisser les bras devant la pauvreté, la relégation, l’exclusion.

Jusqu’à présent, ces dossiers avaient été oubliés par le gouvernement!

Il fallait faire repartir la machine économique, assainir les finances et défendre la République. Désormais, nous pouvons nous attaquer au deuxième temps du quinquennat : plus de justice sociale et plus d’écologie! L’exécutif a parfaitement compris où sont les blessures des Français. Le gouvernement doit infléchir sa politique en faveur des plus démunis. Il ne doit laisser personne au bord du chemin de la nouvelle France.

Vu l’état de la gauche, gagner en 2017 semble être mission impossible…

Je ne suis pas d’accord. Nous avons fait 14% des voix aux élections européennes, 21% aux départementales et 23% aux régionales. Et qui nous dit qu’il n’y aura qu’un seul candidat à droite? On voit très bien que si monsieur Juppé n’y va pas, monsieur Bayrou a déjà des fourmis qui le démangent. Et si c’est monsieur Juppé qui y va, alors messieurs Villiers ou Dupont-Aignan semblent être intéressés à concourir… La droite doit surmonter sa crise stratégique entre ceux qui veulent être en résonance avec le FN et ce qui ne le veulent pas. Le ni-ni de Nicolas Sarkozy ne peut convenir à nombre de parlementaires de son camp qui risquent bientôt de se retrouver dans la position d’un Xavier Bertrand ou d’un Christian Estrosi.

Ce n’est pas très glorieux de miser sur l’affaiblissement de l’adversaire!

Mais tout le monde est affaibli. Nous, la droite, et même le FN qui vient de prendre un coup de bambou sur la tête. Laquelle de ces trois formations parviendra à recomposer une offre efficace d’ici à la présidentielle? Seules celles qui y arriveront pourront prétendre au second tour.

Pourquoi le Parti socialiste, qui a déjà connu 2002, n’a-t-il pas encore recomposé son offre?

Mais nous l’avons fait! A l’époque on disait que nous allions disparaître et pourtant nous avons gagné toutes les élections intermédiaires et même la présidentielles en 2012! Depuis 2002, nous sommes en état d’urgence. Le Parti socialiste a déjà fait deux révolutions majeures. Il a intégré que l’on ne pouvait pas distribuer ce que l’on n’avait pas produit, que l’Etat providence devait se réformer. Ensuite il a hissé l’écologie au niveau de la question sociale. Il est en train de faire sa troisième révolution majeure en comprenant qu’il doit aujourd’hui défendre la République. Mais le temps médiatique n’est pas le temps politique.

Nous entrons dans la saison des vœux. Quel est le vôtre pour le Parti socialiste?
Qu’il arrive à se dépasser, à se renouveler et à rassembler.

Propos recueillis par Caroline Fontaine.

 

17 Déc

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La gare Rosa Parks a ouvert ses portes!

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Gare Rosa Parks

Après quatre années de travaux, la gare « Rosa Parks » (ligne E du RER) a accueilli ses premiers voyageurs.

Le 19e arrondissement peut être fier d’avoir une gare portant le nom d’une figure emblématique de la lutte contre les ségrégations.

Situé rue Gaston Tessier au Nord Est de l’arrondissement, cette nouvelle infrastructure  a ouvert ses portes  dans  un quartier en pleine transformation.

En terme d’équipement « Rosa Parks » est une  gare  qui se veut éco-durable: sa toiture végétalisée, ses panneaux photovoltaïques et son système de rétention et de récupération des eaux de pluie s’inscrivent pleinement dans une démarche environnementale.

Un train toutes les quatre minutes en heure de pointe, de nombreux équipements modernes ayant été penser afin de répondre au mieux aux attentes des usagers, (création de la première consigne à vélo « Véligo »  de la capitale, une station « vélib », restauration….) voila ce qui vous attend alors venez la découvrir !

De plus sachez que dorénavant les bus 54, 60 et 239 desservent  la gare.

Découvrez ici toutes les informations sur la ligne du RER E, notamment  les nouveaux horaires des trains: http://malignee.transilien.com/

 

17 Déc

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Interview à la presse européenne

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presse européenne

Capture d’écran 2015-12-17 à 09.13.34

La Repubblica, Die Welt, Le Soir et La Tribune de Genève  publient ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en français et dans son intégralité ci-dessous:

 

D’après un sondage d’hier, François Hollande serait éliminé au premier tour des élections présidentielles comme un 2002. Qu’est que le Parti socialiste va faire pour éviter ce scénario ?

« Ne jugeons pas sur les sondages mais sur les faits. Aux élections européennes le Parti socialiste faisait 14%, aux élections départementales 21%, aux élections régionales il fait 23%. Le président de la République a fait un bond de 20 points sur sa capacité présidentielle. Ensuite, il y aura deux candidats de droite. Si Nicolas Sarkozy est désigné, il y aura un candidat du centre. Et si Alain Juppé est désigné, il y aura un candidat de la droite dure ».

Qu’est-ce qui vous permet de dire ça, Monsieur Cambadélis?

« Le fait que la droite est confrontée à un problème stratégique : Faut-il résister au Front national ou faut-il siphonner le Front National ? Une partie de la droite, comme Philippe De Villiers, Nicolas Dupont-Aignan et d’autres veulent une droite dure en résonance avec le FN, alors que les centristes de Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé voire François Fillon ne veulent pas entendre parler de la droitisation développée aujourd’hui. Donc, logiquement, il y aura un deuxième candidat s’il y a deux candidats à droite. Le FN lui, devra clarifier sa position économique : soit continuer à s’adresser à la droite et pour cela il faut une politique économique dans le sens d’une orientation libérale du vieux Monsieur Le Pen, soit une position qui s’adresse à l’électorat de gauche que résume Florian Philippot ».

La stratégie pour faire réélire Monsieur Hollande, c’est la division de la droite ?

« Nous prenons en compte la division de la droite. Et nous voulons rassembler la France républicaine, moderne, écologique et sociale, c’est-à-dire développer une politique économique qui permette aux Français de se retrouver. Donc si je résume : La place du Président s’est réévaluée, la politique économique et sociale du Gouvernement doit réussir et la gauche doit se rassembler dans une situation où la droite va se diviser et l’extrême droite va choisir au-delà de sa xénophobie».

Vous étiez vous-même l’artisan de la gauche plurielle il y a quelques années. Comment allez-vous faire pour reconstruire cette maison commune avec les Verts qui posent des conditions, la gauche de la gauche qui n’a pas fait un très bon score et donc plusieurs candidats à la présidentielle pour la gauche aussi ?

« Là encore, partons des faits. Le Parti socialiste n’est pas en voie de « pasokisation » et la gauche de la gauche n’est pas en voie de « syrization ». Sur notre gauche ce n’est ni Podemos, ni Syriza, ni Die Linke. La gauche de la gauche a raté le coche des élections régionales. Le Parti socialiste est en progression, même s’il perd des régions. Un deuxième fait : Il n’a pas fallu plus d’une heure pour que la gauche se retrouve après le deuxième tour des élections dans tous les départements, y compris avec Jean-Luc Mélenchon ».

Il y avait pourtant des triangulaires.

« Ce que je veux dire par là c’est que la politique gouvernementale n’a pas fait obstacle aux listes ».

Mais on était au second tour…

« Evidemment, la stratégie du Parti socialiste doit prendre en compte cela. Il nous faut donc continuer le redressement d’où le lancement de l’Alliance Populaire »

En quoi consiste cette nouvelle Alliance ?

« C’est le regroupement autour du PS de tous ceux qui se reconnaissent dans la défense de la République mais aussi dans l’Europe, dans une vision ouverte de la France. »

C’est-à-dire qu’il n’existera plus en tant que PS ?

« Si. Les partis existent mais ils sont dans une alliance avec des citoyens, des associatifs, des syndicalistes et ensemble, nous constituerons une alliance. Ensuite il y a les écologistes et le parti communiste. Les écologistes par la voix de Cécile Duflot ont tendu la main. Reste à savoir si cette main tendue est une ouverture ou une mise au pied du mur. Il faut vérifier. Si c’est une ouverture, on va travailler ensemble à une nouvelle donne pour l’élection présidentielle et ses lendemains.

Deux choses, est-ce que les élections régionales ont démontré que la gauche divisée perd toujours et donc allez-vous vous en servir pour le premier tour de la présidentielle ? Et est-ce que cette alliance qui s’est faite, comme vous dites, en moins d’une heure, ne s’est pas uniquement fait contre le FN ? La peur du FN ne suffira pas au premier tour de la présidentielle…

« Le Front national est là. Hier, la gauche vivait dans le confort du bipartisme c’est-à-dire : on se dispute au premier tour, mais on se rassemble au second. Ceci est devenu complètement artificiel. Plus personne n’y croit. Ni à la dispute du premier tour, ni au rassemblement du second. C’est devenu contreproductif puisque maintenant il y a un nouvel acteur, l’extrême droite, qui fait qu’on passe du bipartisme gauche-droite à un tripartisme avec la présence du Front National. Donc le problème n’est plus de se disputer au premier tour et de se rassembler au second, le problème c’est d’être présent au second. Le débat que nous ouvrons avec nos partenaires est de leur demander : Est-ce que vous voulez témoigner ou est-ce que vous voulez peser ? Nous, nous voulons peser sur les choix de la France et être présents au second tour. On ne vous attends pas, on avance, on crée l’alliance populaire, on dépasse les partis, on convoque tous ceux qui ont combattu le Front National à se rassembler avec nous. On veut défendre la République. Il y a partout des gens qui ne veulent pas que le FN passe. Donc on les organise ».

Vous restez donc sur cette dynamique du second tour?

« Bien sur, car il y a eu un sursaut. Nous disons à nos partenaires : Nous, nous avançons. Et si vous êtes d’accord qu’il faut être au second tour, unissons-nous ! Nous, nous travaillons à la présence d’une gauche crédible et sociale au deuxième tour des élections présidentielles. On sait que les écologistes s’interrogent puisqu’une partie sera avec nous dans l’Alliance populaire. On sait que le Parti communiste ne le souhaite pas. On ne va pas attendre que toutes les forces de gauche soient prêtes pour avancer dans un document signé solennellement dans une grande salle. Nous commençons le rassemblement ».

On prête à Manuel Valls l’idée d’organiser un rassemblement des républicains des deux bords : ceux de la droite modérée, ceux de la gauche modérée. Qu’en pensez-vous ?

« C’est le produit de la crise à droite. Il y a cette crise à droite mais il faut que le centre se détache de la droite. Pour le moment, il ne l’a pas fait. Il ne peut le faire que s’il y a une dynamique à gauche : moderne, européenne, écologique et sociale pour la République, si ce processus là se construit, s’il est visible, s’il rassemble des gens qui dépassent le Parti socialiste, tel qu’il a été jusqu’à présent. Et en fonction de la ligne droitière de la droite, des secteurs du centre viendront. Mais à partir d’une gauche renouvelée. Mais je ne crois pas à une gauche réduite à l’état de trace dans un conglomérat à hégémonie centriste. Ma stratégie c’est celle des poupées russes. On commence par le PS, on fait une alliance avec des citoyens et les partenaires les plus proches, on discute avec les écologistes voire les communistes, on s’ouvre aux centriste, aux républicains qui voudront venir. Nous voulons être le centre de gravité ! Construire un bloc républicain contre un bloc réactionnaire. C’est l’enjeu. Sinon la gauche sera à l’image de notre situation en Provence – Alpes – Côte-d’Azur, des supplétifs d’une droite plus ou moins centrée dans le combat contre le Front national».

Le Parti socialiste n’a pas fait sa mue idéologique depuis des décennies par rapport à d’autres partis progressistes européens. Allez-vous tourner la page avec cette longue tradition ?

« Nous avons commencé avec les Etats généraux du Parti socialiste et notre Bad Godesberg sur l’écologie. Nous continuons. Il y aura trois ruptures. Celle avec le PS d’Epinay, qui a succédé à la SFIO, le Parti socialiste tel que François Mitterrand l’avait conçu. La deuxième rupture est stratégique. Jusqu’à présent cela était assez confortable pour les socialistes : ils étaient hégémoniques au premier tour, ils s’alliaient au second tour à gauche et ils gagnaient ou pas en fonction du rapport de force ainsi construit. Aujourd’hui nous avons bien vu, surtout dans le Nord – Pas-de-Calais – Picardie, le PACA et dans l’Est, nous ne sommes pas sûrs d’être au deuxième tour. La condition pour y être c’est notre propre dépassement. Le Parti socialiste seul ne permet plus d’accéder mécaniquement au second tour d’une élection. Troisième rupture : dans la gauche pour nos partenaires historiques, soit c’est l’alliance, soit c’est la marginalisation ».

Ces ruptures ressemblent surtout à des stratégies électorales pour garder le pouvoir. Allez-vous faire une remise en question sur l’essentiel de vos propositions ?

« Bien sûr ! Il faut d’abord comprendre ce que les Français ont dit dans ces élections régionales. Le premier tour a été dominé par un sentiment de plainte, qui s’exprime de manière xénophobe pour une partie de l’opinion, et acivique pour l’autre partie, c’est-à-dire l’abstention. Dans les deux cas il y a le sentiment d’une France à plusieurs vitesses, avec l’exclusion, la relégation, la pauvreté. Les Français ont manifesté à travers le vote, la critique d’une des promesses de la République – l’égalité – qui n’était pas au rendez-vous : c’est le chômage, la rupture numérique, dans les transports, etc. Il faut tout à la fois garder le cap économique qui vise à donner de la compétitivité à l’économie française, garder le cap européen, à s’intégrer dans une économie moderne. En même temps il est urgent de traiter ce que j’appelle le précariat. Il faut remailler notre filet de sécurité sociale qui est aujourd’hui plein de trous et ne correspond pas à sa promesse. Il faut redonner de l’efficacité à notre système de protection sociale ».

Le Gouvernement a déjà dit qu’il va garder le cap. Vous n’avez pas été entendu dans votre demande d’inflexion de la politique gouvernementale ?

« Je crois que j’ai été entendu. Je n’ai jamais pensé que le Gouvernement allait changer de cap. Devant le groupe socialiste au Parlement, le premier ministre m’a fait l’amitié de dire que j’avais eu de nombreuses fois raisons, et que j’avais encore raison sur la question du précariat. Manuel Valls pense, et je suis d’accord, qu’il faut à la fois garder le cap et mener des politiques d’apprentissage, de lutte contre la pauvreté, d’aménagement du territoire. On a évoqué pendant la campagne l’exemple de départements qui ne sont pas rattachés au numérique, où les gens n’ont même pas la 2G. Ils n’ont rien, c’est le désert numérique. Les rurbains qui sont partis à la campagne car le foncier était trop cher en centre ville voient leur gains  du logement à meilleur marché mangés par les déplacements. Et je ne parle pas de ceux qui vivent dans la hantise de la relégation ».

Le vote FN est une sanction pour la classe politique. Mais que voit-on à gauche ? Claude Bartolone, qui a perdu en Ile-de-France, reste président de l’Assemblée nationale et Jean-Yves Le Drian, élu en Bretagne, restera ministre de la Défense. Ce sont des messages catastrophiques pour l’opinion!

« Il faut rappeler que c’est nous qui avons fait la loi sur le non-cumul des mandats. Et nous commençons à l’appliquer. Comme nous avons fait la loi sur la parité. Le Parti socialiste a été la formation qui a fait le plus d’efforts pour la transparence et les nouvelles formes de représentation. Ca ne nous a pas fait gagner les élections pour autant ! Au Front national, tous les dirigeants cumulent, c’est une famille qui règne et les congrès ne sont pas des modèles de transparence. Ca n’empêche pas les électeurs de voter pour lui ! Il faut faire des efforts dans ce domaine, c’est une évidence. Mais ce qu’il faut surtout c’est à la fois un message et des résultats. La défense de la République et la lutte contre la précarité. Sur quoi s’est fondé le vote FN ? Sur la question des réfugiés (plus fantasmée que réelle, d’ailleurs, sauf à Calais et à Menton), sur les attentats, et sur le chômage. C’est cela, l’alignement des planètes favorable à Marine Le Pen ».

Le front républicain a fonctionné. Mais est-ce encore la bonne manière de lutter contre l’extrême droite ? Parler de guerre civile, de Vichy ?

« Mais le discours de Marine Le Pen et de Marion Marechal Le Pen empruntent à la rhétorique de Vichy ! Quand vous faites une distinction entre Français « de souche » et Français « de papiers » et que vous parlez d’une lutte à mener contre les musulmans, vous créez à terme les conditions d’une insécurité nationale et d’une guerre civile. Le discours du FN n’est pas celui du rassemblement. C’est celui de la division des Français. S’il n’y avait pas de risque de guerre civile, d’insécurité nationale, de xénophobie, pourquoi toutes les formations politiques et la majorité des Français seraient contre le FN ? Moi, je n’ai pas l’anti-lepénisme honteux. On me dit que ça ne mobilise pas ? La preuve du contraire a été faite au second tour. Les gens sont venus pour dire non au FN beaucoup plus que pour dire oui à untel ou untel. Il fallait quand même le faire, mobiliser les gens pour Xavier Bertrand ou surtout pour Christian Estrosi. Et malgré tout, ils sont venus ! C’est bien parce qu’ils pensaient que Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen représentaient un danger dans une France déjà en danger dans la lutte contre Daesh ».

Mais le FN a encore progressé entre les deux tours…

« Je ne vous dis pas qu’il n’est pas en dynamique, c’est même pour cela qu’il est dangereux. Mais le bloc républicain au deuxième tour les empêche d’arriver au pouvoir. Il y a un plafond de verre. Ils font peur. Ils représentent le danger de l’intérieur ».

Mais pour combien de temps ?

«  Ils ne peuvent gagner que sur la division des républicains ».

Mais il y a un moment où ce discours ne passera plus auprès des jeunes ! Vous en êtes conscient ?

« Je suis conscient que ce discours mobilise 60 à 70% des Français, même s’il est incompris de 30% des autres. Pour ceux-là, la colère à coloration xénophobe est plus forte que l’évocation de la République. Mais ce n’est pas parce que les gens ne voient plus dans la République la solution à leurs problèmes que je vais abaisser le système de défense de celle-ci ! On peut se révolter, être en colère, on peut estimer que la promesse de la République n’est pas au rendez-vous. Pour autant, vu ce qu’il professe, on ne peut pas faire du FN le débouché politique de cette colère ».

Aujourd’hui, tous les politologues disent que le Front national est le seul parti qui a un message clair qui est encore entendu par les électeurs, surtout par les jeunes. Que faire dans le peu de temps qu’il reste ?

« Le FN a un langage clair parce qu’il ne veut pas intégrer la complexité du monde. C’est le principe même des démagogues. C’est aussi un parti populiste classique. Mais nous ne devons pas nous transformer nous-mêmes en populistes, même de gauche ! Il faut assumer la complexité. Assumer la nécessité d’améliorer notre compétitivité, de reconstruire notre appareil productif. On ne peut pas distribuer ce qu’on n’a pas produit ! Mais pour ça, il faut du temps. On ne reconstruit pas un tissu industriel en l’espace d’un quinquennat. Il faut travailler sur les vrais sujets : L’école (on a travaillé sur sa refondation), une politique volontariste de retour à l’emploi. Nous devons avoir une politique plus forte pour réduire les poches de pauvreté, de relégation, de précariat. C’est à tout cela qu’il faut travailler. Enfin, il faut opposer notre France ouverte sur le monde avec son message de solidarité et de modernité à la France fermée, coupée du monde archaïque et égoïste.

Niveau symbole: François Hollande a évoqué la déchéance de nationalité. N’est-ce pas une erreur de reprendre des idées de l’extrême droite?

« Non, le président de la République voulait affirmer l’unité nationale face à l’agression de Daech en France et à l’assassinat de masse de nos compatriotes. Il l’a fait et les Français l’ont compris. Ils l’ont même plébiscité. Pour le faire, il fallait que toutes les idées qui étaient sur la table soient prises en compte. Qu’est-ce qu’a dit le président de la République? Il a dit, la droite classique, et non le Front national, nous a fait la proposition de la déchéance de nationalité. Nous allons le soumettre au Conseil d’Etat et nous verrons si c’est conforme à notre constitution »

Que répondez-vous au militant socialiste qui vous dit « je suis déçu que mon Président se soit caché derrière la Constitution pour rejeter cette idée » ?

« Il faut l’unité nationale. Si la droite propose la déchéance de nationalité, vous ne pouvez pas répondre « Allez vous faire voir! Ce n’est pas une idée de gauche ! » Mais je ne dénie pas au Président le devoir, dans le cadre de l’union nationale, de faire vérifier cette idée. Et je ne pense pas que ce soit cette formule, cette proposition mise en examen par le président de la République, fut un élément de différenciation au premier tour, voire un empêchement de rassemblement au second »

Mais c’est un élément qui a permis à Marine le Pen de faire campagne en disant j’ai raison depuis longtemps puisque maintenant le président reprend mes idées!

« Ce n’est pas sur la question de la déchéance que Marine Le Pen dit avoir raison. C’est sur les fondements historiques de son parti qui n’accepte pas que l’islam soit la 2e religion en France. La fondation du Front national s’est faite, dans les années 1970, avec une affiche qui représentait des rats qui envahissaient notre pays. C’était à l’époque les Maghrébins, combinés aux juifs. Nous allons être envahis et remplacés: et nous avions raison, voilà ce que dit Marine Le Pen. Elle fut légitimée parce que certains à droite disaient la même chose. Au départ, Christian Estrosi parlait d’une cinquième colonne des terroristes dans notre pays: les musulmans »

  1. Laurent Wauquiez devient numéro 2 des Républicains. Comment l’interprétez-vous?

« Le bilan que Nicolas Sarkozy tire des élections régionales c’est la nécessité d’évincer Nathalie Kosciusko-Morizet. Elle disait « On ne peut pas mettre sur le même plan un parti républicain qui vote pour nous et le Front national ». Il remplace Mme Kosciusco-Morizet par M. Wauquiez qui dit il n’y a pas que des idées fausses au Front national. C’est une indication du centre de gravité des Républicains. Maintenant, nous verrons si les démocrates, les centristes, les vrais républicains, se sentent représentés par ce glissement. Pour le PS, je demande une inflexion contre le précariat. Nicolas Sarkozy organise une inflexion frontiste. Choisissez! ».

Propos recueillis par Anais Ginori (La Repubblica), Martina Meister (Die Welt), Joëlle Meskens (Le Soir), Xavier Alonso (La Tribune de Genève)

16 Déc

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L’invité de Zemmour et Naulleau sur Paris Première

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JCC Paris première 16122015

Jean-Christophe Cambadélis était l’invité mercredi 16 décembre d’Eric Zemmour et d’Eric Naulleau sur Paris Première.

Retrouvez ci-dessous la vidéo de l’émission: