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07 Juin

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Discours de clôture du 77e congrès du Parti socialiste – dimanche 7 juin 2015

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17936040984_915095cca6_z© Thomas-Derevoge Etienne


Discours de Jean-Christophe Cambadélis au… par PartiSocialiste

La Gauche des solutions, la Gauche d’un horizon

 

Discours de Jean-Christophe Cambadélis,

Premier secrétaire du Parti socialiste

77ème Congrès du Parti Socialiste

Poitiers, dimanche 7 juin 2015

(Seul le prononcé fait foi)

 

 

Cher-e-s ami-e-s ! Cher-e-s camarades ! Peuple de gauche !

 

Le Président de la République, François Hollande, vient de nous délivrer un message essentiel : « nous devons réussir ». Oui, nous avons 18 mois pour réussir. Permettez-moi, en notre nom à tous, de lui dire un mot à mon tour. Un mot amical et respectueux.

 

Cher François, Monsieur le Président,

La France a de la chance que vous mettiez en oeuvre son redressement sans remettre en cause son modèle social. La République peut s’enorgueillir que vous ayez à chaque instant choisi la France unie. Quant au Parti socialiste, il est fier que vous soyez l’un des siens.

Oui, mes chers amis, mes chers camarades, nous pouvons être fiers de ce que nous avons fait pour le redressement de notre pays avec le Président Hollande, jour après jour, malgré les contraintes, en dépit des attaques, dans l’intérêt général. Le Président sait qu’il peut compter sur vous, qu’il peut compter sur nous. Il mérite notre respect le plus total, notre soutien le plus entier et, oui, Socialistes, le Président mérite tous nos applaudissements !

 

Mes camarades,

 

Pourquoi ne pas le dire ? Je suis heureux de pouvoir prendre la parole devant vous aujourd’hui! Heureux, d’être ici à Poitiers, chez Alain Claeys que je salue, parmi les Socialistes réunis en congrès. Toutes et tous, quelle que soit votre fédération, quelle que soit votre fonction, vous êtes le Parti socialiste. Vous êtes les continuateurs d’une grande idée, d’une grande histoire. Toutes et tous, vous avez en partage l’amour de la gauche, donc de la République et, je le sais, l’amour de la France.

 

*          *          *

La France.

La France, le monde entier la regarde, surtout quand les temps changent. La France, c’est à l’étranger que l’on en parle le mieux, de sa culture, de ses atouts, de ses réalisations, de son esprit rebelle. Le monde entier reconnait à la France cette capacité de dépassement dans les rendez-vous de l’Histoire. Le 11 janvier, la France a marché dans la rue, pour la liberté d’expression et pour la démocratie, faisant défiler le monde entier derrière elle, avec elle. Oui, la France est universelle, la France est éternelle lorsqu’elle fait vivre la République.

 

La France est unique mais elle n’est pas uniforme. Elle est unique et multiple. Elle l’a toujours été. De cette dialectique, elle tire son âme et sa force. La France ne renonce jamais. Elle résiste toujours. La France, ce n’est pas seulement des paysages, des villes, une culture, c’est une histoire dans l’Histoire. Pour certains, la France est née en 500 avec Clovis. Pour d’autres, elle n’apparaît qu’au 12e siècle avec Philippe Auguste. Pour les Socialistes, la France finit de naître au 18e siècle avec la Révolution française.

 

La France, certains veulent en faire un monolithe, une statue blafarde, crispée, figée, rabougrie. Mais, de quelle France parlent-ils? Celle de l’absolutisme royal? De la Saint Barthélemy ? Des Dragonnades contre les Protestants ? La France de Thiers écrasant la Commune sous la mitraille? Celle de l’antisémitisme antidreyfusard ? Celle de Barrès sur une « colline inspirée » ? La France de Pétain ? La France du colonialisme ? Celle de l’OAS?

 

Cette France allergique au changement, rétive à la transformation sociale, cette France univoque et uniforme, le bloc réactionnaire veut la ressusciter ! Vous le sentez comme moi, nous sommes en plein conflit de définition de ce qu’est la France, de ce que sont ses valeurs, de ce que doit être son avenir. Nous avons tardé à comprendre que nous n’avions plus le monopole des cœurs et des esprits. C’est ainsi, nous avons perdu la bataille culturelle. Mais la droite ne l’a pas encore emporté pour autant.

 

Les droites ont distillé un message, qui a irrigué les débats et s’est immiscé dans de nombreux esprits. Elles disent: « la France est sur le déclin ». Cette problématique structure aujourd’hui le débat public. Oui, la France a viré de bord. Jamais depuis la Libération, la Droite n’a été aussi forte dans notre pays et sur le continent européen et jamais la Gauche n’y a été aussi faible. Aujourd’hui, nous devons redonner à la gauche toute sa place, son hégémonie, sa capacité à paver le chemin de l’espoir dans un monde meilleur. Voici donc notre plus grand défi: la reconquête culturelle de la France.

 

Derrière cette bataille culturelle, il faut voir la bataille politique. Je le dis ici, cette bataille, c’est ma bataille, c’est votre bataille. C’est notre bataille, c’est celle d’une génération. De son issue dépend le visage de la France de demain, sa stabilité, sa vitalité, sa prospérité. Oui, mes chers camarades, la bataille de France a commencé. La France est à la croisée des chemins, et le Parti socialiste à un carrefour. L’Histoire nous souffle sur la nuque.

 

A vrai dire, la bataille de France a commencé le jour de notre victoire. Le 6 mai 2012. Les Droites n’ont jamais accepté notre légitimité à gouverner, jamais ! Pour elles, la gauche est forcément soit une parenthèse, soit une expérimentation et quand elle arrive au pouvoir par les élections, pour les conservateurs, ils le disent d’ailleurs, c’est toujours une « effraction ». En 2012, les droites ont d’emblée choisi la violence verbale, les outrages et l’irrespect. Cela n’est pas prêt de s’arrêter. La bataille politique connaitra de prochains pics: la bataille des régionales et la bataille présidentielle, cette mère des batailles.

 

Les forces réactionnaires – aujourd’hui bien nommées – sont d’ores et déjà en place. Ainsi, le Front national est en quête de respectabilité pour permettre à Madame Le Pen de gagner en présidentialité. Madame Le Pen n’a pas tué le père, elle a bâillonné le père. Elle l’a mis à la porte de son parti car les portes du pouvoir ont commencé à s’entrouvrir.

 

Marine Le Pen et le Front national pensent emporter des régions. La France elle, s’interrogera avant de lui ouvrir les portes du 2e tour de l’élection présidentielle. Mais sa présence ou pas, dépend de vous, de notre renouveau, de notre réussite, de notre rassemblement.

 

Monsieur Sarkozy est prêt lui aussi. Prêt à tout, évidemment. La « res publica », la chose publique, il veut en faire un pupitre, pire, un trépied pour servir son intérêt personnel. Car enfin, il faut le dire : ce qui intéresse Monsieur Sarkozy dans la République, c’est la Présidence de la République.

 

Non, il n’a pas changé. Quoique… si, peut-être. Il a un peu changé. Comme si ses tours marchaient moins bien. La semaine dernière, lors de son congrès soi-disant « fondateur », Monsieur Sarkozy a voulu un lancement en grande pompe, mais il a plutôt fait la démonstration qu’il souffrait d’un petit coup de pompe. Depuis que Nicolas Sarkozy est élu patron de l’UMP, il refuse de débattre. Je peux le comprendre, mais il refuse même de dire mon nom ou mon statut ! C’est un comportement infantile, puéril, inutile, typique de Monsieur Sarkozy pour qui seul compte ce qu’on désigne, ce qu’on nomme ou renomme. C’est comparable à l’apprentissage d’un enfant de deux ou trois ans, qui, se cachant derrière ses mains, croit qu’il est invisible. Ce qui est attendrissant chez un enfant de cet âge, est pathétique pour un adulte, et de surcroit préoccupant pour qui fut chef de l’État et veut le redevenir. Car l’attachement à la toute puissance infantile relève, à la maturité, d’un déni de réalité. Mais cela interroge aussi profondément sur les capacités et le sens des limites nécessaire pour accéder à la présidence. Pour présider, il faut savoir se présider. Mais ne nous attachons pas à la forme, même si chez Monsieur Sarkozy, le style, c’est l’homme, et la forme, le fond.

 

Le Parti républicain ne vise pas seulement à évacuer l’UMP… Il est vrai qu’il y a beaucoup à évacuer. Il y a derrière cette appellation non contrôlée, une référence évidente au Parti républicain américain, à George Bush et au Tea Party. Mais, il y a aussi un tour de passe-passe qu’il faut expliciter. Profitant de la crise familiale du Front national autour de Monsieur Philippot et de la dédiabolisation, observant que le Front national n’avait pas autant performé que les sondages le disaient lors des élections départementales, Monsieur Sarkozy a trouvé sa stratégie: reprendre les thèmes du Front national tout en se parant des atours de la République. Monsieur Sarkozy invente d’ailleurs à cette occasion la République « Canada Dry » : cela ressemble à la République, mais cela n’est pas la République. Il suffit de noter les propos qu’il approuve et applaudit.

 

Monsieur Sarkozy applaudit quand Monsieur Wauquiez dit, je cite : « l’affaire Chloé confirme que la politique de désarmement pénal de Madame Taubira est une folie ». Dire cela, non, ce n’est pas républicain !

 

Monsieur Sarkozy applaudit lorsque Monsieur Estrosi déclare : « une carte d’identité ne suffit pas pour être Français ». Mais, reprendre mot à mot ce que disaient dans la ville de Nice Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret il y a vingt ans, non, ce n’est pas Républicain !

 

Monsieur Sarkozy applaudit encore lorsque Monsieur Estrosi juge que les musulmans sont la « cinquième colonne » du terrorisme en France. Mais, dire cela, parler comme le Front national d’un ennemi intérieur, non, ce n’est pas républicain !

 

Pendant son congrès, vous l’avez noté vous aussi, Monsieur Sarkozy a eu des mots très durs contre la gauche, disant que les socialistes seraient hors la République. En revanche, il n’a pas eu un mot pour le Front national. En 45 minutes de discours. Étrange ? Non, logique. C’est une tentative de re-bipolarisation en plaçant le Front national dans son jeu. Nicolas Sarkozy a lancé son OPA sur le Front national, non pour le réduire, non pour le détruire, mais pour le séduire. Nicolas Sarkozy ne souhaite pas s’allier, il veut le récupérer dans une croisade néo-conservatrice contre la gauche.

 

Certains nous disent : « mais, l’important, c’est que le FN recule » ! Ah bon ? En quoi le Front national recule s’il devient la référence du parti sarkozyste ? En quoi la République est sauvée si l’UMP-Parti-Républicain adhère à la préférence nationale et fait des musulmans des ennemis de la France ? En quoi la République est sauvée si l’idée de la fracture républicaine devenait majoritaire à l’issue de l’élection régionale et de l’élection présidentielle ?

 

La droite est maintenant prête. Elle a un programme d’abrogation de la gauche. Elle a ensuite un programme de régression : chômeurs, salariés, fonctionnaires, voilà les ennemis, puisqu’ils s’accrochent à leurs acquis. Elle a un programme pour la nation : la préférence nationale. Elle a une stratégie : siphonner le Front national et faire de la Gauche, l’ennemie de la République. Et qu’on ne nous dise pas qu’Alain Juppé, François Fillon, Bruno Le Maire, c’est autre chose ! Ils sont la caution morale de cette droite sans rivages à droite. Faut-il leur rappeler que la devise de la République est « liberté, égalité, fraternité », ce n’est pas : « Fouquet’s, Rolex, Kärcher ».

 

Se servir de la République, unique et indivisible, pour diviser… Il fallait oser. Il n’y a que Nicolas Sarkozy pour oser un tel outrage! C’est ainsi, Monsieur Sarkozy reste Monsieur Sarkozy. Arrogant, segmentant et clivant.

 

Tous, nous le sentons, pour s’imposer à son clan, « l’homme qui n’aimait pas les Français » est prêt à fracturer le pays, il est prêt à dresser les Français les uns contre les autres pour assouvir sa revanche.

 

*          *          *

Les Français.

Aucune de leurs difficultés, aucune de leurs inquiétudes ne sont étrangères aux socialistes. Nous sommes tournés vers les Français. Vers leurs problèmes, leurs envies et leurs espoirs. Les Français sont fiers, parfois complexes, plein d’ambivalences. Dans leurs rapports à l’État, qu’ils aiment détester, mais qu’ils détestent voir absent face au chômage, face à la finance. Dans leurs rapports au libéralisme aussi, comme un récent sondage vient de le montrer. Politiquement aussi, ils sont ambivalents. C’est que leur choix n’est pas fait. Ils sont dans l’expectative et attendent du sens, un discours clair, des mesures concrètes, un chemin tracé. Oui, les Français sont ambivalents. Ils sont inquiets aussi, confrontés à de multiples défis.

 

Les Français sont d’abord inquiets de la menace réelle, durable du terrorisme. Le 11 janvier a marqué les esprits tout autant que les attaques barbares. En janvier, les Socialistes ont su être à la hauteur de l’Histoire, le Président incarnant la France dans l’épreuve, le gouvernement mettant en œuvre la riposte juridique et sécuritaire, en respectant l’état de droit et la nature de la menace. La France va vivre de nouveaux moments tragiques malgré le travail considérable de l’Etat. Le terrorisme nous percutera et provoquera de nombreux débats. Les Socialistes feront tout pour éviter que la haine et les amalgames l’emportent, ils feront tout pour rassembler.

 

Partout dans le Maghreb et le Machrek, des forces sont à l’œuvre, désordonnées politiquement, convergeant cultuellement. Dévoyant l’Islam, les terroristes d’un Islam fanatisé, ont déclaré la guerre aux mécréants. La progression de la horde Daesh en Irak et en Syrie, l’allégeance de groupes comme Boko Haram, mais aussi en Libye, au Sahel, la concurrence entre les groupes terroristes cherchant par la violence spectaculaire à recruter. Tout nous amène à dire que ce n’est pas fini. La France tente donc de réévaluer la stratégie vis-à-vis de Daesh. Et je salue, la Commandante Asya Abdullah, qui a fait le voyage jusqu’à Poitiers depuis Kobané et qui a eu hier des paroles puissantes autant qu’émouvantes.

On ne dira jamais le prix que nous payons de ne pas avoir suivi la France dans le bombardement de Bachar el-Assad après qu’il a gazé son peuple. L’amélioration est possible, elle passe par la constitution d’un gouvernement syrien de transition, sans Bachar el-Assad, armé par l’Europe, et par la reconstitution de l’armée irakienne, obéissant à un Etat multiconfessionnel. La question syro-irakienne est trop peu évoquée en France. L’état politique de la Méditerranée est trop absent du débat. Il y a urgence et le Parti socialiste en fera donc l’un de ses thèmes principaux pour les mois et les années à venir.

 

Les Français sont également confrontés à un problème vital : l’emploi. Et pour cause : sans emploi, pas de société pensable, une vie précaire, mais pas une existence pleine et entière. Toute l’action des Socialistes aux responsabilités est structurée autour de l’emploi. Oh, non, bien sûr, tout n’a pas été parfait dans notre action. Elle a parfois manqué de clarté, d’efficacité aussi. Il faut dire que le lègue sarkozyste était bien lourd. C’est ainsi, quand on arrive aux responsabilités, il y a un passé à assumer. Et quand ce passé s’appelle Nicolas Sarkozy, oui, c’est un passif. Le passif, il faut l’assumer. La serpillière, il faut la passer. Ce n’est pas chercher des excuses que de le dire, c’est prendre en compte les réalités.

 

Nous nous sommes ainsi heurtés à la crise de l’industrie française. Elle était historique. Nous avons été confrontés à la faiblesse des syndicats, une faiblesse que nous déplorons. Nous avons été confrontés à l’intransigeance patronale, une intransigeance que nous combattons. Le Parti socialiste n’est pas tenant de l’économie administrée, il ne l’a d’ailleurs jamais été, mais franchement, à écouter le patronat, on se demande si le MEDEF n’est pas devenu le parti de l’économie subventionnée. Nous avons ainsi été profondément choqués de voir le patronat faire campagne au lendemain de l’adoption du pacte de responsabilité contre une avancée sociale que les socialistes ont imposée pour les salariés : « La pénibilité ». Le Gouvernement simplifie le système pour le rendre viable, l’encre est à peine sèche, que ce sont maintenant les retraites complémentaires qui posent problème. Et pendant ce temps là, non seulement la proposition d’un million d’emplois a disparu, mais anticipant la croissance que les Français ont payée de leurs efforts, le patronat dégraisse selon la vulgaire formule.

 

Oui, l’emploi, est le sujet central qui permet de pointer la différence essentielle entre les Socialistes et le bloc réactionnaire. Les Conservateurs pensent qu’il faut détruire le code du travail pour créer de l’emploi. Les Socialistes pensent qu’il faut innover si l’on veut préserver notre modèle social et investir fortement pour créer des emplois.

 

Chers amis, chers camarades,

Pour les socialistes, une nouvelle époque s’ouvre. Nous entrons dans un nouveau moment car la croissance revient. Moins rapidement que nous le souhaitions, moins forte en emplois que nous le voulions, mais elle est là. La Droite ne peut pas le contester. Alors elle relativise. Pour le Parti républicain conservateur, « quand la France va mal », c’est à cause de nous, mais quand elle va un peu mieux, c’est grâce aux autres.

 

Peu importe. Il y a un indéniable frémissement économique qui s’amorce. Il faut en tenir compte et le Parti socialiste a trois exigences pour faire face à cette nouvelle donne, qu’il faut conforter et bonifier, en emplois, en pouvoir d’achat, en nouveaux droits. D’abord, il faut poursuivre les réformes de fond. Ce n’est pas le moment de renverser la vapeur, ni celui de changer de conducteur. Hier, l’urgence écrasait tout. Aujourd’hui, on peut infléchir grâce à des reformes courageuses. Et en prenant en compte la nouvelle donne, que ce soit sur le CICE mieux ciblé, le pacte de responsabilité mieux adapté, ou la réforme fiscale mieux affirmée. Le Parti socialiste a défini en ce domaine ses positions. Nous engageons le débat amical avec le gouvernement car nous souhaitons voir ces réflexions présentes dans le débat budgétaire de l’automne.

 

Ensuite, nous voulons la juste répartition de la croissance qui arrive. La juste répartition de la croissance, c’est s’assurer que la reprise, fruit de l’effort collectif des Français, profite à tous.

 

Enfin, nous voulons ôter les contraintes, nous voulons faciliter la vie des Français, pour permettre à chacun d’envisager à nouveau l’ascension sociale. Faciliter la vie des Français, c’est l’allégement de la fiscalité. La décision du gouvernement de permettre à neuf millions de Français de payer moins ou pas d’impôts, va dans ce sens. Faciliter la vie des Français, c’est simplifier les démarches administratives. Faciliter la vie des Français, c’est évidemment et principalement, le compte personnel qui sécurise les parcours professionnels. Cette avancée, portée depuis des années par Martine Aubry, sera le marqueur social du quinquennat.

 

Réformer, ce n’est pas seulement s’adapter aux réalités, c’est suivre un projet de société, c’est promouvoir l’égalité, car la mondialisation a accru les inégalités. Nous le savons tous, les réformes puiseront leur légitimité dans leur efficacité. Mais, d’ores et déjà nous avons rouvert les portes de l’espoir. Oui, grâce à toi Jean-Marc, oui Manuel, grâce à toi aussi. Maintenant, il te faut finir le job ! Et nous avons confiance dans ta détermination et ton sens de l’écoute des aspirations du Parti socialiste. Merci Manuel !

 

Mes chers amis, mes chers camarades,

Les Français sont aussi inquiets de la crise dans l’éducation. Cette crise les touche au cœur car elle est l’avenir de leurs enfants et le sanctuaire de leur République. L’éducation a besoin de professeurs formés et motivés. La droite avait supprimé la formation des enseignants, nous l’avons réhabilité. La droite avait supprimé des dizaines de milliers de postes, nous en avons créé 60 000. Oui, l’éducation a besoin de moyens. Les Socialistes y pourvoient : première priorité, l’éducation est le premier budget de l’État. L’éducation a aussi besoin de réformes, et notamment au collège. « Mieux apprendre pour mieux réussir », voilà notre projet, à mille lieues du conservatisme de la droite, de leurs propos polémiques. Permettez-moi, après Vincent Peillon et Benoit Hamon, de saluer Najat Vallaud-Belkacem qui, non seulement, promeut la deuxième phase de notre révolution éducative, mais fait front, avec brio, aux basses attaques de la droite.

 

La droite aime attaquer mais déteste l’assumer. Monsieur Sarkozy déteste que l’on pointe du doigt ses sorties légèrement xénophobes. Oh ! Je viens de le répéter ! Je l’assume ! Je le redis ! Monsieur Sarkozy a ciblé deux ministres de la République, pas l’ensemble du gouvernement, pas parce qu’elles sont françaises, non, il a les a attaquées, elles deux, et elles seules – parce qu’elles sont des femmes, sans doute – et aussi, oui, aussi et surtout parce qu’elles portent ces noms là ! Qu’il l’admette au moins ! Mais, peut-être, se dit-il au fond de lui, que ces propos ne pas exactement républicains…

 

Revenons à l’école. Oui, sur l’école aussi, les Socialistes se distinguent des néoconservateurs. Pour le bloc réactionnaire, l’école est une variable d’ajustement, un poste de coûts, le premier terrain de la compétition sociale. A l’opposé, pour les Socialistes, l’école c’est le lieu de la transmission des savoirs et c’est aussi le premier lieu de la lutte contre les inégalités sociales !

 

Autre défi : les Français sont inquiets de la grave menace qui plane sur le projet européen. Les Socialistes disent qu’il est urgent de parler haut et fort de l’Europe, en Europe, pour l’Europe. La question de la méthode est ici essentielle. A juste titre, nous avons estimé que seule la remise en ordre de nos comptes nous permettrait de parler fort dans l’enceinte européenne. L’Allemagne nous dit maintenant: « vous voyez ? Ca marche ! ». Tentant de nous enfermer dans la seule bataille des comptes publics. Notre voisin et ami s’exonère ici un peu trop vite des réels sujets, à commencer par le sous-investissement structurel, enfin reconnu dans le plan Juncker, mais pas au niveau que nous souhaitons. Il y a donc un désaccord que nous devons assumer en Europe. Face à ceux qui disent austérité, nous disons : investissement, investissement, investissement !

 

Autre enjeu européen clé : la question du traité énergétique qui devient urgent. Ce qui se joue ici, c’est l’indépendance énergétique de l’Europe. Et je suis de ceux qui pensent que, dans le bras de fer avec la Russie, ce projet est plus efficace que bien des postures belliqueuses. Et puis, il y a le sujet TAFTA. Alors mes amis, et puisque l’Europe souffre trop de son langage bureaucratique, je veux être clair, je veux être net : à cette étape, c’est « non », « no », « nein » ! C’est « Οχι »!

 

Le Parti socialiste le dira clairement lors du congrès du Parti socialiste européen qui se tiendra la semaine prochaine à Budapest.

L’Europe va subir beaucoup de chocs dans l’année à venir. Notre représentante à Bruxelles et à Strasbourg, Pervenche Berès – que je salue – le sait mieux qui quiconque. D’abord la Grèce, qui, nous le comprenons, ne veut pas être condamnée à une austérité sans fin. Soutenir et aider la Grèce à rester en Europe, cela passe par le respect des engagements, mais aussi par une gouvernance économique qui respecte la croissance. Ce que nous avons dit pour la France, vaut pour la Grèce, le Portugal, l’Espagne. J’allais dire pour l’Allemagne. Mais le gros problème qui vient, c’est le référendum annoncé en Angleterre. Les conservateurs se sont piégés eux-mêmes. Pour gagner les élections, ils ont flatté l’europhobie anglaise. Et pour gagner le référendum, ils ont maintenant besoin d’un scalp symbolique. Car sinon, ils perdront le référendum, et l’Ecosse quittera le Royaume-Uni. Evidement, la Grande-Bretagne doit rester dans l’Europe, mais pas au prix du renoncement à l’Europe. Sinon, ce serait gagner un référendum en offrant une grande victoire à l’europhobie.

 

Autre défi : les Français sont préoccupés par le péril écologique. Nous venons d’évoquer le traité énergétique, car l’Europe doit être exemplaire, puisqu’elle est un acteur essentiel. Mais, c’est le monde entier qui doit être exemplaire, car il n’y a pas de planète de rechange. Les Socialistes, fidèles à leur projet de transformation sociale, doivent revendiquer la prochaine étape de cette transformation : la domestication sociale et écologique du capitalisme. Oui, c’est l’éco-socialisme, c’est dans notre charte, grâce à Guillaume Bachelay, qui y a imprimé sa marque. L’étape qui vient est essentielle : la Cop 21. Laurent Fabius conduit, aux côtés du Président de la République, cette grande cause avec doigté. Les socialistes européens se réuniront à l’automne autour du premier ministre, à notre initiative, pour avancer, pour faire bloc, pour réussir. En attendant la COP 21, je fais mienne la proposition qui veut que la France, supprime effectivement les financements directs et indirects, en faveur des équipements au charbon.

 

Ainsi, le monde entier jouera son avenir en décembre, en France. La France est à la hauteur de ce défi vital. Et, permettez-moi ici de saluer Ségolène Royal, la grande ministre d’un immense défi.

 

Les Français sont préoccupés par un autre défi : l’immigration. Alors, disons le nettement : Les socialistes sont pour le traitement républicain de l’immigration. Le traitement républicain nécessite d’offrir le droit d’asile et d’exercer la solidarité en France et dans les pays d’origine. Le traitement républicain c’est dire que s’installer où on veut, quand on veut, comme on veut n’est pas un droit. Mais la solidarité, l’asile sont des droits, des droits qu’il faut respecter.

 

En cette fin de congrès, j’en appelle à une grande conférence mondiale sur les réfugiés en 2016, où tous les problèmes seraient sur la table : flux migratoires des Etats, lutte contre les passeurs clandestins, accueil, asile et investissement. La solution du problème de l’immigration que l’on connait ici se trouve d’abord là-bas, dans les pays du départ, c’est là qu’il faut créer des richesses et du développement. Assez de cette Europe forteresse ! Assez de cette Méditerranée cimetière, il faut un monde solidaire ! Puisque le Nord ne peut pas accueillir toute la misère du monde, qu’il aide ses frères humains à participer à la création et au partage de toutes les richesses du monde !

 

Avec la plus grande fermeté, nous nous opposons à ceux qui veulent tout confondre sans rien régler : L’immigration économique, les demandeurs d’asile et les Français issus de l’immigration. Oui, nous sommes pour le traitement républicain, c’est-à-dire un traitement qui distingue, qui protège et qui attaque le problème à la racine.

 

Mes ami-e-s, cher-e-s camarades, autre défi : Les Français sont interpellés, intrigués voire inquiets face à l’Islam. La réponse pour les socialistes c’est la liberté organisée, c’est-à-dire la fraternité laïque. En France, la laïcité ce n’est pas l’anti- religion mais le garant du vivre ensemble. Dans la République, on a le droit de croire et de ne pas croire. Contrairement à la droite et l’extrême droite, nous n’avons pas de préjugés envers les musulmans ou l’Islam. Nous combattons l’idée funeste que la France ne serait la France qu’en se séparant des musulmans. Nous combattons tous les racismes et l’antisémitisme. La laïcité est la première des libertés. Elle est garante d’une société moderne, ouverte. Nous refusons tout autant un Islam normatif que l’islamophobie. Nous voulons protéger les minorités et cela passe par la protection du vivre ensemble. Nous voulons maintenir ce qui fait la France, sans se fermer au monde.

 

*          *          *

 

Le monde.

Le monde, quand on est membre du Parti socialiste, on doit vouloir le changer. Ou alors, il faut changer de parti. Mais, disons-nous les choses jusqu’au bout : si nous voulons être le parti du mouvement, oui, il faut remettre notre parti en mouvement. Si nous voulons être le parti du renouveau, oui, il faut mettre en œuvre le renouveau de notre parti.

 

Le renouveau, c’est l’enjeu des années à venir. Les Français, ne sont pas fous, ils savent que face aux nombreux défis que nous venons d’évoquer, il faut le renouveau des pratiques et des idées politiques. Les militants socialistes le savent aussi. Quelle que soit l’orientation qu’ils ont portée, quelle que soit la motion qu’ils ont défendue, je le sais, ils ont mis les Français au cœur de leurs préoccupations.

 

Oui, le renouveau. Ce mot, je ne l’ai pas choisi au hasard, pour faire joli. Le renouveau, c’est la réponse à la crise d’adhésion à gauche, à la crise de notre démocratie.

Le renouveau passe par le renouveau des têtes. Oui, il faut des têtes nouvelles aux couleurs de la France. Depuis un an, nous préparons l’avènement d’une nouvelle génération, qui sera présente dans notre nouvelle direction.

 

Le renouveau, c’est ensuite le renouveau des méthodes. Le parti doit embrasser les immenses potentialités du net pour identifier les idées nouvelles et les nouveaux talents, pour mener la bataille culturelle. Nos outils de communication doivent s’y adapter, sans plus tarder.

 

Le renouveau, c’est également le renouveau des thèmes. Oui, nous devons nous remettre en question sur tous les sujets que nous venons d’évoquer.

 

Le renouveau, c’est aussi le renouveau de notre organisation. Christophe Borgel a présenté les grandes lignes de ce big bang organisationnel en décembre dernier. Maintenant, nous avançons. La culture changera. Les structures changeront. Tout changera. Mais, il y a quelque chose que je ne toucherai pas : l’énergie de tous les militants. Elle est là, intacte. Elle est puissante. Elle est diverse. Vous la portez tous ici.

Le renouveau, c’est le dépassement du Parti socialiste en terme d’adhésions, mais aussi en terme stratégique. Nous allons bâtir dans chaque département, dans chaque canton, l’alliance populaire. Il ne s’agit pas d’un cartel d’organisations, mais de l’irruption des citoyens dans l’alliance. Des collectifs vont surgir partout et ils auront comme initiateurs, tous ceux qui veulent mener le combat contre la Droite extrême et l’extrême droite. Tous ceux qui veulent poursuivre les réformes. Tous ceux qui veulent la réussite de la France, qui souhaitent une juste répartition de la croissance. Tous ceux qui veulent que revienne en France le mouvement de l’égalité. Au fond, tous ceux qui veulent un grand mouvement progressiste dans le pays. Tous ceux là ont vocation à se rassembler dans une alliance populaire, plus mouvement de citoyens que cartel d’organisations. Et en novembre 2016 nous organiserons une grande convention de l’alliance populaire. Nous lancerons par ailleurs, l’année prochaine, trois grandes conférences ouvertes dont la première portera sur le défi éducatif et culturel.

 

Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s camarades, je souhaite, je vous demande, que le Parti socialiste sorte de l’entre-soi et se tourne vers les Français, réponde à leurs problèmes précis. Tournons-nous vers les Français, tournons-nous vers notre peuple, tournons-nous vers la gauche réelle. Et dès septembre, après l’université d’été, où toutes les forces de gauche seront invitées et pourront participer et animer les débats, nous lancerons une opération porte ouverte dans chaque section. Le Parti socialiste tend la main au peuple de France. Ensemble, relevons les défis. Ensemble, créons un nouveau courant progressiste dans le pays pour le relever.

 

            Nous allons changer, mais changer ensemble. Oui, le renouveau a besoin de tous les Socialistes. Aujourd’hui, il n’y a plus les socialistes de la motion A, B, C ou D. Aujourd’hui, le renouveau a besoin de tout l’abécédaire des socialistes ! De vous tous ici présents : Manuel Valls et le Gouvernement, les dirigeants du Parti socialiste, Christian Paul, Karine Berger et Florence Augier. Oui, le renouveau aura besoin des secrétaires de section comme Mathias Aggoun, des Premiers fédéraux comme Benoît Tirant, des Présidents de départements, des Présidents de Région comme Jean-François Macaire. En parlant de Président et de région, oui, le renouveau a aussi besoin de Claude Bartolone, Président de l’Assemblée nationale qui repart en conquête et que je salue amicalement. Le renouveau a besoin de Bruno Le Roux et de Didier Guillaume, nos présidents de groupe parlementaire. Le renouveau en action c’est aussi Stéphane Le Foll et François Rebsamen.

 

Le renouveau se fera aussi grâce aux permanents, aux bénévoles ici présents. Je les salue pour le magnifique travail qu’ils ont accompli durant ces trois jours.

*          *          *

J’aurais dû commencer mon propos par ce mot: merci.

Ce sera le mot de la fin.

 

Mes cher-e-s camarades, mes cher-e-s ami-e-s,

 

Merci à l’ensemble du Parti Socialiste de m’avoir accordé sa confiance. Vous savez combien ce parti compte pour moi. Notre renouveau est ma seule ambition.

 

Mes chers camarades,

 

C’est avec une grande émotion que je viens de prononcer ce discours. Il est chargé de vos aspirations pour la justice, pour l’égalité, de vos volontés de faire vivre nos valeurs. Premier secrétaire, je ne serai pas chef de clan. Je serai un camarade de combat, le premier des militants.

 

Je souhaite un parti énergique, inventif, ouvert et dynamique, un Parti socialiste où l’on se respecte, où l’on s’écoute, où l’on défend fermement la gauche contre la droite et l’extrême. Nous devons être, mes chers amis, mes chers camarades, la gauche des solutions, la gauche d’un horizon.

 

Chers amis, chers camarades,

 

Moi, premier secrétaire, je serais le garant de l’unité de tous. Je comprends l’honneur qui m’est fait et je ferai tout pour être à la hauteur.

 

Aujourd’hui, je me tiens devant vous. J’ai en tête tous ceux qui ont animé notre mouvement. Je leur adresse un signe amical et j’ai une pensée pour ceux qui nous ont quitté. J’ai l’esprit plein de souvenirs, des images de notre parcours, de nos compagnons de lutte. Je pense à eux et je pense à nous. Je vous regarde et je me dis : le Parti socialiste est un grand parti !

 

Je me dis que si jamais le Parti socialiste venait à disparaitre, la République perdrait sa meilleure défense. Je crois que sans ce parti, la France perdrait plus qu’un parti. La France perdrait en humanité et les Français perdraient espoir. Oui, sans ce parti, la France ne serait plus la France.

 

Alors, ensemble, faisons le vivre pour que vive la République.

 

Vive la Gauche! Vive la République ! Vive la France !

07 Juin

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L’invité du Grand Rendez-Vous d’Europe 1 avec Le Monde et I Télé

par

Grand RDV

Jean-Christophe Cambadélis a répondu ce matin aux questions de Jean-Pierre Elkabbach, Arnaud Leparmentier et Mickaël Darmon dans le Grand Rendez-Vous d’Europe 1 avec I>Télé et Le Monde.

 

Retrouvez ci-dessous les vidéos de l’interview:

04 Juin

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Interview à L’Obs

par

Obs

L’Obs publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

Depuis trois ans, la gauche au pouvoir a baissé les charges des entreprises, réduit les dépenses publiques, augmenté le budget de la défense, serré la main de dictateurs, vendu des armes à l’étranger, voté des lois jugées liberticides, expulsé des sans-papiers… Le PS serait-il devenu de droite ?
Poser les choses comme cela n’a pas de sens, car la question gauche-droite a évolué depuis deux siècles. La grande différence avec nos aînés, c’est qu’ils ont toujours eu à traiter une question centrale : ce fut la République, puis la question sociale sous le Front populaire, puis la Résistance, puis la décolonisation… Alors que nous, nous sommes confrontés à des crises conjointes : la montée du terrorisme, la pression migratoire, la panne européenne, la compétitivité, la montée de l’extrême droite… Mais reprenons l’ensemble de vos points. Sur la compétitivité, la droite n’avait rien fait…

C’est vrai qu’elle n’avait jamais autant baissé les charges des entreprises…

Quand nous sommes arrivés au pouvoir, nous avions en tête les déficits financiers, mais pas totalement la question de la compétitivité. Nous étions pris à la gorge. Nous avons donc pris des mesures pour relancer notre modèle productif qui s’était effondré. Nous n’avions pas d’autres moyens pour retrouver des marges de manœuvre. Alors, c’est vrai que ça choque la gauche, parce que d’habitude elle arrive au pouvoir avec l’idée de redistribuer. Mais là, il n’y avait rien à redistribuer ! Il fallait d’abord reconstruire notre économie en mixant une politique.

Mais vous avez mixé la baisse des charges avec quoi ?
Avec la baisse des impôts qui arrive dès septembre. Désormais, nous allons avoir une politique de juste répartition de la croissance qui vient.

La gauche aurait pu faire un autre choix que de réduire les dépenses publiques si elle avait tenté de renégocier le dogme des 3% de déficit. Elle ne l’a pas fait…
Ce débat a été tranché par les électeurs lors de la primaire socialiste en 2011. Il y avait une autre option à gauche, souvenez-vous, celle de Martine Aubry. Mais les électeurs ont tranché en faveur de François Hollande. Nous avons donc choisi cette position. Mais l’objectif reste le même, c’est d’avoir une société plus juste à l’arrivée.

Une société plus juste, c’est traquer davantage les faux chômeurs, comme le préconise le ministre du travail François Rebsamen ?
Ce n’est pas dans ma motion.

Rebsamen a donc tort ?
Bien sûr, mais je ne suis pas là pour faire la police de la pensée. Je suis là pour fixer l’axe politique du Parti socialiste. J’essaye de faire fonctionner un parti majoritaire dans une situation où l’on est au gouvernement. La règle est simple : discuter autant que possible, renverser jamais. Nous sommes sous la Ve République, pas sous la IVe.

D’habitude la gauche au pouvoir marque son empreinte avec une grande réforme sociale (les congés payés, le RMI, les 35 heures…). Depuis trois ans, on la cherche…
Nous allons faire la sécurisation des parcours professionnels. Ce sera un des grands marqueurs de gauche à la fin du quinquennat.

Il n’y a donc pas eu, à vos yeux, de grande réforme sociale pour l’instant ?
Non, mais elle est enclenchée.

A l’inverse, des mesures sociales comme l’encadrement des loyers ont été détricotées…

La loi a été détricotée parce qu’on est en pleine crise du logement. Une mesure de gauche, ce n’est pas un totem. On essaye de voir pourquoi ça n’a pas fonctionné. Je remarque qu’à partir du moment où on la modifie, comme par hasard, ça redémarre. Peut-être que la mesure n’avait pas été assez bien calibrée.

Et les mesures qui ne coûtent rien, comme le récépissé contre le délit de faciès, le CV anonyme, le droit de vote des étrangers, ça aurait pu être des marqueurs de gauche ?
Quand j’ai voulu relancer le droit de vote des étrangers en créant un comité national, mes partenaires de gauche n’étaient pas aussi allants que je le pensais. Beaucoup estimaient que ce n’est pas le moment. Moi, je continue à penser que c’est un combat politique et un combat idéologique. Le PS est un grand parti de débat, mais plus un parti de combat. Il doit le redevenir. Quant au CV anonyme, j’ai protesté mais je comprends que le gouvernement préfère avoir recours à l’action de groupe.

Donc, le rôle du PS, c’est d’affirmer des principes et… de reculer devant le gouvernement ?
Parfois on gagne, parfois on perd. Il n’y a pas de courroie de transmission. Ce que je ne veux pas, c’est que le PS se mutile. Si nous pensons que c’est juste, nous le disons.

La politique est aussi affaire de symboles. Aller serrer la main d’un dictateur, à Cuba ou en Arabie Saoudite, c’est de gauche ?
Je ne suis pas en désaccord. C’est l’expérience que nous avons tiré de l’effondrement de l’Union soviétique. Il fallait continuer à commercer avec eux, à y aller et à être reçu par Brejnev. Et en même temps, il fallait faire pression, ce que faisait François Mitterrand.

Autre symbole, la nomination d’un roi de la retraite-chapeau à la tête d’Areva…
Vous ne m’avez pas vu me rouler par terre en disant que c’était la décision la plus formidable jamais vue…

Ce n’est pas très « Bourget »…

Le discours du Bourget était très équilibré. Il y avait toute une partie du discours qui disait que les socialistes sont modérés et ne vont pas redistribuer avant de produire. Et puis, une autre qui fustigeait le monde de la finance. On a voulu faire de cette seconde partie le seul marqueur de la politique de Hollande. C’est une erreur.

Mais vous comprenez le désarroi de l’électeur de gauche ?
Oui, parce que je pense qu’il y a un retournement du rapport de force idéologique. On n’est plus dans les années 60, 70, ou 80. Aujourd’hui, l’identité a pris le pas sur l’égalité. La gauche ne maîtrise plus les débats politiques, elle est sur la défensive.

Il y a une droitisation des esprits et de la société française ?
Il y a un bloc réactionnaire majoritaire qui nous fait reculer. Il faut repartir à l’offensive.

Dans le discours décliniste dominant, la gauche semble incapable d’incarner une part de d’espérance. La faute à qui ?
La faute à la gauche. Le combat s’est émoussé.

Elle a trop utilisé les mots de la droite, comme l’a dit Christiane Taubira dans « L’Obs » ?
La gauche s’est laissée contaminée par l’idéologie dominante : l’idéologie anti-républicaine. L’égalité est devenue l’égalitarisme. La liberté, sous-entendu le consumérisme individuel, est placée plus haut que la liberté collective, le droit de vivre ensemble. La fraternité est remise en cause par le fait que l’ennemi, c’est le voisin de palier, le maghrébin, le musulman ou le juif. Tout cela conduit à des reculs considérables. Comme en plus, nous vivons une crise économique majeure, une révolution de l’immatériel, et subissons l’avènement de l’enjeu écologique, la gauche est assaillie. Elle n’arrive plus à sortir la tête de l’eau et à réarticuler un discours.

Dans d’autres pays, cette gauche institutionnelle est concurrencée par une gauche plus citoyenne ou plus radicale. C’est aussi un danger pour le PS ?

Je propose d’aller vers le dépassement du Parti socialiste pour bâtir une alliance populaire qui s’articule sur des collectifs départementaux de citoyens, pas sur des alliances d’appareils, pour créer un grand mouvement populaire qui défende les valeurs de la République et de la gauche contemporaine.

C’est quoi la gauche contemporaine ?

L’objectif, c’est la société décente. Il faut que nous soyons capables de fixer sur chaque question ce qu’est une vie décente pour l’ensemble des concitoyens. La première condition, c’est l’égalité réelle, c’est-à-dire la concentration des moyens de l’Etat là où il y a réellement des inégalités. Cela fait encore polémique à gauche où on avait l’habitude que l’Etat fasse des petites parts et donne à tout le monde. Deuxième principe, c’est la liberté ordonnée. Issue de 68, la gauche a longtemps défendue la thèse de la liberté individuelle, quasiment désordonnée et sans limite. On voit bien aujourd’hui qu’il y a des revendications justes pour une partie de la population et qui ne sont pas supportables par l’ensemble de la société. La liberté ordonnée, c’est donc le fait que cette liberté doit être ordonnée par tous. C’est une variante de l’ordre juste. Enfin, troisième et dernière chose, c’est la fraternité laïque.

Liberté, égalité, fraternité… c’est tout simplement la devise républicaine ?

C’est la devise républicaine, mais qualifiée à l’aune du moment. La laïcité, si vous ne prenez que la loi de 1905, c’est seulement la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Aujourd’hui, pourquoi je parle de fraternité laïque ? Parce qu’il faut intégrer l’islam sans que cette religion soit normative pour le reste de la société.

Dans votre motion, vous écrivez que « l’avenir n’est pas le social-libéralisme». C’est le danger qui menace le PS ?

Non, le danger pour le PS, c’est la dissolution, l’absence de toute référence. C’est un pragmatisme invertébré.

Dans « l’Obs », Manuel Valls définissait sa gauche comme étant « pragmatique, réformiste et républicaine. »
Elle est donc vertébrée.

Pour vous, c’est une bonne définition de la gauche aujourd’hui ?
Je ne mettrais pas le pragmatisme en premier. C’est la différence historique entre Clémenceau et Jaurès. Ce que je mettrai en premier, c’est l’esprit de justice.

Valls dit lui-même que sa gauche n’est pas socialiste…

Il faut définir le socialisme. Ce n’est plus la première gauche qui pensait que l’émancipation arriverait soit par la grève générale soit par un « grand soir » et qu’il suffirait de prendre le pouvoir pour modifier les conditions d’existence des hommes. Ce n’est pas non plus la deuxième gauche, qui pensait que l’irruption de la société civile face à un Etat tout-puissant suffirait à tout changer. Non, c’est autre chose, une troisième gauche à construire qui soit une clé pour aborder tous les problèmes contemporains.

Comment expliquez-vous qu’il n’y ait plus beaucoup d’intellectuels de gauche qui soutiennent le gouvernement ?
Il n’y a plus d’intellectuels organiques qui plaident pour la ligne du parti. Les choses ont changé. Auparavant, il y avait des intellectuels tout-terrain, qui avaient une approche globale. Aujourd’hui, il y a des spécialistes, tous très pointus dans leur domaine, passionnants, mais limités à tel ou tel sujet étroit. L’éclatement de la pensée intellectuelle rend difficile l’émergence de ses compagnons de route.

Qu’auriez-vous envie de dire à Michel Onfray ? Pourquoi avoir refusé de débattre avec lui ?
Je lui dirais que ses livres sont généralement beaucoup plus nuancés que ses interviews. Onfray a une thèse qui est précisément celle à laquelle nous voulons répondre. Il dit qu’il manque le grand récit républicain contemporain. Ce n’est pas faux. Mais je ne veux pas aiguiser les divergences. Il est plus libertaire que socialiste, il a une vision qui est une vision conflictuelle de la société. Je veux qu’on commence à travailler et qu’il puisse alors y participer à sa manière, même en nous critiquant. Mais je ne veux pas me mettre en situation de face-à-face. Le paysage intellectuel, politique, social, syndical est tellement éclaté qu’il faut une stratégie de rassemblement, de renflouement de la gauche. Il faut qu’elle se parle, pas qu’elle s’affronte.

De renflouement ? La gauche a donc fait naufrage ?

Bien sûr. Et le problème n’est pas qu’électoral. La faillite électorale est la conséquence d’un cycle long où depuis vingt ans nous reculons constamment.

Depuis vingt ans ? Cela veut dire que la victoire de François Hollande était une anomalie ?
Il l’a emporté parce que c’était un modéré parmi les anti-sarkozystes.

Donc par défaut ?

Non, il y a eu un vrai débat d’orientation pendant la primaire qui a été tranché par trois millions d’électeurs de gauche. Les électeurs avaient en tête que pour battre Sarkozy, il ne fallait pas aller à gauche mais plus vers le centre-gauche. Quand il est arrivé au pouvoir, François Hollande a essayé d’éviter deux risques. Le premier était d’être thatchérien, d’imposer une véritable austérité, une purge, ce qui aurait provoqué une déflagration sociale. Le deuxième était de rester immobile et là nous aurions été sanctionnés par les marchés financiers. François Hollande a choisi d’avancer par petits pas pour essayer de relancer le pays. Il l’a fait avec une certaine détermination.

Mais ça ne marche pas… Le chômage atteint un record historique !
Mais si ça marche, vous allez voir ! Aujourd’hui les résultats sont dans le nombre d’entreprises que l’on sauve, que l’on redresse, que l’on crée. La croissance commence à revenir… Vu d’où l’on vient, ce n’est pas en claquant des doigts que l’on allait redresser la France.

Ca fait déjà trois ans !
Ce n’est pas suffisant. Pour redresser le pays, pour qu’il retrouve la première place en Europe, il faudra dix ans.

Seuls 70 000 militants ont voté pour le congrès. Le PS est devenu un groupuscule ?

Les formations politiques reculent dans le moment présent, c’est vrai. Mais le PS n’est pas un vaisseau fantôme et ses salariés travaillent à plein temps ! Nous avons bâti une majorité confortable. Le Parti va dialoguer avec le gouvernement. Sur des sujets majeurs, nous aurons gain de cause, sur d’autres, ce sera plus difficile. Mais tout sera engagé, y compris la réforme fiscale à partir de l’impôt à la source.

Le PS peut-il faire reculer des ministres ?
Oui. C’est un rapport de force, y compris avec les administrations. Il y a des administrations qui vont apprendre ce que c’est que Solférino !

La fronde est-elle finie ?
Dans les formes où elle a existé, oui. Mais il y aura toujours des éléments de la fronde, sur la loi Macron notamment.

Macron dit qu’il faut que les jeunes Français doivent avoir « envie de devenir milliardaires ».

Je m’élève contre cette phrase. L’avenir de la jeunesse, ce n’est pas l’argent. On ne fait pas tenir une société par l’argent.

Emmanuel Macron est-il socialiste ?
Non.

Propos recueillis par Matthieu Croissandeau, Renaud Dély et Julien Martin

31 Mai

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L’invité de « Tous Politiques » sur France Inter avec Le Parisien et France 3

par

JCC tous politiques 31052015

Jean-Christophe Cambadélis était ce dimanche 31 mai l’invité de Marc Fauvelle dans l’émission « Tous politiques » sur France Inter en partenariat avec France 3 et Le Parisien/Aujourd’hui en France.

Pour réécouter l’émission, vous pouvez cliquer ici ou bien ci-dessous:


Jean-Christophe Cambadélis : "L'égoïsme… par franceinter

30 Mai

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A propos du congrès de l’UMP

par

logops160

Pour Nicolas Sarkozy, la République sera lui, où elle ne sera pas.

Voilà donc la petite République sarkozyste sortant du congrès UMP.

L’ex-président à fait siffler ses concurrents, insulter le président de la République, et attaquer sans relâche la gauche, délaissant – mais est-ce étonnant? – le Front national.

Nicolas Sarkozy n’a pas changé, sans idée, sans autre projet que lui-même, il divise la République pour mieux s’imposer à son camp.

29 Mai

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Conférence de presse – vendredi 29 mai 2015

par

2015-05-29 - Conférence de presse Jean-Christophe Cambadélis 8

Suite au vote sur l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste qui s’est déroulé jeudi 28 mai 2015, Jean-Christophe Cambadélis a tenu une conférence de presse au siège du Parti socialiste que vous pouvez retrouver ci-dessous:


Vendredi 29 mai – Conférence de presse de Jean… par PartiSocialiste


Crédits photo Mathieu Delmestre

29 Mai

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« Il faut changer les têtes et dans les têtes », interview au Monde

par

logolemonde

Le Monde publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

Vous avez été élu avec un score assez large. Est-ce un soutien des militants à l’action du gouvernement ?
Ce résultat traduit un profond besoin de renouveau de l’offre politique et du socialisme. C’est aussi un vote de sortie de crise. Le PS était confronté depuis plusieurs mois à une tension interne, caractérisée par ce qu’on a appelé la fronde, et une crise politique externe avec le résultat des élections locales.

Cela signe-t-il la fin de la fronde parlementaire ?
L’alliance des frondeurs et de la gauche du parti a voulu faire de ce congrès un moment de clarification politique. Elle est intervenue. Le PS à travers ce vote s’est entièrement converti à la culture de gouvernement. C’est une mutation importante dans l’histoire des socialistes. Auparavant, le pouvoir était toujours une « parenthèse » ou un « moment ». Là on a assumé la culture de gouvernement, avec en même temps une demande d’inflexion de la fin du quinquennat par l’égalité. Les militants ont dit très clairement « oui » aux discussions, mais « non » à tout ce qui handicape l’action gouvernementale.

Comment comptez-vous faire respecter par le gouvernement les engagements de votre motion ?

Je n’ai pas l’habitude de me payer de mots et je fais ce que je dis, dans la confiance et le dialogue. Tout ce qui est dans la motion doit être engagé.

La réforme fiscale et la réorientation du crédit d’impôt compétitivité emploi seront donc mises en route ?
La réforme fiscale va commencer dès septembre, avec 9 millions de Français qui vont payer moins d’impôts. Ensuite, on va travailler sur le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu. On nous dit que sur le papier c’est une très bonne chose, mais que cela se heurte à des difficultés techniques. J’ai donc demandé aux groupes parlementaires de faire des propositions. On ne comprendrait pas que le PS et le gouvernement ne soient pas allants sur le sujet. Sur la redistribution du CICE, il y a un rapport qui va être rendu dans quelques semaines, je ne souhaite pas qu’il soit étouffé ou relativisé. Il faudra en tirer un certain nombre de conclusions. Il y a des aides qu’il faut garder et d’autres qu’il faut mieux cibler.

Le gouvernement a en revanche déjà enterré l’encadrement des loyers et la généralisation du CV anonyme…

Nous allons pousser ces deux thèmes. Je regrette la décision prise par le gouvernement sur le CV anonyme, même si je comprends qu’il veut lui substituer la possibilité de faire des class action. Sur l’encadrement des loyers, il y a eu un certain nombre de demandes faites par des villes, nous demandons qu’elles soient étudiées et appliquées.

Que va faire le PS dans les 18 mois qui restent avant la présidentielle?

Il faut changer les têtes et changer dans les têtes : il nous faudra une direction paritaire et au couleur de la France. Nous allons ensuite commencer un processus de rassemblement qui débutera par l’université d’été de La Rochelle en août. Nous proposerons à nos partenaires de la co-organiser. Puis nous organiserons des collectifs départementaux pour poursuivre le débat. L’objectif est de dépasser le PS et les partis par un mouvement de la base pour faire une grande alliance populaire. En novembre 2016, nous organiserons une convention de cette alliance populaire qui adoptera un schéma directeur, pour la prochaine présidentielle.

Ce sera un programme pour le futur candidat ?
Ce seront des axes programmatiques. A partir de début 2016, nous allons publier des « cahiers mensuels » de la présidentielle. Une personnalité sera à chaque fois chargée d’une grande question et nous n’éviterons aucun thème : le terrorisme, l’Islam et la République, la compétitivité, l’école, le logement… Mois après mois se construira l’avis du parti sur le quinquennat à venir.

Votre alliance populaire s’étend-elle aux centristes ?

Si certains s’y trouvent bien, je ne vais pas les repousser à coup de pied. Mais mon objectif n’est pas celui là. C’est de rassembler la famille progressiste. Eux se caractérisent comme centristes.
Il est possible de construire un mouvement progressiste assez large. Aujourd’hui, le débat est en train de se concentrer entre les républicains conservateurs de Nicolas Sarkozy et les républicains progressistes que nous représentons. Notre modèle, c’est la modernisation économique, l’écologie sociale et la protection des minorités. C’est autour de cela que nous allons construire notre union populaire. Et nous laisserons aux républicains conservateurs leur dérive à droite, qui les amène à tutoyer le FN.

Avez-vous abandonnez l’idée d’une primaire à travers cette alliance populaire ?
Elle ne figure pas dans la motion, mais elle reste une possibilité. Nous avons les mains libres, il y aura un conseil national à l’automne 2016 pour trancher cette décision. Nous devons nous demander ce qui est le plus efficace pour notre candidat. Est-ce de passer ou non par une primaire si c’est le président de la République qui se présente, ce que j’appelle de mes vœux ?

Vous voulez ouvrir le PS, mais vous partez d’une base très faible avec seulement 70 000 votants…
Les partis républicains en France sont malheureusement des formations qui n’ont jamais réussi à être des partis de masse comme le SPD en Allemagne ou les travaillistes au Royaume-Uni. Ils se gonflent à la veille des élections présidentielles et se dégonflent après, quelque soit le résultat. Le manque de cohésion du PS a également fait fuir un certain nombre de militants. L’âpreté du redressement de la France, la nécessité de prendre des décisions touchant à la compétitivité alors que ce n’est pas la culture du PS, qui est plutôt dans la redistribution, a provoqué interpellation et interrogation.

Vos partenaires ne semblent pas prêts à une stratégie d’alliance avec vous…

Un cycle est en train de se refermer. L’alternative politique d’une nouvelle gauche qui devait se substituer au PS a échoué. Jean-Luc Mélenchon est le seul à tenir ferme sur cette orientation. La polémique entre lui et Cécile Duflot, le recentrage des écologistes, l’interrogation du PCF par rapport à son existence électorale, les prochaines élections régionales… tout cela interpelle : comment les formations politiques de gauche vont-elles gérer la période qui s’ouvre ? Les résultats économiques que nous enregistrons amènent tout le monde à prendre en compte cette nouvelle donne. Le président de la République a ouvert dans son discours de Carcassonne le 19 mai la perspective de la redistribution. Quelque chose change dans la période. Nous entrons dans la présidentielle et dans une phase de recomposition des formations politiques.

Pensez-vous pouvoir conclure des accords aux élections régionales ?
Je milite pour. Il faut avoir une vision offensive vis-à-vis du FN et défensive vis-à-vis d’une droite qui peut espérer faire un grand chelem. Mon objectif n’est pas que le PS se retrouve avec une implantation régionale minimale, que le Parti communiste disparaisse et que les écologistes n’en soient pas loin. Je fais tout pour que l’union se fasse au premier tour, ou au minimum au deuxième. Nos désaccords peuvent être surmontés avec les Verts. Avec le PCF, il faut les assumer. Il n’y a pas une gauche qui puisse faire la leçon à une autre. Mais il faut séparer nos divergences sur la politique nationale et la gestion locale des régions. Je suis même pour faire un programme régional qui soit discuté entre les formations.

Ce week-end, l’UMP de Nicolas Sarkozy va devenir « Les Républicains ». Ce nouveau nom vous choque-t-il ?
Dans « Les Républicains », il y a une double détente de la part de Nicolas Sarkozy : d’un côté, la référence au Parti républicain américain tendances Bush et Tea Party, de l’autre, un clin d’œil à peine dissimulé au Front national. Le défense de la République est le faux nez utile pour reprendre le discours du Front National. Il est un homme politique qui a tendance à diviser la France et à verrouiller sa formation politique. Il ne rassemble pas, est supplanté par Alain Juppé et jette l’anathème sur tout ce qui n’est pas lui. En réalité, Nicolas Sarkozy n’a pas changé, au contraire il s’est abîmé pour gagner la primaire à droite. C’est toute la contradiction de la droite : celle-ci risque de choisir pour 2017 un candidat castagneur, sans colonne vertébrale. Nicolas Sarkozy ne sera alors que le champion du petit bain de la droite.

François Hollande est-il plus rassembleur ? Ce n’est pas ce que semblent dire ses sondages de popularité à gauche.

François Hollande est plus en capacité de rassembler que Nicolas Sarkozy, ce sera sa force s’il est candidat en 2017. Il est un meilleur président pour gouverner en temps troublé que M. Sarkozy. Depuis 2012, François Hollande a dû faire face à des défis économiques, mais aussi politiques et éthiques considérables. Il a toujours tenté de trouver une voie qui ne mène ni à des mouvements sociaux, ni à la sanction des marchés financiers. C’est une voie de crête, protectrice et progressiste, qui est en train de porter ses fruits.

Est-il déjà en campagne ? N’est-ce pas trop tôt deux ans avant la présidentielle ?
Je ne cesse de dire depuis des mois qu’il est temps que le chef de l’Etat donne toute sa mesure et explique le sens de son combat depuis 2012, afin de tordre le cou à l’idée que son action n’aurait été jusqu’à présent que l’expression d’un empirisme non réfléchi. Depuis le début du quinquennat, il y a derrière l’action de François Hollande une force, une clairvoyance et une patience qui commencent enfin à payer.

Vous êtes un des premiers à avoir pointé le risque du tripartisme entre le PS, l’UMP et le FN. Le FN représente-t-il toujours un danger pour 2017 ?
Il est possible que le Front national gagne des régions en décembre prochain, mais je ne crois pas que Marine Le Pen sera pour autant au second tour de l’élection présidentielle. Des Français veulent bien protester avec elle, mais pas gouverner avec elle. Mais attention, ses idées seront au centre de la présidentielle. C’est pour cela qu’il faut construire un grand mouvement progressiste pour répondre aux questions que se posent beaucoup de Français.

Propos recueillis par Bastien Bonnefous et Nicolas Chapuis

25 Mai

Commentaires fermés sur 77e Congrès du Parti socialiste: Profession de foi de Jean-Christophe Cambadélis

77e Congrès du Parti socialiste: Profession de foi de Jean-Christophe Cambadélis

par

JCC prof foi

Retrouvez en cliquant ici ou bien ci-dessous la profession de foi de Jean-Christophe Cambadélis:

Permettez-moi d’emblée, par la présente, de vous remercier toutes et tous pour votre participation au débat dans le cadre du 77e Congrès du Parti socialiste.

Vous l’avez fait avec conviction et avec passion, recherchant avant tout l’intérêt général de notre formation politique, ce grand parti qui occupe une place incontournable et indispensable à Gauche. Toutes et tous, vous aviez aussi en tête le redressement de la France et la réussite de la fin du quinquennat.

A l’issue du vote du 21 mai, notre formation se voit dotée d’une orientation claire et d’une majorité forte de 60%. Cette incontestable majorité doit être respectée en tant que telle, mais nous chercherons à l’élargir. Le sens de ce vote militant est sans appel pour notre parti: il faut le renouveau, la sortie de crise et le rassemblement.

A présent, il vous revient de désigner le Premier secrétaire du Parti socialiste, ceci dans un vote distinct de celui des motions et non automatique.

Je me présente devant vous pour vous demander de m’aider à renouveler le Parti socialiste. Je vous demande de me donner les moyens de le faire et d’empêcher les interrogations voire les dissensions de se réinstaller.

Il ne s’agit plus de fixer la « ligne » du Parti socialiste. Il ne s’agit pas d’un match retour sur l’orientation mais de choisir celui qui sera le mieux à même d’animer et de représenter le Parti socialiste, de rassembler les talents et d’articuler les idées. Le mieux à même de dialoguer avec nos partenaires de gauche et les écologistes. Le mieux à même de convaincre le gouvernement des inflexions décidées, en respectant le gouvernement et en étant respecté du gouvernement. Il s’agira enfin de donner au Président tous les moyens afin qu’il puisse pleinement incarner la République et la nation.

On peut penser que celui qui a présenté la motion devenue majoritaire est le mieux placé pour conduire l’orientation retenue. C’est nécessaire, certes. Est-ce suffisant ? Ce n’est pas l’idée que je me fais du rôle du Premier secrétaire. Sa mission est bien plus vaste que la représentation d’une motion particulière. Il incarne la direction mais il incarne aussi la légitimité et la vitalité de l’ensemble du parti. Premier des militants, il doit les associer tous sans exception à l’animation et au développement du Parti socialiste.

Il ne faut laisser personne au bord du chemin. Ce serait incompatible avec la vigoureuse campagne de renouvellement et de recrutement que nous souhaitons engager : élargir notre base militante, moderniser nos pratiques et bâtir une stratégie de dépassement du Parti socialiste pour aller vers un nouvel Epinay.

Nous aurons également besoin de toutes les énergies pour construire l’alliance populaire, qui ne pourra se réduire à des accords d’appareil au sommet et devra plonger sa légitimité et sa force au plus profond du peuple de gauche.

Il faudra aussi affronter les élections régionales et présidentielles, tenter de les gagner – c’est non seulement souhaitable, mais également tout à fait possible – et élaborer une feuille de route pour ce faire.

Chacun le comprendra, il faudra tenir la maison en cas de vents contraires. Dans le combat politique contre le bloc réactionnaire, la mise sur pied de nos conventions pour l’élection présidentielle, qu’il s’agira bien sûr de maîtriser.

En attendant, lentement mais sûrement, sous la critique, les lazzi, les anathèmes et autres préjugés, notre formation réussit à redresser la France. Face à une droite qui nous conteste le droit de gouverner, face à une extrême droite qui nous conteste le droit d’exister, une presse au pessimisme militant, nous devons nous rassembler et trouver des réponses justes aux défis de notre époque.

Ils sont nombreux : la mobilisation libérale, la crise écologique, le chômage de masse et la désindustrialisation, la panne européenne, le monde apolaire, le terrorisme, les flux migratoires, la critique de la République, l’individualisme consommateur et la perte de la solidarité, le recul de la gauche dans l’espace public, la place de l’Islam et la lutte contre l’antisémitisme et l’islamophobie.

Ces crises conjointes sont propres à notre temps et personne ne peut penser les résoudre seul. Il faut donc travailler collectivement. Ces crises non maitrisées sont à l’origine de notre recul électoral sans précédent et ne s’arrêteront pas avec l’élection présidentielle.

Vous le savez toutes et tous, je n’ai pas d’autre ambition que de faire face à ces défis avec vous. Oui, j’ai besoin de vous, que vous me donniez de la force pour accomplir cet immense dessein qu’est le renouveau socialiste. C’est parce que je sais que vous en serez le moteur que je souhaite vous mettre au cœur de nos préoccupations. Je sais aussi qu’il faudra une équipe totalement dédiée à notre reconstruction.

Je compte sur vous, quelle que fut votre orientation, car je sais que vous placerez à nouveau l’intérêt général au dessus de tout.

Salut fraternel – Amitiés socialistes

Jean-Christophe Cambadélis

22 Mai

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L’invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFM TV

par

BFM 22052015

Jean-Christophe Cambadélis était ce matin l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFM TV.

Retrouvez la vidéo de l’interview ci-dessous:

21 Mai

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Interview au Parisien

par

logoparisien

Le Parisien publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver ci-dessous:

Compte tenu du grand nombre d’enseignants dans les rangs du PS, redoutez-vous que la réforme du collège pénalise votre motion au moment du vote interne pour le congrès de Poitiers ?

Jean-Christophe Cambadélis : Non, parce que toutes les motions soutiennent la réforme de Najat Vallaud-Belkacem qui a été applaudie devant notre bureau national. Les sondages indiquent que la réforme a le soutien de 58% des sympathisants de gauche. Il y a donc au Parti socialiste un consensus, d’autant que la critique a été cannibalisée par l’UMP, ce qui a bipolarisé le débat.

Vous avez répondu à certains ministres qui ont exprimé des désaccords avec certains points de votre motion (comme la fusion IR-CSG), que la contradiction était de leur côté. Cela ne fait-il pas quand même désordre ?

Je propose un texte dont les objectifs sont clairs. Personne n’est obligé de le signer. Les ministres qui l’ont signé l’ont fait parce qu’ils étaient, pour reprendre la formule de François Rebsamen, « d’accord à 99,9% ». Je ne suis pas certain que dans les autres motions, tout le monde soit d’accord avec tout. Ainsi la motion B pilonne la loi Macron, et pourtant un de ses rapporteurs, favorable à la loi, a signé cette motion B. Je ne leur en fait pas grief car je ne crois pas au mandat impératif. Je crois en revanche aux logiques politiques.

Pourquoi vous êtes-vous opposé au contrôle de la régularité du vote interne au PS par la haute autorité prévue pour cela ?
Quand on veut devenir Premier secrétaire du Parti socialiste, on ne doit pas jeter la suspicion sur son propre parti. Je ne crois pas que nous ayons besoin d’une autorité extérieure pour contrôler ce qui va aller de soi. Ce serait donner prétexte à des sous-entendus sur l’insincérité du vote, et cela affaiblirait notre parti. Je pense qu’aucune des motions n’aura à recourir à ce type d’artifice pour faire son score.

Sans doute moins de 100 000 adhérents du PS voteront pour le congrès. Votre objectif est-il toujours de parvenir à 500 000 membres en 2017 ?
Il faut rompre avec la conception avant-gardiste du Parti socialiste et aller vers un parti de masse : nous sommes trop dans l’entre-soi, le débat vient de le démontrer. Nous sommes coupés des préoccupations quotidiennes des Français. Aller vers un parti de masse, c’est changer la nature du PS et le ramener à une proximité avec nos concitoyens. C’est à portée de la main. Il faut que les militants socialistes se tournent vers les Français et arrêtent de se regarder le nombril, de ressasser des débats qui sont les mêmes, avec les mêmes acteurs à droite comme à gauche, depuis 1983. Nous avons 700 000 sympathisants prêts à nous rejoindre. Pourquoi ne le font-ils pas ? Certains l’ont dit lors de nos débats : ils ont été intéressés par nos États généraux mais nos joutes entre professionnels de la politique dans nos sections les ennuient. C’est ça qu’il faut modifier, et c’est possible.

Le résultat du congrès de Poitiers modifiera-t-il la politique du gouvernement ?

Le gouvernement a déjà infléchi sa politique, le Président de la République aussi : lorsqu’il déclare, mardi soir à Carcassonne, que le temps de la redistribution est advenu et qu’il évoque la dématérialisation de l’impôt comme un pas vers l’impôt à la source, voilà deux revendications majeures contenues dans toutes les motions qui sont déjà prises en compte. Manuel Valls a fait des annonces sur l’investissement et on voit bien que le CICE peut être aujourd’hui mieux ciblé. Il y a aussi des avancées sur la sécurité sociale professionnelle. Nous sommes donc dans une nouvelle période. Et plus il y aura au Parti socialiste une majorité forte, plus le gouvernement prendra en compte ce que dit le Parti socialiste. Mais plus la crise interne serait grande et moins le gouvernement entendrait le Parti socialiste.

PROPOS RECUEILLIS PAR PHILIPPE MARTINAT