Tag emplois

04 Juin

Commentaires fermés sur Interview à L’Obs

Interview à L’Obs

par

Obs

L’Obs publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

Depuis trois ans, la gauche au pouvoir a baissé les charges des entreprises, réduit les dépenses publiques, augmenté le budget de la défense, serré la main de dictateurs, vendu des armes à l’étranger, voté des lois jugées liberticides, expulsé des sans-papiers… Le PS serait-il devenu de droite ?
Poser les choses comme cela n’a pas de sens, car la question gauche-droite a évolué depuis deux siècles. La grande différence avec nos aînés, c’est qu’ils ont toujours eu à traiter une question centrale : ce fut la République, puis la question sociale sous le Front populaire, puis la Résistance, puis la décolonisation… Alors que nous, nous sommes confrontés à des crises conjointes : la montée du terrorisme, la pression migratoire, la panne européenne, la compétitivité, la montée de l’extrême droite… Mais reprenons l’ensemble de vos points. Sur la compétitivité, la droite n’avait rien fait…

C’est vrai qu’elle n’avait jamais autant baissé les charges des entreprises…

Quand nous sommes arrivés au pouvoir, nous avions en tête les déficits financiers, mais pas totalement la question de la compétitivité. Nous étions pris à la gorge. Nous avons donc pris des mesures pour relancer notre modèle productif qui s’était effondré. Nous n’avions pas d’autres moyens pour retrouver des marges de manœuvre. Alors, c’est vrai que ça choque la gauche, parce que d’habitude elle arrive au pouvoir avec l’idée de redistribuer. Mais là, il n’y avait rien à redistribuer ! Il fallait d’abord reconstruire notre économie en mixant une politique.

Mais vous avez mixé la baisse des charges avec quoi ?
Avec la baisse des impôts qui arrive dès septembre. Désormais, nous allons avoir une politique de juste répartition de la croissance qui vient.

La gauche aurait pu faire un autre choix que de réduire les dépenses publiques si elle avait tenté de renégocier le dogme des 3% de déficit. Elle ne l’a pas fait…
Ce débat a été tranché par les électeurs lors de la primaire socialiste en 2011. Il y avait une autre option à gauche, souvenez-vous, celle de Martine Aubry. Mais les électeurs ont tranché en faveur de François Hollande. Nous avons donc choisi cette position. Mais l’objectif reste le même, c’est d’avoir une société plus juste à l’arrivée.

Une société plus juste, c’est traquer davantage les faux chômeurs, comme le préconise le ministre du travail François Rebsamen ?
Ce n’est pas dans ma motion.

Rebsamen a donc tort ?
Bien sûr, mais je ne suis pas là pour faire la police de la pensée. Je suis là pour fixer l’axe politique du Parti socialiste. J’essaye de faire fonctionner un parti majoritaire dans une situation où l’on est au gouvernement. La règle est simple : discuter autant que possible, renverser jamais. Nous sommes sous la Ve République, pas sous la IVe.

D’habitude la gauche au pouvoir marque son empreinte avec une grande réforme sociale (les congés payés, le RMI, les 35 heures…). Depuis trois ans, on la cherche…
Nous allons faire la sécurisation des parcours professionnels. Ce sera un des grands marqueurs de gauche à la fin du quinquennat.

Il n’y a donc pas eu, à vos yeux, de grande réforme sociale pour l’instant ?
Non, mais elle est enclenchée.

A l’inverse, des mesures sociales comme l’encadrement des loyers ont été détricotées…

La loi a été détricotée parce qu’on est en pleine crise du logement. Une mesure de gauche, ce n’est pas un totem. On essaye de voir pourquoi ça n’a pas fonctionné. Je remarque qu’à partir du moment où on la modifie, comme par hasard, ça redémarre. Peut-être que la mesure n’avait pas été assez bien calibrée.

Et les mesures qui ne coûtent rien, comme le récépissé contre le délit de faciès, le CV anonyme, le droit de vote des étrangers, ça aurait pu être des marqueurs de gauche ?
Quand j’ai voulu relancer le droit de vote des étrangers en créant un comité national, mes partenaires de gauche n’étaient pas aussi allants que je le pensais. Beaucoup estimaient que ce n’est pas le moment. Moi, je continue à penser que c’est un combat politique et un combat idéologique. Le PS est un grand parti de débat, mais plus un parti de combat. Il doit le redevenir. Quant au CV anonyme, j’ai protesté mais je comprends que le gouvernement préfère avoir recours à l’action de groupe.

Donc, le rôle du PS, c’est d’affirmer des principes et… de reculer devant le gouvernement ?
Parfois on gagne, parfois on perd. Il n’y a pas de courroie de transmission. Ce que je ne veux pas, c’est que le PS se mutile. Si nous pensons que c’est juste, nous le disons.

La politique est aussi affaire de symboles. Aller serrer la main d’un dictateur, à Cuba ou en Arabie Saoudite, c’est de gauche ?
Je ne suis pas en désaccord. C’est l’expérience que nous avons tiré de l’effondrement de l’Union soviétique. Il fallait continuer à commercer avec eux, à y aller et à être reçu par Brejnev. Et en même temps, il fallait faire pression, ce que faisait François Mitterrand.

Autre symbole, la nomination d’un roi de la retraite-chapeau à la tête d’Areva…
Vous ne m’avez pas vu me rouler par terre en disant que c’était la décision la plus formidable jamais vue…

Ce n’est pas très « Bourget »…

Le discours du Bourget était très équilibré. Il y avait toute une partie du discours qui disait que les socialistes sont modérés et ne vont pas redistribuer avant de produire. Et puis, une autre qui fustigeait le monde de la finance. On a voulu faire de cette seconde partie le seul marqueur de la politique de Hollande. C’est une erreur.

Mais vous comprenez le désarroi de l’électeur de gauche ?
Oui, parce que je pense qu’il y a un retournement du rapport de force idéologique. On n’est plus dans les années 60, 70, ou 80. Aujourd’hui, l’identité a pris le pas sur l’égalité. La gauche ne maîtrise plus les débats politiques, elle est sur la défensive.

Il y a une droitisation des esprits et de la société française ?
Il y a un bloc réactionnaire majoritaire qui nous fait reculer. Il faut repartir à l’offensive.

Dans le discours décliniste dominant, la gauche semble incapable d’incarner une part de d’espérance. La faute à qui ?
La faute à la gauche. Le combat s’est émoussé.

Elle a trop utilisé les mots de la droite, comme l’a dit Christiane Taubira dans « L’Obs » ?
La gauche s’est laissée contaminée par l’idéologie dominante : l’idéologie anti-républicaine. L’égalité est devenue l’égalitarisme. La liberté, sous-entendu le consumérisme individuel, est placée plus haut que la liberté collective, le droit de vivre ensemble. La fraternité est remise en cause par le fait que l’ennemi, c’est le voisin de palier, le maghrébin, le musulman ou le juif. Tout cela conduit à des reculs considérables. Comme en plus, nous vivons une crise économique majeure, une révolution de l’immatériel, et subissons l’avènement de l’enjeu écologique, la gauche est assaillie. Elle n’arrive plus à sortir la tête de l’eau et à réarticuler un discours.

Dans d’autres pays, cette gauche institutionnelle est concurrencée par une gauche plus citoyenne ou plus radicale. C’est aussi un danger pour le PS ?

Je propose d’aller vers le dépassement du Parti socialiste pour bâtir une alliance populaire qui s’articule sur des collectifs départementaux de citoyens, pas sur des alliances d’appareils, pour créer un grand mouvement populaire qui défende les valeurs de la République et de la gauche contemporaine.

C’est quoi la gauche contemporaine ?

L’objectif, c’est la société décente. Il faut que nous soyons capables de fixer sur chaque question ce qu’est une vie décente pour l’ensemble des concitoyens. La première condition, c’est l’égalité réelle, c’est-à-dire la concentration des moyens de l’Etat là où il y a réellement des inégalités. Cela fait encore polémique à gauche où on avait l’habitude que l’Etat fasse des petites parts et donne à tout le monde. Deuxième principe, c’est la liberté ordonnée. Issue de 68, la gauche a longtemps défendue la thèse de la liberté individuelle, quasiment désordonnée et sans limite. On voit bien aujourd’hui qu’il y a des revendications justes pour une partie de la population et qui ne sont pas supportables par l’ensemble de la société. La liberté ordonnée, c’est donc le fait que cette liberté doit être ordonnée par tous. C’est une variante de l’ordre juste. Enfin, troisième et dernière chose, c’est la fraternité laïque.

Liberté, égalité, fraternité… c’est tout simplement la devise républicaine ?

C’est la devise républicaine, mais qualifiée à l’aune du moment. La laïcité, si vous ne prenez que la loi de 1905, c’est seulement la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Aujourd’hui, pourquoi je parle de fraternité laïque ? Parce qu’il faut intégrer l’islam sans que cette religion soit normative pour le reste de la société.

Dans votre motion, vous écrivez que « l’avenir n’est pas le social-libéralisme». C’est le danger qui menace le PS ?

Non, le danger pour le PS, c’est la dissolution, l’absence de toute référence. C’est un pragmatisme invertébré.

Dans « l’Obs », Manuel Valls définissait sa gauche comme étant « pragmatique, réformiste et républicaine. »
Elle est donc vertébrée.

Pour vous, c’est une bonne définition de la gauche aujourd’hui ?
Je ne mettrais pas le pragmatisme en premier. C’est la différence historique entre Clémenceau et Jaurès. Ce que je mettrai en premier, c’est l’esprit de justice.

Valls dit lui-même que sa gauche n’est pas socialiste…

Il faut définir le socialisme. Ce n’est plus la première gauche qui pensait que l’émancipation arriverait soit par la grève générale soit par un « grand soir » et qu’il suffirait de prendre le pouvoir pour modifier les conditions d’existence des hommes. Ce n’est pas non plus la deuxième gauche, qui pensait que l’irruption de la société civile face à un Etat tout-puissant suffirait à tout changer. Non, c’est autre chose, une troisième gauche à construire qui soit une clé pour aborder tous les problèmes contemporains.

Comment expliquez-vous qu’il n’y ait plus beaucoup d’intellectuels de gauche qui soutiennent le gouvernement ?
Il n’y a plus d’intellectuels organiques qui plaident pour la ligne du parti. Les choses ont changé. Auparavant, il y avait des intellectuels tout-terrain, qui avaient une approche globale. Aujourd’hui, il y a des spécialistes, tous très pointus dans leur domaine, passionnants, mais limités à tel ou tel sujet étroit. L’éclatement de la pensée intellectuelle rend difficile l’émergence de ses compagnons de route.

Qu’auriez-vous envie de dire à Michel Onfray ? Pourquoi avoir refusé de débattre avec lui ?
Je lui dirais que ses livres sont généralement beaucoup plus nuancés que ses interviews. Onfray a une thèse qui est précisément celle à laquelle nous voulons répondre. Il dit qu’il manque le grand récit républicain contemporain. Ce n’est pas faux. Mais je ne veux pas aiguiser les divergences. Il est plus libertaire que socialiste, il a une vision qui est une vision conflictuelle de la société. Je veux qu’on commence à travailler et qu’il puisse alors y participer à sa manière, même en nous critiquant. Mais je ne veux pas me mettre en situation de face-à-face. Le paysage intellectuel, politique, social, syndical est tellement éclaté qu’il faut une stratégie de rassemblement, de renflouement de la gauche. Il faut qu’elle se parle, pas qu’elle s’affronte.

De renflouement ? La gauche a donc fait naufrage ?

Bien sûr. Et le problème n’est pas qu’électoral. La faillite électorale est la conséquence d’un cycle long où depuis vingt ans nous reculons constamment.

Depuis vingt ans ? Cela veut dire que la victoire de François Hollande était une anomalie ?
Il l’a emporté parce que c’était un modéré parmi les anti-sarkozystes.

Donc par défaut ?

Non, il y a eu un vrai débat d’orientation pendant la primaire qui a été tranché par trois millions d’électeurs de gauche. Les électeurs avaient en tête que pour battre Sarkozy, il ne fallait pas aller à gauche mais plus vers le centre-gauche. Quand il est arrivé au pouvoir, François Hollande a essayé d’éviter deux risques. Le premier était d’être thatchérien, d’imposer une véritable austérité, une purge, ce qui aurait provoqué une déflagration sociale. Le deuxième était de rester immobile et là nous aurions été sanctionnés par les marchés financiers. François Hollande a choisi d’avancer par petits pas pour essayer de relancer le pays. Il l’a fait avec une certaine détermination.

Mais ça ne marche pas… Le chômage atteint un record historique !
Mais si ça marche, vous allez voir ! Aujourd’hui les résultats sont dans le nombre d’entreprises que l’on sauve, que l’on redresse, que l’on crée. La croissance commence à revenir… Vu d’où l’on vient, ce n’est pas en claquant des doigts que l’on allait redresser la France.

Ca fait déjà trois ans !
Ce n’est pas suffisant. Pour redresser le pays, pour qu’il retrouve la première place en Europe, il faudra dix ans.

Seuls 70 000 militants ont voté pour le congrès. Le PS est devenu un groupuscule ?

Les formations politiques reculent dans le moment présent, c’est vrai. Mais le PS n’est pas un vaisseau fantôme et ses salariés travaillent à plein temps ! Nous avons bâti une majorité confortable. Le Parti va dialoguer avec le gouvernement. Sur des sujets majeurs, nous aurons gain de cause, sur d’autres, ce sera plus difficile. Mais tout sera engagé, y compris la réforme fiscale à partir de l’impôt à la source.

Le PS peut-il faire reculer des ministres ?
Oui. C’est un rapport de force, y compris avec les administrations. Il y a des administrations qui vont apprendre ce que c’est que Solférino !

La fronde est-elle finie ?
Dans les formes où elle a existé, oui. Mais il y aura toujours des éléments de la fronde, sur la loi Macron notamment.

Macron dit qu’il faut que les jeunes Français doivent avoir « envie de devenir milliardaires ».

Je m’élève contre cette phrase. L’avenir de la jeunesse, ce n’est pas l’argent. On ne fait pas tenir une société par l’argent.

Emmanuel Macron est-il socialiste ?
Non.

Propos recueillis par Matthieu Croissandeau, Renaud Dély et Julien Martin

13 Sep

Commentaires fermés sur Création des emplois d’avenir : l’Assemblée adopte le texte

Création des emplois d’avenir : l’Assemblée adopte le texte

par

L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi du gouvernement de François Hollande portant sur la création des emplois d’avenir.

Ce projet de loi prévoit la création de 100 000 emplois d’une durée de 3 ans en 2013 et 150 000 en 2014 en faveur des jeunes âgés de 16 à 25 ans avec ou sans diplôme ou encore en difficulté d’insertion, principalement dans le secteur non marchand et dans des activités ayant une utilité sociale avérée et des perspectives de recrutement durables notamment dans les collectivités locales, les associations et l’enseignement public ou privé ( filières numériques, secteur social, aide à la personne, animation et loisirs,….) .

Ces emplois d’avenir, largement financés par l’Etat à hauteur de 1.5 milliard d’euros par an, seront offerts aux jeunes résidant notamment dans des zones urbaines ou rurales marquées par un fort taux de chômage, ou en outremer, ainsi qu’aux personnes handicapées peu qualifiées de moins de 30 ans.

De même, sur un modèle assez comparable, des emplois d’avenir pour les professeur sont crées d’içi 2015, pour quelques 18 000 étudiants boursiers, d’un niveau compris entre la seconde année de licence et la première année de master, issues de zones géographique défavorisées en poste dans des établissements scolaires publics et privés.