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02 Mar

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Projet d’Emmanuel Macron : le cap de l’austérité

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La décision d’Emmanuel Macron de réduire de trois points, chaque année, le ratio dépenses publiques/PIB conduit à une politique d’austérité que les différents gouvernements de François Hollande ont toujours refusée.

La volonté de séduire un électorat de droite, aujourd’hui en déshérence suite à l’affaire Fillon, amène le leader d’En Marche à présenter des mesures classiques de la droite : suppression massive du nombre de fonctionnaires, libéralisation de tous les secteurs, remise en cause des régimes de retraite…

Enfin, la décision de supprimer la taxe d’habitation – revenant  ainsi sur l’acquis séculaire des collectivités locales de lever l’impôt – et la remise en cause totale des négociations de branche, portent atteinte à nos traditions et notre modèle.

Le contrôle drastique de la recherche d’emploi est une touche finale que n’aurait pas désavoué Nicolas Sarkozy.

Loin de redresser la France, ce programme va dresser les Français les uns contre les autres.

05 Jan

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L’invité de Questions d’info sur LCP en partenariat avec France Info, Le Monde et l’AFP

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Mercredi 4 janvier 2017, Jean-Christophe Cambadélis a répondu aux questions de Frédéric Haziza, Yaël Goosz, Françoise Fressoz et Frédéric Dumoulin dans Questions d’info sur LCP.

 

Retrouvez ci-dessous ses principales déclarations ainsi que la vidéo de l’émission:

 

Primaires citoyennes

La primaire va déverrouiller la présidentielle : Monsieur Fillon est prisonnier dans un vote de droite extrême. Marine Le Pen est prisonnière de l’extrême droite. Monsieur Macron est prisonnier de sa ligne politique, « ni de droite, ni de gauche ». M.Mélenchon est prisonnier de son offensive anti-PS avec qui il ne veut pas s’allier. Pour moi la primaire va déverrouiller la présidentielle. Je n’ai jamais vu une élection présidentielle qui soit à ce point bloquée du point de vue politique.(…) Toutes les formations politiques, tous les candidats à l’élection présidentielle sont aujourd’hui bloqués dans leur couloir.

La primaire de la gauche est une primaire pour qualifier au 2e tour de la présidentielle. Cette primaire va déverrouiller l’espace politique.

Sur les candidats à la primaire : « En tant que premier secrétaire du Parti socialiste je ne choisirai pas. J’ai décidé de garder cette position unitaire pour pouvoir rassembler l’ensemble de la gauche au lendemain de la primaire

Sur la visite de François Fillon à Emmaüs

« Vu les difficultés dans lesquelles il était sur sa politique sociale. Monsieur Fillon a décidé de manière urgente de poser le problème de la pauvreté. Il y a un désir à droite de voir François Fillon président, mais il n’y a pas de désir dans le pays, surtout qu’on vient d’apprendre que M. Fillon était maintenant un châtelain, et qu’il avait caché ceci lors du débat interne de la droite, ce qui montre la nature même de ce candidat. C’est un peu cruel que le jour où vous allez chez Emmaüs on publie dans la presse que vous avez un château caché qui vous donne une dimension de châtelain. C’est le châtelain….

Fillon, c’est simple: soit il dévisse, soit il glisse. Soit il est parjure à ce qu’il a dit lors de la primaire, en amendant son projet (…) sur la santé et auquel cas il dévisse parce que son électorat ne se reconnaît pas dans ce qu’il dit, soit il ne le fait pas et il va glisser dans les sondages, parce qu’il va libérer un espace au centre. »

Election présidentielle

Le pays s’améliore sur le plan économique, même s’il est dans le flou sur le plan politique. Dans ce flou, la gauche a toutes ses chances.

Nous sommes la seule formation à avoir zéro dette : Finances saines, bien gérées, et à l’équilibre.

Pourquoi faut-il qu’au point de départ ce soit le candidat socialiste qui soit pris en sandwich entre deux offres politiques ? Pourquoi on ne demande pas à M. Mélenchon et M.Macron de choisir entre faire perdre la gauche ou s’unir avec le candidat ?

J’observe que les candidats à la primaire ont pioché allégrement dans nos cahiers de la présidentielle ce qui est une réussite pour le PS

La même détermination que nous avons mise dans le redressement économique, il faut le mettre aujourd’hui dans le domaine du précariat.

François hollande en renonçant à se présenter à la présidentielle a fait un choix courageux et politique. Ce faisant, il a fait tomber le Hollande-bashing, et a permis à la France de regarder en face son bilan.

Tout le monde est conscient des enjeux. Il y a une prise de conscience, de l’urgence. L’urgence c’est la primaire et de créer de la dynamique autour de notre candidat-e au 2e tour de la présidentielle. C’est le meilleur moyen d’éliminer Marine Le Pen.

Nous demanderons à l’ensemble des candidats aux législatives de soutenir le candidat issu des primaires.

Face à l’orientation de la droite et les risques de l’extrême droite, ns devons rassembler le centre gauche et la gauche de la gauche pour gagner.

Je ne fais pas une croix sur la présidentielle. On peut se battre et on peut l’emporter. Rien n’est fait. Ceux qui sont dans l’après sont déjà dans la capitulation. Moi je suis dans le moment. Et j’encourage tout le monde à se rassembler à mener ce combat.

04 Jan

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Voeux à la presse – Mercredi 4 janvier 2017

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Ce mercredi 4 janvier 2017, Jean-Christophe Cambadélis présentait ses voeux à la presse que vous pouvez retrouver en intégralité ci-dessous :


Vœux à la presse 2017 de Jean-Christophe… par PartiSocialiste

Crédit photos: Mathieu Delmestre

Vœux à la presse de Jean-Christophe Cambadélis

4 janvier 2017

(seul le prononcé fait foi)

 

L’année 2017 sera politique. Pas simplement parce que c’est le centenaire de la révolution russe, mais parce que c’est une situation très politique, tant à l’échelle internationale qu’au niveau national.

Au niveau international, nous allons vivre une époque toute nouvelle. D’abord, avec l’expansionnisme russe, qui est à l’œuvre dans de nombreux pays et qui s’exprime de nombreuses façons ; les dernières polémiques ont été à ce niveau très impressionnantes. Une nouvelle époque aussi avec le nouveau président des états-Unis, un isolationnisme américain s’exprime sur le plan économique, avec les mises en demeure au secteur de l’automobile, renationaliser le développement économique, la volonté de protéger le marché américain. Et puis, malheureusement, une année qui va être encore celle de l’immobilisme européen, dû tout à la fois aux difficultés économiques de la zone euro, aux difficultés économiques de l’ensemble de l’Europe, au fait qu’on ne sache pas encore à cette étape la manière dont le Brexit va s’opérer, et puis surtout parce que nous allons vivre une époque d’élections : Pays-Bas, évidemment, France, Allemagne, peut-être Italie, tout en sachant que la situation est instable en Espagne, en Autriche et dans la plupart des pays d’Europe centrale.

Enfin, ce qui marque la situation de l’année 2017, c’est la montée dans l’ensemble du monde occidental du national populisme. C’est maintenant une donnée incontournable à laquelle l’ensemble des représentants politiques, et particulièrement de la gauche, est confronté. Le combat sera frontal entre cette forme de régression, qui est due à la hantise du métissage, à la hantise de la situation faite au monde occidental dans ce nouveau partage international, où sa position dominante est remise en cause. Et ceci a des conséquences, tant au niveau social, économique, que, évidemment, au niveau électoral. Nous en reparlerons.

Deuxièmement, la marque de l’année 2017 sera malheureusement aussi celle du terrorisme. Nous avons vu comment, en Allemagne, celui-ci a frappé. Nous avons vu comment, en Turquie le terrorisme a une nouvelle fois tué. Si l’EI recule là-bas, il frappe ici. Je crois, sans faire de pronostics macabres, que plus les défaites seront fortes, plus les répliques seront fortes. Le président de la République, présent courageusement sur le terrain, en a donné une indication puisqu’il nous a dit avant l’été : « Mossoul pourrait être repris ». Il est évident que, pour tenter de desserrer l’étau de cette pression de l’ensemble de la coalition, il y a pour l’EI nécessité de frapper l’ensemble des démocraties européennes.

Il faut y ajouter la situation syrienne, qui est source d’inquiétudes et de malheurs. Alep fut une tragédie. Mais il est illusoire de croire qu’une paix russo-Bachar peut s’imposer. L’Iran vient de se rappeler aux bons souvenirs des russes. Pourquoi c’est important au-delà des morts, des bombardés, et des enfants devenus orphelins ? C’est que cela crée les conditions à nouveau d’un flux de réfugiés au niveau de l’Europe. La pression migratoire d’une manière générale, sera une des données que nous allons vivre dans l’année 2017.

Enfin, sur le plan économique, je ne vais pas m’y attarder, mais il faut avoir ceci en tête. Nous pouvons dire que le cycle de la baisse des taux qui a permis de soutenir les économies européennes va s’arrêter et s’inverser. Ce qui va, je crois, amener à de nouvelles difficultés pour l’Europe, et peut-être même des situations contraintes pour les politiques économiques en France. Et cela me permet une agréable transition sur la situation politique française.

La France va économiquement mieux, mais politiquement mal. Nous avons, nous la gauche, avec le président de la République François Hollande et les gouvernements de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls, défendu le modèle social. Nous l’avons préservé, nous l’avons affiné, donc nous l’avons affirmé. Et je crois que ce modèle social est consubstantiel à la nature de la France. La France n’est plus la France si elle remet en cause son modèle social. Je dirai à Monsieur François Fillon que ce n’est pas le modèle social qui est responsable de la précarité, ce n’est pas en le liquidant que l’on fera reculer la précarité. Monsieur Fillon s’est rendu hier chez Emmaüs. Je partage le diagnostic d’Emmaüs : le projet de Monsieur Fillon est une attaque extrêmement violente contre notre modèle social. Sa remise en cause part d’un préjugé idéologique : la responsabilité de la situation de crise sociale est due, non pas à l’absence de croissance mais est due principalement à notre modèle social. Ce que nous avait déjà vendu Nicolas Sarkozy lors de sa première campagne présidentielle, ce n’est pas étonnant puisque Monsieur Fillon était déjà à l’œuvre comme directeur de campagne de Nicolas Sarkozy. La responsabilité de tous les maux de la société française serait donc notre modèle social. Je pense que ce modèle social doit être affiné. Il doit permettre de répondre à ce pour quoi il a été constitué, à savoir un filet de protection sociale. Mais ce n’est pas lui qui est responsable de la situation telle que nous la connaissons. C’est l’absence de croissance. Et l’absence de croissance est due à des politiques économiques menées en Europe et à des déficits publics laissés par la droite. Monsieur Fillon a décidé de mener campagne sur ce thème. Il l’a réaffirmé hier soir sur une chaîne de télévision à 20 heures. Il a indiqué qu’il restait sur son programme de rupture avec notre modèle social. Ce qui gêne Monsieur Fillon dans le modèle social français, c’est plus le social que le modèle. Nous sommes donc face à une attaque frontale contre ce qui nous constitue, contre ce qui constitue la France. Le modèle social est la base de notre conception de la République. Nous avons là un combat central.

Voilà sur la situation politique française. J’évoquerai maintenant mon troisième point, la question des primaires, qui nous occupe et vous préoccupe. Ce qui va se passer pour la gauche est décisif, et pour longtemps. Ce qui se joue pour la France est historique. Nous sommes à un moment où le destin de la gauche et le destin de la France ne font qu’un. La situation présidentielle est verrouillée, et seule la primaire de la gauche peut déverrouiller la situation présidentielle. Monsieur Fillon est prisonnier du vote de droite lors des élections primaires de la droite, et il est enfermé dans un vote de droite extrême. Monsieur Emmanuel Macron est prisonnier de son « ni droite ni gauche ». Jean-Luc Mélenchon est prisonnier de son refus de toute alliance avec le Parti socialiste, et Marine Le Pen est prisonnière de sa logique d’extrême droite. Si vous regardez les candidats actuels à l’élection présidentielle, personne ne peut dire qui peut l’emporter. Il n’y a pas de désir majoritaire dans cette première étape de la présidentielle. Donc, cela veut dire que la primaire de la gauche, par sa puissance, je le souhaite, par sa force, je le crois, peut dénouer cette situation et créer un nouveau choc dans l’opinion, qui permettra une nouvelle donne dans la présidentielle.

Si je reprends : Monsieur Fillon, soit il dévisse, soit il glisse. Soit il est parjure aux propositions, aux mesures, à la ligne, à l’orientation qu’il a déployées lors de la primaire, et évidemment, l’électorat de droite qui l’a plébiscité se dérobera à lui et peut rejoindre Marine Le Pen. Soit il reste sur la même orientation, et cela semble être ce qu’il a dit hier. Et les centristes se trouveront dans la plus grande difficulté. Il suffit d’écouter ce que dit Monsieur Jean-Christophe Lagarde, ou d’autres acteurs centristes, voire Monsieur Bayrou qui reproche l’extrême violence sociale du projet Fillon. Donc, d’un certain point de vue, Monsieur Fillon n’entraîne pas la France, il n’entraîne qu’une partie de la droite, et il est prisonnier du couloir dans lequel il s’est mis.

Monsieur Macron, qui a fait une percée remarquable et remarquée au centre de l’échiquier politique, l’a faite sur le thème du « ni droite ni gauche ». Mais il indique par là même au pays qu’il n’a pas d’alliance majoritaire, ni à droite ni à gauche. Il est aujourd’hui enfermé dans cette logique. Il ne peut, à lui tout seul, réorganiser l’ensemble du champ politique. Il est donc dans une situation d’une non-cristallisation politique intermédiaire entre la droite et la gauche, sans pour autant être un vecteur de recomposition politique.

Jean-Luc Mélenchon a choisi lui une tout autre orientation, encore que, dans ses propos, on le sent hésitant, soit pour se substituer au Parti socialiste et devenir la nouvelle force de gauche, soit pour entonner les chants de Beppe Grillo contre la classe politique et pour défendre la France insoumise.

En tout état de cause, même si je respecte ses propos, il est dans un splendide isolement. Personne ne peut croire que la France peut se réorganiser, la gauche s’organiser autour de son propos.

Donc, nous sommes dans une situation tout à fait nouvelle qui est due aux conséquences du tripartisme, où chacun est dans son couloir : Personne ne l’emporte. C’est le « Match point » : la balle ne dit pas encore de quel côté elle va tomber, pour les admirateurs de Woody Allen.

Et si, comme je le pense, les primaires intéressent, si, comme je le souhaite, elles seront massives, début février, comme nous l’avions prévu, c’est donc une nouvelle époque qui commence. Parce que c’est à partir de cette nouvelle donne que les uns et les autres auront à se déterminer.

La primaire, encore une fois, déverrouille une présidentielle qui, à cette étape, n’a pas trouvé son chemin.

Il ne faut pas juger la présidentielle à l’aune de la réalité telle qu’elle est posée : une offre multiple. Et dans cette situation, quel que soit ce que l’on pense du Parti socialiste, de son avenir, de sa situation. L’élection présidentielle est tout à fait jouable pour un candidat ou une candidate propulsé par une primaire réussie. Parce que c’est le nouvel « effet » dans la présidentielle.

Il faut, pour cela, que la primaire soit une réussite en termes de votants, évidemment, mais aussi en termes de qualité d’interventions et de propositions.

Nous vivons une nouvelle phase de la présidentielle. L’intervention du président de la République aura été décisive. Se dérobant au « Hollande bashing », il a permis que l’on mesure justement le bilan du gouvernement et des gouvernements. Il a fait tomber ce qui était, quelque part, le prétexte à ne pas vouloir analyser réellement ce qui avait été fait.

Ce faisant, il a redonné des chances à la France et à la gauche. Nous n’aurions pas été dans la même situation si le président de la République avait été candidat à la primaire. Tout le débat se serait concentré sur sa personnalité, et on n’aurait même pas discuté du bilan. Regardez aujourd’hui comment les candidats à la primaire de la gauche sont aujourd’hui complètement orientés vers l’avenir et pas vers le passé. Nous aurions été défensifs. Nous sommes offensifs.

La phase précédente s’est arrêtée le 1er décembre, quand le président de la République a décidé de ne pas se présenter. Nous sommes maintenant rentrés dans une toute nouvelle phase.

Autre chose, une nouvelle génération se présente à vous, une nouvelle génération politique, ce qui fait sens, ce qui fait distinction de la droite. A droite, ils avaient tous été. A gauche, ils peuvent tous être. A gauche, c’est un nouveau paysage politique, c’est une nouvelle image, de nouveaux visages qui sont en train de s’affirmer. Donc, le renouveau de la gauche est dans la primaire.

Le peuple de gauche va intervenir pour donner du sens et faire en sorte que nous envoyions directement notre candidat ou notre candidate au deuxième tour de la présidentielle. Par la force de son investissement dans la primaire, le peuple de gauche déverrouille cette présidentielle et propulse son candidat ou sa candidate directement au deuxième tour de la présidentielle et, par là même, élimine le Front national. C’est vous dire que la primaire a une importance à la fois politique et stratégique.

J’observe avec contentement, Guillaume Bachelay aussi, je suppose, que l’ensemble des candidats à la primaire ont pioché allégrement dans les Cahiers de la présidentielle. Ils ont fait leur marché pour le programme qu’ils vont présenter à l’ensemble des électeurs. Voilà qui montre que notre travail, discret, il faut bien le reconnaître, n’a pas été vain. Il a été repéré par les candidats, et c’est une grande réussite pour le Parti socialiste.

Avec une primaire en passe d’être réussie, et je remercie Christophe Borgel et Rachid Temal, et des Cahiers de la présidentielle utilisés, je crois que le Parti socialiste a joué modestement son rôle dans la situation politique. Mais je continue… Le président de la République et les primaires déverrouillent une nouvelle offre générationnelle… il nous faut intégrer aussi le fait que le Premier ministre a sa part dans cette situation nouvelle où le Président s’élève et le Premier ministre apaise.

Vous avez remarqué que l’ensemble des socialistes a voté la confiance au gouvernement Cazeneuve. Personne ne s’est prononcé contre le Premier ministre. Et je crois que c’est un des effets non soulignés de la primaire.

Et à tous ceux qui spéculent sur le Parti socialiste, son histoire, je voudrais leur dire que la primaire réussie va clore le débat sur ses scissions, ses divisions, etc. Pourquoi ? Parce que le candidat ou la candidate qui va sortir de la primaire aura l’onction non pas d’un congrès mais du peuple de gauche. Ce ne sera pas telle ou telle orientation qui sera jugée. Le fait que le peuple de gauche aura choisi Ce candidat, donc Cette orientation s’imposera à tous.

Et ceci fait tomber tous les arguments que nous avons jusque-là connus. Un président qui se représidentialise, un Parti socialiste qui débat sans combat, un Parti socialiste et des candidats à l’élection de la primaire au-delà du Parti socialiste, comme les écologistes ou le parti radical ou l’UDE de Monsieur Bennahmias, donc toutes les nuances de la gauche. Tout cela me semble de bon augure pour 2017.

Nous avons là une situation pour le moins positive.

Alors, je terminerai en vous parlant du Parti socialiste. Le Parti socialiste peut perdre l’élection présidentielle, avoir un revers aux élections législatives. Il peut aussi les gagner, les deux. Car la situation électorale n’est pas à l’aune de la situation sondagière. C’est beaucoup plus complexe. Je vous ai fait la démonstration sur l’élection présidentielle. On pourrait le faire sur l’élection législative, où la multiplication des candidatures, en tous les cas, le fait que les trois grandes formations politiques aient leur propre candidat, conduira à des situations que l’on n’a pas obligatoirement prévues.

Mais ce n’est pas le sens de mon propos. Mon propos est de dire que, quel que soit le résultat des élections présidentielles et législatives, le Parti socialiste sera là et bien là. Il continuera sa stratégie de rassemblement, au-delà de ce qu’il est lui-même, à savoir 113 635 adhésions. Je répète : 113 635 adhésions. Il ne s’agit pas d’un clic sur une mailing liste mais d’adhésions. Deux cent soixante-douze députés, 11 députés européens, 110 sénateurs, ce qui fait 393 parlementaires, qui président cinq régions. Il a 28 présidents de département, 982 Conseillers départementaux. Et administre 200 villes de plus de 10 000 habitants. C’est une force. Et ce n’est pas parce que quelques sondages sont mauvais que cette force disparaît.

La primaire va faire taire les scissions. L’existence du Parti socialiste, et sa stratégie de dépassement, perdurera quel que soit le résultat, positif ou négatif, de l’élection présidentielle.

J’ajoute que le Parti socialiste a zéro dette, Les Républicains en ont 40 millions, et le Front national cherche quelques subsides dans des banques de l’Est. Donc, nos finances sont saines. Notre budget est exactement le même qu’en 2010, et à l’époque, on ne parlait pas de la faillite du Parti socialiste, comme j’ai pu le lire dans quelques journaux.

Nous donnerons 8 millions d’euros à notre candidat au premier tour et 4 millions d’euros au deuxième tour. C’est-à-dire que nous avons, du point de vue du Parti socialiste, 12 millions d’euros à offrir à notre candidat à la présidentielle. Je fais remarquer que Monsieur Macron vient d’emprunter 8 millions d’euros car il a épuisé déjà ses soutiens financiers.

Et ceci a été possible parce que notre parti est bien administré, parce que nous avons réduit la voilure, parce que les fédérations du Parti socialiste ont fait un effort parce que notre encadrement de Premiers fédéraux fait un travail considérable de structuration du Parti socialiste. Enfin, nous avons des militants remarquables, fidèles, enthousiastes et conscients des enjeux. Cela me permet de vous dire que le Parti socialiste est en état de marche pour mener la bataille de la présidentielle et des législatives, et pour peser de manière significative dans le débat, maintenant et demain.

Je vous remercie.

 

 

02 Jan

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Faisons de 2017 l’année du recul des précarités !

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Retrouvez la tribune de Jean-Christophe Cambadélis publiée dans le Huffington Post :

 

Faisons de 2017 l’année du recul des précarités !

J’aimerais qu’il y ait un réveil, un sursaut, j’aimerais que nous soyons en pensée avec celles et ceux qui sont sans: sans logement, sans protections, sans projets, sans espoir.

Je sais que le moment est un peu particulier pour parler d’une question aussi sérieuse que les précarités. Nous nous remettons à peine du réveillon que nous avons passé auprès des nôtres, en famille, entre amis, à faire la fête et à refaire le monde, à repasser en revue cette odieuse année 2016 et à faire des plans sur la comète pour 2017.

Je formule d’ailleurs ici des vœux chaleureux pour vous et pour tous ceux qui vous sont chers. Je vous souhaite plein de réussite dans vos projets, plein de joies et plein d’espoir aussi pour 2017. Vous pouvez en avoir car vous habitez un beau pays, la France, avec une histoire magnifique et un avenir qu’il nous reste encore à écrire.

En évoquant les précarités, je ne veux pas gâcher l’esprit de fête, encore moins donner mauvaise conscience. Je veux simplement parler de nos compatriotes qui n’ont justement pas pu participer pleinement à la joie générale du réveillon alors même que nous vivons dans le même pays, que nous partageons le même destin moral et politique.

Ainsi, après le réveillon, j’aimerais qu’il y ait un réveil, un sursaut, j’aimerais que nous soyons en pensée avec celles et ceux qui sont sans: sans logement, sans protections, sans projets, sans espoir. J’aimerais que nous pensions à ces vies brisées et surtout que nous agissions pour que tous les précaires reprennent peu à peu la maîtrise de leur propre existence, ce droit humain inaliénable.

Car on peut agir, la précarité n’est ni une maladie, ni une fatalité: c’est un terrible enchaînement mais que l’on peut enrayer, c’est une mise à l’écart effroyable mais qui n’est pas irrémédiable, c’est une perte de dignité insupportable mais que l’on peut réparer. Oui, on peut agir, des associations formidables en font la démonstration au quotidien sur le terrain, en matière de logement, de santé, d’emploi et de culture. Ces associations font un travail remarquable et difficile. Elles doivent lutter contre l’indifférence et parfois contre les préjugés entretenus à l’endroit des pauvres. Les municipalités du Front national en ont fait une spécialité, démontrant qu’elles sont non seulement xénophobes mais aussi pauvrophobes.

J’ai voulu donner la parole à certaines associations dans mon dernier ouvrage consacré précisément au précariat (Brissy-sous-Bois ou les oubliés de la République ; Éditions de la Fondation Jean-Jaurès). J’ai voulu qu’elles nous parlent de leur engagement, de leurs actions, de leurs idées aussi pour faire reculer les injustices et les misères de tous ordres.

Contre les précarités on peut agir, le gouvernement l’a aussi démontré depuis 2012. Insuffisamment, c’est une évidence et je n’ai pas écrit cet ouvrage comme un fascicule de propagande électoral. Oui, il devra faire plus, beaucoup plus, mais il a fait de nombreuses choses, personne ne peut le nier: plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, Prime d’activité, Garantie jeunes, revalorisations des minima sociaux, amélioration de l’accès aux soins grâce à la généralisation progressive du tiers payant, renforcement de la couverture complémentaire santé pour les ménages les plus modestes, développement de places d’hébergement d’urgence…

Il faudra faire plus. Il faut aller plus loin et reconsidérer nos priorités. Je propose de faire de la question du précariat, la question centrale du prochain quinquennat. Certains, comme monsieur Fillon, ont d’autres plans : ils veulent mettre l’État social au régime sec, réduire drastiquement les aides, réduire considérablement le nombre de fonctionnaires, alors même que c’est le cœur de notre modèle français et que les plus faibles n’ont que les services publics comme patrimoine et que les aides sociales comme revenu.

Certes, on pourrait se dire que tout cela ce n’est que de « l’assistanat » car les précaires seraient tout de même un peu responsables de leur sort. Certes, on pourrait dire que la France ne peut pas réduire toute la pauvreté de la France. Oui, on pourrait. Mais, on peut aussi s’indigner, se révolter, se dire que la situation ne peut plus durer, que des millions de nos concitoyens – 20% pour être exact – sont touchés par au moins une forme de précarité, soit de revenu soit de conditions de vie (logement insalubre, alimentation pas équilibrée, incapacité à se soigner…). Il y a beaucoup d’autres statistiques qui témoignent de cette montée de la précarité – j’en cite dans mon ouvrage pour introduire chaque entretien avec les dirigeants des associations – des statistiques discutables par nature, mais qui dressent un très triste tableau.

La précarité touche de plus en plus de personnes et atteint de plus en plus de domaines de l’existence. Les précarités enchaînent et s’enchaînent : les individus sont rongés de l’intérieur par le stigmate social et le sentiment d’inutilité et se retrouvent entraînés en marge de la société. Ces femmes, ces hommes et ces enfants ont pourtant droit à la dignité, ils ont le droit de penser et de diriger leurs vies, de développer des projets et non pas simplement des angoisses, de penser à l’avenir et non plus simplement au prochain repas.

Je vous le dis, les précarités sont un énorme gâchis, un gâchis de vie et un gâchis pour notre pays. Dans le monde qui est le nôtre, où la créativité est le moteur de l’économie, où les idées sont le carburant de l’avenir, la France a besoin de tous les siens. Et donc tous les siens doivent pouvoir compter sur la France.

C’est pourquoi j’en appelle aussi dans ce livre à un « nouveau nous Français », à un nouveau sentiment d’appartenance collectif et inclusif. Riches ou pauvres, nous partageons le même destin. Alors, prenons conscience de ce lien qui nous unit au-delà de nos conditions. Toutes et tous, nous sommes la France. Et si nous en sommes conscients et en sommes fiers, 2017 sera à nous et les années qui suivront seront nos obligées. Alors, bonne année 2017, faite de vos beaux projets et de nos belles luttes contre les précarités !

31 Déc

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François Hollande s’est adressé à la France pour lui parler d’elle, de son identité et de son avenir

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Ce soir, le Président de la République, François Hollande s’est adressé à la France pour lui parler d’elle, de son identité et de son avenir.

Lors de ses derniers vœux du quinquennat, il a ainsi adressé un message de confiance à notre pays qui a été capable de faire face au fléau du terrorisme en restant fort, solidaire et uni. Debout face aux épreuves, la France a aussi assuré un rôle décisif dans la défense des valeurs fondamentales dans le monde, et en le faisant avancer sur des questions majeures comme cela a été le cas avec l’accord historique de Paris pour le climat.

Cette confiance en l’avenir peut s’appuyer sur les réformes qui ont été menées depuis 2012. Les comptes publics ont été redressés, de nouveaux droits ont été conquis, l’investissement repart et le nombre des demandeurs d’emploi est en baisse depuis un an.

Fort de son expérience à la tête de l’Etat, François Hollande a donc appelé les Français à ne pas douter mais au contraire à porter nos valeurs, à préserver notre modèle social et à croire en son avenir. Le Parti socialiste rejoint cet appel du Président de la République qui devra être entendu lors des prochaines échéances électorales de 2017 dans une période où, comme il l’a rappelé « ce que nous croyons acquis parfois pour toujours – la démocratie, la liberté, les droits sociaux, l’Europe et même la paix – tout cela devient vulnérable, réversible ».

Le Parti socialiste salue ces vœux présidentiels qui sont l’occasion de rappeler que, lors de son quinquennat, François Hollande a su concilier le redressement économique du pays à la restauration de la place de la France en Europe et dans le monde, tout en répondant aux attentes de nouvelles conquêtes progressistes.

22 Déc

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« La révolution, la gauche et nous », interview croisée de Jean-Christophe Cambadélis et Daniel Cohn Bendit pour L’Obs

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L’Obs publie ce jour une interview croisée de Jean-Christophe Cambadélis et Daniel Cohn-Bendit que vous pouvez retrouver ci-dessous:

Pour Daniel Cohn-Bendit et Jean-Christophe Cambadélis, 1917 a changé la gauche et déterminé leurs choix politiques. L’ex-leader de Mai-68 s’est construit dans une opposition radicale au communisme. Le futur patron du PS s’est nourri des récits de la révolution russe et a fait ses armes dans une organisation trotskiste. Pour « l’Obs », ils ont accepté d’en débattre. Avec le concours d’un autre soixante-huitard, le réalisateur Romain Goupil, vieil ami de « Dany », qu’il accompagnait ce jour-là

Les révolutions russes ont eu lieu il y a cent ans. Pourquoi avoir accepté de venir en débattre avec nous aujourd’hui, au moment où la gauche française a tant d’autres problèmes ?

Daniel Cohn-Bendit Je trouve ça drôle, je n’y avais pas pensé !

Jean-Christophe Cambadélis Je voulais écrire un livre sur 1917, mais je n’aurai pas le temps. L’année 2017 va être un peu occupée pour les socialistes.

Qu’est-ce que ces événements représentent pour chacun de vous personnellement? Quelque chose de fondateur ?

J.-C. C. C’est, avec la guerre de 1914, la matrice du xxe siècle. Et la base de mon engagement politique, qui a démarré avec l’« Histoire de la révolution russe » de Trotski, que j’ai lu un été de mon adolescence. J’ai été emporté par cette histoire d’émancipation des peuples, de grande marche de l’humanité vers sa libération. A cette époque, je militais dans une toute petite organisation qui s’appelait Rouge et Noir [un groupuscule anarchisant, NDLR].

D. C.-B. Toi aussi ? Mais moi, c’était « Noir et Rouge » [une revue anarchiste]! (Rires.)

J.-C. C. A cette époque, les universités étaient très politisées. On vivait, après 68, dans l’espérance que la révolution était imminente. On vibrait à la fin des colonels, à la révolution des Œillets On prenait l’étendard de 1917, parce que c’est la révolution par excellence.

Pourquoi avoir choisi de militer à l’Organisation communiste internationaliste (OCI) ?

J.-C. C. J’ai toujours en mémoire mon arrivée à la faculté de Nanterre. Il y avait vingt ou trente tables avec les différents groupes, LCR, Alliance marxiste révolutionnaire, LO, conseillistes [conseils ouvriers] C’était le temps des groupuscules! Tous avaient une matrice commune, mais je suis allé à l’OCI parce que je pensais que pour faire la révolution, il fallait des ouvriers. Et cette organisation, qui avait des liens avec FO, était dirigée par un ouvrier de la RATP, Stéphane Just, et par un salarié de la Sécurité sociale, Pierre Lambert. Les autres organisations étaient à mes yeux celles d’intellectuels petits-bourgeois.

Et vous, Daniel Cohn-Bendit, vous n’avez pas été attiré par cette geste de 1917? Il y avait, dans vos années de jeunesse, le « communisme libertaire » dont vous étiez proche

D. C.-B. Je n’ai jamais été communiste ni trotskiste! Communisme et libertaire, c’est un oxymore qui ne fonctionne pas! Et j’ai eu la chance d’avoir un grand frère, de neuf ans mon aîné, qui avait fait toutes les conneries : il a été sartrien, trotskiste, il a été à la IVe Internationale, il a même trouvé LO sympathique Pour moi, 1917, c’est une référence négative, le début de la construction de mon opposition radicale au marxisme et au bolchevisme. Cette révolution-là a démontré que le putschisme bolchevique, qui a été dans la tête de tous les communistes depuis, avait quelque chose d’absolument terrifiant : la négation de toute possibilité de démocratie. Mes références positives de 1917, ce sont les conseils révolutionnaires, les révoltés de Kronstadt [en 1921, les marins de cette base navale russe se révoltent contre la dictature du parti bolchevique]. C’est un élément constituant de mon libertarisme et de mon identité politique.

Vous n’étiez pas fasciné par cette révolution ?

D. C.-B. Moi aussi j’ai lu l’« Histoire de la révolution russe » de Trotski, c’est vrai que c’est fascinant. Le Trotski de 1905, celui des conseils ouvriers, est presque libertaire. Mais son ralliement au léninisme a été une catastrophe. L’idée au coeur du bolchevisme, c’est qu’il y a une science de la révolution et que le parti possède la vérité. C’est là où commence le drame de tout révolutionnaire !

J.-C. C. Ce qui motive mon romantisme initial, c’est la révolution russe, mais c’est la révolution trahie! D’emblée, je suis antistalinien. Se mêlent dans mon engagement l’espoir d’une humanité qui change – « les masses montant à l’assaut des étoiles », pour reprendre une expression de l’époque – et l’idée qu’elle a été trahie par une bureaucratie. Donc la pureté de l’engagement est préservée. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas pourquoi autant de jeunes se sont engagés dans le trotskisme.

D. C.-B. Pour l’avenir de la Russie à l’époque, l’idéal aurait été la victoire des mencheviks. Cela aurait permis une évolution positive dans un moment politique difficile pour les Russes et, par la suite, la naissance d’une démocratie, disons bourgeoise.

J.-C. C. Je ne veux pas t’embarrasser, mais j’ai eu de nombreuses discussions avec François Mitterrand sur la révolution russe, et il défendait la même thèse (sourire) : le gouvernement provisoire d’Alexandre Kerenski permettait une transition démocratique. Mais Mitterrand me disait : « La révolution, on la fait quand elle vient. Quand elle ne vient pas, vous, les trotskistes, vous construisez un petit parti qui attend qu’elle vienne, et vous perdez beaucoup de temps. Pendant ce temps-là, vous n’améliorez pas la situation. »

Les germes du totalitarisme étaient-ils déjà dans la révolution de 1917 ?

J.-C. C. A partir du moment où le but n’est plus le changement social par rapport au tsarisme mais le maintien du parti, le totalitarisme est là !

D. C.-B. La révolution était présentée comme une science dont le parti était porteur. A partir de là, il n’y a aucun espace de démocratie. En mathématiques, tu ne peux pas voter! Tu ne soumets pas « deux et deux font quatre » au référendum !

J.-C. C. Tout vient du texte de Lénine, en 1908, « Matérialisme et empiriocriticisme ». Pour lui, entre matérialisme et idéalisme, il n’y a rien. Entre le prolétariat ou la bourgeoisie, il n’y a rien. C’est la dictature soit de l’un soit de l’autre. Ce livre, que Trotski avait violemment critiqué, est la matrice de ce bolchevisme dégénéré.

D. C.-B. Certes, mais c’est Marx qui le premier a théorisé la science de la révolution. Ce qui a été catastrophique, après, ce n’est pas seulement le parti mais cette volonté de « prendre le pouvoir ». Tous ces groupes que j’ai pu côtoyer, après, me cassaient les pieds avec ce problème du pouvoir! Au début de 68, Joan Baez passe à Paris. Elle veut discuter avec des étudiants. Elle est contre la guerre du Vietnam et défend le « pacifisme ». Vous ne pouvez pas imaginer ce qu’elle a pris! « La révolution, c’est la prise du pouvoir, le pacifisme, c’est l’arme de la bourgeoisie. »

Romain Goupil On taxait sans arrêt les autres de « déviationnisme ». Il y avait une loi et l’OCI se posait en gardien de celle-ci. C’était encadré, vous imaginez mal à quel point on bossait, chacun dans les AG pouvait citer des phrases de la révolution.

Que reste-t-il de 1917 dans la gauche française aujourd’hui?

D. C.-B. Ce qui frappe, ce sont ses répercussions idéologiques jusqu’à aujourd’hui! La révolution russe est longtemps restée une matrice. Si tu disais un mot contre, tu étais renvoyé à la droite ou à l’extrême droite.

J.-C. C. Cet événement a pesé, a formé beaucoup de responsables politiques à la passion de l’histoire. Je me faisais cette réflexion en écoutant les intervenants, le 3 décembre, au rendez-vous de la Belle Alliance populaire. Tous les orateurs faisaient des références à l’histoire, disaient : « Il faut être au rendez-vous de l’histoire. » Mais il y a belle lurette que les uns et les autres ont rompu avec le matérialisme historique, l’avant-garde du prolétariat ou la nécessité de faire le bonheur des masses à leur place.

D. C.-B. Le peuple de gauche, celui qu’on voit descendre dans la rue, est toujours empreint de cette idée révolutionnaire. Cette idée qu’on ne changera les choses que s’il y a une rupture radicale avec le capitalisme. Cette pulsion révolutionnaire rend très difficile pour un gouvernement de gauche en France d’être réformiste et accepté.

Cette mémoire de 1917 n’explique-t-elle pas cette forme de schizophrénie d’une partie de la gauche qui caresse l’idée de révolution mais se montre, dans les faits, réformiste?

R. G. C’est vraiment le problème. Il n’y a eu en France ni Bad Godesberg [le célèbre congrès par lequel, en 1959, le parti social-démocrate allemand rompt avec le marxisme et se rallie à l’économie de marché] ni aggiornamento. Quand tu entends Nuit debout ou les frondeurs Ceux qui assument la rupture avec la révolution sont forcément des traîtres. Dans une manif sur la loi travail, ne dis surtout pas « on pourrait obtenir un compromis » ! Cent ans après, c’est encore très prégnant.

J.-C. C. Ce qui reste, c’est le vocabulaire de la traîtrise ! Quand un gouvernement de gauche est au pouvoir, il est obligatoirement traître à la cause. Regardez le discours du Bourget de François Hollande en 2012.

D. C.-B.
Un discours minable.

J.-C. C. Un discours de campagne. En germe, il y avait la traîtrise, le PS lié au patronat.

D. C.-B. 1917, c’est la radicalité. Mais dans le monde d’aujourd’hui, il ne peut pas y avoir de gouvernement qui ne soit pas dans le réformisme, dans les compromis. Regardez Angela Merkel : elle fait une coalition avec les sociaux-démocrates. On me rétorque que ce sont les Allemands, comme si le compromis était génétique !

J.-C. C. La culture du compromis en France a eu du mal à exister. Deux cultures ont dominé : soit le parti avait raison – c’est la culture du PCF -, soit le chef avait raison, c’est la culture bonapartiste.

D. C.-B. Et la gauche a gagné quand elle avait les deux à bord !

J.-C. C. Ce compromis, peu d’organisations, peu de syndicats, le portaient. A partir du moment où le parti ou le chef avait raison, pas besoin de prendre en compte le réel. Au fond du fond de tout homme politique en France, il y a la révolution, cette idée que nous avons donnée de l’universel à l’humanité.

Pensez-vous que la référence à 1917 demeurera pour les nouvelles générations politiques ?

J.-C. C. Tout cela sera englouti par la nouvelle culture du clic, du SMS. Les jeunes générations politiques sont tacticiennes et peu romantiques !

D. C.-B. Beaucoup de jeunes s’engagent aujourd’hui, pour aider les réfugiés par exemple. Mais la tradition organisationnelle des partis ne leur correspond plus. Si vous deviez ne retenir qu’un personnage secondaire de la révolution russe

D. C.-B. Alexandra Kollontaï, l’égérie des conseillistes.

J.-C. C. Je vais aggraver mon cas. Iakov Sverdlov. L’homme qui dans l’ombre a organisé réellement la révolution avec Trotski. Un idéaliste qui n’a jamais voulu se mettre en avant.

Propos recueillis par Pascal Riché et Maël Thierry

Crédit photos: Mathieu Delmestre

27 Oct

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«Voter à l’extrême-droite n’est pas en accord avec la tradition juive», interview à Israël Actualités

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ITW Israël Actualités oct 2016

 Israël Actualités publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

Le premier secrétaire du Parti Socialiste revient d’Israël. Un séjour qu’il a apprécié et qui l’a marqué par bien des aspects. Il a voulu partager avec nos lecteurs ses impressions mais aussi aborder ce qui nous préoccupe : alyah, antisémitisme, relations de la gauche avec Israël, avec l’islam de France et échéance électorale majeure. A l’approche de la Présidentielle, Israël Actualités proposera régulièrement des grandes interviews de responsables politiques de premier plan, afin d’interroger les différents partis et candidats sur tous les sujets, en particulier ceux qui nous tiennent à cœur. Nous inaugurons donc cette série de rendez-vous avec Jean-Christophe Cambadélis.

Bonjour Monsieur Cambadélis et merci d’accepter ce rendez-vous avec nos lecteurs. Ma première question sera sur Israël. Quel regard portez-vous sur ce pays ?

J’en reviens. J’ai passé plusieurs jours en Israël. Je suis allé me recueillir sur la tombe des assassinés de l’Hyper cacher, sur la tombe d’Ilan Halimi. J’étais là-bas le jour de la mort de Shimon Pérès, il y avait donc, dans l’air, une vraie ambiance de deuil. Et en même temps cela m’a permis d’appréhender la situation très particulière qui est celle de ce peuple. Les Israéliens ont un pays en véritable boum économique : ça construit partout, il y a des grues partout, des autoroutes, des trains à grande vitesse, mais une certaine joie de vivre d’ailleurs quand on est à Tel-Aviv. En parallèle, on sent également un arrière-fond de méfiance, de peur de l’agression, du terrorisme, de la guerre. Un pays encerclé par des peuples qui ne lui veulent pas du bien. Et cette double tension crée une atmosphère très particulière qu’on ne connaît dans aucun autre pays au monde. J’ai aussi été reçu par Mahmoud Abbas. J’ai vu tous les responsables politiques israéliens et palestiniens. J’ai essayé de plaider là-bas la solution française lors d’une conférence internationale tout en respectant les partis. Au fond je suis allé là-bas, non pour donner des leçons, mais pour comprendre.

Parlons de l’Alyah française qui a été massive ces dernières années. De plus en plus de juifs partent en Israël, est-ce un désaveu ? Un constat d’échec pour la France qui se vide de ses juifs en quelque sorte ?

C’est un drame pour la France. Au fond cela veut dire que des juifs estiment qu’ils ne peuvent plus vivre comme ils le souhaitent en France. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de cette situation, parce que c’est un échec. Face à ce constat, je dis qu’il faut avoir à cœur de maintenir les principes républicains qui permettent une France fraternelle.

Un élément, particulièrement, a joué un rôle important dans cette émigration, c’est le terrorisme. Il a d’abord visé les juifs avec l’affaire Ilan Halimi puis l’affaire Merah. Pourtant on a le sentiment que tant qu’on ne visait que des juifs, cela n’était pas considéré comme du terrorisme…

Moi en tous les cas, j’ai toujours considéré cela comme du terrorisme. Quand on tue des Français quelles que soient leurs origines, leur religion ou leur inclinaison, c’est du terrorisme. Moi je ne fais pas de hiérarchie. Quand on commence à en faire, c’est qu’on est déjà dans le début de l’antisémitisme. Donc, le terrorisme est là. Il frappe. Il frappe maintenant, indifféremment les Français quels qu’ils soient.

Lorsqu’un déséquilibré en Israël attaque des civils ou un centre commercial comme le Sarona market, on a du mal à entendre les condamnations de la classe politique, en général, surtout à la gauche de l’échiquier politique… Pourtant c’est le même terrorisme qu’il y a en Israël que celui qu’il y a Nice, à Paris…

Tout à fait. Il faut condamner tous les crimes contre des êtres humains d’où qu’ils viennent et quel que soit l’endroit où ils se déploient. Moi je n’ai aucun problème à le faire. Même si je constate qu’à gauche ça peut exister ou qu’il y a parfois des réticences à vouloir l’exprimer !

Attardons-nous sur le sujet de la sécurité : le festival de Cannes 2016, les jeux olympiques, l’Euro, autant de manifestations pour lesquelles l’expertise israélienne en la matière a été sollicitée. La France va-t-elle, de ce point de vue, renforcer ses liens avec Israël au niveau sécuritaire ?

Je crois que les liens avec Israël sont, dans ce domaine, excellents. Tant du point du vue du renseignement que de la collaboration militaire par rapport à L’Etat Islamique. Quand on a du bombarder L’EI, l’espace aérien israélien nous a été ouvert sans problème dans la seconde. J’ai rencontré des responsables qui s’occupent du renseignement et on sait qu’ils sont pointus. Ils m’ont fait part d’une excellente collaboration avec la France. Il y a, entre la France et Israël, des désaccords sur la manière d’aborder le problème de la paix. Ces derniers nous disent « notre sécurité c’est à nous de la gérer, ce n’est pas à vous, Français, de nous dire comment assurer notre sécurité ».

« Ce n’est pas avec le FN que la communauté juive sera plus protégée ou respectée »

Parlons d’antisémitisme : il est aujourd’hui le fruit d’une frange de la population musulmane envers la communauté juive. L’école de la République a-t-elle échoué dans l’enseignement du vivre ensemble ?

Malheureusement l’antisémitisme ne se niche pas seulement dans une fraction minoritaire de la communauté musulmane. Il existe aussi à la droite de l’échiquier français un antisémitisme militant, jamais démenti.

Certes, mais ceux qui tuent des juifs ou qui commettent des attentats sont à 100 % des personnes issues de la communauté musulmane. Non ?

Je crois qu’il vaudrait mieux, plutôt que de dire issus de la communauté musulmane, bien caractériser les gens et les choses : on parle non pas de musulmans, mais d’islamistes intégristes. Daech, ce n’est pas, heureusement, la lecture majoritaire du monde arabo-musulman. C’est ultra minoritaire et le Djihad terroriste n’est pas porté par l’ensemble des musulmans.

Que dites-vous de la tribune qui est passée dans le JDD du mois d’août lorsque des intellectuels musulmans ont pris la parole pour condamner les attentats, en passant les victimes juives sous silence ?

C’est regrettable, mais je crois que c’était précisément l’inverse de ce qu’ils voulaient faire. Ils voulaient démontrer qu’il y avait une autre voie, d’ailleurs peut être plus laïque que cultuelle et quand on les connaît, ce qui est mon cas, puisque je connais un certain nombre d’entre eux, on ne peut pas faire leur procès. Cela dit, c’est regrettable et cela a donné lieu à une polémique qu’eux ne souhaitaient pas. Bien au contraire…

L’antisémitisme aujourd’hui, se cache aussi sous un vocable plus sournois : antisionisme. Que pensez-vous du BDS et de son boycott organisé ?

Cette question m’a été posée par les membres du Fatah. Et je leur ai répondu qu’il était possible en France de critiquer Israël, comme n’importe quel autre pays, mais que ce n’était pas possible, y compris constitutionnellement, d’organiser une campagne visant à bloquer ou interdire les produits venant d’Israël. Que la solution qui avait été trouvée me semblait acceptable, à savoir que l’on indique la provenance des produits, car chacun a le droit de choisir les produits qu’il veut consommer. Ils ont accepté ma déclaration.

A droite comme à gauche, les primaires s’annoncent et l’ambiance est tendue. Les candidats d’un même camp n’hésitent pas à s’affronter durement…

La primaire c’est un peu comme la sélection de l’équipe de France de football : il faut des matches préliminaires pour trouver le meilleur collectif et dans ce cas le meilleur candidat. Ce que je dis, à ma famille politique, c’est débattez mais dans le respect, car l’heure viendra où il faudra se rassembler…

Que dites-vous aux juifs qui seraient tentés par l’extrême droite, essentiellement pour des raisons sécuritaires ?

« Je dirais que la stigmatisation de l’autre n’est pas dans la tradition juive et que ce n’est pas avec le Front National que la communauté sera plus respectée et plus protégée. Loin de là.

Si François Hollande déclarait forfait, ce qui pourrait être le cas, quel serait votre candidat ?

Je n’ai pas à faire de choix. Je souhaite, justement, que ce soit le vote des sympathisants de gauche qui choisissent le candidat à l’élection présidentielle. Avec ou sans François Hollande.

Quel est le message, pour conclure, que vous voulez faire passer aux juifs de France ?

On les aime.

 

Propos recueillis par Alain Sayada

 

29 Juin

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L’invité de Frédéric Rivière sur RFI

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Jean-Christophe Cambadélis était ce matin l’invité de Frédéric Rivière sur RFI.

 

Retrouvez ci-dessous la vidéo de l’interview ainsi que ses principales déclarations:

Jean-Christophe Cambadélis (PS): « ….. par rfi
Conséquences du Brexit :

Le peuple anglais a voté et il faut le respecter.

Une situation où l’on ne sait pas où l’on va serait préjudiciable à la fois pour l’Angleterre et pour l’Europe

Si l’Angleterre ne sait pas où elle va, il y aura des tensions économiques, des tensions sur les marchés financiers, et ce n’est pas bon pour l’Angleterre qui est déjà dans une situation extrêmement difficile, après ce choc, et je crois qu’il faut aller vite
Il faut à la fois rassurer en Angleterre et au niveau de l’Europe car les gens sont inquiets

Les Anglais se sont rendus un mauvais service. Le problème posé à l’Europe c’est comment nous allons faire.

L’Europe que défendaient les anglais était handicapante. Cette dernière est morte.

Il y a une opportunité. Je ne dis pas que c’est une bonne chose, c’est une opportunité pour faire autre chose que ce qui a été fait jusqu’à présent

C’est une opportunité pour la France. Tout le monde comprend que la France, par exemple, est maintenant la représentante de l’Europe au Conseil de sécurité. (…) Tout le monde comprend que la France est attractive sur le plan financier ou sur le plan de l’industrie. Tout le monde comprend que le poids relatif de la France vis-à-vis de l’Allemagne s’est accru.

Loi Travail

Il faut entendre ce que va dire la commission, il faut entendre ce que dira le gouvernement, il faut revenir bien sûr sur le texte du Sénat, qui est passé inaperçu mais qui est une régression totale et après on va voir ce qu’il est possible de faire évoluer, mais la voie est étroite parce qu’il ne faut pas changer l’architecture de la loi.

Je ne rentre pas dans la discussion avec l’idée de passer au 49-3. Je pense que tout le monde a évolué. Particulièrement ceux qui étaient pour le retrait, que ce soit dans les organisations syndicales, que ce soit au Parlement. J’observe que le ton et les réflexions par exemple de ceux qu’on appelle les frondeurs ne sont plus du tout les mêmes. Qu’aujourd’hui il y a la volonté -est-ce que elle sera affirmée jusqu’au bout, je n’en sais rien, je le souhaite- de trouver le chemin d’un compromis

Primaires

Les primaires c’est un acte démocratique. Nous avons inventé les primaires, nous inventons qu’elles s’appliquent y compris à un président sortant. Nous avons été suivis dans le premier cas, nous le serons dans le second.

27 Mar

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L’invité de Caroline Roux dans C Politique sur France 5

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C politique 27032016C politique bis 27032016

Jean-Christophe Cambadélis était dimanche 27 mars l’invité de Caroline Roux dans l’émission C Politique sur France 5.

 

Retrouvez la vidéo de l’émission ci-dessous ainsi que ses principales déclarations:

 

Attentats / Bruxelles

Sur la manifestation d’extrémistes à Bruxelles: « C’est ce que veulent les terroristes: la grande séparation. Par leur action ils veulent une réaction qui stigmatise tous les musulmans ».

« Je milite pour la concorde nationale. Faisons attention aujourd’hui à garder la dimension de concorde nationale.

Nous sommes une guerre asymétrique, au front mobile avec des attentats aveugles.

Les hommes et les femmes politiques ne devraient pas chercher à montrer que l’adversaire politique est laxiste. L’enjeu c’est l’efficacité, de trouver des mesures pour combattre le terrorisme.

Il y a une psychologie nationale à avoir: il faut savoir que nous sommes dans une situation où l’ennemi peut à frapper à tout moment.

Je suis pour la constitution d’un état major européen de lutte contre le terrorisme. Il faut plus de coordination. (…) Si colère il doit y avoir c’est contre les terroristes pas contre l’Europe. Les peuples ont répondu avec responsabilité, dignité. Il n’y a pas eu de cris accusant l’Europe. Ils ont cherché à faire bloc. »

Des Molenbeek en France ?

« La stratégie contre les terroristes ce n’est pas d’isoler les musulmans.

Il y a des problèmes, il ne faut pas les fuir. Il y a des poches, des rues, des immeubles. Mais ne parlons pas de « quartiers ».

Dans les quartiers il y a de la réussite, il y a de l’intégration, il y a des diplômés.
Je ne suis pas pour la stigmatisation des quartiers. Je préfère montrer ce qui réussit plutôt que de rejeter. Dans les quartiers en difficulté, il faut être en soutien des associations et des acteurs sociaux.

Les attentats c’est depuis un an, la radicalisation c’est depuis longtemps. Il faut parler, échanger pour bloquer et éviter que d’autres générations s’engagent dans ce même processus.
Je crois au langage de la raison, je crois qu’il faut considérer la personne pour pouvoir échanger. (…) Le pacte républicain ça veut dire un vivre ensemble.

Le soir des élections régionales j’ai dit qu’il fallait une inflexion sur le précariat.

Pour casser les ghettos sociaux il faut aussi que les villes riches acceptent aussi leur part de logement social. Les Républicains s’opposent à cela.
Ce qui s’est passé après le 13/11 a montré une volonté de mener la bataille contre des cristallisations sectaires. »

Chômage

« La France avec son filet social est un pays qui protège le mieux sa population.

Le PS a engagé plus que tout autre gouvernement un travail dans le sens de l’emploi: CICE, pacte de responsabilité,  loi El Khomri.

On n’interpelle jamais le Medef sur la croissance économique ou le chômage. Où sont passés les 40 milliards mis sur la table ? Les organisations syndicales patronales, c’est toujours moins pour les salariés et toujours plus pour l’entreprise.

Loi Travail: cette loi était déséquilibrée, maintenant elle est plus équilibrée, c’est un nouveau départ. Il faut toujours discuter et savoir enregistrer les évolutions positives. »

Politique du gouvernement / Election présidentielle

« Aujourd’hui nous sommes dans la contestation. Quand nous serons dans l’élection présidentielle nous serons dans la constatation.

L’absence de la gauche aux présidentielles serait le début de la fin: la marginalisation totale de la gauche.

Si on se divise, si on se fragmente à gauche, nous disparaîtrons d’un certain nombre de territoires.

Les Français ne vont pas répondre à la question « est-ce que vous appréciez la politique menée » mais qui allez vous prendre comme Président  de la République? Les Français vont chercher l’homme qui pourra affronter ce type de période, quelqu’un qui peut faire le job.

Qui peut dans la gauche gagner une élection présidentielle ? Celui qui est en situation.  Je suis pour l’homme qui aura incarné la France dans l’épreuve pour conduire la France.

Je suis conscient que les français sont plus qu’interrogatifs par rapport à ce que nous faisons.

Le PS a fait un choix, celui de la lutte contre le chômage. Il était nécessaire de reconstruire l’appareil productif pour ensuite redistribuer.

Je dis à tout le monde: il ne faut pas essayer de se distinguer mais de se qualifier. Il faut être unis et prendre ce qu’il y a de mieux dans chacun. »

19 Fév

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Entretien avec L’Observateur du Maroc et d’Afrique

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L’Observateur du Maroc et d’Afrique publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en intégralité ci-dessous:

 

D’abord cette question d’actualité, êtes-vous satisfait de l’élargissement à gauche du nouveau gouvernement?

C’est un élargissement de l’assise gouvernementale qui permet de s’approcher de ce que fut le premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault avec des socialistes, des écologistes et des radicaux. C’est un gouvernement arc-en-ciel. Ce remaniement élargit donc la base gouvernementale et nous en avions besoin.

Que répondez-vous aux critiques notamment à gauche qui estiment que ce remaniement est finalement un calcul politicien visant clairement à préparer les prochaines élections?

Dans une époque où le « jamais content » l’emporte sur tout autre chose, cela n’est pas étonnant. La sortie de la ministre de la Justice conduisit à la critique d’un gouvernement à base réduite. L’élargissement aux écologistes fut tout autant critiqué… Ainsi va la France

Plusieurs personnalités de gauche réclament une primaire pour 2017. Vous y êtes favorable ?

En rencontrant les responsables de cet appel, j’ai affirmé « nous avons un regard bienveillant sur les primaires ». D’ailleurs, deux responsables ont été désignés pour le comité d’organisation de cette échéance. Nous sommes en faveur d’un candidat de toute la gauche, et que l’ensemble de la gauche puisse désigner un candidat unique. C’est la raison pour laquelle nous avons accepté des participations aux débats qui vont être organisés avant les primaires.

François Hollande n’est donc plus candidat naturel du PS. Pourrait-il y avoir d’autres candidats, notamment parmi les frondeurs ?

C’est un débat que nous n’avons pas encore eu et qui n’est pas tranché. Je ne pense pas que le PS puisse se permettre de présenter plusieurs candidats à la primaire. Cela amènerait à sa destruction et à l’affaiblissement de notre candidat final. Il faudra réfléchir à la présentation maitrisée des candidats PS s’il y en a. Ceci dit, ma position, à titre personnel, c’est qu’il y ait un seul candidat PS dans ce type de primaire.

Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa candidature à la Présidentielle, cela compromet de facto votre volonté d’une primaire de toute la gauche.

Jean-Luc Mélenchon fait son choix. C’est classique et en accord avec ce qu’il pense. Il estime que la présidentielle c’est la rencontre d’un Homme avec un pays. C’est une vieille vision gaulliste et c’est sa vision de la Vème République même s’il défend la VIème République. Déjà lorsqu’il était au PS, il n’aimait pas la primaire. Il n’y a pas de raison qu’il y soit favorable maintenant qu’il n’est plus membre du parti. D’autant qu’il a tiré un trait sur ce qu’il appelle « les vieilles représentations politiques ».

L’alliance populaire constitue votre nouvelle bataille. Pourtant la gauche est divisée, y compris au PS. Croyez-vous toujours à cette alliance ?

Cette Alliance est une construction originale visant à rassembler, au-delà du PS, principalement le réseau associatif et des personnalités qui partagent avec le PS l’idée de répondre au défi de notre époque. Le problème, aujourd’hui, n’est plus de rassembler la gauche au second tour, c’est d’être au second tour! Si l’Alliance populaire commence à se mettre en mouvement, si les gens encartés sont minoritaires par rapport aux citoyens dans cet appel… Bref, si l’Alliance populaire déclinée sur le territoire est un succès, nous allons peser sur nos partenaires verts et communistes afin de construire une alliance beaucoup plus grande.

Le projet de loi de la «Protection de la nation » a été approuvé par les députés. Le texte ne fera pas référence aux binationaux. Finalement c’est « la déchéance pour tous » au risque de permettre la création d’apatrides ?

Par ma voix, le Parti Socialiste (PS) a demandé à ce que le terme «binationaux» ne soit pas inscrit dans le marbre de la constitution. Nous étions en faveur d’une mesure de «flétrissure» de ceux qui avaient pris les armes contre la nation. Nous voulions aussi sauvegarder l’union nationale et cela nous a obligé à utiliser des «expressions»que la droite pouvait voter. Pour l’apatridie, nous étions contre. Au final, le PS a été satisfait des corrections apportées au final au texte…même si beaucoup y sont toujours opposés.

Le président du Sénat Gérard Larcher (Les Républicains) a annoncé sa volonté de revenir à la version initiale du projet de François Hollande, qui visait à étendre la déchéance de nationalité aux binationaux nés en France. Le projet constitutionnel risque-t-il de faire l’objet d’une réécriture au Sénat?

Pour cela il faut une majorité, or le Sénat est composite et la droite divisée. Les élus Les Républicains (LR) à l’Assemblée nationale ont voté le texte sans le terme «binational». Il n’y a pas de raison pour que les sénateurs du même camp votent différemment. Le Parti Socialiste ne suivra évidemment pas l’appel de monsieur Larcher, le Parti Communiste sera globalement contre et les écologistes aussi. Les centristes, eux, demandaient «la déchéance pour tous». Au final, monsieur Larcher n’a pas la majorité de sa posture.

Mais dans les faits, seuls les binationaux sont « expulsables » du territoire français en cas de déchéance. Seraient-ils les seuls visés au risque de créer deux catégories de citoyens ?

D’abord, nous parlons de terroristes ayant commis des crimes de sang. Ensuite, c’est déjà le cas parce que nous avons la déchéance et l’expulsion possibles. Enfin les expulsables non expulsés restent

Pourtant la gauche comme la droite s’accordent à dire que cette mesure est inefficace dans la lutte contre le terrorisme. Pourquoi la maintenir ? Pourquoi ne pas s’en tenir à la loi sur l’indignité nationale ?

Parce qu’il fallait l’unité nationale! J’aurais préféré des formules «plus socialistes», mais nous n’aurions pas eu les votes de la droite. Il n’y aurait donc pas eu de constitutionnalisation de la procédure d’urgence. La difficulté est de réunir les 3/5èmes et pour cela il faut satisfaire tout le monde. Nous aurions pu faire une loi simple puisque nous avons une majorité à l’Assemblée nationale. Mais nous avons décidé de constitutionnaliser certaines mesures. Et pour cela il faut les 3/5èmes.

Le quart de l’hémicycle était présent pour voter le premier article du projet de loi de révision constitutionnelle. L’abstentionnisme des électeurs additionné à l’absentéisme des députés ne créent-ils pas un vrai problème de représentation et de légitimité?

Les parlementaires ne sont pas astreints à une présence pour tous les sujets. Ce n’est pas une tradition et d’ailleurs il ne l’est dans aucun parlement. Et les amendements sont moins importants. En revanche, pour le vote sur la constitutionnalisation de l’état d’urgence, par exemple, tout le monde a voté, et quand il y a eu débat sur l’article 2, les parlementaires étaient présents.

La présence n’est pas obligatoire mais le sujet divise. Est-ce responsable de ne pas voter ?

Au moment du vote, il y avait la commission des affaires étrangères qui traitait du bombardement d’Alep. Il y avait au moins 40 parlementaires. Le travail parlementaire ne se fait pas seulement dans l’hémicycle. Il se fait en commission et sur le terrain. Le paradoxe c’est que quand je suis dans l’hémicycle, mes électeurs me reprochent de ne pas être présent en circonscription. Et quand je suis en circonscription, on me reproche de ne pas être dans l’hémicycle.

Emmanuel Macron s’est opposé à Manuel Valls sur la déchéance de la nationalité, s’attirant ainsi la sympathie des frondeurs. Christiane Taubira a même claqué la porte. Au départ, vous aviez vous-même dit que ce n’était «pas une idée de gauche», vous le pensez toujours ?

Bien sûr que ce n’est pas une idée de gauche! Le dire est une tautologie. Nous n’avions pas voté cette proposition dans nos congrès, ce n’était pas dans notre programme. Mais pour modifier la constitution, il faut les 3/5èmes du parlement. L’union nationale est indispensable. Pour la gauche, il ne faillait pas faire mention aux binationaux mais il fallait également prendre en compte la sensibilité de la droite. Ce n’est certes pas une idée de gauche, mais la déchéance de nationalité était déjà pratiquée, le Code Civil la permettait et le Conseil Constitutionnel avait indiqué qu’il n’était pas défavorable à cette pratique via une question prioritaire de constitutionnalité. Encore une fois, c’était pratiqué auparavant mais ce n’était pas constitutionnalisé. Maintenant, la déchéance sera constitutionnalisée et pratiquée. Honnêtement, même si ce n’est pas une idée de gauche dans les faits, cela ne change pas grand chose.

La lutte contre le terrorisme est aussi un sujet qui divise. Manuel Valls estime qu’«expliquer le jihadisme, c’est déjà vouloir un peu excuser» quand Emmanuel Macron parle de «terreau» favorable. Quelle est votre position ?

Il n’y a aucune justification mais il peut y avoir des explications. Évidemment que les actes terroristes sont injustifiables, mais il faut réfléchir aux causes pour pouvoir les combattre. Il est important de connaitre les raisons qui ont poussé certains jeunes français à se radicaliser et qui les ont poussés à prendre les armes contre d’autres Français. C’est une polémique qui a été médiatiquement grossie. Le Premier ministre n’est pas contre l’explication, il est contre la justification.

La France est très en retard en comparaison avec ses voisins européens sur la déradicalisation. Pourquoi ce retard alors que le problème n’est pas nouveau, et comment le rattraper?

La première raison est que nous avons laissé une grande partie du travail sur le terrain aux associations qui font, je le souligne, un travail extraordinaire. Notre système qui a ses faiblesses et ses qualités, à savoir «l’intégration à la française», implique qu’il n’y ait pas d’actions spécifiques pour une population spécifique. En Angleterre, par exemple, c’est un système communautaire. C’est donc la communauté qui prend en charge sa propre communauté. En France, si nous avions engagé une action en direction d’une partie spécifique de la population, certains auraient parlé de ségrégation. Nous sommes un peu prisonnier de notre modèle d’intégration à la française, c’est pour cela que nous avons pris du retard. Nous ne pensions pas que la France pourrait être un jour frappée par des Français! A l’époque du GIA, nous avons connu des attaques sur le territoire français, mais ils étaient commis par des Algériens radicalisés. C’était donc le fait de ressortissants de pays étrangers. Concernant les actes les plus récents, il était sidérant de voir des Français s’attaquer à la France. Cela nous a ouvert les yeux sur le nombre important de départs vers la Syrie. Les lois sur les départs vers ce pays sont finalement arrivées bien tardivement même s’il y avait des alertes, il y a déjà longtemps, avec Khaled Kelkal et d’autres. Mais, nous n’avions pas conscience de l’ampleur du phénomène.

Pour lutter contre le terrorisme, au Maroc, la formation des imams a été institutionnalisée. De nombreux imams français sont d’ailleurs formés à l’Institut Mohammed VI de Rabat. Faut-il améliorer cette coopération pour lutter contre le discours radical?

Tout ce qui permet d’éviter la radicalisation et d’élever la connaissance des imams me semble positif. Au Maroc, il y a une tradition presque séculaire, il n’est pas anormal que les imams français s’en inspirent. Je ne considère pas l’islam et les musulmans comme un bloc. Comme toutes les religions et les cultures, l’islam est traversé par des courants contradictoires. Mais tout ce qui permet d’apaiser me semble bienvenu.

Toujours dans le domaine de la lutte antiterroriste, comment les services de renseignements français et marocains peuvent-ils améliorer leur coopération dans la lutte contre le terrorisme?

Je les crois déjà très bons. Le président de la République a remercié publiquement le Maroc pour son concours lors de l’agression de la France.

L’une des causes de la radicalisation et donc du terrorisme est qu’il y a, dans les quartiers populaires en France, un sentiment d’abandon et parallèlement, le discours radical, notamment salafiste, gagne du terrain depuis une trentaine d’années. Qu’est-ce qu’a fait la gauche pour les banlieues qui ont massivement voté pour François Hollande en 2012?

Il y a 400 quartiers en zone prioritaire. L’Etat verse énormément d’argent dans les quartiers populaires. Ce ne sont pas des zones de non-droit, même si il y a parfois des dérapages à condamner. La percée du salafisme en France a été progressive, contrairement à l’Angleterre où des mosquées, au nom du communautarisme, ont été d’emblée dirigées par des gens en sympathie avec Al-Qaida. Il a fallu beaucoup de temps pour que ce pays expulse ces ressortissants qui avaient pignon sur rue pour défendre Al-Qaida. En France, cela s’est fait par entrisme et pas en pleine lumière pour le salafisme et jamais Al-Qaida n’a eu pignon sur rue. Un mouvement piétiste s’est radicalisé et a commencé à déployer et à développer l’idée de la séparation de la communauté musulmane de la République. Avant que ce problème ne prenne une ampleur de masse, il s’est passé du temps.

Pourquoi n’y a-t-il pas l’émergence d’un islam de France ?

L’islam est récent dans l’histoire de la France. Il y a un processus original à construire qui ne peut pas être celui de 1905, avec la séparation de l’église et de l’Etat ou celui de l’adhésion à la République des juifs avec «le serment à la France». La République française c’est le droit de croire ou de ne pas croire. Ce n’est pas vivre selon les lois de sa religion, voire de son interprétation. C’est cet espace en France qu’il faut construire dans le respect de l’islam.

Qu’en est-il du vote des étrangers, promesse de François Hollande, est-il définitivement enterré ?

Je ne comprends pas pourquoi le débat a disparu de l’Assemblée nationale. Je ne partage pas l’idée, majoritaire à gauche, qui veut qu’à cause de la montée du nationalisme en France, nous devons mettre ce sujet de côté. Ce n’est pas ma conception de la politique. Dans ce cas, nous ne parlons plus de rien pour ne fâcher personne.

De nombreux problèmes en France sont liés aux difficultés économiques. Le dernier rapport de la Cour des comptes (10 février) nous apprend que sur les 500.000 contrats de génération fixé par François Hollande d’ici à 2017, seuls 40.300 avaient été signés fin juillet 2015 (il aurait dû y en avoir 220.000). Le dispositif est jugé «complexe et peu lisible par les entreprises». Le contrat de génération est-il un échec?

C’est un revers, ce n’est pas ce que nous voulions. Le dispositif était compliqué, sur une idée intéressante qui a été portée par le Président de la République. Malheureusement, on n’a pas trouvé le moyen pour la simplifier afin qu’elle puisse prospérer.

Mais le chômage en France reste aux alentours de 10 %, alors même qu’il baisse dans le reste des pays de l’OCDE. L’inversion de la courbe du chômage, promesse de campagne de François Hollande, vous semble t-elle possible ?

Il faut faire attention aux comparaisons avec les autres pays. Par exemple, pour l’Angleterre il y a eu la création de 77.000 emplois. En France nous en avons créé 46.000. Notre problème est que nous avons besoin de créer 150.000, compte tenu de notre démographie et des départs à la retraite. Le déficit est très important c’est pour cela qu’il nous faut une politique pour le diminuer. Contrairement à d’autres pays, la France ne produit pas de mini-jobs, mais des emplois. La législation allemande et anglaise permettent, dans une mesure plus importante, la création de «travailleurs pauvres»avec des salaires épouvantables. Les mini-jobs sortent de leurs statiques chômages, mais en France nous ne faisons pas cela. Notre pays a un avantage et un inconvénient c’est qu’en période de crise, son filet social protège les citoyens, malgré ses déficits. Mais en période de reprise de la croissance, c’est un obstacle à sa compétitivité. Il faut donc trouver le bon moyen pour continuer à protéger nos concitoyens tout en permettant la compétitivité. Concernant l’inversion de la courbe du chômage, je pense que c’est possible. La croissance s’améliore. J’espère juste que cela arrivera avant la présidentielle de 2017.

Si cela n’arrivait pas, c’est la droite qui pourrait en profiter. Que pensez-vous du retour de Nicolas Sarkozy ?

Je pense que son retour est difficile. Il a été Président. Il a été battu. Et maintenant il s’inquiète.

Alain Juppé est en tête des sondages. Finalement n’est-il pas un candidat plus «redoutable »pour François Hollande que Nicolas Sarkozy puisqu’il rassemble au-delà de son parti, notamment chez les sympathisants PS ?

La droite n’a pas d’idée neuve. Elle est forte que du rejet de la gauche. Elle est tout autant frappée que d’autres par la déconstruction de l’espace public auquel nous assistons. La primaire de la droite ne réglera pas son problème stratégique. Si c’est Nicolas Sarkozy qui l’emporte, il est presque certain que François Bayrou sera candidat. Si c’est Alain Juppé qui l’emporte, je pense que nous allons voir émerger une droite dure, bonapartiste, décomplexée. Nous l’avons constaté lors des élections régionales, le positionnement de la droite est compliqué à cause de la montée du FN. Je ne suis pas certain qu’Alain Juppé soit en mesure de faire face à cette équation. La droite en France c’est des solutions du passé portées par des hommes dépassés.

Vous évoquez la montée du FN, à quel point cela vous inquiète?

Je combats le FN depuis 1983. J’ai animé différents réseaux pour dire que ce mouvement avait vocation à prospérer car il s’appuie sur une faille qui est le nationalisme et le souverainisme xénophobes. Et là, tous les ingrédients sont réunis. D’un côté, il y a la mondialisation et de l’autre, l’échec européen, le chômage, les réfugiés et bien sur l’islam. Le FN a un espace pour évoluer et présenter une explication fruste aux difficultés quotidiennes que rencontrent les Français. Front national, Les Républicains-UDI, le Parti socialiste et ses alliés, j’ai appelé cela le tripartisme du paysage politique et c’est très inquiétant. Il n’y a évidemment pas 50% de Français qui partagent les idées du FN, mais avec une droite divisée et une gauche émiettée, les 30% du FN pourraient l’emporter.

Il y a eu la première manifestation du mouvement Pegida à Calais dimanche 7 février et l’islamophobie continue de faire débat en France. Quelle est votre position ?

J’ai pris position en disant que le refus du terme «islamophobie» me faisait rire! Il n’y a peut-être pas d’islamophobie mais il y a des islamophobes. En réalité, il y a deux mouvements qui se font face : il y a un mouvement identitaire en France qui estime que l’islam va dominer dans le pays, c’est la théorie du grand remplacement .Ce mouvement veut défendre une identité française qui selon ses membres est «blanche, catholique, apostolique et romaine» et ils veulent se séparer des musulmans, voire parfois les renvoyer «chez eux». Parallèlement, de l’autre côté de l’échiquier, il y a un mouvement radical salafiste, plusieurs nuances existent, mais dans l’ensemble ses membres estiment que la République ne peut pas décider de leur vie quotidienne et qu’ils doivent vivre comme le dit, d’après eux, le coran. Un mouvement nourrit l’autre. Les premiers pensent qu’on veut imposer un certain mode de vie à la République et les seconds pensent que la République veut leur interdire de vivre leur religion. C’est très dangereux et nous sommes juste au début. Je suis très choqué de ce qui s’est passé à Ajaccio et de ce que j’ai entendu à Calais, même si la situation des calaisiens est épouvantable. Cela donne une patine, une indication de la situation en France. Et pour finir mon raisonnement, je suis aussi très inquiet de ce que je lis sur les réseaux sociaux, c’est aussi épouvantable. Il y a une espèce de guerre civile et elle peut à tout moment s’exprimer dans la rue.

La gestion du problème migratoire ne fait pas non plus l’unanimité. L’accueil réservé par la France aux réfugiés vous semble-t-il à la hauteur de leur drame humanitaire?

La situation des réfugiés est terrible. C’est un problème européen. Je suis en faveur d’une conférence internationale sur les réfugiés. Nous avons besoin d’une position solidaire et commune de l’Europe. Je suis pour le traitement politique de la question des réfugiés qui combine une solution là-bas, militaire ou pas, le financement de l’accueil dans les pays limitrophes, la mise en place de « hot spots » dans les pays de la deuxième zone d’accueil. Et une solution solidaire – excusez ce terme épouvantable – pour le solde.

Dans leur grande majorité, les réfugiés ne veulent pas venir en France ou y rester notamment ceux de Calais. Comment l’expliquez-vous ?

C’est parce qu’ils ont des liens qui datent de la colonisation anglaise. Ils ont souvent des proches là-bas. Ils constatent aussi que la situation économique n’est pas bonne et que le FN est à 30%. Le paradoxe c’est que le Front national dit que la France attire les réfugiés pour ses minimas sociaux alors que ce n’est pas vrai. Ils ne veulent pas rester ou venir en France. Après, nous accueillons les réfugiés en fonction des quotas fixés. Il faut que l’Europe fasse plus mais il faut surtout que la guerre s’arrête.

Vous le rappelez, la situation des réfugiés est directement liée au conflit syrien. Laurent Fabius quitte son poste de ministre des Affaires Étrangères pour le Conseil Constitutionnel alors que la situation en Syrie est chaotique, notamment à Alep où le régime de Bachar al-Assad avec l’aide des Russes est entrain de reconquérir la ville. Est-ce un choix responsable ?

Premièrement, il faut lancer un cri d’alerte sur ce qui se passe à Alep. La ville est bombardée, les populations sont dans des situations épouvantables et elles fuient ici. Vladimir Poutine et Bachar al-Assad bombardent et les populations viennent chez nous. Ce n’est pas tolérable et il faut le dénoncer. Je suis étonné de voir que la seule formation politique en France à avoir protesté contre cette situation est le PS. Concernant le départ de Laurent Fabius, certes c’est un homme intelligent, précis et efficace, mais il y a un Quai d’Orsay qui mène une politique. Laurent Fabius était ministre de Jean-Marc Ayrault. Ce dernier était donc informé et en phase avec son ministre. Il n’y aura pas de rupture de continuité.

Toujours concernant le dossier syrien, l’Arabie Saoudite se dit prête à envoyer des troupes au sol si la coalition le décide. Quelle est votre position ?

Tout ce qui permet de régler le conflit le plus rapidement possible doit être étudié. Le retour du printemps m’inquiète, les gens vont recommencer à marcher, il y a urgence ! La Grèce n’est pas en situation de gérer le problème, les turcs sont ambivalents, la Bulgarie ne peut pas faire face. La situation humanitaire va être dramatique. Je suis donc d’accord pour que l’on étudie sérieusement cette possibilité. Mais il faut être prudent. La tension est maximale entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Il ne faut donc pas se précipiter sur une solution qui conduise à un conflit régional.

Autre région touchée par le terrorisme, le Sahel, dans cette zone le caractère transfrontalier de la menace terroriste a exigé une approche régionale. C’est dans cet esprit que l’opération Barkhane est lancée le 1er août 2014. Pourtant, les groupes terroristes prolifèrent et multiplient les actions. Comment la France combat-elle ce terrorisme qui devient une menace pour l’Hexagone et l’Europe?

La France a évité au Mali la constitution d’un Etat terroriste aux portes de l’Europe, même si c’est de l’autre côté du Sahel. Mais le conflit aurait pu se métastaser dans le reste de la région. Notre pays n’a jamais prétendu que son intervention militaire et que sa volonté d’aider à la reconstruction d’un état malien géré par les maliens mettait une fin définitive à la prolifération du terrorisme. Il y a des petites structures réfugiées dans le Sahel ou le sud de la Libye qui peuvent faire des incursions, mais elles ne peuvent pas prétendre gérer un Etat. La présence de la France est indispensable, mais il y a également toute une série de décisions et d’actions à entreprendre comme les élections démocratiques, la construction d’un Etat, la formation d’une armée et la mise en place d’institutions au Mali et dans l’ensemble des pays concernés.

Les groupes terroristes donc Daesh gagnent du terrain en Libye, êtes-vous en faveur d’une action en Libye ?

Je pense que pour mener une action en Libye, il faut réunir deux conditions : la première est que le Conseil de Sécurité de l’ONU prenne une positon en faveur d’une intervention. La deuxième condition, il faut un début de consensus en Libye. Il ne faut pas frapper les terroristes s’il y a un désordre dans l’ensemble du pays. La prise de conscience commence chez les Libyens. Même si la situation est chaotique, ils savent qu’ils doivent quitter l’ère Kadhafi tribale pour constituer l’embryon d’un Etat national. Si ces deux conditions sont réunies. Les Libyens pourront faire appel à la communauté internationale pour participer à une action de reconquête de leur territoire. Il ne faut pas être dans une « attitude » coloniale, il faut répondre à des gens qui veulent combattre le terrorisme.

La réponse sécuritaire est-elle suffisante en Afrique où persiste un problème de gouvernance dans certains pays et de démocratie dans d’autres ?

C’est injuste parce que la croissance africaine va finir par faire pâlir l’Europe riche. Par ailleurs, plus le temps passe, plus les générations sont démocratiques, formées, éduquées. Elles sont d’ailleurs de plus en plus critiques avec les gouvernances monopolisant le pouvoir. Cette génération est soutenue par la France et l’ensemble des pays démocratiques. Cela exerce une pression sur les États pour aller vers une transition démocratique. C’est un processus lent et long. Evidemment, la réponse sécuritaire ne suffit pas. J’ai appelé à une conférence internationale sur les réfugiés pour avoir une vision d’ensemble avec à la fois les pays qui accueillent et ceux qui «envoient». Il faudrait également la présence des pays qui peuvent aider avec des fonds pour sédentariser les populations. Si nous n’adoptons pas une politique globale et totale, nous allons en permanence avoir les mêmes problèmes.

Le roi Mohammed VI a plusieurs fois appelé les Africains à prendre leur destin en main en plaidant pour le co-développement et pour les investissements triangulaires. Que pensez-vous de cette stratégie et comment l’Afrique peut-elle s’émanciper des pays riches?

Toute une série de leaders des années 1960 ont professé cette idée, de voir l’Afrique s’émanciper des gouvernements coloniaux et puis face à la manière coloniale dont la décolonisation s’était faite. Je pense que c’est nécessaire, vu la situation économique des pays européens. Nous investissons beaucoup d’argent dans la présence militaire dans des pays africains alors que nous sommes nous-mêmes en difficulté. De plus, nous avons besoin du développement africain car plus ce continent gigantesque se développe, plus une classe moyenne va consommer. Comme cela s’est passé avec la Chine. Par conséquent, c’est là un facteur de développement pour l’Europe. Le bassin méditerranéen, qui est aujourd’hui à feu et à sang, peut redevenir le poumon de l’humanité et cela grâce aux civilisations qui le traversent et de l’inventivité qui s’y exerce. Les cultures peuvent être beaucoup plus proches que nous voulons le reconnaître. Et l’effet paradoxal de la colonisation réside dans une détestation latente mais dans une reconnaissance constante.

Le Roi du Maroc rencontre François Hollande mercredi, au menu des discussions figure la Cop 22. Comment la France et le Maroc peuvent-ils collaborer dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préparation de la prochaine COP de Marrakech?

D’abord par la réussite de la COP22. La France préside, le Maroc organise. La collaboration est nécessaire. Ensuite, en réalisant les objectifs maitrisables de la COP21. Enfin, en explorant la question de la solidarité mondiale avec les pays émergents dans la transition écologique.


Propos recueillis par Noufissa Charaï