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15 Mar

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« En finir avec le système Guérini-Gaudin », mon interview à la Provence

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La Provence publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver ci-dessous ou en cliquant ici :

 

Les socialistes président actuellement 61 départements. Quels sont vos objectifs pour les élections de dimanche prochain?

 Nous sommes partout au combat. Je ne fais pas de pronostics. Ces élections se déroulent canton par canton. On peut être dans une situation difficile au niveau national et remporter un canton grâce à un binôme apprécié des électeurs. Un binôme puisqu’il s’agit grâce aux socialistes d’élire en commun un homme et une femme.

 

Tout le monde promet une déroute au PS. Est-elle évitable et si oui, comment?

La bataille de redressement dans laquelle nous sommes engagés créé du mécontentement car tout le monde oublie pourquoi nous devons la livrer. Dans la bataille des départementales, il y a un enjeu et un danger. L’enjeu, c’est qui va faire quoi sur les routes, les collèges, la culture, pour les personnes âgées. Bref: Qui va s’occuper de la proximité dans le département. Le danger, c’est le FN, pour ce qu’il développe comme orientation.

 

PS, Front de Gauche et Verts se présentent souvent en ordre dispersé, au risque de subir une élimination dès le 1er tour !

 Je le regrette. Ça n’a aucun sens. On peut être en désaccord sur l’orientation économique. Mais dans les départements, cette division va pénaliser les nôtres. Elle va auto-éliminer la gauche. Malgré notre main tendue, nous nous sommes heurtés aux préjugés de ceux qui veulent faire tomber les socialistes. Résultat: Les socialistes seront souvent empêchés, mais le PC et les Verts vont être totalement éliminés.

 

Si vous êtes éliminés pour le 2ème tour et pas en course pour la présidence du Conseil Général, voterez-vous pour l’UMP?

 On votera pour le candidat républicain sans aucun problème. Et nous demandons la réciprocité. Tout le monde comprend que s’il y a un désistement républicain malgré nos divergences entre gauche et droite, aucun candidat du FN ne passe.

 

Le 1er secrétaire du PS dans les Bouches-du-Rhône a annoncé que si le cas se présente, il ferait voter Guérini plutôt qu’UMP. Vous êtes d’accord?

Je suis plus nuancé que lui. Dans les Bouches-du-Rhône, il faut en finir avec le système GG: Guérini – Gaudin. Entre eux, c’est passe-moi le sel, je te passe le sucre. Je t’aide pour gagner la ville de Marseille. Je vais t’aider pour garder le Conseil Général.

 

L’UMP espère bien prendre le département

 C’est une posture. Vous avez vu Gaudin s’engager dans la bataille? C’est faux-nez et compagnie. La ville et le département souffrent de ces arrangements entre amis. Il faut tourner la page. Les socialistes peuvent le faire. Je les encourage à ne pas vivre dans le monde ancien, mais à bâtir un monde nouveau à Marseille et dans le département.

 

Vous ne choisiriez pas entre l’UMP Martine Vassal et Jean-Noël Guérini?

Mais ils sont mariés ensemble ! Pourquoi voulez-vous que l’on tienne la chandelle ? D’ailleurs Jean-Noël Guérini a vendu la mèche. Il a dit : « Je ne suis ni de droite, ni de gauche », il n’a pas dit : « Je veux garder le conseil à gauche ». L’alternative à l’UMP c’est le Parti socialiste, point à la ligne.

 

En attaquant le FN comme vous le faites au plan national, n’est-ce pas installer l’idée qu’il peut vraiment gagner et encourager les électeurs à franchir le pas?

Nous sommes déjà dans le tripartisme, avec un parti d’extrême droite en équivalence de voix avec l’UMP et le PS. Il faut désigner le danger que coure la République avec un FN qui estime qu’il y a des Français de souche et des Français de papier, qu’il faut les séparer.

 

Marine Le Pen est reçue à l’Élysée, le FN participe aux élections, en quoi ce parti n’est-il pas républicain?

Il est légal, mais pas républicain. Légal, parce qu’il n’a pas essayé de prendre le pouvoir par la violence. Il n’est pas républicain, car il établit une différenciation entre les Français de souche et ceux d’origine immigrée. C’est un parti qui a l’obsession de l’immigration. Alors que nous, socialistes, nous avons l’obsession des Français, tous des citoyens comme les autres.

 

Et pourquoi des Français en arrivent-ils à voter pour des candidats dont vous avez dit que Marine Le Pen avait été les chercher dans des fonds de poubelles?

Parce que certains de nos concitoyens croient au danger représenté par les Français issus de l’immigration. Il redoute le « grand remplacement », résumé par la formule « on n’est plus chez nous ». Ce n’est pas parce que nos concitoyens peuvent le penser qu’il faut accepter ce vote qui représente un danger pour la cohésion nationale.

 

N’est-ce pas aussi la faute des politiques ne s’en sont pas préoccupés. François Hollande et Manuel Valls en arrivent aujourd’hui à parler de crise d’identité. Sur la laïcité, par exemple sur le voile à l’Université, vous avez du mal à définir une doctrine.

Il y a des retards, des hésitations, c’est vrai. Nous devons préciser notre doctrine. Mais pour autant il faut être intraitable sur la montée de la xénophobie, car c’est le vivre ensemble, donc la République, qui est en cause. On nous prépare une société d’apartheid en séparant les Français en fonction de leur communauté.

 

Le Premier Ministre dit qu’on est déjà dans l’apartheid

Non. Il considère que des quartiers s’extraient de la République. C’est pour cela qu’il faut combattre. Je suis contre la « libanisation » de la société française.

 

Pierre Moscovici, Ministre des Finances il y a encore un an, aujourd’hui commissaire européen, déclare que la France est le plus mauvais des pays de la zone euro pour les finances publiques et qu’il doit accélérer ses réformes. N’est-ce pas de nature à miner la crédibilité de la parole politique et à favoriser le vote FN?

 J’ai connu Pierre Moscovici plus habile. Mais il est dans son rôle. Il défend les traités et rappelle chaque pays à ses devoirs: La France sur ses déficits. L’Allemagne sur ses excédents. Mais nous, et au gouvernement, nous défendons notre réalité. Nous disons à Bruxelles : Nous n’irons pas plus vite que ce que notre croissance permet. C’est dans ce choc entre les traités et la réalité que va s’instaurer le compromis. Nous l’avons déjà en partie. Nous avons gagné deux ans pour arriver à 3% de déficits.

 

Le PS est divisé. On l’a vu à l’occasion de la loi Macron. Martine Aubry et Benoît Hamon, tout en approuvant le combat contre le FN, estiment que la politique du gouvernement provoque la déception des électeurs

Nos désaccords à l’intérieur du PS portent sur les inflexions. Certains pensent qu’il faut d’abord agir en direction des entreprises pour pouvoir redistribuer, d’autres pensent au contraire qu’il faut d’abord donner aux ménages pour qu’ils puissent consommer. Il n’y a pas de quoi provoquer un schisme. D’autant plus que selon ses principes François Hollande demande au gouvernement de mener les deux à la fois. J’appelle les socialistes à se souvenir qu’ils livrent un combat majeur et historique contre le FN qui progresse, non pas sur la politique sociale, mais sur la question de l’identité.

 

Pour vous, le FN incarne plus la droite française que l’UMP?

Nicolas Sarkozy cherche à ne pas se déterminer pour jouer sur tous les tableaux. D’un côté, il sait qu’on votera pour ses candidats contre le FN, même si on demandera la réciprocité qu’il refuse. D’un autre, il laisse planer l’idée que l’UMP partage avec le FN des valeurs communes, comme disait Charles Pasqua. Avec cette indéfinition, le FN siphonne la droite. Je crois que la surprise de ces départementales, ce sera le score relativement faible de l’UMP au 1er tour.

 

Votre objectif n’est-il pas de détruire l’UMP pour avoir le FN comme adversaire et vous garantir une victoire aux élections de 2017?

 Ce serait du cynisme. Je ne partage pas ce raisonnement. Un FN avec 30% des voix modifie déjà notre société. Il fait monter la haine du prochain, il empêche de se concentrer sur nos vrais sujets qui sont l’économie et le social, l’aménagement du territoire, l’école, et aussi l’immigration, mais sans haine. Je préfère une bonne droite, fière de ses valeurs, défendant ses principes, mais républicaine, plutôt qu’un parti extrémiste qui dominerait le champ politique à droite car ce serait le K-O français ou le chaos au choix !

 

Propos recueillis par Olivier Mazerolle