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18 Juil

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Déclaration de Jean-Christophe Cambadélis – Rassemblement de solidarité au siège du Parti socialiste suite à l’attentat de Nice

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2016-07-18 - Hommage aux victimes de Nice-2 

2016-07-18 - Hommage aux victimes de Nice-14


Rassemblement de solidarité au siège du Parti… par PartiSocialiste

 

Déclaration de Jean-Christophe Cambadélis

Siège du Parti socialiste, lundi 18 juillet 2016

(Seul le prononcé fait foi)

 

Cher-es ami-es,

Une fois de plus, le terrorisme islamiste a montré son véritable visage : débordant de haine, fauchant la vie, transformant les instants de fête en moments d’horreur.

Le terrorisme islamiste n’a pas frappé au hasard, il n’a pas assassiné à l’aveugle. Il a choisi le 14 juillet, il a ciblé la France, il a visé le peuple et sa liberté.

Le Parti socialiste condamne ce massacre insupportable, mais aussi un islamisme dévoyé, ultra-sectaire qui a servi d’odieux mandat. Par son acte, le terroriste a voulu donner un sens fanatisé à son non-sens. Nous dénonçons très fermement cette idéologie mortifère qui a tenu le volant de ce camion transformé en arme de guerre.

En ce jour de deuil national, nous pensons aux victimes et à leurs familles, anéanties. Nous pensons aux nombreux blessés qui luttent encore à l’heure qu’il est pour leur vie. Et nous pensons aussi à toutes celles et à tous ceux qui ont assisté à l’horreur et qui n’oublieront jamais ces corps, ces cris, ces pleurs.

Nous tenons à marquer notre immense reconnaissance aux services de secours et aux forces de l’ordre qui ont fait preuve d’un professionnalisme exemplaire. Nous exprimons aussi notre solidarité républicaine aux élus de la ville de Nice, abasourdie, atteinte au cœur.

Cette soif de sang, cette rage de carnage, voilà ce qui animait ce terroriste, zigzagant pour tuer et tuer encore, pour faire un maximum de victimes. L’objectif est limpide : Terroriser un peuple en lui signifiant que la mort peut surgir sans prévenir, advenir par n’importe quel moyen.

Non, le terrorisme islamiste n’est pas aveugle, il vise très bien, il a une stratégie, un plan de bataille. Leurs idéologues et leurs généraux ne sont pas « fous ». Ils veulent que nous lâchions prise en Syrie et en Irak, que nous leur laissions la voie libre en Libye et dans tous les endroits du monde où ils prennent pied avant d’autres conquêtes pour asservir des pays entiers à leurs noirs desseins. Pour ce faire, ils veulent nous faire perdre nos repères et renoncer à nous-mêmes. Ils veulent nous rendre fous. Ils sèment la terreur mais veulent récolter la division et le chaos.

*          *          *

Alors, que faire ?

La guerre.

La guerre, nous y sommes ! Là-bas et nous le savons tous, maintenant ici.

La guerre, nous la menons, avec détermination, sur tous les fronts. Et dans cette guerre, protéger les Français est la première des priorités. Ainsi, le Président de la République François Hollande a pris les mesures adaptées pour renforcer notre dispositif sécuritaire : état d’urgence prolongé de trois mois, maintien de l’opération Sentinelle à son niveau maximal, activation de la réserve opérationnelle.

Dans cette guerre nous portons des coups à l’ennemi, nous réduisons ses réseaux en Europe. Il est réduit à labelliser des supplétifs de la dernière heure pour ne pas être rassurant. Cela indique où il en est réduit.

Enfin Daech veut rallier les Français musulmans, ils les tuent et nos compatriotes musulmans ou pas font front comme toute la communauté nationale. Dans le combat c’est un acquis qu’il faut préserver. Il faudra maintenir notre effort.

Quelque soit notre peine, notre tristesse, notre colère. L’heure est à glorifier nos succès et les coups portés à l’ennemi plutôt que d’offrir le triste visage de nos désunions qui ne peuvent que le renforcer.

J’appelle tous les socialistes à maintenir autant que possible l’union nationale, à souligner nos succès, à la compassion pour nos morts et leurs familles.

J’appelle tous les socialistes, mais au-delà tous les citoyens, à rejoindre cette réserve opérationnelle ainsi que la réserve citoyenne. Il en va de l’endurance de nos forces de sécurité, que Daech cherche délibérément à épuiser.

Comme toute guerre, cette guerre est une guerre de volonté. Il ne faut céder ni au doute, ni à la peur, ni aux passions. Comme pour toute victoire, il faudra se battre avec persévérance et méthode, avec calme et responsabilité.

Cette guerre sera longue. Elle exige une mobilisation de tout le pays. Elle exige du sang froid, de la détermination, de la clairvoyance. Elle mettra à l’épreuve ses dirigeants, son opposition, ses institutions et ses citoyens. Il faut regarder la réalité en face : la France a déjà connu beaucoup d’attentats. Beaucoup trop d’attentats. Ce qui met notre pays sous la menace de l’attentat de trop.

Mais, la France doit tenir. Depuis jeudi soir, la France a le cœur en feu mais elle a su garder un cerveau de glace. C’est vital. C’est l’objectif stratégique de l’État et cela devrait être la ligne de conduite de tout responsable politique français.

Il faut donc éviter le triste spectacle auquel se livrent certaines figures politiques, qui semblent avoir perdu leurs nerfs, le sens de la mesure et le sens des réalités. Nous regrettons les accusations et les propositions ineptes avancées par certains membres de l’opposition, alors même que les corps des victimes étaient encore couchés sur la promenade des Anglais.

Dans l’épreuve, certains dirigeants ont livré leur vérité, révélé leur fébrilité et cédé à la surenchère déplacée. Même le meilleur d’entre eux s’est adonné au pire, assénant qu’on aurait pu éviter l’horreur.

Monsieur Sarkozy s’est empressé de noter la faute de Monsieur Juppé et a rappelé l’évidence : le risque zéro n’existe pas. Il a raison sur un autre point : nous sommes en guerre. La question est donc de savoir pourquoi il prend le risque de gêner les actions de la France, se comportant comme un général donneur de leçons, loin du front, dissertant au milieu de la bataille pour dire qu’il aurait fait différemment et forcément mieux.

Ce n’est pas l’esbroufe qui règlera le problème du terrorisme. Mais l’action sans faille là-bas et la concorde sans faille ici. C’est le cœur d’une union nationale vitale pour la France.

Mais, la palme de l’indécence revient à madame Le Pen, qui veut tout régler « en une journée ». Elle prône une France excitée, occupée à enfermer tout le monde et coupée de l’Europe de la sécurité, oh combien nécessaire ! Nous le disons tranquillement en parlant au cœur et à la raison des Français. La haine ne pourra pas éteindre le mal, elle ne fera que l’étendre. Il faut détruire les bases terroristes, couper leurs réseaux, les mettre hors d’état de nuire en commençant par les isoler. Et ne pas leur construire une solidarité au sein même de la communauté nationale.

Même en politique, il y a un temps pour tout. Nous regrettons profondément que le deuil national de trois jours n’ait pas été respecté. Nous regrettons que la lutte contre le terrorisme ne soit pas politiquement sanctuarisée de toutes polémiques inutiles. Toutes les campagnes électorales du monde et autres primaires ne peuvent justifier le double manquement à la morale et à la concorde nationale. Les Français et l’histoire jugeront.

Nous le savons tous, cette stratégie d’attaques autonomes rend la menace difficile à détecter et les contre-mesures délicates à déployer. Notons que dans le même temps, les services de l’État doivent prévenir les autres modes opératoires déjà utilisés contre Charlie Hebdo, l’hyper Casher, le Stade de France, le Bataclan ou les terrasses.

Faire preuve de raison et de franchise, c’est analyser avec une froide objectivité comment améliorer sans relâche nos dispositifs et nos protocoles face à un ennemi qui s’adapte sans cesse et qui ne se donne, lui, aucunes limites. L’État le fait avec sérieux et continuera à le faire. Nous lui accordons toute notre confiance et tout notre soutien.

Enfin, nous en appelons à un engagement renforcé de nos partenaires européens à nos côtés, sur les fronts militaires – notamment au Sahel – et sur les terrains du renseignement et du contrôle des flux financiers et numériques. Ces attaques sont des crimes contre la civilisation européenne, elles exigent les efforts de toute la communauté européenne.

*          *          *

La France se bat. Elle sait pourquoi elle se bat : la liberté, la démocratie, la République, les droits des femmes, le droit de croire et de ne pas croire. Il va falloir protéger ces acquis politiques, ces piliers de la maison France, contre Daech et également contre les forces extrémistes qui voudront les remettre en cause pour servir leur cause.

Nous ne laisserons pas faire, car la concorde nationale est notre meilleure arme contre le terrorisme islamiste, car la République est notre meilleure ligne de défense.

Oui, il faut savoir comment se battre, pourquoi se battre et pour qui se battre. Nous nous battons pour nos enfants et les enfants de nos enfants.

Il y a eu trop de jeunes destins volés sur cette promenade, dans cette baie qui n’a malheureusement jamais aussi bien porté son nom. Ces enfants disparus, que nous chérissons, nous rappellent à nos responsabilités.

Notre génération n’a pas hérité de la Révolution française, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité : nous les empruntons aux générations futures. Pour pouvoir les transmettre, il faut les défendre.

Nous en sommes conscients et nous ferons tout pour que la France reste forte, c’est-à-dire unie, fidèle à elle-même, toujours au rendez-vous de l’histoire, sous le regard du monde.

 

Crédit photos: Mathieu Delmestre

03 Juil

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L’invité de Francis Letellier dans le 12/13 Dimanche sur France 3

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12:13 France 3 Dimanche

Jean-Christophe Cambadélis était ce dimanche 3 juillet l’invité de Francis Letellier dans le 12/13 Dimanche de France 3.

 

Retrouvez ci-dessous la vidéo de l’interview ainsi que ses principales déclarations:

Invité du 12/13 Dimanche : Jean-Christophe Cambadélis

 

Décès de Michel Rocard

La nouvelle de la mort de Michel Rocard a été un choc pour moi comme pour tous les socialistes.

En plus de l’hommage de la nation il y aura un hommage à Solférino. Au cours de cet hommage à Solférino il y aura une allocution du Premier ministre, d’Alain Bergounioux  et de moi-même.

Nous sommes tous des héritiers de Michel Rocard. Il y a des enseignements à tirer de son parcours. Michel Rocard défendait ses idées avec férocité, même s’il était capable de compromis.

Il faut que le Parti socialiste se dépasse, du point de vue de son organisation et de ses idées.
Mouvement de contestation sur la Loi Travail :

Ce qui est grave, c’est qu’il s’est constitué dans ce mouvement une ultra gauche antidémocratique, qui s’est fixé comme objectif de mettre à terre le Parti socialiste, tant du point de vue de la contestation que de la violence dans l’action. Ça, je le dénonce fortement.

Je pense que devant les risques de violence à Nantes, où dans tout autre endroit où se tiendrait l’université d’été de la Belle alliance populaire, il vaut mieux reporter, suspendre, l’université de cet été. C’est ce que je ferai comme proposition aux acteurs de la Belle alliance populaire. (…) On en discutera pour trouver une autre date qui permette de faire les choses avec plus de sérénité. (…) On nous menaçait de violence sur nos militants, on menaçait de saccager l’ensemble de la ville.

Je ne peux demander à la CGT de suspendre ses manifestations au vu des violences et moi-même maintenir l’université qui entraînera des violences, en faisant en sorte que les réunions ne se tiennent plus.

Le dépôt et le vote d’une motion de censure incluront des sanctions et des exclusions du Parti socialiste. C’est l’avis qu’a rendu la Haute autorité éthique ainsi que la résolution que nous avons adopté lors du dernier Conseil national du Parti socialiste.

Ce n’est pas facile d’être un parti au pouvoir. Il fallait redresser la France qui nous a été laissé dans un triste état.

 

Primaire

Nous avons dû relever le gant de la primaire pour permettre aux électeurs de gauche de discuter.

L’orientation du Parti socialiste pour la présidentielle est sociale et écologiste.

Emmanuel Macron se dit ni de droite, ni de gauche, il ne peut donc pas participer à une primaire de gauche.

Monsieur Montebourg se dit attentif et je le suis également.

Il ne faudrait pas créer des conditions qui permettent de ne pas aller à la primaire. Si on ne veut pas y aller, il ne faut pas reporter la faute sur le Parti Socialiste.

Le PRG veut des discussions sur la primaire. Il y en aura la semaine prochaine

10 Mar

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Décès de Claude Estier : la disparition d’une figure de l’histoire du Parti socialiste

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Claude Estier

Claude Estier s’est éteint ce jour, à l’âge de 90 ans. Par cette disparition, le Parti socialiste perd l’une des figures marquantes de son histoire.

Résistant, journaliste engagé à Libération et au Monde notamment, militant anticolonialiste, écrivain et historien du socialisme : Claude Estier a, sa vie durant, participé aux combats de notre formation politique en embrassant les grandes causes de la gauche.

Nous n’oublions pas qu’il fut le fondateur de L’Unité, l’hebdomadaire du Parti socialiste, au lendemain du Congrès d’Epinay. Tout au long de sa vie politique, il marqua nos débats par son engagement, sa loyauté et sa plume.

Député et conseiller de Paris, il était devenu un visage de la « bande du 18ème » qui accompagna François Mitterrand au pouvoir et pesa dans la conquête socialiste de la capitale.

Elu sénateur en 1986, il avait animé la présidence du groupe socialiste de la Haute assemblée de 1988 à 2004.

Le Parti socialiste adresse ses profondes condoléances à sa famille et à ses proches. Il exprime son amitié à toutes celles et ceux, militants et élus, qui l’ont connu et partagent aujourd’hui la même tristesse.

08 Jan

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Hommage à François Mitterrand – Discours de Jean-Christophe Cambadélis – Jarnac, vendredi 8 janvier 2016

par

Discours de Jean-Christophe CAMBADÉLIS

Premier secrétaire du Parti socialiste

Hommage à François Mitterrand

Jarnac, vendredi 8 janvier 2016

Seul le prononcé fait foi

 

Cher-e-s camarades, cher-e-s ami-e-s,

François Mitterrand. Immense François Mitterrand.

Mitterrand, un homme d’histoire dans l’Histoire pour l’histoire. On ne sait pas comment le résumer. Il a tant vécu, il a tant accompli, il a tant de facettes. Et quand on pense pouvoir éclairer un de ses versants, de fait les autres restent dans l’ombre. C’est que sa vie fut trop riche, trop féconde, pour pouvoir l’embrasser d’un seul regard. Comme la France, si belle, si variée, si grande de sa diversité, Mitterrand est un roman. C’est peut être ce qu’avait voulu dire François Mauriac.

Oui, Mitterrand fut un grand homme. Cela se reconnait au fait que sa propre histoire se confond avec celle de la France. Mitterrand avait la passion de la France. De sa langue, qu’il maitrisait à l’infini. De sa littérature, qu’il côtoyait au quotidien avec gourmandise et qu’il pratiquait occasionnellement avec brio. A un tel niveau d’ailleurs, qu’il aurait très bien pu choisir d’aller chercher les faveurs des lecteurs plutôt que celles des électeurs.

Mais, Mitterrand fut pris par l’histoire, par la vie politique de la France, qu’il aimait par dessus tout. Mitterrand aimait toute la France et l’Europe. Il ne fut jamais rassasié de la France, de ses paysages. Il aimait Jarnac, le berceau de sa famille, sur ses terres dont il garda toujours la mémoire. Je tiens d’ailleurs à saluer son maire, François RABY. Merci également à Martine PINVILLE, Secrétaire d’Etat, Mohamed HADJ-BOAZA, le Premier Fédéral de Charente, merci au Député David COMET ainsi qu’au Président de l’agglomération, Jean-François DAURÉ, de nous accueillir ici en Charente.

Il existe une Charente presque immuable, me permettra-t-on de dire- c’est celle là que je garde en permanence dans mon cœur écrire François Mitterrand en 1994. Mitterrand resta toujours un peu ce jeune charentais, cinquième enfant d’une famille de huit. Il aimait sa famille. Elle s’est élargie depuis la rue Abel Guy. Elle est parmi nous aujourd’hui. J’en salue affectueusement tous les membres ici présents.

*        *        *

Mes chers amis, je voudrais aussi dire quelques mots rapides après les mots éclairants et touchants d’Hubert Védrine, que je salue chaleureusement. Oui, Mitterrand aimait la France plus que tout. Et quand on aime la France, comment ne pas aimer Mitterrand ? Nombreux, surtout à droite, sont ceux qui n’aiment pas vraiment Mitterrand. Ils veulent réduire ce géant à une caricature. Il a tant de replis dans son existence, que ces esprits mal intentionnés vont y loger leurs exégèses apocryphes et leurs controverses stériles.

Je me suis toujours interrogé sur la détestation des élites pour François Mitterrand. Elle tient à son parcours, à sa réussite, à sa culture qu’ils ne pouvaient nier. Elle tient surtout au fait que c’est le peuple français qui leur a imposé cet homme tout autant que cet homme s’est imposé au peuple de France.

Quant à la droite, que retiennent-ils de Mitterrand ? Que disent-ils de Mitterrand : que c’est l’ambition pure, « le » pouvoir pur et dur. Mais, Mitterrand, ce n’est pas l’incarnation du pouvoir ! Ce n’est pas le pouvoir, c’est la gauche au pouvoir. C’est ce que la droite déteste par dessus tout car la droite n’est pas avare de responsables qui aiment le pouvoir. Non, pour elle, Mitterrand a dérobé son bien. Souvenez-vous de la formule d’Alain Peyrefitte en 1970 : « Nous sommes au pouvoir pour trente ans si nous ne faisons pas de bêtises ». C’est ainsi, pour la droite, la gauche arrive toujours au pouvoir par effraction.

Pour Mitterrand, le pouvoir n’était qu’un outil, un outil indispensable pour changer les choses. Il a toujours exercé ses fonctions avec gravité, pour être à la hauteur de la confiance des Français. Alors oui, Mitterrand était un maître du pouvoir, car il était un maître du temps. Il faut suivre les mouvements du réel si l’on veut le chevaucher, un réel mouvant, où rien n’est blanc ou noir, où tout est gris clair et gris foncé. Mais surtout si le vainqueur de 1981 était un stratège qui savait « troubler l’eau pour pêcher », il savait que la politique est l’art de l’exécution. Mitterrand était parfois dur, comment le nier ? Mais il faut le dire, dans ce monde, le cœur se brise ou se bronze. Et il fallait avoir une détermination totale, tempérament trempé pour faire face au talon de fer du pouvoir gaulliste. On l’oublie souvent.

Très tôt, il est vrai, sous François, pointait déjà Mitterrand. Le charisme de Mitterrand précéda celui du Président. Il connaissait sa force de caractère et la force du charisme en politique. Jeune militant, il me dit un jour : « Vous êtes fumeur ? » «Non » lui répondis-je. « Et bien vous vous serez imposé le jour où rentrant dans une salle, on éteindra sa cigarette ». Le charisme c’est cela ! Je ne peux malheureusement le vérifier car il est maintenant interdit de fumer.

Mes chers amis, la droite ne déteste pas seulement Mitterrand parce qu’il incarne la gauche au pouvoir. C’est qu’il incarne aussi la gauche unie, ce que la droite craint par dessus tout. Mitterrand fut le refondateur du Parti Socialiste et en même temps l’artisan de l’union de la gauche. Il ne sépara jamais complètement les deux. L’unité est le talisman de la gauche, son origine disait-il. Homme de rassemblement plus que de synthèse, il chercha sans cesse ce qui renforçait la gauche.

Comment oublier que l’anniversaire que nous fêtons est en 2016, date anniversaire du Front populaire, rassemblement des gauches s’il en fut. Oui, avant 1981, il faut voir Épinay, ce travail de titan pour apprivoiser les ambitions, pour aligner les volontés.

Mitterrand était pragmatique pour trouver le point d’ouverture sur le réel, un bout par lequel l’agripper, pour l’orienter dans le sens de nos valeurs.

Mitterrand, quel bilan ! Le pouvoir, il ne l’a pas seulement conquis, il l’a exercé au service de nos valeurs. Je me souviens de ce soir du 10 mai 1981, où nous avons repris la Bastille. Je me souviens ensuite des mesures historiques, sur la peine de mort, sur les retraites, sur le temps de travail, sur la décentralisation, sur la liberté des ondes.

En quinze ans, François Mitterrand, l’homme qui aimait la France d’avant, inventa la France d’après. Comment oublier le choix visionnaire sur les SS-20, la réunification allemande ou les avancées européennes jusqu’à l’euro ?

Alors, oui, il y a eu 1983, car il y avait la mondialisation qui s’accéléra. Mais François Mitterrand pensait au-delà de 15 jours. Il fallait tenir pour inscrire la gauche dans la durée. Il fallait tenir pour s’inscrire dans l’alternance. Il fallait réussir pour que la France accepte enfin la gauche pour destin à défaut de dessein. Il faut reconnaître que les réformes sociales initiales n’ont pas été remises en cause. Il nous faut reconnaître le bilan de cette dette immense. Disons les choses : 1981 a permis 1997, a permis 2012. Alors, bien entendu, la critique est permise. Certains peuvent avoir la mémoire courte, nous, nous avons la mémoire vive. Il ne me revient pas de faire un inventaire, chacun a son Mitterrand. Nous connaissons les replis de son parcours mais pour nous, socialistes, François Mitterrand est un bloc. Et c’est moi qui le dit alors que j’avais inventé et revendiqué, jeune parlementaire, le droit d’inventaire.

Oui, mes chers amis, François Mitterrand fut un grand homme. Ce qui se reconnait au fait qu’il continue de nous parler alors qu’il nous a quitté. Homme de gauche et homme d’État, il est pour nous un homme de référence. Une figure tutélaire, qui nous a beaucoup appris. Que l’Égalité n’est jamais acquise, qu’elle est toujours un combat. Que lorsque la France rencontre une grande idée, elles font ensemble le tour du monde. Regardez aujourd’hui la COP 21 ! Que gouverner, ce n’est pas plaire, que l’Histoire est tragique, que le France est notre patrie et l’Europe notre avenir.

Oui, se souvenir de Mitterrand c’est toujours regarder vers l’avenir. Ses axiomes doivent nous animer au quotidien : assumer le pouvoir et assurer l’unité. Le Président de la République François Hollande connaît bien la pertinence actuelle de ces vérités éprouvées mais ô combien fragiles. On dit que François Hollande s’inspire de son illustre prédécesseur. Mais, enfin, quel homme de gauche ne le fait pas ! Par sa densité, Mitterrand exerce une attraction sur nous tous. Mais, ce n’est pas une obsession. Après tout, on peut réussir sa vie sans être François Mitterrand ! Je me dis que François Mitterrand qui a connu bien des flux et reflux de l’Histoire, aurait aimé être dans celle que nous vivons. Guerre, terrorisme, réfugiés, panne européenne, question de la Grèce dans la zone euro, montée du nationalisme en Europe et du Front national en France, crise de modèle, crise climatique, que de défis dans lesquels il aurait aimé plonger, que de changements, de métamorphoses qu’il aurait aimé accompagner.

« L’ivresse de la métamorphose » pour paraphraser Stefan Zweig dont il m’avait longuement entretenu. Au delà de l’homme, il tenait son livre, Le monde d’hier, comme un livre magnifique, ce qu’il est. Mais il me disait « on ne fait pas de la politique avec de la nostalgie, et lorsqu’on s’enferme dans hier, on finit par se couper de la vie ».

Oui, il faut avancer dans l’Histoire la torche à la main pour paraphraser Chateaubriand que Mitterrand aimait moins que Lamartine, la torche de ceux qui nous ont précédé nous éclaire. Mais elle ne remplace pas la nécessité de marcher nous-même. Et le plus grand enseignement de François Mitterrand réside dans le fait que la politique ce n’est pas la gestion boutiquière des choses en attendant les élections, mais de peser sur les événements.

Peser sur les événements, pour faire vivre ses valeurs c’est essentiel. Mais ne pas faire des valeurs un refuge pour éviter de peser sur les événements c’est indispensable.

Mes chers amis,

Commémorer Mitterrand, c’est commémorer la victoire du peuple de gauche tout entier. Il le disait lui-même, le 10 mai 1981, c’est l’espoir qui l’a emporté. C’est ainsi, le mitterrandisme est une aventure collective même si François Mitterrand est unique. Il ne faut pas attribuer au seul Mitterrand la responsabilité des succès de la gauche.

Je tiens d’ailleurs ici à saluer ses anciens ministres qui sont présents parmi nous aujourd’hui et qui ont été des artisans fiers et persévérants.

Chers camarades, chers amis,

Aujourd’hui, nous pensons très fort à François Mitterrand. Je sais que toutes et tous, nous nous retrouvons dans ce géant, qui nous donne encore sa force, qui anime encore nos esprits. Mémoire et Histoire sont intimement liées. Alors souvenons-nous, pour pouvoir avancer dans le temps, sur les mers déchainées du présent. Nous ne sommes pas seuls dans ce périple.

François Mitterrand croyait aux forces de l’esprit.

Il a tenu parole : il ne nous a pas quitté.

Je vous remercie.

 

 

Jean-Christophe Cambadélis

Premier secrétaire du Parti socialiste

 

10 Nov

Commentaires fermés sur Décès de Helmut Schmidt

Décès de Helmut Schmidt

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logops160

La mort de l’ancien chancelier et ancien président du groupe SPD au Bundestag, notre camarade Helmut Schmidt nous plonge dans une profonde tristesse.

C’est une très grande perte pour la social-démocratie et pour l’Europe. Il était un grand ami de la France. Nous lui devons beaucoup.

Successeur de Willy Brandt, il a gardé jusqu’au bout un esprit vif et une pensée toujours acérée. Il avait eu lui aussi à affronter le terrorisme et les tensions de la guerre froide, mais il avait aussi renforcé la crédibilité du SPD à gouverner.

Son discours au congrès du SPD en 2011 avait très fortement marqué les esprits car il incitait à construire non pas une Europe allemande, mais une Allemagne européenne.

Le Parti socialiste adresse ses sincères condoléances au peuple allemand qui perd un de ses plus grands chanceliers.

16 Août

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Salut à Julian Bond

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julian-bond-martin-luther-king-voteAu nom du Parti socialiste, je salue la mémoire de Julian Bond, militant des Droits civiques afro-américain qui vient de nous quitter.

Cet enfant de Géorgie fut un des leaders étudiants du comité de coordination d’action non violente (SNCC), une des principales organisations du Mouvement pour les Droits civiques. Depuis son enfance, il avait été influencé par de grandes figures de l’antiracisme comme le chanteur Paul Robeson et l’intellectuel W.E.B. Dubois.

Acteur du Mouvement des droits civiques, il fut aussi le Président de la NAACP, la grande organisation pour l’avancement des personnes de couleur. Membre du Parti démocrate, longtemps élu de Géorgie, Julian Bond avait également été un grand défenseur de la cause LGBT.

Julian Bond ne mourra pas dans nos mémoires alors que 50 ans après les émeutes raciales de Watts, de Ferguson à Charleston, les violences racistes aux Etats-Unis ne sont pas éteintes et de part le monde, la haine contre l’Autre à cause de ses origines, de sa croyance ou de ses choix sexuels ouvre la voie à des débordements de violence sans limites.

Son héritage parle aux Français et aux Européens alors que nous voyons sous nos yeux les ravages du fanatisme et du racisme ainsi que leur pénétration dans les discours publics dans les élections.

Nous continuerons à marcher pour l’égalité entre les hommes et les femmes, l’égalité des droits et la défense des droits civiques de tous.

27 Mai

Commentaires fermés sur L’hommage de la Nation à la Résistance

L’hommage de la Nation à la Résistance

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Ce 27 mai, la patrie marque sa reconnaisse éternelle à deux grandes femmes et deux grands hommes qui combattirent l’ennemi durant la Seconde guerre mondiale, dans les rangs de la Résistance.

Depuis les célébrations du Débarquement en Normandie jusqu’à l’anniversaire de la capitulation des forces de l’Axe, tout le pays peut se remémorer le choix difficiles qu’il fallu faire entre l’indifférence et la Résistance, entre l’insoumission et la
Collaboration. Les sacrifices consentis par des hommes et des femmes anonymes ou non qui ne voulaient pas être des héros, mais simplement, refusant de vivre à genoux.

Ces quatres figures incarnent la France. Hommes et femmes de gauche ou de droite, progressistes ou conservateurs, mais ardents défenseurs d’une République qui ne voulait pas céder un pouce de terrain à la barbarie.

Ce que la Nation leur doit ne se limite pas à quatre années dans les rangs de cette armée des ombres qui contribua à la libération de la France. Geneviève Anthonioz de Gaulle, Pierre Brossolette, Germaine Tillion, et Jean Zay furent de toutes les résistances. Celle contre la pauvreté pour la nièce du Général qui fonda ATD Quart-monde, celle contre l’injustice pour notre camarade Pierre Brossolette, militant socialiste et journaliste de combat, celle contre la guerre d’Algérie que fut Germain Tillion, celle contre l’ignorance pour Jean Zay qui fut le grand ministre de l’Education nationale et des beaux-arts du Front populaire.

Et alors que le programme du CNR fêtera ses 70 ans cette année, souvenons-nous de ce socle sur lequel est bâti notre contrat social et les valeurs au nom desquelles notre peuple doit savoir faire bloc.

Pour la gauche qui a beaucoup des siens dans ce Panthéon qui réunit le pays, Pierre Brossolette et Jean Zay dont les noms fleurissent beaucoup de nos rues ou de nos bâtiments publics, demeurent des exemples qui doivent inspirer les générations présentes et futures toujours en quête de sens.

Même en temps de paix, le devoir de Résistance à toutes les formes d’oppression est la mission que nous devons embrasser si nous voulons être les dignes héritiers de ces grandes figures qui nous ont précédé.

C’est aussi à eux et à des milliers d’anonymes que nous devons notre liberté.

13 Avr

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Hommage à François Maspero

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C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de l’éditeur François Maspero, qui fut le compagnon de route incontournable de générations entières d’étudiants et de militants de gauche.

Petit fils d’un égyptologue, et fils d’un sinologue renommés, François Maspero a aussi vécu dans sa chair le drame de la déportation.

Sans l’immense travail d’édition ou de réédition qu’il réalisa, la vulgarisation des grands et des petits textes politiques du 19ème et du 20ème n’aurait pas été possible. Tout militant avait passé des heures dans sa librairie. Toute bibliothèque militante comptait des dizaines de ses ouvrages et il a rendu accessible les grands textes aux petites mains. Avec lui s’en va une certaine idée de l’édition engagée qui s’est poursuivie plus tard avec La Découverte.

Il appartient au patrimoine de la gauche militante et il manquera à tous ceux qui savent que la politique est un engagement intellectuel et pratique à la fois, où le savoir n’est pas réservé à une élite, mais disponible pour tous.

Salut l’ami…

 

26 Août

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Décès de Christian Bourquin

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Nous apprenons le décès de Christian Bourquin, président de la région Languedoc-Roussillon des suites de la maladie qu’il affrontait avec courage depuis de nombreux mois.

Depuis plus de 20 ans, Christian Bourquin a consacré sa vie aux nombreux mandats locaux que lui ont confiés les électeurs, de la ville de Millas dont il fut le maire et le conseiller général, président du Conseil général des Pyrénées-orientales dès 1998, président de la région Languedoc-Roussillon jusqu’au dernier jour. Député de 1997 à 2002, il était sénateur depuis 2011. Décentralisateur passionné pour sa région, il manquera à sa terre de combat et aux hommes et femmes de gauche.

J’adresse à ses enfants, à ses proches, à ses amis, mes sincères condoléances, en mon nom et au nom du Parti socialiste.

04 Juil

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Hommage à Benoît Duquesne

par

Benoit Duquesne

C’est avec tristesse que j’apprends le décès de Benoît Duquesne, grande figure du journalisme.

Par son sens aigu de l’information, son professionnalisme et sa rigueur, il a su s’imposer à tous comme une référence journalistique.

Avec sa disparition, le service public perd l’un de ses meilleurs serviteurs.

J’adresse mes condoléances à sa famille, à ses proches et à l’ensemble du personnel de France Télévisions.