EXCLUSIF / Jean-Christophe Cambadélis: "Sans l'affaire DSK, la France ne serait pas la même"

 ladepeche11092020

Alors que neuf ans après "l'Affaire DSK", Nafissatou Diallo sort du silence, Jean-Christophe Cambadélis, ex-lieutenant de Dominique Strauss-Kahn, est l'un des rares socialistes à accepter de se replonger dans cette pénible affaire d'agression sexuelle et de naufrage politique.

Ex-député et ex-Premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis était le premier lieutenant de Dominique Strauss-Kahn, celui qui préparait sa déclaration de candidature et son entrée en campagne. En exclusivité pour "La Dépêche du Midi", il revient sur "l'Affaire DSK", alors que neuf ans après les faits, Nafissatou Diallo, la femme de ménage agressée en 2011 par le patron du FMI et futur candidat à la présidentielle de 2012, sort pour la première fois du silence.

Cette interview est un élément d'un dossier complet à paraître dans son intégralité ce vendredi dans "La Dépêche du Midi" et sur ladepeche.fr. Retrouvez notamment les principales confidences de Nafissatou Diallo neuf ans après son agression, l'analyse d'une féministe: Nafissatou Diallo était-elle une pionnière de #Metoo ?, et découvrez ce qu'est devenu DSK. 

«L’affaire DSK » est de ces événements qui marquent durablement l’opinion et les esprits, chacun pouvant dire où il était et ce qu’il faisait au moment où ils se sont produits. Vos souvenirs restent-ils intacts?

Comment pourrait-il en être autrement? Je préparais la candidature de Dominique Strauss-Kahn. Il était sur le point de rentrer à Paris pour l’annoncer, et j’avais invité le ban et l’arrière-ban socialiste à se réunir autour de lui car toute notre famille – sauf François Hollande – était d’accord pour créer une dynamique sur son nom et sa personne.

Quand les premières informations circulent, refusez-vous d’y croire? 

Oui, bien sûr, mais contrairement au commun des mortels, j’avais la possibilité de savoir ce qu’il s’était passé, ou en tout cas, de pouvoir savoir s’il s’était vraiment passé quelque chose. Or peu après que l’information est arrivée en France, je n’ai plus eu aucun contact avec lui. Je trouvais la situation hallucinante, invraisemblable, mais j’ai vite compris que quelque chose de grave s’était produit. Et puis il y a eu les images de son arrestation par la police américaine…

« Je préparais sa candidature. DSK était sur le point de rentrer à Paris pour l’annoncer et j’avais invité le ban et l’arrière-ban socialiste »

Et on connaît la suite, tout comme on connaît les conséquences politiques de sa disqualification. La France serait-elle différente aujourd’hui si « l’Affaire DSK » n’avait jamais existé? 

Parlons alors de l’homme politique. Avec Dominique Strauss-Kahn, trois changements majeurs auraient profondément transformé le pays.
D’abord, il avait la confiance absolue de l’Allemagne. DSK était proche de Gerard Schröder, il connaissait Angela Merkel et son ministre de l’Economie de l’époque. Grâce à cette proximité, une lecture différente de la règle des 3 % de déficits publics aurait pu s’instaurer. Là où tous les responsables politiques se sont heurtés à l’obligation de réduire les déficits publics à marche forcée, lui aurait pu convaincre l’Allemagne d’assouplir sa position. Il avait déjà obtenu l’accord du SPD sur le sujet. Une autre gouvernance économique de la France, moins contrainte, aurait alors été possible.
Ensuite, nous aurions eu immédiatement un keynésianisme vert, écolo-numérique, un nouveau contrat social fortement décentralisé, et la gauche aurait alors basculé dans la social-démocratie.
J’ai enfin la faiblesse de croire que Nicolas Sarkozy aurait été battu sèchement et qu’ainsi, la droite aurait pu tourner la page et se reconstruire – ce qu’elle n’a toujours pas réussi – empêchant ainsi l’extrême-droite de prospérer.

"Emmanuel Macron n’aurait évidemment pas connu sa soudaine ascension politique. Mais sa trajectoire, c’est d’abord l’histoire d’une équation très chanceuse..."

Et Emmanuel Macron n’aurait pas connu sa soudaine ascension politique?… 

Évidemment. D’abord, qui aurait-il soutenu, Strauss-Kahn ou Hollande ? Mais la trajectoire d’Emmanuel Macron, c’est d’abord l’histoire d’une équation très chanceuse, un président sortant qui ne se représente pas et un candidat de la droite qui devait l’emporter et trébuche sur une affaire…

Diriez-vous qu’il a théorisé le « ni de droite ni de gauche » en réponse à l’affaiblissement du PS et des Républicains ? 

Je veux dire surtout que le « ni de droite ni de gauche » n’est pas l’apport de Macron mais celui de Bayrou. Souvenez-vous: quand il entre en campagne, l’actuel chef de l’Etat présente à la France sa vision néoprogressiste. C’est après son alliance avec le centre qu’apparaît le « en même temps »…

«L’Affaire DSK » est-elle à l’origine de l’affaiblissement du PS ? 

Non. Nos ennuis commencent en 2002, quand la gauche se divise et que Lionel Jospin échoue à se qualifier pour le second tour de la présidentielle. Après cette catastrophe, les Français continuent de voter pour nous, mais plus pour ne plus revivre le cauchemar de cette élection que par adhésion. Dès le lendemain du 21 avril 2002, le Parti socialiste aurait dû regarder son échec en face et déclencher immédiatement le chantier de la réforme. Il ne l’a pas fait, ni hier, ni aujourd’hui encore…

Comment réagissez-vous quand à la dernière université du PS, Olivier Faure n’exclut pas qu’en 2022, les socialistes, en soutien d’un homme ou d’une femme de gauche, ne présentent pas de candidat? 

Je dis qu’avant toute chose, une nouvelle social-démocratie est à construire en France. Nous socialistes, pouvons concevoir de voter pour un candidat qui n’est pas issu de nos rangs à la prochaine présidentielle. Mais alors, les autres formations de gauche doivent aussi accepter la même hypothèse. Ce n’est manifestement pas le cas aujourd’hui… En vérité, une victoire de notre camp en 2022 n’est concevable qu’à la faveur d’une véritable réforme, profonde, de la gauche et du Parti socialiste. C’est à ce prix que nous pourrons créer une nouvelle dynamique puis bâtir et proposer l’union. Ce projet réclame évidemment courage et audace, et face à l’ampleur du chantier, on peut choisir d’abaisser l’offre politique et de se ranger derrière un candidat qui n’a pas l’étiquette PS, mais ce ne serait pas un pari gagnant. Personnellement, j’exhorte les socialistes à se replonger dans ce que notre histoire a d’exemplaire et à refonder un nouvel Epinay qui, en 1971, a conduit dix ans plus tard François Mitterrand à la victoire. 

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