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18 Nov

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Entretien dans le Journal du Dimanche

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C.A: Une partie de la gauche dans la rue contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, la majorité est-elle en train de se fissurer ?

JCC: Nul n’ignorait le nom du Premier Ministre et ses engagements sur ce dossier. Il n’y a pas de surprise. Mais Notre dame des Landes est un symptôme, il y a une faiblesse du point de vue du dialogue à gauche. Dans l’urgence du redressement de la France, nous n’avons pas pu, comme il aurait fallu, associer ni discuter avec les partis de la majorité gouvernementale et même de la gauche. Maintenant que le Président de la République s’est exprimé, que le cap est fixé, l’unité de la majorité est nécessaire. Il y a urgence à mettre en place un comité de liaison de la gauche et des écologistes. Pour dialoguer entre nous et répondre à une droite qui se radicalise.

C.A: Ce comité de liaison doit-il inclure le Front de gauche ?

JCC: Il doit aller au-delà de ceux qui soutiennent la politique gouvernementale. Il faut s’ouvrir aux citoyens dans les ateliers du changement et aux partis politiques qui ne sont pas dans la majorité gouvernementale mais qui étaient dans la majorité présidentielle.

C.A: Le pacte de compétitivité signe-t-il le tournant social-libéral de François Hollande ?

JCC: Ne théorisons pas trop tôt. Il s’agit d’un ajustement, de s’adapter sans se renier. On pourrait plaider la thése sociale-libérale avec les cadeaux aux entreprises et en même temps plaider celle de la régulation avec la création de la Banque Publique d’Investissement et l’entrée des salariés dans les Conseils d’Administration. On va trop vite en besogne.

C.A: François Hollande a amené avec lui, vendredi, en Pologne des grands patrons dont Henri Proglio, proche de Nicolas Sarkozy, surprenant ?

JCC: François Hollande est le président de la France, pas de la gauche. Dans mon livre, La Troisiéme Gauche, je préconise l’alliance des productifs et des progressistes. La France si elle veut construire la République des égaux doit refaire démarrer l’appareil productif. Je suis partisan du compromis historique avec le capital industriel, là où le capital financier reste l’adversaire.

C.A: Le changement, c’est maintenu ?

JCC: Non seulement maintenu mais accru. Il repose sur trois piliers : d’abord la réorientation de l’Europe, ensuite l’assainissement de nos finances et enfin la réindustrialisation de la France. Ils sont tous nécessaires. On ne peut pas faire une politique redistributive dans une situation de quasi récession et de déficits colossaux.

C.A: Le droit de vote des étrangers aux élections locales a semblé être enterré par le Président de la République….

JCC: Pour moi, ce n’est pas une promesse enterrée, c’est un rapport de force différé. Je partage l’idée du président de la république selon laquelle si on n’a pas la majorité des trois cinquiémes, il ne sert à rien de faire battre cette belle idée. Mais je suis satisfait qu’Harlem Désir ait repris dans son discours, hier au conseil national, mon idée d’une campagne pour le droit de vote. Ce combat ne doit pas cesser, l’élection ne peut pas tout, il faut convaincre.

C.A: Que pensez-vous de la Une de The Economist ?

JCC: L’Angleterre n’est pas dans une situation telle qu’elle puisse nous faire la leçon, elle a perdu l’ensemble de son industrie, sauf celle de la finance. Le pays est au bord de l’explosion, avec une fracture communautariste. Mais surtout, à partir du moment où un Président français socialiste avance à petit pas vers une réorientation de l’Europe, les anglosaxons mènent la guerre idéologique à cette France-là.

C.A: Et les Allemands ?

JCC: Je ne suis pas du tout étonné de voir Angela Merkel critiquer à petite touche la France. Elle a symbolisé avec Nicolas Sarkozy une certaine Europe. Le Parti Socialiste Européen va faire le bilan de l’hégémonie de Madame Merkel sur la construction européenne : une récession dans de nombreux pays, des millions de gens jetés dans les rues, des centaines d’entreprises fermées, une situation épouvantable du moral des européens. Bref, il n’y a pas de quoi là aussi faire la leçon à la France. Un grand pays comme l’Allemagne doit respecter les choix français.

08 Juin

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Interview de la semaine pour jdd.fr

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Retrouvez l’interview sur le site jdd.fr en cliquant ici.

INTERVIEW DE LA SEMAINE – A deux jours du premier tour des élections législatives, Jean-Christophe Cambadélis a répondu aux questions du JDD.fr. Le député de Paris se dit « confiant et déterminé ». Et refuse pour l’heure d’officialiser sa candidature à la succession de Martine Aubry à la tête du Parti socialiste. Même s’il se dit « intéressé ».

Dans quel état d’esprit êtes-vous à 48 heures du premier tour des élections législatives?

Confiant et concentré. Confiant parce que je ne vois pas le pays redonner une majorité à une droite qui n’a pas fait le bilan du sarkozysme. Et concentré parce que la mobilisation à gauche est déterminante et déterminée.

Si vous n’obtenez pas la majorité absolue, le gouvernement socialiste devra composer avec le Front de gauche et les écologistes. Est-ce un handicap?

Un handicap, non. Une entrave, oui. Dans le sens où nous n’avons pas le même projet. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle le Front de gauche se présente de manière autonome, contestant le programme du président François Hollande. Il faudra donc pour chaque sujet, trouver les voix du compromis. Ceci entrave l’action alors qu’elle devrait être déterminée et rapide.

Redoutez-vous le pouvoir de nuisance de Jean-Luc Mélenchon et du Front de gauche à l’Assemblée?

Pas du tout. Le Front de gauche a des convictions mais ils ont balisé le terrain. A savoir, ne rien faire qui permette à la droite de se réinstaller pour défendre leurs idées. Ceci doit nous amener à travailler en bonne intelligence.

Envisagez-vous le scénario d’une cohabitation?

Il ne faut jamais rien exclure en politique. D’autant que les sondages ont démontré que tout n’était pas fiable. Mais ça serait tellement désastreux pour la France que je n’ose y penser.«Mélenchon s’est laissé tirer vers le bas»

Considérez-vous que l’objectif d’une majorité absolue à l’Assemblée est à portée de main?

Elle est possible et souhaitable. Une majorité nette permettrait un changement clair.

Jean-François Copé a recadré un élu UMP qui estimait que FN et UMP seraient amenés à « se côtoyer » pour les législatives. Selon vous, la position de l’UMP sur ce sujet est-elle claire?

Nicolas Sarkozy, dans sa campagne, a fait tomber des barrières psychologiques et politiques alors que jusqu’à présent, le Front national était hors les murs de la République. Je pense que la ligne de Jean-François Copé, celle de mettre sur le même plan le Front national et le Front de gauche, est une préparation à une possible alliance. En disant cela, il induit l’idée suivante : « les socialistes ont fait alliance avec le Front de gauche. Pourquoi ne ferions nous pas alliance avec le Front national? ».

L’affrontement entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen à Hénin-Beaumont donne-t-il une bonne image de la politique, et particulièrement des législatives?

Le combat contre le Front national est toujours une chose bien vue. Mais je regrette que dans son enthousiasme à battre Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon se soit laissé tirer vers le bas dans une campagne qui l’abîme tout autant qu’elle abime la démocratie.

Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault se sont affiché main dans la main durant cette campagne. Peut-on dire qu’il n’y a plus de rancune du côté de la première secrétaire?

Martine Aubry n’avait pas de rancune. Depuis longtemps, elle pressentait le choix de François Hollande. Elle a été totalement loyale et efficace pendant la présidentielle, puis pendant les législatives.

Pensez-vous qu’elle le fait par devoir ou par envie?

Je ne sonde pas les cœurs, je ne peux commenter que les faits. Or, dans les faits, à aucun moment on n’a pu prendre Martine Aubry en défaut de solidarité, de combativité lors de la campagne des élections présidentielle et législatives.

«Aubry aura été tout à la fois»A plusieurs reprises, Martine Aubry a laissé planer le doute sur son départ à la tête du parti. Comment l’interprétez-vous?

Je crois qu’elle veut achever un cycle pour le moins vertueux au Parti socialiste, où elle aura été tout à la fois : celle qui a redressé le PS, gagné les élections régionales, municipales, sénatoriales, permis des primaires magnifiques et fait en sorte que François Hollande ait pu gagner la présidentielle et peut-être les législatives. Quand on se souvient de l’état du Parti socialiste au lendemain du Congrès de Reims, on s’imagine qu’elle a envie de terminer ce cycle positivement par une rénovation de l’équipe de direction.

Vous avez déjà manifesté votre intérêt pour reprendre la tête du parti. En quoi êtes-vous plus légitime qu’un autre cadre du PS?

S’intéresser, ce n’est pas se précipiter. Je suis évidemment intéressé à partir du moment où Martine quittera la direction du Parti socialiste. Je reste concentré sur les élections législatives et on verra tout cela plus tard.

Harlem Désir, numéro deux du parti, a déjà officialisé sa candidature. N’avez-vous pas peur de prendre du retard?

Chacun agit comme il l’entend. Harlem Désir a répondu à une question.

François Hollande aurait exprimé sa préférence pour François Resbamen à la tête du parti….

Je ne suis pas certain que ce choix vienne de la bouche même du président de la République. Il va falloir que l’on prenne l’habitude de ne pas le faire trop parler.

C’est-à-dire?

Quand d’autres disent que François Hollande pense que… Je serai très étonné, non pas par le nom de son choix, mais par le fait qu’il l’ait exprimé.

L’absence de Martine Aubry au gouvernement a-t-elle été pour vous une déception?

Une déception, non. Parce que je trouve que ce gouvernement est équilibré, rajeuni, féminisé. Il donne une place non négligeable aux femmes de la diversité. Tout cela fait souffler le vent du changement au sein même de l’équipe gouvernementale. Martine Aubry a fait son choix. Je le respecte. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit des dirigeants politiques préférer rester au sein leur formation plutôt que d’aller dans un ministère.

Cécile Duflot a créé la polémique sur la question du cannabis. Etait-ce le risque à prendre en choisissant une ministre, la patronne d’Europe Ecologie-Les Verts?

C’est toujours la difficulté, surtout en période d’élections législatives. A partir du moment où les écologistes ont des candidats, le responsable du parti est pris dans une tenaille entre la solidarité gouvernementale et la solidarité à sa formation politique. C’est difficile à tenir. D’ailleurs, Dominique Voynet, sur le même sujet, avait fait la même chose au moment de la gauche plurielle.«La droite a peut-être un bilan caché»

L’un des principaux dossiers du gouvernement Ayrault est celui des retraites. Jean-François Copé a dénoncé les « cadeaux électoraux ». Qu’en pensez-vous?

Venant d’un parti qui a gouverné pendant cinq ans pour les plus riches de notre société, c’est assez amusant de se voir reprocher de faire un effort en direction des plus pauvres. On répare une injustice, on reste fidèle à nos engagements. Et on est budgétairement bordé.

La droite accuse aussi le gouvernement d’avoir un « programme caché », notamment quant à une hausse d’impôts, évoquée cette semaine par Martine Aubry…

La droite a peut être un bilan caché qui lui fait dire que la situation sera difficile. Nous attendons de voir ce que va dire la Cour des comptes mais en tout état de cause, nous aurons à gérer la facture de Sarkozy dans les mois qui viennent. Nous avons construit un équilibre budgétaire qui permet de répondre à la fois au désendettement et à une politique sociale. Mais s’il y a une facture cachée dans les comptes de la Nation, nous allons nous en apercevoir et à ce moment là, nous le dirons.

Avec la crise européenne, peut-on s’attendre à un nouveau plan de rigueur dans les mois à venir?

La clé de l’évolution de la situation est européenne. C’est pour cela, que François Hollande propose à juste titre des discussions qui placent au cœur de la réflexion la question de la croissance. Les marchés assaillent les pays majeurs de la zone euro mais les peuples sont assaillis par les conséquences de la politique d’austérité. Donc il faut faire un choix. Soit on gouverne pour les marchés, soit on gouverne pour les peuples.

Qu’avez-vous pensé des premiers pas de François Hollande sur la scène internationale?

Ce sont des premiers pas encourageants même s’ils ne sont pas encore concluants. On peut avoir une politique autonome et indépendante sur un certain nombre de sujets comme l’Afghanistan ou l’attitude vis-à-vis de certains pays, par exemple avec la Russie, sans pour autant faire la leçon aux autres. Cette attitude, à la fois ferme et respectueuse, redonne une nouvelle image à la France, l’image qu’elle n’aurait jamais du perdre.

10 Juin

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Interview dans le JDD.fr: « Il faut sortir du traumatisme »

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La droite s’est réunie mercredi pour parler justice sociale. Que pensez-vous de sa proposition  sur le RSA?

Cela résume bien la philosophie de l’UMP : Punir les pauvres! C’est toujours à cette catégorie de la population que la droite s’en prend. Vous n’entendez jamais le gouvernement dire que la priorité c’est la redistribution ou les salaires. Le discours est toujours le même : ceux qui sont en difficulté ont trop davantages.

Que proposez-vous?

Nous proposons un vaste plan pour relancer la croissance. Sans la croissance, pas d’emplois et donc des déficits sociaux. Nous proposons également une vraie réforme fiscale pour soutenir cette croissance et un modèle de société. Une société écologique, sociale et juste. Nous mettrons en place une politique ciblant les catégories de population les plus en difficulté, comme les jeunes –avec 300.000 emplois créés. Nous nous attaquerons également à la question du logement qui pèse sur le pouvoir d’achat des ménages. Notre stratégie est celle des trois tiers :  un tiers pour la justice sociale, un tiers pour l’avenir, un tiers pour réduire nos déficits. C’est le cercle vertueux du redressement.

François Hollande a avancé des chiffres très ambitieux : un million de logements nouveaux. Est-ce la proposition du PS?

Nous sommes radicaux non? (rires) C’est en effet dans la ligne du PS, même si notre priorité reste le blocage des loyers. Mais oui, nous nous lancerons dans un vaste plan de construction de logements neufs.

Le PS n’a cependant pas été audible sur la question du RSA. C’est pourtant un sujet où vous êtes attendus.

Nous n’avions pas besoin de parler, puisque la droite elle-même se déchire sur le sujet! Un ministre est recadré par le Premier ministre, mais le secrétaire général de l’UMP soutient le dit ministre. Ça ressemble à une belle cacophonie, non? Pourquoi voulez-vous que le PS mette son grain de sel? On les laisse faire car de toute façon, nous aurions été inaudibles. Nous ferons des propositions concrètes en temps et en heure.

Pour améliorer l’exécution des peines,  Eric Ciotti a repris à son compte l’idée d’un encadrement militaire proposée par Ségolène Royal en 2007. Est-ce envisageable?

Là encore, on peut souligner les différences radicales entre le discours de Claude Guéant à Sevran et celui d’Eric Ciotti ! Je propose que l’on se calme dans la surenchère sécuritaire. L’insécurité, c’est aussi un problème d’aménagement du territoire. Quant à la police, on a concentré les forces de police dans les centres ville. En banlieue, on a mis en place, avec la Brigade anti-criminalité (BAC), une politique du coup de poing. Cette politique, qui tourne le dos au maillage policier, a échoué. Il faut donc revoir tout cela et mettre en place une politique de sécurité qui mixe la police locale et une présence de la gendarmerie, mais uniquement quand cela est nécessaire. L’UMP ayant échoué, le ministère de l’Intérieur pousse la surenchère des mots, alors qu’il faut l’efficacité des fait.

François Hollande a  annoncé qu’il souhaiterait augmenter les impôts. Etes-vous sur la même ligne?

« Il faut une réforme fiscale ». Conduira-t-elle pour une certaine frange de la population à une hausse des impôts? Très certainement, car on supprimera des niches fiscales. Mais d’autres se trouveront dans une situation beaucoup plus favorable, avec un impôt progressif. Nous devons être transparents avec les Français et leur dire que nous ne pourrons pas faire face à notre déficit et à nos dépenses d’avenir avec une politique fiscale qui est un gruyère. Il faut chercher l’efficacité, pour la puissance publique. Mieux, la réforme fiscale est indispensable pour retrouver une souveraineté budgétaire.

François Hollande n’est-il pas, idéologiquement, le candidat le plus proche de votre famille social-démocrate?

Il en est tellement proche qu’il se proposait d’être candidat jusqu’au bout contre Dominique Strauss-Kahn ! (rires) C’est donc qu’il se pense différent, non ? Et Martine Aubry est tellement éloignée qu’elle se proposait de le soutenir ! Aubry et Hollande sont-ils si différents ? Comparons : Aubry et Hollande sont tous les deux énarques, ont tous les deux fondés le Club Témoins, ont tous les deux soutenu la candidature de Jacques Delors en 1995, puis celle de Jospin en 2002, avant de participer tous les deux à l’aventure de la gauche plurielle. Aubry et Hollande ont tous les deux voté oui au Traité constitutionnel, et adopté ensemble le programme de la prochaine élection présidentielle. Avec, certes, des caractères différents, ils ont tous les deux dirigé le PS de la même façon, avec des idées réformistes et européennes très ancrées. Donc, si je m’en tiens au cheminement de l’un et de l’autre, ils sont quand même très proches. Et si Hollande se réclame de la social-démocratie, il se préparait à affronter DSK en disant qu’il était plus à gauche que lui (rires). Il est donc, dans ce domaine difficile, de les départager. Si les strauss-kahniens parviennent à se rassembler, nous prendrons d’autres critères pour faire notre choix.

Comment se porte votre courant aujourd’hui?

Il est bousculé, humainement et politiquement. Il était pluriel, il le reste. Mais tous nous voulons faire vivre, dans un cadre nécessairement nouveau, les idées de DSK. Chacun l’affiche au travers de tribunes, d’appels ou de pétitions.  J’ai parlé de convergences parallèles. Elles se rejoignent normalement à l’infini, mais l’infini ici doit être la fin du mois.

Avez-vous choisi votre camp?

Je ne vais pas dire maintenant où je me situe pour ne pas être un obstacle à notre rassemblement. Je pense qu’il faut sortir de ce traumatisme en arrêtant de penser à nous et en pensant aux autres. Il faut mettre à l’ordre du jour une réflexion moins sur ce que nous avons perdu que sur ce que nous voulons gagner, c’est à dire la défaite de Nicolas Sarkozy. Réfléchissons en termes d’efficacité, et pas en termes de témoignage.

Vous visez Pierre Moscovici qui entretient le doute sur sa candidature?

Je ne vais pas critiquer une initiative. Je dis qu’il ne faut pas être sectaire vis-à-vis de tout ce qui provient de la strauss-kahnie. On discutera, je ne suis pas sûr que ce soit la seule option que Pierre Moscovici a en tête.

Et Manuel Valls, qui lui est déjà candidat?

Il a posé sa candidature sur deux plans. D’abord il a 48 ans et ça personne ne peut le nier. Ensuite, il se dit capable d’entraîner l’ensemble de la gauche, ce qui est possible, mais est-il le seul ? J’attends qu’il définisse un peu plus son objectif. Quelles sont ses perspectives? Que propose-t-il au pays?

N’y-t-il pas un risque d’éparpillement des candidatures strauss-kahniennes, comme ce fut le cas au Congrès de Reims, en 2008?

A l’impossible nul n’est tenu. J’appelle au rassemblement,  car rien ne justifie l’éparpillement. Il  y aura d’autres moments pour faire entendre sa singularité.

Avez-vous eu l’occasion de parler à Dominique Strauss-Kahn?

Oui. Mais il ne passe pas son temps au téléphone à appeler Paris comme on peut le lire dans les gazettes. D’abord, parce qu’il ne peut pas le faire. Ensuite, je ne crois pas qu’il en a vraiment envie.  Je l’ai trouvé combatif, mais triste.

Pouvez-vous nous dire où il en est aujourd’hui ? Concentré sur le procès à venir, se repassant le film des événements… ?

Il ne s’exprime pas trop sur ce sujet. Vous comprenez aisément pourquoi. Si ses avocats ne communiquent pas sur les éléments de sa défense, ce n’est pas lui qui va le faire, même à ses amis.

Avez-vous parlé politique avec lui ?

Non. Il n’est pas en train de piloter depuis New York l’avenir de la strauss-kahnie. Ce n’est plus sa préoccupation.

Pensez-vous qu’il puisse, un jour, peser à nouveau sur le débat politique français?

S’il est reconnu, comme je le pense, innocent des faits qui lui sont reprochés, le regard que lui porteront les Français sera plutôt sympathique. S’il est condamné, la question de son retour ne se posera plus.

Vous avez travaillé pendant des années dans son ombre, avec un but : la présidentielle. Lui en voulez-vous?

L’issue du procès  le dira. Si un « not guilty » est prononcé, on sera malheureux car on sera passé à côté de quelque chose. Il faudra alors s’interroger sur les raisons pour lesquelles on en est arrivé là. S’il est condamné pour viol ou agression sexuelle, je ne placerais  pas l’amitié au-dessus de ça. Mais je ne le crois pas coupable. Je ne suis donc pas à l’heure actuelle dans le ressentiment. Je fais simplement le constat d’un immense gâchis si j’en juge la sympathie de l’opinion publique pour DSK. Les gens m’arrêtent dans la rue pour me faire passer des messages pour lui. Les Français l’attendaient. Ce qui revient le plus souvent dans leur bouche : « il était trop haut, donc ils l’ont descendu ». Je ne sais pas qui est ce « Ils » (rires).

Si les Français, d’après vous, soutiennent DSK, ce n’est pas le cas d’Arnaud Montebourg qui a explicitement pris ses distances.

Je suis étonné qu’un avocat soit dans le préjugé coupable. Il fait partie du courant justicialiste de la société française, je crois ? Il devrait savoir ce qu’est la présomption d’innocence. Je pense qu’il est parfois aveuglé par la présomption de reconnaissance.

Une boite de Pandore a été ouverte. On ne compte plus les élues se plaignant de l’attitude de leurs collègues masculins.

L’Assemblée est sexiste mais pas plus, pas moins, que ne l’est notre société. Des propos déplacés, des vannes entre mecs, du sexisme courant, cela existe oui, mais pas plus qu’ailleurs. Il faut arrêter de faire de l’Assemblée le lieu du machisme incarné. Ce n’est pas vrai. Les groupes politiques commencent d’ailleurs à s’imposer une parité, ce qu’il n’y a pas, par exemple, dans les médias.

On est encore très loin de la parité à l’Assemblée. Que faire pour y parvenir?

Vous avez raison, il n’y a pas assez de femmes. Mais il n’y a pas non plus assez de représentants des minorités visibles, de salariés, de gens issus des couches populaires. La représentation est déformée par rapport à la société, elle n’est pas simplement sexuée. Les partis doivent  promouvoir des hommes et des femmes issus de la diversité. Pour les législatives, le PS va faire un gros effort en ce sens. C’est une préoccupation constante de la première secrétaire.

Martine Aubry, comme François Hollande, sont vivement attaqués par Arnaud Montebourg et Manuel Valls, qui leur reprochent d’être là depuis trop longtemps. Comprenez-vous ces critiques?

Je suis un archaïque : je ne pose pas les problèmes en termes de génération, mais en termes d’orientation politique. Ils sont presque jeunes, certes, mais ça fait très longtemps qu’ils font de la politique. On peut être jeune et avoir presque 30 ans de politique dans les jambes. Je ne pense pas qu’il soit bon de poser les problèmes comme cela, sinon il n’aurait pas fallu que Mitterrand soit candidat, lui qui avait déjà été ministre de la IVe République. Je me rappelle d’une phrase qu’il adressait souvent à Laurent Fabius, qui était jeune et conquérant : « Prenez votre place dans la file, là, un peu plus loin, votre tour viendra… « 

Un appel vient d’être lancé pour un retour de Lionel Jospin. Qu’est-ce que cela vous inspire?

Je ne le crois pas dans cet état d’esprit. Mais cela montre que les socialistes avaient un candidat qui était en situation de l’emporter et qu’ils cherchent à reconstituer une offre politique. D’autres réclamaient également le retour de Laurent Fabius. Cela ne veut pas dire que les candidats en piste sont moins bons, cela veut juste dire qu’ils sont autrement bons.

Que conseillez-vous à Martine Aubry quant à l’annonce de sa probable candidature?

Il y a un temps de décence. Et puis peut-être le temps de la présence. Et elle a toujours dit qu’elle respecterait le calendrier. Elle était d’ailleurs en désaccord avec François Hollande, qui s’est déclaré candidat juste après les cantonales. Lui continue sur son offensive, Martine respecte ce qu’elle a dit avant. Si elle se précipitait, on lui reprocherait, c’est une évidence.

Et vous, quand allez-vous annoncer votre soutien à Martine Aubry?

Je vous le répète, il faut d’abord rassembler les strauss-kahniens et  nous aurons, je l’espère, une décision collective.

La primaire est-elle toujours le bon outil pour fédérer les socialistes?

Plus que jamais. Elle va booster notre candidat, le mettre en scelle et clore le doute et la comparaison. Je pense que l’un des candidats se détachera à la fin et ainsi, il sera hors de toutes critiques. Les sondages l’avaient fait pour DSK, mais là, c’est la primaire qui va le faire pour celui ou celle qui sera désigné.

Cela n’avait pas bien marché en 2007.

Non, car on avait raté la séquence suivante : comment se réunir. On avait fait une toute petite convention à la Mutualité. Ségolène n’avait pas fait venir à la tribune Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. Au niveau du conseil politique, nous sommes en train d’y travailler. Nous ferons une grande convention du Parti socialiste qui permettrait un moment de rassemblement entre novembre et les vacances de Noël.

Sous cape, le parti présidentiel revendiquerait presque déjà la victoire.

On peut dire trois choses. D’abord, nous avons connu un rebondissement, il n’est pas impossible qu’il y en ait d’autres. Il ne faut jamais omettre l’aléa en politique. Deuxièmement, le rapport de Nicolas Sarkozy avec la France est détestable et pour l’instant il ne l’a pas inversé. Il n’y a pas de désir sarkozyste dans le pays. Il y a un rejet. A leur place, ce point me ferait douter. Le troisième est qu’il n’y a pas de projet sarkozyste, il n’y a que le bilan, et il est ô combien calamiteux. On sait ce que Sarkozy proposera à la France, la continuité de ce qu’il a fait. Ce qui le met dans une situation de campagne extrêmement difficile. Il va devoir défendre son bilan quand nous défendrons un projet alternatif. Il est donc en position de faiblesse. J’observe que Nicolas Sarkozy rassemble moins son camp aujourd’hui que le 14 janvier 2007 où il s’était lancé dans la course. L’UMP est divisé sur tous les sujets et les radicaux s’en sont allés. Tout ceci va peser sur la campagne. Nos adversaires devraient être beaucoup plus prudents qu’ils n’ont l’air de l’être.

Quels sont les thèmes de campagne sur lesquels il faut absolument appuyer pour l’emporter en 2012?

Il y en a énormément. Mais, d’abord, je crois, la question que portait DSK reste : la sortie de crise économique et sociale. C’est le grand échec de Sarkozy. La deuxième grande question, c’est l’intérêt général, la question républicaine. Le président n’a jamais porté l’intérêt général, il porte l’intérêt des plus riches et son intérêt particulier. Il peut dire qu’il est actif, mais c’est une action désordonnée. Ce n’est pas un homme de rassemblement. Il y a beaucoup d’interrogations sur le devenir des Français. Ils veulent savoir avec qui ils vont remonter et avec qui ils vont dévaler la pente. Le problème de Sarkozy, c’est qu’il est au bout de la chaîne d’une longue séquence où la droite est au pouvoir. Ça fait 12 ans que l’UMP gouverne la France et 12 ans c’est long. Souvenons-nous des « dix ans ça suffit » contre le Général de Gaulle. Et il n’est pas le Général de Gaulle.

Que pensez-vous de la « démondialisation » prônée par Arnaud Montebourg?

Elle a des aspects intéressants : en termes d’agriculture il vaut mieux produire là où on habite. Mais, je crois – dans un débat avec Arnaud j’ai employé cette image -, c’est un peu comme de faire brûler des pneus face à un nuage de sauterelles, ça ne règle pas le problème. Ça donne l’impression que l’on va se retirer du monde. On ne combat pas la mondialisation comme cela. On donne l’impression de la fuir, alors qu’il faut l’affronter en faisant la « révolution silencieuse », celle des normes. Il faut définir quel est l’espace efficace pour le faire. Et ça, c’est l’Europe. La « démondialisation » peut sembler sympathique, mais c’est un couteau sans lame.

Et le protectionnisme à la Le Pen?

C’est la ligne Maginot. On sort de l’euro, de nos accords internationaux, du commerce mondial et puis on dit « on commerce entre Français ». C’est la Corée du Nord, avec l’énergie nucléaire. Personne n’y croit, même pas Marine Le Pen.

Vous craignez qu’elle soit au second tour?

C’est tout à fait envisageable. La France est dans le doute par rapport au président de la République, à la façon de sortir du marasme dans lequel nous sommes. Et le doute produit de l’abstention et quand il y en a beaucoup, le FN est fort. Et là, personne n’est à l’abri, ni Nicolas Sarkozy, qui a perdu Jean-Louis Borloo, ni le PS qui doit recomposer son offre. Par contre, le FN recule quand il y a de l’espoir. Et celui-ci viendra de la gauche.

Ce ne serait pas une bonne nouvelle d’être au second tour face à Marine Le Pen?

On ne peut pas souhaiter ça. Après le 2ème tour Chirac – Le Pen en 2002, la France a été amputée du vrai débat et les cinq ans qui ont suivi ont été calamiteux.

 

16 Fév

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Interview sur le site du JDD.fr

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Le JDD.fr publie sur son site une interview accordée par Jean-Christophe Cambadélis. Vous pouvez lire l’article en cliquant ici et la retrouver ci-dessous.

Cambadélis: « Quel intérêt aurait DSK à se déclarer aujourd’hui? »

Trois jours avant l’intervention de Dominique Strauss-Kahn au JT de France 2, dimanche, à 20h, l’un de ses plus proches lieutenants donne le coup d’envoi sur leJDD.fr de cette fin de semaine cruciale pour l’actuel directeur du FMI. Jean-Christophe Cambadélis entrouvre les portes de la stratégie DSK.

On a la sensation que les strauss-kahniens ont décidé de passer à l’offensive sur le terrain médiatique. Pourquoi maintenant?

Votre impression est essentiellement fondée sur une petite phrase d’Anne Sinclair soit deux lignes dans un article de six ou sept pages… Le côté positif, c’est que cette déclaration semble détruire un argument développé par l’Elysée assurant et rassurant « Dominique Strauss-Kahn ne reviendra pas pour préserver son confort etc… » Et d’un seul coup, ceux qui n’y croyaient pas -ou faisaient semblant de ne pas y croire- se sont dit que la possibilité existait vraiment. Le dispositif a changé à droite. Désormais, c’est plutôt: « mais comment on fait pour qu’il ne vienne pas? »

Il n’y a pas que cela. François Pupponi signe une tribune dans Le Point, Pierre Moscovici et d’autres entretiennent la flamme, Manuel Valls se dit prêt à se retirer…

Vous cherchez toujours à trouver le grand architecte du retour de DSK, mais nous ne réfléchissons pas comme ça. Tout le monde interprète et sur-interprète la moindre petite phrase pour finir pas en faire une certitude. Or, à l’heure où je vous parle, Dominique est toujours en train de réfléchir et se pose la question de savoir où il serait le plus utile. Il n’a pas pris de décision définitive, je vous l’affirme. Le monde ne tourne pas autour de la présidentielle française et DSK travaille à réguler le monde devenu fou.

Il lui reste tout de même un peu de temps le soir pour penser à la France, non?

Il travaille énormément. Il n’ouvre pas tous les matins fébrilement la revue de presse française, mais prépare, entre autres, avec précision des sommets avec des chefs d’état ou des sommets économiques. L’élection présidentielle française n’est pas le centre du monde.

Pour le monde politico-médiatique français, si…

(Rires) Le désir de changement en France crée de l’impatience, je le comprends très bien.

Est-ce en raison de cette impatience grandissante que vous avez décidé d’occuper le terrain médiatique?

Honnêtement non. Ce que je ressens dans l’opinion, c’est une amicale pression. Les gens se projettent, se mettent à sa place. J’ai connu des critiques plus acerbes, et Sarkozy aimerait certainement qu’il y ait ce genre de désir à son égard… Et puis quel intérêt aurait Dominique Strauss-Kahn à se déclarer aujourd’hui -alors qu’il y a un calendrier fixé par le Parti socialiste- face à un Nicolas Sarkozy qui ne se déclarera pas avant janvier 2012 ? Prendre des coups pour tout le monde?

La droite est certaine que DSK ne gagnera pas en 2012 car il serait trop déconnecté des réalités des Français…

Forfanterie! La France d’aujourd’hui ce n’est pas compliqué, c’est celle de Chirac en pire! Cela fait partie du personnage Nicolas Sarkozy. Il a peur des Français. Jamais dans l’histoire de la Ve République un président n’a été aussi bas en terme de popularité. Et ce que l’on oublie à mon sens de signaler, c’est que Nicolas Sarkozy décroche dans les sondages dès le premier tour! Au lendemain des élections cantonales, où la gauche va continuer à progresser, chez les élus de droite va se poser la question de la responsabilité de Nicolas Sarkozy dans cette défaite.

On vous sent optimiste quant aux chances du Parti socialiste de réussir là où il échoue depuis presque 20 ans.

Une bataille électorale n’est jamais gagnée à l’avance. Mais on a connu des départs plus compliqués, je ne peux pas le nier. Il y a un terrain fertile, mais il ne faut surtout pas tomber dans l’anti-sarkozysme primaire, compter sur notre projet et avant tout rester unis.

Un projet qui va plaire à DSK?

Je vois où vous voulez m’emmener mais c’est une fable inventée par la droite. Les socialistes gèrent la quasi totalité des régions, les plus grandes villes de ce pays, et ils ne gèrent pas en révolutionnaires ! Ils n’ont pas décrété la fin de l’impôt, non? La vraie question c’est « comment sortir de la crise? » Et TOUS les socialistes vous répondront que cela passe par des réformes fiscales, Strauss Kahn y compris. Il n’y a donc rien d’insurmontable. Je ne vois rien dans ce qui a été annoncé par le PS qui ne puisse être porté par DSK. Martine Aubry a fait un énorme de travail de réorganisation du PS et de réarmement politique de ce dernier. Quand on aura désigné notre candidat, le parti sera en ordre de bataille.

Les strauss-kahniens ont donc misé sur le bon cheval lors du congrès de Reims…

Ça nous arrive d’avoir de bonnes idées… Et le sens de l’intérêt général (rires).

Lors du débat sur BFM avec Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon semble avoir tempéré ses ardeurs concernant DSK. Vous l’avez senti également?

Oui. Mélenchon est un bon politique. Tant que le NPA ne se sera pas prononcé, il sera dans la radicalité de la radicalité de la radicalité (sourire). Il fera du Marchais tant qu’il ne sera pas désigné, et du Robert Hue quand il le sera. Il fallait le mettre en garde. Quand vous vous engagez dans une logique d’une telle violence, vous êtes prisonnier de cette dynamique. Il devait donner des gages à la gauche contestataire qu’il souhaite représenter voilà tout. Mais il commençait à s’y enfermer. Il sera intraitable à l’égard du PS en général et de DSK en particulier tant qu’il ne sera pas officiellement candidat. Mais ensuite, la nécessité de battre Sarkozy va faire son retour.

Donc aucun doute sur son appel à voter DSK au second tour?

Je n’en suis pas certain. Ses électeurs, à 99%, se tourneront vers le candidat socialiste, quel qu’il soit, ça j’en suis convaincu. Mais son juge de paix à lui est autre part. Il veut reconstruire une gauche autour de lui donc il ne pourra pas se retrouver pieds et poings liés avec nous. Mais je sais quel bulletin il mettra dans l’urne, même si lui ne l’avouera pas…

Qui sera président de la République en 2012?

Nicolas Sarkozy va s’élancer avec toute son énergie dans un 5.000 mètres, avec un boulet au pied, qui est l’ensemble des promesses non tenues et l’ensemble des erreurs et fautes gouvernementales. Quelqu’un de pas trop maladroit pourrait en tirer profit. Mais ce n’est pas fait, la droite est forte en France, et elle sera soudée derrière son candidat, là où la gauche arrivera une nouvelle fois émiettée. Le problème n’est pas le second tour. Le plus important est d’être qualifié à la fin du premier tour! Pour gagner, il faudra faire au moins 25%.