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09 Juin

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Turquie: Interview dans le JDD

par

recep-tayyip-erdogan

Vice-Président du Parti socialiste européen, défenseur d’une entrée de la Turquie dans l’Union européenne, Jean-Christophe Cambadélis revient sur les conséquences que pourraient avoir les événements actuels sur les négociations entre Ankara et Bruxelles

La réaction autoritaire du gouvernement va-t-elle éloigner encore un peu plus la Turquie d’une adhésion à l’Union européenne?

Je ne pense pas. Les couches moyennes anatoliennes ont une volonté d’ouverture sur la Méditerranée et sur l’Europe. Donc, quel que soit le régime, les négociations avec l’Europe doivent se poursuivre. Mais dans ce cadre, il y aura bien sûr des discussions sur la nature du régime.

Mais le Premier ministre Erdogan vendredi a eu des mots assez durs envers certains pays européens, notamment la France. Sommes nous proches d’une rupture?

Erdogan est coutumier du fait. Il a un caractère ombrageux qui ne correspond pas avec le tempérament turc. C’est une manière de faire porter la responsabilité sur d’autres que lui.

Mais cela pourait rendre les négociations sur l’adhésion à l’UE encore plus compliquées?

De toute façon, ces discussions sont compliquées. Il y a un certain nombre de volets de discussions, nous n’en avons ouvert que deux. Tout cela va prendre du temps.. Et ce, quel que soit le régime.

La réaction brutale des forces de l’ordre turques montre-t-elle que la Turquie est encore loin d’une adhésion?

Oui. la Turquie avance mais doit encore remplir un certain nombre de critères. Pour autant, la réaction des forces de l’ordre n’a rien à voir avec l’entrée ou non dans l’UE. Elle a surtout à voir avec un régime qui fait un usage disproportionné de la force.

En repoussant sine die l’adhésion turque, l’Europe n’a-t-elle poussé la Turquie à s’isoler et encouragé ce qui se passe aujourd’hui?

Non, pas du tout. Il est certes regrettable que l’ensemble de l’Europe soit distante vis-à-vis de la Turquie pour des raisons qui n’ont rien à voir avec son régime et tout à voir avec sa religion. Mais je ne crois pas que ce soit l’absence d’avancées dans les discussions sur l’adhésion qui ait conduit le régime turc là où il est. Il y avait déjà bien avant des signes d’autoritarisme que tout le monde avait pu constater.

Comparer le mouvement de contestation actuel en Turquie avec Mai-68 a-t-il un sens?

C’est ce que j’avais fait dès le départ. Il y a une contestation d’un régime autoritaire de la part d’une partie de la société, qui exprime une envie de vivre, de respirer, de retrouver sa liberté. En outre, une jonction commence à se faire avec les salariés du pays. Tout cela ressemble à un grand coup de boutoir pour un gouvernement qui se veut centralisateur, autoritaire et confessionnel.

Mais Erdogan a la légitimité des urnes…

Bien sûr. C’est un homme démocratiquement élu mais qui souhaite centraliser un peu plus le régime. Il veut le présidentialiser, réduire la place du Parlement. Le tout dans un contexte de ralentissement économique, d’un échec de la stratégie diplomatique du «zéro problème avec le voisinage», d’une déception pour une partie de la bourgeoisie anatolienne qui avait espéré une libéralisation au sein de l’AKP. Nous sommes bien là dans les mêmes problèmes rencontrés en 1968.