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27 Jan

Commentaires fermés sur L’extrême-droite pourrait ralentir les institutions européennes

L’extrême-droite pourrait ralentir les institutions européennes

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logo euractivJean-Christophe Cambadélis a répondu aux questions d’Aline Robert pour le site www.euractiv.fr

Vous pouvez retrouver l’interview ci-dessous:

Premier vice-président du Parti socialiste européen, Jean-Christophe Cambadélis estime que sa  formation peut devenir le premier parti au Parlement européen, en mai prochain. Et former une coalition avec les écologistes pour soutenir la candidature de Martin Schulz à la tête de la Commission européenne.

Comment faire campagne pour les élections européennes alors que les citoyens manifestent un rejet profond de l’Europe ces temps-ci ?

Il faut présenter un nouveau dessein européen, un projet qui puisse permettre de faire avancer la citoyenneté européenne dans son ensemble. Les projets ne manquent pas pour que l’Europe tire les Etats vers le haut. La mise en place d’un bouclier énergétique européen par exemple permettra d’avancer vers l’indépendance énergétique. La question de la protection des données peut aussi se faire au niveau européen. Enfin il faut relancer l’aménagement du territoire au niveau européen, et non plus national, car ce cadre permettra de lutter plus efficacement contre les inégalités.

Je crois que plutôt que d’être dans la critique en permanence, il faut proposer des solutions, donner matière à se projeter dans le futur.

L’Union européenne telle qu’on l’a connue ces dernières années était une Europe de la rigueur. Est-ce possible de donner aujourd’hui une orientation sociale à l’Europe ?

Pour donner une vraie orientation sociale à l’Europe, il faudrait une majorité de gouvernements socialistes sur les 28 pays européens, ainsi qu’une majorité progressiste au Parlement européen, et enfin un président social-démocrate à la tête de la Commission européenne. La première condition n’est pas remplie aujourd’hui mais en revanche il est possible d’obtenir une majorité progressiste au Parlement européen en mai prochain, puis d’obtenir un président social-démocrate.

Quelle interprétation faites-vous du Traité de Lisbonne, qui stipule que le Conseil de l’Union européenne choisit un président de la Commission en prenant en compte la composition du Parlement européen ?

Cet élément majeur devrait permettre de mettre en place une responsabilité de la Commission devant le Parlement européen, qui doit, selon moi, pouvoir désigner le président de la Commission. Cette étape nous permettra ensuite de pouvoir mettre en place un vrai programme économique au niveau européen, en coordonnant les politiques économiques dans les pays sociaux-démocrates qui le souhaitent, mais aussi en mettant effectivement en place la Taxe sur les Transactions Financières et en accélérant l’harmonisation fiscale. La question de la généralisation du salaire minimum pourra aussi être abordée, sachant que cela reste un objectif, mais qu’il sera long et compliqué à atteindre.

Concrètement, comment les sociaux-démocrates peuvent-ils obtenir le pouvoir dans l’UE ?

La première chose, c’est qu’il faut être en tête en nombre de sièges; le président du Parlement européen peut être issu d’une coalition, mais il faut qu’elle soit légitime. Le Parti socialiste européen est un parti qui existe dans tous les pays européens, ce qui n’est pas le cas du Parti populaire européen (le groupe de droite aujourd’hui majoritaire au Parlement européen).

Si le PSE arrive en tête des élections, il sera possible de former une coalition progressiste qui soutienne un candidat commun pour la tête de la Commission. Le plus évident aujourd’hui ce serait un accord avec les écologistes, qui sont politiquement les plus proches de nous. Les alliances avec les autres partis sont moins probables.

La chancelière allemande Angela Merkel ne fait pas la même interprétation des traités que vous. Pour elle, ce sont avant tout les chefs d’Etat qui décideront du président de la Commission…

Je crois aux traités mais surtout aux rapports de force. Donc traité ou pas, s’il y a un candidat social-démocrate, allemand de surcroît comme Martin Schulz, qui était légitimé par les urnes, je ne vois pas comment il serait possible de lui refuser la présidence de la Commission.

Martin Schulz est le candidat officiel du Parti socialiste européen depuis plusieurs mois. Pourquoi n’a-t-il toujours pas d’adversaire clairement identifié à droite ?

Et bien c’est parce qu’Angela Merkel refuse qu’il y ait un candidat du Parti populaire européen, parce qu’elle envisage de refuser le candidat issu du Parlement européen qui visera la tête de la Commission. On a vraiment deux conceptions qui s’affrontent. La chancelière allemande ne veut pas que la Commission ait un président puissant. Alors qu’au PPE, il y avait des candidats. Je pense à Joseph Daul, Michel Barnier…les ambitions ne manquent pas. A la rigueur ce qu’elle acceptera, c’est un candidat lithuanien que personne ne connaît…

Au Parti socialiste européen, le président du groupe M. Stanishev est très contesté dans son pays, où son parti gouverne avec la bienveillance de l’extrême-droite. Cette présidence représente-t-elle une faiblesse pour le Parti socialiste européen ?

Que les leaders soient contestés, c’est un trait commun…à toute l’Europe. Y compris à la France. Je n’ai pas vu que le parti socialiste bulgare ait franchi le Rubicon. S’il y avait une alliance formelle avec le parti Ataka, (NDLR : le parti d’extrême droite bulgare), il est évident qu’il y aurait un problème éthique à conserver ce président au PSE. Mais pour l’instant, et dans la mesure où il a manifesté sa volonté de rester à la tête du groupe, il n’y en a pas.

Comment les institutions européennes parviendront-elles à gérer l’UE si un groupe d’extrême-droite important se forme au Parlement européen ?

Il faut avant tout que l’Europe vote aux élections. L’extrême droite sera forte s’il y a beaucoup d’abstention. Mais si l’extrême-droite parvient à former une minorité de blocage, il est certain qu’il y aura des turbulences dans la gestion de l’UE. Cela entraînera une spirale de contestation de la constitution européenne, avec un risque de crise politique.

En cas de crise politique importante, peut-on imaginer une dissolution du Parlement européen et de nouvelles élections ?

Non, les traités ne le prévoient pas. Et il ne faut pas oublier que ces groupes d’extrême-droite ne sont pas homogènes. Le principe du nationalisme, c’est quand même l’hypertrophie de sa propre nation, ce qui rend la discussion avec les partenaires européens compliquée.

Je crois qu’il n’y a pas de risque qu’il y ait plus de 100 parlementaires au Parlement (sur plus de 700 députés). Donc il n’y a pas de risque de réelle crise politique. En revanche, il serait possible qu’une vague d’extrême-droite ralentisse le fonctionnement des institutions européennes, au moment où les citoyens en ont le plus besoin.