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08 Fév

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Charonne : la tuerie du 8 février 1962

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Il y a pas si longtemps, manifester pour la paix débouchait sur des violences policières d’une sauvagerie telle qu’on pouvait en mourir.

Ainsi la tragique manifestation de Charonne où, le 8 février 1962, la guerre d’Algérie aura une fois de plus ensanglanté le pavé parisien, quelques semaines seulement après les Algériens matraqués le 17 octobre 1961.

Cette manifestation avait été une initiative du Parti communiste et de la CGT, rejoints par la plupart des organisations syndicales comme la CFTC, l’Unef, le Sgen ou la FEN et également le PSU.

Cette manifestation fut interdite par le préfet de police, l’ancien collaborateur Maurice Papon, malgré la médiation tentée, notamment pour l’Unef par Tony Dreyfus, aujourd’hui député du 10e arrondissement.

Le dispositif policier fut plus important pour cette manifestation que pour celle du 17 octobre précédent.

La manifestation devait aller à Bastille. Il y eut plusieurs cortèges, mais pour éviter les barrages policiers, 4000 personnes convergent au carrefour Voltaire Charonne. L’ordre de « disperser énergiquement » la manifestation arrive à 19h37 et le cortège est pris en tenaille.

La charge des forces de l’ordre s’est poursuivie jusque dans le métro. On parle même de jets de grilles d’arbres par certains policiers sur les manifestants.

Ce 8 février, 8 militants, dont le plus jeune a 16 ans, membres de la CGT encartés au PCF meurent, et une neuvième succombera à ses blessures quelques mois plus tard.

Jean Daniel a écrit dans l’Express quelques jours plus tard : « Les 8 morts du 8 février auraient servi, assure-t-on au gouvernement, à démontrer à l’armée et à la droite conservatrice que le rempart contre le communisme était assez solidement maintenu par l’État et que la propagande anticommuniste de l’OAS était pure démagogie. »

Michel Debré alors premier ministre salue avec « admiration » le travail de la police…

Cette tragédie a marqué la gauche française et pendant des années jusqu’au début des années 80 les manifestations faisaient silence devant la station de métro.

La Guerre d’Algérie est finie depuis un demi siècle, mais toutes les plaies ne sont pas encore entièrement refermées. Il appartiendra au prochain président d’écrire avec nos amis algériens, au cœur d’un Maghreb en ébullition, une nouvelle page, plus heureuse de notre histoire commune.