APPEL POUR UN NOUVEAU CHEMIN COMMUN ENTRE LA GAUCHE ET LE MONDE DE LA CULTURE 

 Lac des signes

Un sentiment domine : la culture a cessé d’être un projet politique au carrefour de toutes les disciplines, incarnée par une parole forte.

Le génie français ne serait plus un anti-destin, une protestation contre l’inéluctable. L’universalisme français agoniserait sous les tirs croisés de la « World Company » et d’une « World culture».

Que le libéralisme veuille se passer de politique culturelle peut se comprendre : il réfute l’action de l’Etat. Mais la gauche ne saurait limiter son ambition culturelle aux échelons municipaux, départementaux et régionaux, aussi remarquables que soient leurs initiatives en la matière. Car cela reviendrait à abandonner l’idée que la culture irrigue la totalité du champ politique, qu’elle contribue pleinement à la vie démocratique, à la vitalité républicaine et à la cohésion nationale.

Il aura fallu que le 24 décembre dernier les danseurs et musiciens de l’Opéra de Paris offrent un extrait du Lac des Cygnes sur la place publique pour que la fragilité de l’art s’oppose à la détermination brutale du pouvoir politique. L’art et la culture entraient ainsi dans le mouvement social, contribuant à lui donner une dimension universelle et symbolique.

APPEL POUR UN RENOUVEAU COMMUN ENTRE LA GAUCHE ET LA CULTURE 

La culture, ce bien commun qui embrasse des enjeux aussi divers que ceux de la liberté de création et d’expression, de la protection et de la valorisation du patrimoine, du développement de l’éducation artistique et populaire, de l’affirmation des droits culturels… fait l’objet d’une triple menace : dépolitisation, technocratisation et standardisation.

Quel sens donner à l’action politique si elle n’est pas d’abord un moyen d’émancipation individuelle et collective ?

Depuis longtemps, l’Etat a abandonné le développement culturel aux industries et aux circuits d’équipement et de consommation. Il se contente depuis trop d’années de gérer un « secteur » au lieu de tracer de nouvelles voies pour aider à l’expression des talents, permettre l’accès de tous à la beauté, à la poésie et à l’imaginaire, et particulièrement aux jeunes des milieux sociaux modestes ou défavorisés.

Que voulons-nous ? Retrouver la relation d’exception qui s’est créée entre le rayonnement de la France et celui de sa culture, lui donner un nouveau sens à l’aune de ce qui fait société, renouer avec l’ouverture vers les peuples en mouvement et les tendances à l’œuvre, rejeter la nostalgie d’une identité fantasmée et d’un âge d’or supposé, faire partager à tous un grand projet. 

Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Philippe Daguerre, Isabelle Mergaud, Michel Reynaud, Tadrina Hocking et un groupe de hauts fonctionnaires tenus au devoir de réserve