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29 Déc

Commentaires fermés sur « Le programme de l’UMP est thatchérien » mon entretien au Parisien

« Le programme de l’UMP est thatchérien » mon entretien au Parisien

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logoparisienLe chômage a augmenté en novembre. François Hollande a-t-il perdu son pari, comme le clame l’UMP ?

Je suis choqué de voir que l’UMP critique les chiffres lorsqu’ils sont bons et se réjouit lorsqu’ils sont mauvais ! Une politique de redressement national, après les déficits que la droite nous a laissés, cela prend du temps et cela mérite de la persévérance.

Le gouvernement n’aurait-il pas dû reconnaître que les chiffres étaient mauvais ?

Non, la vérité nous oblige à dire que les chiffres ne sont pas décevants. Ils sont encourageants pour les jeunes et ils marquent une tendance à la décélération du chômage. Pour autant, il n’y a pas encore nettement d’inversion de la courbe. C’est à portée de main !

Le président a-t-il commis une erreur en s’enfermant dans un objectif chiffré ?

Pour réhabiliter la politique, il faut se fixer des objectifs, pas être dans le flou et les faux-semblants.

La réforme fiscale est-elle un bon signal aux entreprises, qui hésitent déjà à embaucher ?

Avec la réforme de la paperasse administrative, c’est au contraire un signe envoyé pour qu’elles recommencent à investir. J’ai cru comprendre que l’objectif du gouvernement n’était pas l’augmentation des impôts, mais l’équilibre financier de la Nation et la simplification de notre système fiscal.

La TVA va augmenter au 1er janvier, au risque d’alimenter la grogne fiscale…

Nous avons voté cette disposition il y un an. Les ménages savent donc depuis longtemps que ça va intervenir. La preuve, ils ont anticipé leurs achats. Et cette mesure permettra aux entreprises de faire face à leurs demandes de financement en abondant le CICE (NDLR crédit d’impôt compétitivité emploi).

Quel bilan tirez-vous de 2013, celui d’une année horrible pour le gouvernement ?

C’était une année de transition. Quand on fait changer de cap au bateau France, il y a forcément quelques clics et quelques couacs…

La France va-t-elle entrer en 2014 dans la « deuxième phase » du quinquennat chère à François Hollande, plus redistributive ?

Non, j’ai toujours pensé que 2013 et 2014 seraient des années de transition dans le redressement productif, économique et moral de la France. Ce sont les années les plus difficiles du quinquennat.

Manuel Valls ferait-il un bon Premier ministre ?

Oui, mais il n’est pas le seul. Et celui qui est en place n’est pas mauvais.

L’exécutif n’a-t-il pas un gros problème de com’ ?

En cette période de vœux, disons qu’on peut effectivement améliorer la communication…

Le président est-il suffisamment soutenu par le PS ?

Le Parti socialiste a parfois quelques ratés, mais globalement il se tient à ses côtés.

La majorité tire parfois à hue et à dia. Le président doit-il faire acte d’autorité ?

Elargissons le champ de l’analyse : à droite, le retour de Nicolas Sarkozy bouscule l’UMP, et l’UDI s’autonomise de l’UMP. Le Front de gauche est au bord de la scission entre Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, et les écologistes ont baissé d’un ton depuis leur congrès. Le FN est, lui, sur un faux plat. On ne peut pas dire que les syndicats appellent à la grève générale, et le Medef n’a pas encore trouvé la bonne posture avec le gouvernement. Sur un plan strictement politique, le président est donc loin d’être dans les cordes !

Mélenchon est-il encore audible ?

Il se marginalise jour après jour. Et plus il s’agite, plus il s’enfonce. C’est regrettable.

Quel est votre pronostic pour les municipales et les européennes ? Va-t-on vers un choc FN ?

Je ne suis pas pessimiste, car je pense que les Français répondront aux deux questions posées : quel est le meilleur maire pour leur ville et qui peut réorienter la construction européenne ? Pour les municipales, je vois un FN à la hausse, s’implantant dans un certain nombre de villes, mais sans gain significatif, et un PS résistant mieux qu’on le croit. Aux européennes, le résultat sera sans doute différencié : je ne pense pas que le FN sera en tête nationalement, mais il peut l’être dans certaines régions. Quant au PS, s’il réussit à installer le véritable enjeu, c’est-à-dire le risque national populiste et la fin de l’ère Barroso marquée par une droite conservatrice immobile, il peut sortir son épingle du jeu.

Pour les municipales, Manuel Valls alerte contre une possible abstention sanction à gauche.

Le grand risque étant l’abstention, il ne faut en effet pas le nourrir par une victoire annoncée, qui n’est pas encore réalisée. Il faut se battre ville par ville et ne pas être dans un optimisme béat.

L’Espagne veut quasiment supprimer le droit à l’avortement, avec les félicitations de Jean-Marie Le Pen.

Cette décision illustre bien le vent réactionnaire qui souffle sur l’Europe. Les gouvernements de droite ont tendance à prendre le tapis roulant de l’histoire à l’envers ! Quant à Jean-Marie Le Pen, il est fidèle à ses idées depuis trente ans et voit avec satisfaction la droite classique venir sur ses positions.

L’UMP a présenté ses « mesures d’urgence » : retraite à 65 ans, contrat unique, dégressivité des allocations chômage…

C’est un programme thatchérien, mais je ne vois pas de majorité dans le pays pour l’appliquer. Faisons attention, la France est dans un état socialement inflammable. Au nom de rodomontades sur le papier, on peut tout faire exploser !

La France est-elle en train de s’enliser en Centrafrique, avec le risque que son intervention dure ?

Dans ce genre d’opération, il ne faut pas s’enfermer dans des délais trop stricts. Mais ce n’est pas la présence française qui crée la guerre civile, c’est la guerre civile qui a créé la présence française. Il faudra des renforts africains, via l’ONU, pour apaiser les tensions.

29 Oct

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Interview dans Opinion internationale : « Reconstruire les frontières des Etats-nations serait défaire l’Europe »

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Opinion internationale a publié une interview que vous pouvez retrouver en cliquant ici et lire ci-dessous:

logo opinion internationaleJean-Christophe Cambadélis, député PS de Paris et Secrétaire national à l’Europe et à l’International revient sur l’actualité politique de ces derniers jours : écoutes de la NSA, relance du débat sur l’immigration suite à l’affaire Leonarda ou encore la montée du populisme en Europe.


Le Monde a révélé lundi matin que la NSA avait espionné les communications des citoyens français. Les Etats-Unis sont-ils les seuls à pratiquer ces écoutes ?

Je ne sais pas si les Etats-Unis sont les seuls à le faire, mais il est clair qu’ils nous écoutent. Je ne pense pourtant pas que l’écoute des citoyens français puisse aider à l’appréhension de groupes terroristes. C’est autant une intrusion dans la vie nationale que dans la vie privée de nos concitoyens, et cela n’est pas tolérable. D’autant que ces pratiques ont lieu entre alliés ! Et la France n’a pas dérogé à la lutte collective contre le terrorisme, que ce soit la présidence Sarkozy ou Hollande. Ceci est donc à la fois incompréhensible et scandaleux.

Que peut-on attendre des suites sur cette affaire ?

Barack Obama ne peut pas penser se sortir de cette situation en la minimisant et en pensant que le temps fera son œuvre. Ces révélations sont entre en train d’empoisonner les relations américaines et européennes. Obama se doit donc de parler, que l’on puisse mesurer les raisons de ces écoutes. Nous sommes actuellement dans une négociation pour un traité de libre-échange transatlantique qui pourrait « capoter » en raison de la mauvaise humeur des européens vis-à-vis de leur partenaire américain.

La présidente brésilienne a réagi très fortement et concrètement après que des révélations d’écoutes semblables se soient produites au Brésil. Il semble que jusqu’ici la France ait été plutôt discrète. Serait-ce parce que la France utiliserait les mêmes pratiques ?

Il est vraisemblable que la France, à une moindre échelle toutefois, dispose d’un système d’écoute et de défense performant, puisque nous sommes réputés comme connaissant le mieux au monde les réseaux terroristes comme Al-Qaïda. Mais dans le cas présent, nous parlons d’écoutes à grande échelle, où personne n’est à l’abri, ce qui est différent.

Ne trouvez-vous pas déroutant, en tant qu’homme politique français d’être écouté par nos amis américains ? Cela change-t-il vos comportements ?

Non, il est très difficile de se surveiller et de surveiller ses paroles constamment. Le téléphone est un élément constitutif de la vie quotidienne et politique. Mais, j’estime que la protection de la correspondance téléphonique est un élément démocratique essentiel. Les américains nous font de mauvaises manières par ces écoutes, et  il ne semble pas que ces dernières soient justifiées par leur efficacité au regard de ce qui s’est passé ces dernières années aux Etats-Unis.

Un Conseil Européen se tient cette semaine à Bruxelles et il y sera question entre autres de la liberté numérique. Doit-on en attendre quelque chose ?

Dans ce domaine, les européens ont pris conscience de la nécessité de se protéger, de protéger leurs ressortissants, et leurs brevets, ils sont assez allant sur ce sujet, plus que sur d’autres. Mais à ce Conseil, la question des flux migratoires, sera aussi abordée, notamment sur les moyens donnés au contrôle des frontières extérieures de l’Europe et du soutien de ces pays d’où partent beaucoup de ces immigrés en Europe.

Sur l’affaire Leonarda, François Hollande a déclaré autoriser son retour à elle seule, et pas au reste de sa famille. Au final, il n’a satisfait personne. Comprenez-vous cette décision ?

Je la comprends parfaitement et je la soutiens. Il y a trois volets dans cette affaire. Le premier est le respect de l’Etat de droit. Dans ce cas, il a été respecté. Toutefois, cela a pris du temps, il faudra certes une réforme, puisque cinq ans d’attente pour statuer sur une demande d’asile est une durée trop longue.

Deuxièmement, on  a respecté les valeurs, puisque François Hollande a demandé au ministre de l’Intérieur de préciser les conditions dans lesquelles une personne scolarisée peut être ramenée à la frontière. Personne ne peut être arraché au milieu scolaire, qui doit être sanctuarisé.

Puis, il y a le geste, pour répondre à l’objet des manifestations lycéennes et qui est dirigé vers la famille : Leonarda pourra revenir en France étudier, sachant qu’elle a une sœur adulte qui pourrait l’accueillir. Or, dans le cas présent, il est devenu évident que Leonarda est otage de la situation politique française qui cherche à l’instrumentaliser mais aussi otage de sa famille qui cherche à l’utiliser pour revenir en France. Le Président de la République a donc réussi à respecter les principes républicains et à tendre la main de manière humaine dans une situation difficile.

Il s’agit finalement d’une décision prise sous le coup de l’émotion et non du droit. Comment justifier son retour à elle et pas de ses frères et sœurs également scolarisés ? Pourquoi elle et pas les autres enfants scolarisées et expulsés sur les mêmes critères?

L’émotion, dans cette affaire, n’est pas venue de Leonarda elle-même mais des conditions dans lesquelles elle a été soustraite à la communauté scolaire. C’est ce qui a provoqué le tollé. Il faut savoir qu’il y a plus de reconduite à la frontière sous le mandat de François Hollande que sous celui de Nicolas Sarkozy. Ceci n’a pas été particulièrement vanté par les communiqués du Parti socialiste ou par le Premier ministre. Ce sont vraiment les conditions de l’arrestation de Leonarda qui ont provoqué ce tohu-bohu. Cette action a été faite, avec un « manque de discernement » dit-on, et certains ont été jusqu’à parler de rafle, ce qui à mon sens est vraiment signe de l’hystérie ambiante.

Ne faut-il pas changer la loi ? N’est-ce pas la réponse la plus adaptée à cette situation ?

Il y a ici matière à changer le droit, à la faire évoluer. La loi actuelle ne règle pas tous les problèmes, comme l’a fait remarquer Jean-François Copé qui semble avoir oublié que c’est l’ancien gouvernement qu’il soutenait qui est à l’origine de cette loi. Elle doit en tous cas évoluer car, en effet, la durée de cinq ans est trop longue et débouche sur des situations impossibles. Il faut réduire ce temps de manière à ce que les migrants soient au plus vite informés.

Je tiens cependant à dire que tout ce débat politique a un côté très artificiel, voir hystérique. En effet, il n’y a pas une seule formation politique en France qui demande la régularisation de tous les sans-papiers. Personne ne défend le  « transfrontierisme », pour reprendre le mot de Jean-Pierre Chevènement. Tous ont conscience, depuis la synthèse jospinienne et rocardienne, que l’on ne peut accueillir tout le malheur du monde, mais seulement une part, notre part. A partir du moment où l’on ne peut pas accueillir tout le monde, il faut bien des lois pour savoir qui accueillir et qui ne pas accueillir. Les personnes que l’on ne peut pas accueillir, il faut les reconduire à la frontière. Cette idée fait consensus !

Dans ces conditions, estimez-vous encore possible de réfléchir à une nouvelle loi sur l’immigration ? Ne pensez-vous pas qu’il y a une vraie fracture au sein du Parti socialiste qui ferait que personne n’oserait plus aborder et reformer ce sujet ?

Non, je pense que la réforme aura lieu dans un temps voulu, d’ici six mois à un an, et qu’à partir du moment où aucun courant ou personnalité du Parti socialiste ne réclame la régularisation de tous les sans-papiers et l’accueil de tous les étrangers, il faut bien améliorer les lois et tout le monde devra y travailler. Bien sûr, il faudra qu’elles soient plus humaines, que l’intégration soit possible dans de bonnes conditions. Mais je ne pense pas qu’il y aura une foire d’empoigne dans le Parti sur ce sujet, parce que justement tout le monde a pu constater que les lois en vigueur aujourd’hui n’étaient pas satisfaisantes. Lorsque France Terre d’Asile et d’autres associations appellent à la réforme, ce n’est pas pour que tous soient accueillis, mais pour que le tri – le mot est malheureux mais nécessaire – se fasse sur de bonnes bases.

On a l’impression que les politiques veulent nous faire croire que l’Europe va toujours se protéger contre des tentatives d’entrée sur le sol de personnes sans revenu… Lorsque l’on voit le drame de Lampedusa ou la France qui se propose d’accueillir 500 réfugiés syriens sur les 2 millions existants, ne croyez-vous pas qu’il faudrait changer le discours sur ces entrées qui se feront de plus en plus importante à l’avenir, pour des raisons économiques et politiques 
?

Changer de politique voudrait dire que l’on abat les frontières et que l’on ne résiste plus aux pressions migratoires. En imaginez-vous les conséquences, dans une Europe vieillissante où, ou l’islamophobie et la xénophobie gagnent les pays un par un, où la situation économique est difficile ?

Il n’est pas anormal qu’un Etat, voir un ensemble d’Etats décide qui peut, ou non, vivre sur son territoire. La théorie selon laquelle on pourrait aller où l’on veut pour s’installer où l’on veut n’est pas une théorie de gauche, ce n’est pas une théorie que la gauche peut porter. Ce serait la remise en cause du principe républicain, puisque ce dernier doit être lié à un Etat-nation. Je ne suis personnellement pas choqué que l’Europe réfléchisse à la manière dont elle contrôle les flux migratoires, tout comme elle devrait réfléchir à la manière dont elle contrôle les marchandises qui rentrent sur son territoire.

Mais faut-il en arriver à revoir Schengen et remettre des douaniers aux postes frontières ?

L’Europe s’organise à ses frontières, car c’est une nécessité et ce n’est pas encore fait. En revanche, reconstruire les frontières des Etats-nations serait défaire l’Europe, et je ne pense pas que ce soit utile face aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Il vaut mieux être d’accord avec un ensemble de pays pour réguler qu’être seul et enfermé.

Etes-vous favorable à l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’espace Schengen ?

Non, tout comme que le Premier ministre l’a exprimé.

Pourtant la Roumanie rempli toutes les conditions à une adhésion…

Cette question, bien qu’approuvée par la Commission européenne, est contestée par un certain nombres d’Etats-nations et pas seulement la France. Il existe un vrai problème de lisibilité des rapports qui ont été fournis à l’Europe.

Les Roumains et les Bulgares ne seraient-ils pas « les plombiers polonais » de 2005, les bouc-émissaires des problèmes européens ?

Je ne le pense pas. La Bulgarie est le pays le plus pauvre d’Europe et est confrontée à une situation épouvantable. Les minorités dans ces pays sont dans des conditions très difficiles, et l’on ne s’en soucie que lorsqu’elles se mettent en mouvement. Depuis que la Bulgarie a fait sa demande d’adhésion à l’Europe, la Bulgarie a perdu 1/3 de ses habitants qui ont quitté le pays. La Bulgarie n’a rien à leur offrir, il n’y a plus de travail, pas de possibilité de faire vivre les familles. Les distorsions de richesse sont invraisemblables. L’intégration de la Bulgarie exigerait donc une nouvelle politique macroéconomique pour l’ensemble de l’Europe, de façon à ce que les gens ne se mettent pas en mouvement au sein même de l’Union européenne, avant même de penser à vouloir changer la politique des pays limitrophes de la Méditerranée voir du sub-Sahel pour que ceci décollent économiquement et se sédentarisent.

Un des engagements du Président de la République était le droit de vote des étrangers aux élections locales. Les étrangers qui voulaient voter aux prochaines municipales ne pourront pas le faire. François Hollande a annoncé qu’il saisirait le Parlement, n’est-il pas une volonté d’enterrer cette proposition qu’il avait faite au cours de sa campagne, puisque l’on sait d’avance qu’elle n’obtiendra pas la majorité nécessaire ? Ne faudrait-il pas plutôt envisager un référendum ?

Je pense qu’il aurait fallu faire ceci dès l’arrivée du gouvernement socialiste. Mais l’argument pour ne pas le faire à l’époque était que les socialistes avaient été élus pour régler les problèmes économiques et que les Français n’auraient pas compris un départ de mandat sur le droit de vote des étrangers. Je constate qu’à partir du moment où on ne l’a pas fait au moment où les conditions politiques étaient les meilleures – puisque les centristes et l’opinion étaient plus favorables – cette fenêtre s’est fermée.

Le problème n’est donc pas institutionnel mais politique. Si on ne travaille pas la question, en d’autres termes si on ne crée pas un rapport de force dans la société française, à l’évidence, les élus prenant en compte la réalité de leur terrain et songeant à leur réélection, ils ne voteront pas pour cette loi. Le Président de la République a eu raison de donner une seconde chance au droit de vote des étrangers en repoussant la discussion après les municipales. Mais si les forces de gauche qui sont attachées à cette évolution ne mènent pas campagne et restent tétanisés par la campagne du Front national, on ne pourra pas obtenir le changement du rapport de force.

Vous dites que la France change de paradigme politique en passant d’une forme de bipartisme à un tripartisme, où le troisième pôle serait le Front national. Pensez-vous que le FN est durablement inscrit dans la vie politique ? Pensez-vous que cela ne changera-t-il pas complétement la donne de nombreux débats de société, comme sur l’immigration, si le FN devait jouer le rôle d’arbitre ?

Dans un pays où deux Frances s’entrechoquent, l’une qui a fait de l’étranger la source de tous ses maux et l’autre qui prend le monde aux mots, nous allons vers un tripartisme ou l’un des trois partis est d’extrême droite. La gauche redresse petit à petit le pays mais moins vite que la montée de l’impatience provoquant couacs, divisions et interrogations. Ceci rendant peu visibles les succès et renforçant donc l’amertume. La droite ne se remet pas de sa défaite. Seul le pouvoir l’unifiait, elle est aujourd’hui ballotée par les vents. Et les vents sont frontistes. Le Front national profite de la situation. Il se place au centre, rendant les représentations politiques hystériques en attendant le choc électoral que tout le monde pressent. C’est ainsi qu’il faut comprendre la sortie de route de Jean-François Copé sur le droit du sol. C’est dire les conséquences de l’entrée du FN dans des centaines de conseils municipaux. Poussée poujadiste de type 1956 ou mouvement durable difficile à dire. Mais on peut pronostiquer une séquence qui ira jusqu’à la prochaine présidentielle où la lutte sera acharnée pour être au deuxième tour. Les dégâts dans la société et pour le rayonnement de la France peuvent être considérables.

N’y a t-il pas une partie de la gauche, notamment au Parti socialiste, qui instrumentalise le FN pour battre la droite ?

Je ne le crois pas et ceux qui imaginent qu’un « 21 avril » ne pourrait pas se reproduire feraient une grave erreur.

07 Oct

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Interview dans Le Figaro

par

logofigaroLe Figaro publie une interview que vous pouvez retrouver en cliquant ici et ci-dessous:

INTERVIEW – Le député de Paris observe une tendance lourde de montée en Europe de la xénophobie, de l’islamophobie, de l’amertume sociale face à la politique d’austérité et de réduction des déficits, et du désespoir face à des lendemains qui déchantent.

LE FIGARO – Les candidats de gauche ont une nouvelle fois été éliminés dès le premier tour à Brignoles. Quelles leçons en tirez-vous?

Jean-Christophe CAMBADÉLIS – Cela commence à faire beaucoup. Le cocktail «abstention-mobilisation frontiste» est redoutable pour la gauche, mais aussi pour tous les autres partis républicains. Plusieurs leçons peuvent être tirées de l’élection partielle de Brignoles: à l’évidence, la participation a été faible. Parallèlement, les extrêmes, en particulier le Front national, mobilisent leurs troupes. Ensuite, la perception d’une France qui se redresse est obscurcie par la multiplication des couacs, des polémiques et des querelles subalternes. Enfin, si la gauche est divisée, elle accentue l’idée que cela ne vaut pas la peine d’aller voter. L’électorat républicain n’a plus d’enthousiasme.

Êtes-vous favorable au front républicain?

Bien sûr. Car il faut lutter contre le FN qui est un parti qui porte le désordre comme la nuée porte l’orage. Entre la haine sociale et l’apartheid comme options finales, au bout, c’est la France et la République qui sont abîmées. Comment combattre le FN? D’abord, il serait bon que les républicains des deux bords s’accordent sur la nocivité de cette formation politique. Ensuite, il faut assécher le FN, et l’endiguer. L’assécher, en luttant contre le chômage et l’insécurité, et en prônant une autre Europe. L’endiguer par le front républicain que nous allons encore pratiquer, nous socialistes, à Brignoles, dimanche prochain. Il faudra aussi faire en sorte de rassembler les gauches et les écologistes au premier tour des élections à venir. Car nous sommes dans une tendance lourde de montée en Europe de la xénophobie, de l’islamophobie, de l’amertume sociale face à la politique d’austérité et de réduction des déficits, et du désespoir face à des lendemains qui déchantent.

Vous avez été l’un des principaux concepteurs de la gauche plurielle, sous Lionel Jospin. Qu’en reste-t-il aujourd’hui?

La gauche est plus unie qu’on ne le dit car il y aura au final plus d’union des gauches et des Verts que de divisions entre nous. Mais le côté spectaculaire de ces divisions dans certaines métropoles et grandes villes va rejaillir sur l’ensemble de la campagne électorale. Ce qui va brouiller notre message, et c’est là la grande difficulté. Car, au fond, 75 % des Français sont hostiles au FN, mais la droite refuse le front républicain, et la gauche est divisée. Donc le FN profite de cette situation.

Faut-il voir dans ce premier tour à Brignoles la marque d’une désaffection croissante à l’égard des politiques quels qu’ils soient?

Il y a bien sûr une désaffection. Les électeurs traditionnels de la gauche et de la droite participent de moins en moins au vote. Mécaniquement, l’électorat des partis extrêmes se mobilise plus et fait des scores importants. On est dans un mouvement presque mathématique d’une hypermobilisation frontiste, et d’une démobilisation de l’électorat républicain.

04 Oct

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Interview sur lepoinf.fr: « Marine Le Pen a réveillé l’anti-lepénisme »

par

logolepoint160Jean-Christophe Cambadélis a donné une interview au Point que vous pouvez lire ci-dessous ou retrouver sur leur site en cliquant ici.

Par Emmanuel Berretta

Le Point.fr : Finalement, Marine Le Pen renonce à poursuivre tous ceux – trop nombreux – qui qualifient son parti d’extrême droite. Vous y êtes un peu pour quelque chose à travers votre appel aux internautes à la ramener à cette étiquette politique…

Jean-Christophe Cambadélis : Elle a renoncé à poursuivre tous ceux qui la qualifieraient d’extrême droite parce qu’elle a pris un mur ! Sur le Net, mon appel citoyen a été suivi par des dizaines de milliers d’internautes, et même des députés UMP. En vérité, elle recule parce qu’elle a commis une faute. Elle a réveillé l’anti-lepénisme qui dormait tranquillement. Les chercheurs qui s’y sont mis ont rappelé l’historique du FN… Et tout cela, au moment où elle pensait profiter du sondage TNS Sofres du Figaro où elle rentre dans le top 3 des personnalités politiques.

Au-delà de l’agitation sur Internet, que peut faire le gouvernement contre la montée du Front national qui paraît inéluctable lors des deux prochains scrutins, municipales et européennes ?

Nous pouvons faire trois choses. D’abord, assécher les raisons de cette percée en inversant la courbe du chômage et en réduisant les inégalités salariales. Ensuite, en réaffirmant les principes républicains de liberté et d’égalité et en les inscrivant dans la vie quotidienne de la vie politique, en matière de sécurité ou d’accès aux services publics. Et, enfin, il nous faut renvoyer Marine Le Pen hors la République en indiquant que son projet, c’est l’instauration d’une société de l’apartheid entre, d’un côté, des Français dits de souche et, de l’autre, des « Français de papier », comme ils disent. Ceci est porteur de graves tensions dans la société et aura des conséquences sur le rayonnement de la France.

Manuel Valls remporte un vrai triomphe dans l’opinion en rappelant sa fermeté vis-à-vis des Roms. Mais, à plus long terme, ce genre d’attitude consistant à pointer du doigt une communauté indistinctement ne fait-il pas le jeu de Marine Le Pen ?

Ne recommençons pas le feuilleton. Il n’y a pas une position de Manuel Valls, mais une position du gouvernement vis-à-vis des 20 000 Roms en France qui combine à la fois le respect de la loi et l’intégration partout où c’est possible. C’est l’ordre généreux. Les Français sont dans une double attente. D’une part, ils manifestent de la générosité devant les malheurs qui s’abattent sur cette population, la misère de ces camps. Et dans le même temps, ils ne supportent pas les petites rapines, les dérives mafieuses et la mendicité agressive. L’ordre généreux appelle également une capacité à agir au niveau de l’Europe.

Pensez-vous que le FN peut remporter certaines villes aux municipales ?

Tout dépendra de l’abstention. Au premier tour, la dynamique frontiste sera irrésistible. Mais le deuxième tour sera celui de l’endiguement. Je pense que le Front républicain empêchera la victoire du FN. Les citoyens ont sans doute le souvenir de ce que furent les expériences municipales du FN à Toulon ou Marignane.

Oui, mais Marine Le Pen a soigné le casting de ses candidats qui sont nettement plus présentables…

Dans les villes, 70 % de la population ne souhaite pas être perçue comme une ville du Front national. En revanche, il y aura beaucoup de conseillers municipaux FN, et cela ne sera pas sans conséquence sur la manière dont les problèmes seront posés dans les villes. Cela créera des tensions. On commence à en avoir une petite idée avec ce qui se passe au Raincy, quand Éric Raoult, le maire, s’oppose à une salle de gym gérée par une musulmane qui porte le voile…

29 Sep

2 Comments

C’est insupportable !

par

nouvelobs– Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls estime qu’une minorité seulement des Roms a un projet d’intégration en France. « Ils ont des modes de vie en confrontation. Et cela veut bien dire que les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie », assure-t-il. Un ministre de gauche dans un gouvernement de gauche peut-il affirmer qu’une minorité ne peut pas s’intégrer en France ?

Jean-Christophe Cambadélis : Quand on est un ministre de gauche, on applique la loi. La loi, c’est celle du 24 juillet 2006 mais aussi la circulaire d’août 2012 que les ministres ont signé. C’est ce qu’à rappeler justement le Premier ministre, Jean Marc-Ayrault. C’est cela que doit appliquer Manuel Valls.

– Il n’y a donc aucune ressemblance entre le discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble en août 2010 et celui de Manuel Valls cet été ?

Non, il n’y a aucune ressemblance. Le cœur du discours de Nicolas Sarkozy, qui est celui de Patrick Buisson, fut la criminalisation de l’immigration avec cette fameuse phrase : « Nous subissons les conséquences de 50 années d’immigration insuffisamment régulées qui ont abouti à un échec de l’intégration « . C’est le cœur même de l’argumentation frontiste. Manuel Valls ne dit jamais cela. Il applique la loi.

– Pourtant, les propos du ministre de l’Intérieur sont contestés au sein de la majorité et au sein du gouvernement…

– Les polémiques entre ministres au sein du gouvernement deviennent intolérables. Elles doivent cesser. Le Premier ministre, qui est le chef du gouvernement, fixe une ligne politique. Et quand on est ministre, on la suit. Un ministre ne doit pas être le représentant de son parti politique ou de son courant politique. Chaque fois il y a une polémique pour venir obscurcir les succès du gouvernement.

Quant à la majorité, elle doit réagir. Si nous continuons sur cette voie, les élections municipales vont être difficiles et les élections européennes catastrophiques. C’est surtout la France qui tombera dans les mains d’un national poujadisme et cela aura sérieuse conséquence sur le redressement du pays.

– Comment expliquer un tel manque d’unité au sein de la majorité et du gouvernement ?

Ce manque d’unité est dû à des enfants gâtés. C’est de la tactique politicienne pour des intérêts personnels. Et cela touche l’ensemble des familles de la majorité qui sont en proie à des interrogations. Chez les Verts, Noël Mamère démissionne et Pascal Durand le secrétaire national jette l’éponge. Du côté du Parti communiste, il y a de nouveau une vraie division. Jean-Luc Mélenchon veut fonder un nouveau Front de gauche après les élections municipales car il ne veut pas entendre parler du Parti socialiste. Les radicaux font battre le gouvernent au Sénat. Et au PS, nous enquillons les polémiques : les impôts, le pouvoir d’achat, l’intégration des Roms et le non-cumul des mandats.

– Concrètement, vous appelez à une unité renouvelée ?

J’appelle à une prise de conscience collective. Il faut un sursaut de la majorité présidentielle. Chacun doit prendre ses responsabilités. Sinon, c’est le Front national qui sera gagnant. Ce que veulent les Français, ce ne sont pas des querelles. Ils souhaitent que le chômage baisse et un redressement productif.

– Cette unité perdue n’est-elle pas le fait d’un manque de débats de fond au sein de la majorité ?

A sein du Parti socialiste, il existe des discussions. Elles se font de vive voix mais elles ne se transforment pas en polémique. Le débat existe et à sa place.

20 Sep

Commentaires fermés sur L’invité de « Décideurs politiques » avec le JDD.fr

L’invité de « Décideurs politiques » avec le JDD.fr

par

jdddecideurs

Jean-Christophe Cambadélis a répondu aujourd’hui aux questions de Bruno Jeudy, rédacteur en chef du service Politique du Journal du Dimanche, et de Caroline Vigoureux du JDD.fr. La vidéo ci-dessous:

 
Décideurs politiques – L’interview du JDD avec… par lejdd