Tag chavez

06 Mar

Commentaires fermés sur Vénézuela : Mort du président Chávez

Vénézuela : Mort du président Chávez

par

 

chavez

Hugo Chávez aura été l’homme fort du Venezuela pendant un peu moins de quinze ans, de 1999 à 2013. Militaire de carrière, putschiste puis dirigeant réélu régulièrement à la tête de son pays, Hugo Chávez incarne à l’inverse de Lula, une gauche radicale qui a séduit en France ceux qui ne pouvaient plus être ouvertement castriste et qui avaient été déçus par le réformisme de Lula.

Mais Chávez c’est à la fois un homme et un style qui ne correspondent pas forcément, comme toujours aux icônes ou aux caricatures.

Cet enfant d’enseignants, Hugo Chávez était le descendant d’un rebelle. Militaire de carrière, c’est durant les années 70 – ces années de plomb – que se forme sa pensée politique. Nourrie des idées de Castro et d’Allende bien sûr, mais surtout de Bolívar et aussi du théoricien marxiste vénézuélien Federico Brito Figueroa (1921-2000).

Chávez se fit connaître du grand public par les coups d’Etat manqués de 1992 contre le président Carlos Andrés Pérez. La deuxième moitié des années 1990 fut consacrée à la construction d’un appareil politique, le Mouvement Cinquième république. Il devient le héros des classes populaires qui sont frappées de plein fouet par la crise qui frappe le Vénézuéla. Ces classes qui le portent au pouvoir en 1998 qu’il ne quittera que mort.

Il a changé la constitution, instaurant une sorte de régime d’exception dans lequel, le rôle du Parlement fut minoré.

La crise économique qui frappe le pays en 2001-2002 et qui est une des conséquences des attentats du 11 septembre dans ce pays qui est le cinquième producteur de pétrole est utilisée par Chávez pour nationaliser des pans entiers de l’industrie pétrolière. Le coup d’Etat de Carmona qui ne fut l’homme fort du régime que pendant 47 heures. Les médias privés, du fait de leur soutien à la junte, virent leur autorisation d’émettre suspendue, même s’ils continuent à émettre sur le câble.

Après 2004, et l’instauration du référendum révocatoire, Chávez à la tête de son Parti socialiste unifié du Vénézuéla (PSUV) triomphateur d’un coup d’Etat a aussi connu des revers. Sa réforme constitutionnelle de 2007 a été rejetée. Le recul de la pauvreté ne cache pas un développement entravé dans ce pays tropical où l’eau coûte plus cher que le pétrole.

Chávez qui a montré beaucoup des traits de l’autocrate, aidé par une opposition de gauche qui ne s’est jamais rassemblée ni suffisamment différenciée de la droite, a su percevoir la baisse de sa popularité qui correspondait aussi au déclanchement de sa maladie en organisant sa succession.

Les théories politiques de Chávez, basées sur les fondamentaux de la gauche latino-américaine. Un nationalisme nourri d’anticolonialisme et de volonté d’émancipation à l’égard des grandes puissances et notamment des Etats-Unis ont grandi sur ce terreau des peuples d’Amérique centrale et d’Amérique du sud marqués par le souvenir de la conquête espagnole ou portugais, l’extermination des peuples indigènes, les luttes pour l’indépendance et la contestation de la mainmise nord-américaine sur leur économie ou leurs institutions.

Le bolivarisme, issue de la pensée de Simón Bolívar, – ce mélange d’idées des Lumières, de justice sociale et de volonté de construire un destin commun continental, par-delà les frontières nationales est un apport théorique intéressant que la pratique chaviste a malheureusement malmené.

Il a incarné ce socialisme révolutionnaire latino-américain qui survit à Cuba mais qui a disparu partout ailleurs. Pour autant, la solidarité continentale entre des modèles progressistes contemporains mais pas comparables – Correa, Morales, Lula, Kirchner – a toujours surplombé la critique du chavisme par ses pairs.

Ce «Nasser » des tropiques a également poussé loin sa contestation des Etats-Unis en s’affichant avec les ennemis des Américains qu’étaient Kadhafi et Ahmadinejad.

Pour une gauche en panne d’inspiration romantique il a représenté une icône, pour une droite libéral, il fut une caricature.

Pour nous, il aura marqué son époque et son pays car il aura, à sa manière, contribué au combat contre la pauvreté à la tête d’un pays important en Amérique latine. Sans partager tous ses combats ou ses prises de position, le Parti socialiste a toujours en commun avec les amis du président défunt la défense de la justice.

Formons le vœu que le Vénézuéla s’affirme comme un État moderne, pluraliste où le Parlement exprime la diversité des opinions comme c’est le cas dans toutes les grandes nations démocratiques.