Tag brésil

01 Sep

Commentaires fermés sur Brésil : un coup de force institutionnel – un renouveau démocratique à réussir

Brésil : un coup de force institutionnel – un renouveau démocratique à réussir

par

logo ps twitter

Jusqu’à la dernière minute, on aura pu croire que les parlementaires brésiliens mesureraient les conséquences morales de la décision qu’ils s’apprêtaient à prendre : la destitution de la Président de la République. Dans un pays comme le Brésil, cet événement n’est pas anodin. Il faudra d’ailleurs s’interroger plus globalement et se demander « où va la gauche en Amérique latine » quand on constate l’obstination autocratique du post chavisme au Venezuela, désormais coupé de ses bases ou la dérive dynastique de Daniel Ortega au Nicaragua, tandis que Cuba travaille à une transition démocratique bienvenue et attendue de longue date.

Tout cela n’occasionne d’ailleurs aucune mobilisation massive, y compris chez ceux qui suivent de près les luttes des peuples latino-américains. Pourtant, la solidarité internationale demeure d’actualité pour les formations de gauche.

La destitution de Dilma Rousseff est le dernier acte d’une longue campagne médiatico-judiciaire, mais aussi politique qui avait un point de départ compréhensible, la lutte contre la corruption. Mais ce combat a servi de prétexte à un coup politique car derrière le miracle brésilien des années Lula que le monde entier a salué, il y avait une réalité que peu voulaient voir : un parti comme le PMDB, sans lequel aucune majorité n’est possible depuis la fin de la dictature, et qui représente la classe moyenne blanche des grandes villes et des Etats du sud, n’a jamais considéré comme « normale », la capacité du Parti des travailleurs à conquérir graduellement le pouvoir. Pas plus qu’il n’a trouvé acceptables les politiques sociales de Lula en faveur des populations pauvres et le Brésil dont on célèbre souvent le métissage, fut rarement audacieux dans le domaine de la lutte contre les discriminations. La droite brésilienne voulait une autre politique économique, mais elle n’avait qu’un seul moyen de renverser le rapport de force politique, la judiciarisation, même si en termes de corruption, les partis comme le PMDB ou le PSDB ne sont pas en reste.

Dans les manifestations anti Dilma, on entendait le son des casseroles comme dans le Chili des années 70 quand la droite et l’extrême droite organisaient la tension contre le gouvernement de Salvador Allende. On voyait même des banderoles demandant à l’armée de revenir au pouvoir… Dans un pays qui a connu plusieurs dictatures dont la dernière entre 1964 et 1985, cela fait froid dans le dos.

Le Parti des travailleurs, fut longtemps un modèle d’organisation pour la gauche – dès sa fondation en 1980, car il est la concrétisation de ce que beaucoup se sont essayés à bâtir en France, un grand parti de toute la gauche allant de la gauche radicale au centre. Mais il n’avait plus les moyens de conduire ses réformes sociales à cause d’une mauvaise conjoncture et la corruption d’une partie de ses cadres a donné à croire qu’il n’était pas capable de révolutionner la vie démocratique brésilienne ni de faire évoluer un système fait d’intérêts catégoriels entremêlés. Quand le combat contre la corruption entame la séparation des pouvoirs, mais qu’il ne vise qu’un seul parti, on est en droit de douter des bonnes intentions de ceux qui l’engagent.

Nous aimons le Brésil et les combats de la gauche dans ce pays et nous pensons que pour qu’elle traverse avec succès cette épreuve, il faut travailler à un renouveau démocratique. Le pays n’échappe pas aux grands questionnements de notre temps sur l’exigence des citoyens. Les expériences de démocratie locale comme à Porto Alegre prouvent que cette préoccupation n’est pas absente de la pensée des théoriciens du PT, mais il faut aller plus loin. Les socialistes sont bien sûr prêts, au nom de la défense de la démocratie et de l’Etat de droit à contribuer à ce travail pour le renouveau.

Jean-Christophe Cambadelis

21 Juin

1 Comment

Rouge Brésil

par

bresil les echos

Les manifestations sont monstres, violentes, à Rio et dans plusieurs villes contre la vie chère et la pauvreté. Cette brusque explosion de colère exprime les limites du modèle des émergents: une aristocratie ultra riche et une masse de main d’œuvre de très pauvres permettant une exportation compétitive. L’expansion de ce modèle, la croissance, supposent une redistribution minimale. Une absence de protection sociale, une solidarité portée par une petite bourgeoisie de ville, le PT de Lula et de Roussef avait réussi en s’attaquant aux défis et alimentaire et de l’éducation à faire un peu partager la croissance. Mais l’investissement colossal dans la coupe du Monde et les Jeux Olympiques en 2016, alors que les tarifs des transports augmentent, que les salaires stagnent et que la pauvreté est endémique. Ce différentiel sur fond de corruption a fait image et conduit à la colère de la jeunesse. Il faut ajouter que ces économies sont « export-dépendantes » et le ralentissement mondial pèse sur les budgets nationaux. On voit les mêmes phénomènes en Inde, au Nigéria ou en Afrique du Sud. En Chine et en Russie, seul le régime politique contient des mouvements sociaux quotidiens. Derrière les chiffres de la croissance, il y a le développement inégal et l’absence de protection sociale. Les tensions sociales et politiques vont se faire sentir chez les émergents avec la violence, la délinquance et la corruption. C’est la rançon du modèle.