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01 Juil

Commentaires fermés sur Entretien de Nicolas Sarkozy au Monde: L’amnésie politique sans limites, ni frontières

Entretien de Nicolas Sarkozy au Monde: L’amnésie politique sans limites, ni frontières

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Dans un entretien accordé aujourd’hui au journal Le Monde, le président du Parti républicain conservateur, Nicolas Sarkozy, chevauche les grands sujets internationaux, pour tenter d’effacer les traces de ses propres erreurs.

Europe, Grèce, Syrie, Libye, Machrek… L’amnésie de M. Sarkozy sur sa propre action – ou inaction – ne connaît ni limites ni frontières.

Son attentisme sur la crise grecque et son refus de construire une réponse européenne et pérenne à cette situation ? Oublié ! Son manque de perception des conséquences de l’intervention en Libye ? Effacé ! Son insuffisance à renforcer l’Union européenne dans toutes ses dimensions ? Occultée.

Le Parti socialiste déplore que, sur des sujets aussi importants, Nicolas Sarkozy s’échine à donner des leçons plutôt qu’à en tirer.

Les crises qui traversent actuellement le monde appellent de chacun de la hauteur de vue, un sens de la mémoire, de la constance dans les choix et de la maitrise dans l’expression. Comme s’y emploie, lui, le président de la République François Hollande.

15 Oct

Commentaires fermés sur Entretien sur Lemonde.fr: « Un tripartisme se met en place entre l’UMP, le PS et le FN »

Entretien sur Lemonde.fr: « Un tripartisme se met en place entre l’UMP, le PS et le FN »

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logolemondeVous trouverez ci-dessous l’interview accordée (lien vers le site du Monde) par Jean-Christophe Cambadélis au Monde.

Primaire socialiste pour les municipales à Marseille, cantonale partielle à Brignoles, Jean-Christophe Cambadélis, député PS de Paris, revient sur ces deux épisodes électoraux embarrassants pour le pouvoir socialiste.

L’élimination de Marie-Arlette Carlotti de la primaire socialiste à Marseille ne constitue-t-elle pas un désaveu pour l’exécutif ?

Jean-Christophe Cambadélis : Cela va bien au-delà de la sanction gouvernementale. Marie-Arlette Carlotti [ministre déléguée chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion] n’est pas non plus particulièrement emblématique de ce gouvernement. Elle a mené une campagne de notoriété, passant par dessus la primaire comme si c’était une formalité. Elle a joué tout de suite le combat contre Jean-Claude Gaudin [maire UMP de Marseille], sans se préoccuper du travail de terrain. Or, Patrick Mennucci et Samia Ghali ont mené, eux, une véritable campagne de terrain, notamment dans les quartiers Nord. L’angle anti-parisien a fait le reste : Mme Carlotti apparaissait comme parachutée.

Marseille et Brignoles, une double gifle pour la gauche au pouvoir ?

Le grand problème pour la gauche et le président, ce sont ces deux France qui se font face. L’une, fermée, fait de l’étranger la cause de sa situation et de sa colère ; l’autre, ouverte voire cosmopolite, veut être représentée. D’un côté, le coup de semonce de Brignoles ; de l’autre, la percée inattendue de Samia Ghali. Ce sont deux France qui n’ont pas la même vision de ce que doit être le pays. Comment rassurer l’une sans décevoir l’autre ? Pour le président et toutes les représentations politiques, c’est l’équation irrésoluble.

Quelle leçon stratégique, sur fond d’impopularité record, tirer de ces deux résultats ?

Le problème de François Hollande n’est pas que son gouvernement n’est pas très populaire. C’est qu’un tripartisme se met en place entre l’UMP, le PS et le FN. Le Front national, fort d’un abstentionnisme important au premier tour, s’est installé au centre de la vie politique française. Il constituera l’enjeu des prochaines élections. Cela pose un problème nouveau à tous les états-majors : que fait-on dans ce tripartisme ? En ce qui concerne les socialistes, faut-il assécher la montée frontiste ou mobiliser la gauche ? Les deux, répondra François Hollande. Il faut désormais que le spécialiste de la synthèse s’y attache.

23 Août

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Université d’été du PS: interview dans Le Monde

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Le Monde publie une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver ci-dessous:

Partagez-vous l’optimisme de François Hollande ? La croissance est-elle de retour ou s’agit-il seulement d’une ruse pour combattre le pessimisme ?

Jean-Christophe Cambadélis Les derniers indicateurs sur la croissance donnent raison au président de la République. Son volontarisme économique n’est donc pas contestable. Pour autant, la France n’est pas tirée d’affaire parce que l’ensemble de l’Europe ne l’est pas et parce que nos déficits mettront du temps à être surmontés. C’est pourquoi l’habileté politique de François Hollande ne suffit pas. Il faut qu’il donne un cap à la France. Notre pays a vocation à retrouver la première place en Europe. Ce doit être l’objectif du quinquennat.

Que voulez-vous dire ?

Nous devons gagner en inventivité, en créativité, en impulsion, redonner au pays la position centrale qu’il occupait sous François Mitterrand et qu’il a perdue au cours des présidences Chirac et Sarkozy.

Mais n’y a-t-il pas un doute sur les choix économiques de François Hollande qui s’exprime à l’intérieur même du PS ?

La situation est objectivement très difficile parce que nous devons à la fois muscler notre industrie, réduire nos déficits et ne pas casser la croissance. La passe est étroite et je trouve étonnant que tous les jours les socialistes ajoutent aux difficultés en provoquant des débats qui n’ont pas lieu d’être sur les retraites, la pression fiscale ou l’immigration. Je leur conseille de parler à bon escient, de ne parler des problèmes qu’au moment où ils se posent sans trop chercher à anticiper.

D’où vient le malaise ?

Le Parti socialiste se cherche. Il a besoin d’une ligne, d’une énergie créatrice. Il doit retrouver une place centrale dans le dispositif politique. J’avoue ma très grande perplexité quand je vois le gouvernement organiser un séminaire pour réfléchir à la France de 2025. Que reste-t-il au PS ? Ce devrait être le rôle du parti d’imaginer la nouvelle France, l’égalité réelle, la liberté ordonnée, la fraternité laïque, et de construire face à la lepénisation rampante de la droite et de la société l’alliance des progressistes.

Harlem Désir ne « fait pas l’affaire » ?

Sa situation n’est pas facile, mais après l’automne social va s’ouvrir le printemps électoral. Il faut que nous retrouvions vite le Harlem Désir qui fit les beaux jours de SOS Racisme. Nous n’attendons pas de lui qu’il soit le porte-parole du gouvernement. L’excellent chef d’orchestre Jean-Marc Ayrault devrait pouvoir s’en passer. Nous avons besoin d’un leader d’opinion capable de s’ouvrir à tous les talents et de mobiliser les grands élus, y compris à la gauche du parti.

Vous redoutez le combat municipal de mars 2014 ?

J’appelle à la mobilisation car il y a danger. En trente ans, la gauche a réussi à bâtir un modèle municipal unitaire, intégratif, écologique et culturel. Depuis 1977, c’est ainsi qu’elle s’est construite, dans l’unité de base de ses bastions municipaux. Or, aujourd’hui, le Front national est à l’offensive contre ce modèle qui fait obstacle à sa propre idéologie.

Anticipez-vous une poussée lepéniste ?

Je redoute, à la faveur de la crise, une irruption dans les urnes du national-populisme, et j’appelle toutes les composantes de la gauche à l’union pour faire barrage.

Cela s’adresse-t-il aussi à Jean-Luc Mélenchon, qui ne cesse d’agresser François Hollande ?

Oui, car si les municipales n’ont pas d’impact sur la politique nationale, elles sont en revanche un enjeu pour le FN. Il faut que la gauche soit unie dans cette confrontation. Si nous n’y prenons garde, nous allons vers des années frontistes, une tension civile extrêmement dure qui compromettra le développement économique du pays.

Ne dramatisez-vous pas un peu trop ?

Des digues sont tombées pendant la campagne présidentielle : pour des raisons électorales, Nicolas Sarkozy a joué la proximité avec le FN. Aujourd’hui, une partie de la droite est fascinée par Marine Le Pen et ses thèses progressent dans l’opinion. Il faut reconstituer les digues et mener le combat sur les valeurs en prenant le FN pour ce qu’il est : une formation politique qui veut remettre en cause le pacte républicain, qui a la hantise du métissage et qui développe la haine de l’islam, après avoir développé celle du juif et de l’Arabe.

Manuel Valls s’est-il trop droitisé comme le pense une partie de la gauche ?

Je comprends les critiques de Cécile Duflot à son encontre mais il faut juger les ministres sur ce qu’ils font, pas simplement sur ce qu’ils disent. Au ministère de l’intérieur, Manuel Valls a organisé la rupture avec les années Sarkozy. Il a rompu avec les pratiques douteuses, dissocié la sécurité des questions ethniques. Il se revendique d’une autorité républicaine à la Clemenceau, sa laïcité n’est pas l’ennemie des religions. La question pour la gauche n’est pas le débat avec Manuel Valls, mais le combat contre la lepénisation rampante.

Le PS est-il prêt à la bataille ?

Pour l’instant, chacun agit dans sa ville. Il manque un élan national.

13 Juin

Commentaires fermés sur Réforme des retraites: interview dans Le Monde

Réforme des retraites: interview dans Le Monde

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Propos recueillis par Bastien Bonnefous

Faut-il selon vous une grande réforme ou une réforme plus conjoncturelle sur ce dossier ?

Le PS, qui a mis en place son propre groupe de travail sur les retraites, souhaite que le gouvernement ne cède ni aux sirènes du grand soir, ni à l’immobilisme. La méthode choisie jusqu’à présent nous semble bonne car elle respecte les partenaires sociaux, la retraite par répartition donc la solidarité, et elle respecte aussi les faits. C’est comme cela qu’il faut aborder une réforme qui a un aspect à la fois conjoncturel et structurel.

S’attaquer aux retraites est toujours très sensible politiquement, surtout dans le contexte économique et social actuel. Quelles sont les lignes à ne pas franchir ?

Il faut tout mettre sur la table et ne pas avoir de réforme cachée. Le gouvernement devra être la gare de triage de l’intérêt général, sachant qu’il y a deux principes à respecter. Le premier est qu’il y a un vrai déficit de la branche retraites et tout le monde doit s’en convaincre. Celui-ci est dû au ralentissement économique mais aussi à l’allongement de la vie. Il faut donc le traiter à court terme en trouvant 7 à 8 milliards d’euros, et à long terme. Mais il faut aussi intégrer les efforts économiques mis en place, c’est-à-dire la compétitivité. Il nous faut trouver un équilibre qui permette de passer l’obstacle et de pérenniser les retraites dans la justice. Si on veut tout faire, on peut courir le risque de ne rien faire, Juppé nous l’a montré en 1995.

Aligner le régime des retraites dans le public sur celui du privé serait-il selon vous une réforme juste ?

Cette question doit être posée. Il ne doit pas y avoir de sujet tabou, mais il ne faut pas en faire non plus le marqueur de la retraite. Il y a d’autres marqueurs : le niveau de vie des petites retraites, l’égalité hommes-femmes, la pénibilité… Il ne faut pas suivre les ayatollahs de la réduction, mais il ne faut pas non plus croire ceux qui pensent que demain sera forcément toujours meilleur. Il faut avancer dans une réforme juste et équilibrée.

Le gouvernement explique que puisque l’on vit plus longtemps, il va falloir travailler plus longtemps pour justifier l’allongement de la durée de cotisation. Lorsque la droite portait cet argument sous le précédent quinquennat, le PS la critiquait. Pourquoi a-t-il changé d’avis ?

Je crois qu’il y a eu une maturation dans l’opinion sur ce sujet. Personne aujourd’hui ne remet en cause l’aspect structurel des déficits, même si on peut penser que l’aggravation est aussi due au manque de croissance économique, donc le retour de la croissance que nous préparons devrait logiquement améliorer en partie la situation. C’est la raison pour laquelle je milite pour la réversabilité. Il ne faut pas s’enfermer dans une réforme absolue, mais traiter le problème à fond tout en se laissant des possibilités de réajuster en fonction de notre croissance future.

La CGT menace déjà d’un conflit social en septembre, plusieurs élus socialistes s’inquiètent aussi du calendrier de la réforme, craignant qu’elle ne vienne polluer la future campagne des municipales. Le gouvernement doit-il se préparer à une rentrée mouvementée ?

Il me semble que l’on crie avant d’avoir le texte. C’est de bonne guerre pour les syndicats, ça l’est moins pour les politiques. Il sera toujours temps quand les arbitrages seront faits de dire si le curseur est juste ou pas. Si on respecte la méthode, je suis persuadé que l’on peut arriver à une réforme, qui sans avoir un consensus général, peut satisfaire le plus grand nombre. Maintenant la rentrée sera difficile et pas simplement sur la question des retraites : le chômage est là, les Français font des efforts. Il y a aussi des restrictions budgétaires, les allocations familiales et le bilan que nous a laissé la droite. On va moins doter les collectivités locales et il y a la bataille que l’on mène en Europe pour la réorientation de la construction européenne. Tout cela fait un menu lourd pour l’automne.

25 Oct

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Interview dans Le Monde: « Le socialiste ne se résume pas à la lutte contre les déficits »

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Jean-Christophe Cambadélis répond aux questions du Monde. L’interview ci-dessous ou sur le site du Monde.

Avant le congrès socialiste de Toulouse (du 26 au 28 octobre), le député parisien et vice-président du Parti socialiste européen, Jean-Christophe Cambadélis, publie La Troisième Gauche (Ed. du Moment, 258 p., 17,95 euros). Il y plaide pour « un socialisme nouveau, juste et durable » contre la simple gestion d' »une gauche « pépère » ».

Le score de la motion majoritaire (68 %) n’est-il pas décevant vu le nombre de poids lourds du PS qui l’ont signée ?

C’est évidemment décevant. Mais la responsabilité n’en incombe pas à Harlem Désir, plutôt à la manière dont nous organisons nos congrès depuis soixante ans ! Il faut tout changer. Je préconise qu’à l’avenir, nous ayons un congrès ordinaire au lendemain de la présidentielle, où les militants voteraient sur les trois ou quatre questions qui sont à trancher. Et un congrès extraordinaire à la veille de celle-ci, qui fixerait la stratégie et le programme.

Le congrès de Toulouse serait-il un congrès pour rien ?

Un congrès sert toujours à quelque chose, notamment à désigner des instances. Mais il va un peu perdre en dramaturgie puisque tout est connu à l’avance.

Vous estimez n’avoir pas été désigné premier secrétaire parce qu' »encombrant ». C’est-à-dire ?

Harlem Désir a été choisi car il est plus consensuel que moi. J’avoue avoir une haute exigence pour le PS. Il doit être au coeur du dispositif présidentiel et pas se subordonner au gouvernement ou aux groupes parlementaires. Tout ceci dérangeait peut-être le dispositif mis en place.

Des ministres en font-ils trop dans ce congrès ?

Il n’était pas anormal que plusieurs ministres s’allient pour me faire obstruction. Ce qui l’est moins, c’était de faire croire qu’ils ont pour cela tordu le bras du président ou ont fait barrage au premier ministre. Ce type d’alliance sans contenu nous fait courir le risque d’un bureau politique clandestin face au premier ministre et au bureau national du PS.

Comment jugez-vous le débat sur les couacs gouvernementaux ?

Je ne connais aucun gouvernement sans couacs ! Il y en a toujours eu, il y en aura toujours. Le premier ministre a de l’autorité, du doigté, de la combativité et de l’imagination. Il fallait juste un peu de temps pour que l’on s’en aperçoive. Je suis très heureux de voir le président de la République le soutenir pleinement.

Etes-vous favorable aux préconisations du rapport Gallois sur la compétitivité ?

C’est le soixantième rapport sur le sujet, dont trente d’inspiration gouvernementale… Il me semble paradoxal de présenter un rapport préconisant l’augmentation, même limitée, de la TVA tout en sachant que le président a été élu contre cette idée. Que veut-on ? Que le président mange son chapeau au nom d’un rapport ?

L’objectif de réduction des déficits publics à 3 % du PIB en 2013 est-il souhaitable ?

La tendance à l’assainissement de nos finances est juste. En revanche, je m’interroge sur le rythme. Le PS doit exercer son droit d’inventaire. Il ne faudrait pas que l’objectif intermédiaire des 3 % ruine l’objectif stratégique de 0 % en 2017.

Que faire face à la chute du couple exécutif dans les sondages ?

Il y a l’urgence et il y a le sens. L’urgence, c’est la lutte contre les déficits, le retour à la croissance, le redressement de notre école… Tout ceci est très bien fait. Mais il y a aussi le sens. Le socialisme ne se réduit pas à la lutte contre les déficits : il doit se fixer une perspective. Notre action ne saurait se résumer à une succession de mesures technocratiques. On ne peut pas redresser la France que sur des normes comptables.

Ne craignez-vous pas un parti godillot ?

Je ne crois pas que ce soit l’état d’esprit d’Harlem Désir, mais c’est dans la pratique qu’on le saura. Il ne s’agit pas de créer sans cesse des bisbilles avec le gouvernement, mais d’éclairer l’avenir.

Le PS doit-il discuter avec Jean-Luc Mélenchon et Jean-Louis Borloo ou choisir ?

A titre personnel, je souhaiterais que l’on s’entende avec Jean-Luc Mélenchon et le PCF. Mais je doute qu’ils aient fait ce choix. Quant à l’UDI de Jean-Louis Borloo, je note le petit « i » de « indépendant ». Soit c’est l’indépendance vis-à-vis de l’UMP. Soit la subordination, comme toujours, du centre vis-à-vis de la droite. La question est posée à Jean-Louis Borloo.

Votre livre est-il une manière d’exister malgré votre insuccès face à Harlem Désir ?

Moi, je veux être utile au PS pour réussir le quinquennat. Je pense qu’il est possible de gouverner sur dix ans, mais pour cela, il faut bien gérer et ne pas désespérer. Tous les jours, on semble s’excuser de ce que l’on décide ! Il faut un socialisme qui s’assume. Le temps de la contre-offensive a sonné. Je serai le propagandiste de cette nouvelle gauche.

03 Nov

Commentaires fermés sur Le PS dénonce un « chantage » exercé sur la Grèce

Le PS dénonce un « chantage » exercé sur la Grèce

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Le Monde a publié un article en date du 4 novembre sur la Grèce. Vous trouverez ci-dessous un extrait dans lequel la réaction de Jean-Christophe Cambadélis est reprise:

(…) Alors que le premier ministre, François Fillon, a regretté, mercredi, que la décision d’organiser un référendum ait été prise « de façon unilatérale » par M. Papandrédou, c’est un autre unilatéralisme que condamnent les socialistes. « Ce sont Mme Merkel et M. Sarkozy qui se comportent aujourd’hui de façon unilatérale en imposant aux autres des mesures vexatoires qui ne règlent pas les problèmes de fond », estime Jean-Christophe Cambadélis.

Pour le député de Paris, secrétaire national du PS à l’international, « c’est une chose de demander aux Grecs d’être clairs pour réduire leur dette, mais c’en est une autre de faire du chantage en revenant sur une parole donnée par l’Europe il y a huit mois ». A ses yeux, c’est « un véritable crédit revolver » que le « directoire franco-allemand » impose aujourd’hui à la Grèce (…).

12 Mar

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Interview dans Le Monde: les chamailleries des socialistes brouillent le message du PS

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La poussée du Front national dans les sondages a créé un choc. Quelle est votre réaction ?

Il faut raison garder. Nous ne sommes pas dans un épisode pré fasciste. Mme le Pen n’est pas une solution mais un symptôme, Elle n’est forte que de nos manques.

Vous avez décidé de minimiser ?

Soyons sérieux. Les Français ne pensent pas une seule seconde qu’elle sera présidente de la République. Ils savent que ce qu’elle propose conduirait à l’affrontement social et à l’impasse économique. Ils ont intégré la mondialisation mais ils sont exaspérés parce qu’ils ne voient pas le chemin de la sortie de crise. La droite ne cesse de leur répéter « vous coutez trop cher, vous n’êtes pas aux normes du monde. C’est mieux en Allemagne » Alors ils secouent le cocotier.

Pourquoi la gauche n’apparait elle pas comme un recours ?

On va y venir. Mais il faut d’abord bien comprendre ce qui se passe. La France vit une triple exaspération. C’est un pays très politique qui ressent avec beaucoup plus d’acuité que les autres le déclassement du monde occidental. Le silence de Nicolas Sarkozy en janvier lors des révolutions arabo musulmanes a été dévastateur. On ne voyait qu’Obama. La France n’avait plus de voix. Sur ce sentiment profond de relégation se greffent la crainte ou la réalité de déclassement social et une grande exigence à l’égard de l’intérêt général. Nicolas Sarkozy a de nouveau décroché dans les sondages après les révélations sur les vacances de Michèle Alliot- Marie en Tunisie et de François Fillon en Egypte. En pleine crise sociale, l’effet a été ravageur.

Vous analysez la poussée du FN comme une simple irruption de colère. Mais n’y a t il pas une banalisation de ce parti ?

Mme le Pen, c’est vrai, est dans une stratégie de dédiabolisation. Elle cultive son côté banal pour mieux catalyser les colères. Elle se distingue de son père en allant piocher dans l’appareil idéologique du GRECE et du club de l’horloge. Elle leur emprunte le « différencialisme culturel » qui permet de ne plus parler de race mais de culture. Elle développe leur stratégie, la différenciation maximale : la sortie de l’euro, le rejet des musulmans, l’islamophobie, ou autres, là où la droite classique ne peut pas aller. Pourtant, l’appareil FN est terriblement affaibli par la saignée de 2007 et la suite. C’est la nature de ce parti ; il est à éclipse, il se manifeste dans les sondages ou dans les urnes dans les moments de crise mais sans suite.

Comment réagir face à cette poussée du FN ?

D’abord restons dans le gauche-droite. Ensuite le passé nous a montré que la critique du FN ne porte pas. Nous avons décortiqué son programme. On a écrit des dizaines de livres formidables pour montrer les dangers. Cela n’a rien changé. Et suivre le FN, le construit. Enfin, il ne faut pas suréagir comme certains l’ont fait ces derniers jours. Nous assistons à une sorte de Munich des esprits. A chaque coup de boutoir du FN, c’est une volière. Tout le monde parle dans tous les sens, au lieu de se concentrer sur les réponses à apporter aux problèmes des Français. Et puis on oublie…

Pourquoi la gauche ne parvient pas à incarner une réelle alternative ?

Il faut relativiser. Dans les plus mauvais sondages nous sommes autour de 22%. Comme le disait François Mitterrand, entre 22 et 23%, c’est le score du PS. Nous ne tombons pas, nous ne capitalisons pas, c’est différent. Malgré le travail remarquable fait par Aubry sur le projet, nos réponses n’impriment pas. Pourquoi ? Parce que l’irresponsabilité domine, parce que les chamailleries des socialistes brouillent le message du PS. Dans la crise, il faut du sang froid, du discernement, de la dignité. Si le grand débat de la rue de Solférino, c’est de savoir si la candidature de François Hollande et la fatwa de Mélenchon vont interdire le retour de DSK, ou savoir si le retour de DSK va marginaliser le radicalisme bon teint de Benoît Hamon et si un troisième peut revenir du diable Vauvert pour imposer sa candidature et perturber l’ensemble du dispositif, bref si on substitue au récit national celui de Solférino 2012, on trouble la capacité de perception des réponses.

La plupart des socialistes avaient bien perçu ce danger et militaient pour une désignation moins tardive du candidat ? Or vous avez refusez cette option pour protéger votre champion !

Cela ne changerait rien. Le problème n’est plus tôt ou tard. La question, c’est de placer les socialistes devant leur responsabilité. On ne peut pas faire croire aux Français que nous sommes le parti de l’intérêt général, et collectionner les intérêts particuliers.

La privatisation de la réponse politique, le « moi-je-personnellement » l’emporte sur notre action collective. Chacun préfère pour être repéré, se singulariser. Et comme on ne peut pas se distinguer sur le fond car globalement tout le monde est conscient des marges de manœuvre limitées de la France, il faut se distinguer sur la forme.

Il y avait une temporalité fixée, le projet, le candidat, et le rassemblement de la gauche. D’emblée, on ne l’a pas respectée. Je ne jette la pierre à personne, c’est un problème collectif. Je rappelle seulement, que François Mitterrand a gagné parce qu’une génération a décidé non pas d’abdiquer mais de se ranger derrière lui. Et pourtant les talents n’étaient pas moindre que ceux d’aujourd’hui, mais aucun n’a dit, ça va passer par moi, ils se sont mis dans un dispositif collectif.

Mais DSK contrairement à François Mitterrand que vous citez, est un candidat fantôme. Sa propre responsabilité n’est-elle pas d’accélérer son calendrier ?

Non, je ne peux pas vous dire qu’il faut respecter les rythmes et les calendriers et demander à Dominique d’accélérer le sien. Dominique doit être patient dans ce monde impatient. Je ne connais pas ses intentions, mais il doit être l’homme qui ne se précipite pas. Bref s’il était candidat, il devrait être dans son attitude l’anti Sarkozy. Martine Aubry est dans la même logique que DSK, elle ne se laisse pas dicter son calendrier par les autres.

Les Strauss-kahniens s’interrogent sur la pertinence de la primaire. Faut-il la maintenir ?

Oui. Si un sondage nous conduit à changer le dispositif, c’est que l’extrême droite nous dicte le calendrier. Certes il faut entre nous un code de bonne conduite. Mais changer sans arrêt sur tous les sujets ne rassure pas les français, nous participons de l’affolement général.

Vous craignez une campagne antisémite ?

Non, la France ne le permettrait pas. Mais il est évident que l’UMP face au risque de tout perdre, présidence, assemblée, sénat, collectivités aura la tentation d’abimer l’adversaire. Nous aurons une campagne très dure. Elle a déjà commencé. La stratégie du terroir est une faute éthique mais aussi politique. C’est considérer que les Français n’entendent rien aux grandes questions et qu’il vaut mieux leur parler de leur périmètre. C’est tout ce que la France déteste.

26 Jan

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Pour le PS, « c’est aux Egyptiens de dire si Moubarak doit partir »

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Après avoir déclenché une polémique sur la Tunisie, Michèle Alliot-Marie s’est montrée plus prudente, mercredi 26 janvier concernant la situation en Egypte : « Je ne peux que déplorer qu’il y ait des morts », a déclaré la ministre des affaires étrangères sur RTL.

Alors qu’elle avait proposé de faire profiter la Tunisie du savoir-faire français en matière de maintien de l’ordre, elle a affiché cette fois-ci une position plus équilibrée. Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national du PS, chargé des relations internationales, se félicite de ce changement de ton, tout en insistant sur les progrès à faire.

Michèle Alliot-Marie a-t-elle eu sur l’Egypte la bonne attitude ?

En tout cas, l’attitude de Michèle Alliot-Marie montre qu’une autre attitude était possible sur la Tunisie. Pour le reste, la révolution tunisienne ferme un cycle ouvert avec la révolution iranienne et ouvre un nouveau cycle dans le monde arabe : celui des aspirations à la démocratie, dans lequel on n’est pas obligé d’utiliser des mouvements religieux pour tenter d’obtenir plus de liberté.

C’est pour cela que le monde occidental doit être attentif à ce qui se passe en Egypte, mais aussi en Jordanie, au Liban… Ce qui est marquant, pour l’instant, c’est que c’est un processus laïc et citoyen qui est à l’œuvre.

Alliot-Marie a appelé à plus de démocratie tout en refusant de faire de « l’ingérence » : iriez-vous plus loin ?

Pas forcément. Le ton de la France sur l’Egypte est plus juste que celui employé sur la Tunisie. On s’est un peu grillés aux yeux de la rue arabe avec ce qu’on a fait… Et il reste des questions sur l’attitude de la France par rapport à la Tunisie, comme l’ont rappelé hier les députés socialistes Gaëtan Gorce et Bruno Le Roux : ils ont demandé à François Fillon des éclaircissements sur l’avion affrété de France vers la Tunisie avec à son bord du matériel de maintien de l’ordre.

Il y avait une tolérance de la France envers Ben Ali, pour ne pas dire un soutien, il ne faut pas désormais rester sans voix.

Diriez-vous que Moubarak doit partir ?

Ce n’est pas à nous de le dire, mais aux Egyptiens. Nous pouvons dire : « Il faut plus de démocratie, il faut respecter son peuple… » A l’évidence, il y a une désespérance dans certains pays, pour reprendre un terme utilisé récemment, après coup, par Nicolas Sarkozy.

La montée de l’islamisme a souvent été citée comme mauvais prétexte à un soutien du régime de Ben Ali : est-ce différent en Egypte ?

Là encore, on ne voit pas en Egypte, pas plus qu’en Tunisie, de présence massive des mouvements islamistes radicaux dans les manifestations. On pourrait dire que Twitter a pris la place des prêches.

Le potentiel révolutionnaire des manifestations en Egypte n’est-il pas amplifié par les médias et les politiques, en compensation de leur myopie sur la Tunisie ?

Tout à fait. Il ne faut pas passer d’une posture à l’autre. Il y a une résonance qui s’exprime par rapport à la Tunisie, mais de là à voir un embrasement de toute la région, il y a un pas que je ne franchirai pas. Pourtant, la revendication politique pour plus de démocratie est là. Elle s’était d’ailleurs exprimée en Iran, avant d’être réprimée.

Si vous étiez au pouvoir, que feriez-vous : de simples communiqués appelant à plus de démocratie ?

En tant qu’Etat français, nos liens avec Moubarak sont assez forts pour pouvoir parler. Pour plaider en faveur d’élections libres, pour dire que la répression n’est pas la solution. Ce n’est pas du ressort d’un Etat d’appeler à la démission du chef d’un autre Etat, mais on peut indiquer le bon chemin à suivre.

Propos recueillis par Alexandre Piquard

12 Jan

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C’est quand même un monde !

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On a le droit de penser comme le fait notre quotidien du soir qu’il y avait des perdants et des gagnants dans l’adoption du calendrier pour l’année 2011. Mais on ne peut pas faire monter à la barre des faux et des approximations.

Passons sur le fait que Le monde m’appelle Jean-François… Peut-être un inconscient pour François Hollande ? Passons aussi sur le fait que je sois sortis par une porte dérobée… Alors que le même papier cite 3 lignes plus bas mes propos tenus à Solférino et repris en boucle sur les chaînes d’infos directes et sur France 2. Passons enfin sur l’idée que les perdants sont ceux qui défendaient le calendrier en octobre, ce qui est maintenant le calendrier officiel et les gagnants ceux qui voulaient le ramener au mois de juin.

Mais il est inexact de dire que Manuel Valls et Arnaud Montebourg aient soutenu François Hollande et Ségolène Royal sur un calendrier plus court. Il est aussi inexact de dire que Laurent Fabius m’a soutenu sur la date de clôture des candidatures. Enfin il est inexact de dire que Martine Aubry a prononcé les mots évoqués à propos de DSK. Et je n’ai donc pas eu à répondre ce que l’on me prête.

Au final, soit ces informations sont de « 2ème main » et eut été judicieux de les vérifier. Soit on doit s’expliquer sur le sens politique du porteur du message. Et donc je répète ici les propos qui furent les miens devant le Bureau national : « l’année 2011 sera décisive et je me félicite ici de l’esprit qui a présidé à cette journée (…) Je suis en total accord politique avec le plan global de la Première secrétaire même si j’ai un souci technique. (…) Contrairement à François (Hollande ndlr) et à d’autres, je crois que nous avons raison de trancher pour un calendrier à l’automne. Nous avons raison de trancher sur une convention-projet dans la foulée des élections cantonales. Le projet, quelque soit le candidat, sera indispensable car il ou elle aura besoin d’un parti identifié, ayant surmonté ses débats et proposant sa vision du monde, ses priorités aux Français. (…) Mon souci est donc technique, il porte sur la date de clôture des candidatures, sorte de résurgence du calendrier court placé au début des vacances, ce qui ne facilite pas la rencontre avec les Français (…) Je résume mon propos : satisfaction globale mais date de clôture des candidatures un peu baroque.

11 Déc

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Jean-Christophe Cambadélis était l’invité du chat du Monde aujourd’hui, vous pouvez retrouver l’intégralité ci-dessous:

Trop Trop : Le Parti socialiste peut-il attendre Dominique Strauss-Kahn ?

Jean-Christophe Cambadélis : Oui, tout à fait, car il a beaucoup de travail, ce Parti socialiste. Nous avons devant nous des élections cantonales et sénatoriales ; un rendez-vous au printemps pour adopter, hiérarchiser et financer notre programme ; des primaires qui devront rassembler près d’un million d’électeurs ; et enfin le rassemblement de la gauche et des écologistes. Voilà qui devrait nous occuper et nous permettre d’attendre si Dominique Strauss-Kahn souhaite venir.

Tawin : N’est-il pas risqué pour le PS de ne désigner son candidat qu’en automne 2011, alors que la machine présidentielle se sera déjà mise en marche ?

Jean-Christophe Cambadélis : La machine présidentielle, vous voulez parler du président sortant ? Auquel cas elle est très grippée, cette machine. Nicolas Sarkozy est contesté, ici ou là on s’interroge pour savoir s’il ne faut pas lui substituer M. Fillon. Les candidats se bousculent au centre – François Bayrou,Jean-Louis Borloo –, dans son propre camp –Villepin – le Front national monte. Il n’y a donc aucune raison politique pour que le Parti socialiste se précipite.

J’observe enfin que c’est en juin que le Parti communiste répondra ou pas à Jean-Luc Mélenchon. C’est au même moment que Besancenot se décidera. Et dans les mêmes eaux que les écologistes choisiront définitivement.

Nous sommes dans l’épure de l’ensemble des formations politiques, le président de la République sortant ayant indiqué qu’il se déciderait en décembre-janvier. Pourquoi faudrait-il que le PS soit la seule formation, à part Lutte ouvrière, à accélérer son calendrier ?

NicolasD : Quand le PS réalisera-t-il que la priorité numéro 1 est de trancher la question du leadership, non réglée depuis 2002 ? Construire le programme avant de sélectionner le candidat n’a pas de sens. Quelle marge aura alors le candidat ?

Jean-Christophe Cambadélis : Lorsque nous tentons de sélectionner le meilleur candidat pour représenter la gauche, on nous dit que nous ne sommes pas au clair sur notre alternative, et que notre candidat sera bousculé par cette absence de clarification. Quand on tente de clarifier, on nous dit : « Pourquoi mettre le programme avant le candidat ? »

Nous avons une stratégie, celle de dire que le rejet de Nicolas Sarkozy, qui est extrêmement fort, n’est pas suffisant pour élire un candidat de gauche à l’élection présidentielle. C’est le bilan que nous avons tiré de 2002 et de l’éviction de Lionel Jospin au premier tour de l’élection présidentielle. Cela veut dire que la personnalité de notre candidat ne suffit pas à catalyser le rejet de Nicolas Sarkozy, même si c’est important.

Il faut, pour être solide, tout à la fois un candidat, mais surtout indiquer un autre chemin à la France. Car la question que l’on nous pose sur le terrain, que l’on perçoit dans les sondages, c’est : « Qu’est-ce que vous vous proposez, est-ce que vous pouvez faire autre chose ? » Et ne pas répondre à cette question, c’est fragiliser par avance le candidat, quel qu’il soit, car il s’effritera dans la campagne.

Marcel : En quels termes pensez-vous que se pose le choix que DSK devra faire entre direction du FMI et présidentielle ? Quels sont les éléments qui entrent en compte dans sa réflexion ?

Jean-Christophe Cambadélis : Je ne peux pas parler à sa place. Je ne peux que commenter une situation que je n’ai pas évoquée avec lui. Mais si l’on regarde, il est aujourd’hui au front de la construction d’une gouvernance mondiale, de la régulation économique, de la tentative de surmonter la guerre monétaire.

Tout le monde peut comprendre que cela lui prend du temps, même s’il vient d’indiquer, après le G20 de Séoul, que nous étions entrés dans l’après-crise, tout du moins dans l' »après-cette-crise ». Donc il y a ce qu’il fait, son travail, essentiel pour une croissance durable et une stabilité économique mondiale.

Et puis il y a l’appel de la France. Il se manifeste par les sondages, par les articles qui se multiplient et par une attente palpable. Je pense qu’à un moment, qui n’est pas encore venu, il devra faire un choix de priorités, où il est le plus utile pour ses compatriotes.

Clément : Ne pensez-vous pas que si DSK décide de se lancer, la bulle dans laquelle il était jusque-là éclatera et que sa cote de popularité dans les sondages chutera ? Je crois que c’est l’opinion de J.-F. Copé, et je pense qu’il n’a pas tort…

Jean-Christophe Cambadélis : Jean-François Copé a le droit de rêver. Il faut qu’il rêve très fort, car il vient de toucher un parti politique, l’UMP, qui n’est pas en capacité aujourd’hui de mener la campagne présidentielle. L’UMP ne se sort pas de la justification quotidienne de la pratique contestée de Nicolas Sarkozy.

L’UMP n’a toujours pas de projet, de programme, pour le deuxième quinquennat de Nicolas Sarkozy, si ce n’est la continuité de ce qui n’est pas, pour le moins, populaire en France. Donc si Dominique Strauss-Kahn venait, les sondages seraient vraisemblablement moins favorables.

Mais Sarkozy est là, et ils ne le sont pas du tout. L’un devra éviter de tomber, l’autre ne sait pas encore comment monter.

Jack : Les électeurs socialistes ne seraient-ils pas en droit d’avoir un candidat qui ose descendre dans l’arène, comme Ségolène Royal, plutôt que quelqu’un qui reste à l’abri, ne se mouillant pas dans les polémiques nationales ?

Jean-Christophe Cambadélis : Dominique Strauss-Kahn s’est beaucoup mouillé dans la crise économique et financière que nous avons vécue. Je crois personnellement qu’il fallait beaucoup de courage pour affronter Wall Street, la City de Londres et les marchés financiers en faisant des propositions de rupture avec le consensus de Washington qui présidait hier à la marche du FMI.

Je pense qu’il est plus confortable de ferrailler avec un Nicolas Sarkozy conspué par l’opinion que de combattre pour la régulation dans des enceintes où vous avez en face de vous Barack Obama, Mme Merkel, M. Poutine, ou encore M. Hu Jintao.

KDS : Pensez-vous que DSK a vraiment envie d’y aller ? Ne va-t-il pas faire comme Delors naguère, que toute la gauche attendait… et qui a laissé Chirac l’emporter !

Jean-Christophe Cambadélis : J’en serais fort triste, mais pas désespéré. Car le Parti socialiste a la chance d’avoir deux candidats aujourd’hui en capacité de battre Nicolas Sarkozy. Dominique Strauss-Kahn, qui a une équation personnelle connue, la compétence sur les questions économiques, la connaissance du monde et la connaissance via les experts du FMI, extrêmement précise, de la situation française. Nous avons aussi Martine Aubry, qui réussit l’exploit d’être dirigeante du Parti socialiste et en même temps extrêmement populaire tout en battant Nicolas Sarkozy dans les sondages.

Cela montre que l’opinion tout en espérant l’un ne se désespère pas de l’autre.

Musaraigne : A titre personnel, vous semblez miser en même temps sur Martine Aubry et DSK, qui aura votre suffrage au final ? N’importe lequel des deux ?

Jean-Christophe Cambadélis : Tout le monde sait – il suffit de voir les questions – que je suis un ami de longue date de Dominique Strauss-Kahn. Mais je veux gagner, parce que la rupture avec les années Sarkozy est une nécessité pour la France. Je peux parfaitement comprendre que Dominique Strauss-Kahn tranche pour continuer un travail essentiel à l’économie mondiale, mais aussi à la France, au FMI.

Et même si personnellement j’aurais un petit pincement au cœur, je suis tout autant ami de Martine Aubry, et je suis persuadé qu’elle a les qualités, souvent d’ailleurs complémentaires à celles de Dominique Strauss-Kahn, pour relever le gant. Elle est loyale vis-à-vis de son camp, la gauche, elle est de gauche, mais enfin il suffit de voir comment elle administre la communauté urbaine de Lille, elle est réaliste, elle est très combative. Et donc je n’aurais aucun état d’âme à être à ses côtés si l’occasion se présentait.

Riri : On dit que ni Martine Aubry ni DSK n’auraient envie d’être candidat. C’est vrai ?

Jean-Christophe Cambadélis : Nous avons changé d’époque. Le temps du noir et blanc, des DS, du tour des cantons et du téléphone à fil est terminé. A cette époque, on disait qu’il fallait penser à la présidentielle le matin en laçant ses chaussures.

Nous avons épuisé ce type d’hommes politiques qui ne pensent qu’à ça et qui, lorsqu’ils sont au pouvoir, se demandent pourquoi ils sont là. Toute leur énergie est dans la conquête, mais celle-ci les laisse sans force quant à la gestion.

Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn sont des grands serviteurs de l’Etat, de la République. Mais ils ne sont pas nés avec le désir monarchique dans leur berceau. Servir, oui ; sombrer dans le désir obsessionnel d’être président de la République, non. Pour moi, c’est une très bonne chose.

Topaz : Si DSK démissionnait serait-il tenu ou pas d’effectuer son préavis ? Vous qui êtes très proche de DSK, êtes-vous dans la confidence de ses intentions et de son timing ?

Jean-Christophe Cambadélis : Il n’y a pas de préavis au FMI. Il n’y a pas de confidences non plus. Je suis très respectueux de le laisser travailler aujourd’hui. Je pense que ce qu’il fait est indispensable et qu’il n’y a pas besoin de le déranger toutes les semaines pour le harceler dans le style « tu veux ou tu veux pas ? » Je ne suis donc pas dans la confidence.

Yves Le Pape : DSK peut-il assumer le texte sur l’égalité réelle ?

Jean-Christophe Cambadélis : Tout à fait. Il faudrait même poser la question inverse : qu’est-ce qui est inassumable dans un texte qui est intelligent sur l’école, novateur sur la santé, percutant sur le logement et qui a un seul défaut – mais ce n’était pas l’objet du texte –, celui de ne pas être accompagné d’un plan de financement ?

Nous travaillons à cela. Et au printemps, nous aurons un document hiérarchisé, financé. J’observe d’ailleurs que si ce texte était vraiment incompatible – non pas avec un retour de Dominique Strauss-Kahn mais avec une gauche réaliste –,François Hollande, Pierre Moscovici et quelques autres ne se seraient pas abstenus, ils auraient voté contre. On ne s’abstient pas lorsque la gauche réaliste est en jeu.

Ils se sont abstenus parce que c’était pour eux la dernière fenêtre de tir avant les primaires, car depuis maintenant plus d’un an et demi, nous votons les textes à l’unanimité, élaborons ensemble une plate-forme alternative à Nicolas Sarkozy. Et on comprend que les responsables qui souhaitent se présenter aux primaires aient besoin de dire qu’ils apporteraient quelque chose de nouveau à la synthèse qui est en marche.

Quant à moi, pas trop éloigné de la vraie gauche réaliste, j’ai voté pour.

David Miodownick : Peut-on réellement attendre un changement substantiel dans la politique économique de « gauche » étant donné l’état des déficits publics ? En somme, l’austérité est-elle de rigueur (remember 1983) ?

Jean-Christophe Cambadélis : Je m’en souviens, ô combien ! Car nous avons commencé par 1981 avant 1983. Et nous n’avions pas à l’époque voulu prendre en compte la situation économique et le tournant a été pour le moins rigoureux, même si on pourrait objectivement démontrer que le pouvoir de Raymond Barre et deValéry Giscard d’Estaing n’avait pas préparé la France à cette situation.

Mais je crois que l’on ne peut pas aller aux élections en disant : « Nous ferons la même politique que la droite. » Il faut bien sûr prendre en compte les déficits publics, qui ont été créés un tiers par la crise et deux tiers par la politique de Sarkozy. Mais nous devons être le parti de la sortie de crise et indiquer concrètement comment, par une politique combinée en Europe et en France, nous imposerons au continent une autre politique que l’austérité renforcée de l’axe Merkel-Sarkozy.

Ruch : Quelle différence entre la politique de Sarkozy et celle suivie par DSK au FMI ?

Jean-Christophe Cambadélis : Le FMI, ce n’est pas le gouvernement de la France. J’entends par là qu’il s’agit d’une institution dans laquelle il y a les représentants de nombreux pays qui ne sont ni socialistes ni même de gauche.

Donc il faut conduire une politique dans le cadre d’un compromis, avec des forces souvent antagonistes. Il y a une part de détermination, mais aussi une science stratégique, un art diplomatique à mener pour arriver à ses fins.

Présider la France, c’est tout autre chose : vous êtes comptable de vos actes, et lorsque vous décidez le bouclier fiscal, vous en payez les conséquences. Mais je vais aller plus loin : Nicolas Sarkozy a pensé, à tort, que le choc fiscal produirait la croissance des riches et que celle-ci ruissellerait vers les pauvres.

Il s’est entièrement trompé. Il faut donc une tout autre politique, faite d’une remise en ordre de nos finances, d’une réforme fiscale, d’une confiance qui permettent de sortir rapidement de la crise. Et avec la croissance, remédier à nos déficits structurels : absence de PMI-PME, retard dans l’innovation technologique, difficultés dans l’éducation et épargne dormante.

Elloch : DSK est détesté par l’extrême gauche, compte-t- il rassembler en passant par le centre, et si oui lequel ?

Jean-Christophe Cambadélis : Arrêtons de sociologiser l’élection présidentielle. C’est le péché mignon de tous nos analystes sur les plateaux de télévision, cherchant à construire des Rubik’s cube électoraux. Dans ce domaine, je ne suis pas un partisan de la demande mais de l’offre. C’est l’offre qui structure le champ politique. S’il y a une offre politique structurée, cohérente, juste, écologiste, elle amènera à elle des gens de tous horizons. Car l’engagement partisan – je suis à l’extrême gauche, je suis à gauche, je suis au centre, je suis à droite, voire je suis à l’extrême droite – est de moins en moins durable. Les électeurs sont de plus en plus stratèges, ils font leur marché dans l’espace public, peuvent être d’accord sur un sujet avec l’un, puis être d’accord avec l’autre. C’est la conséquence de la désidéologisation et de la dépolitisation. Donc il ne s’agit pas de dire que le PS doit courir après l’extrême gauche ou cajoler le centre. Le PS doit faire une offre cohérente, robuste et juste pour la France. Le reste viendra.

Quant à la question des alliances, je ne crois pas que l’on puisse fixer un préalable programmatique, voire nominatif, au Parti socialiste. Pour deux raisons : d’abord parce qu’il faut être inconditionnellement pour la défaite de Nicolas Sarkozy. C’est la clé qui ouvre le champ du possible. Ensuite, nous ne choisissons pas entre Mme Eva Joly, M. Hulot, M. Cochet, voire quelques autres ; nous ne choisissons pas entre M. Chassagne, M. Mélenchon, M. Besancenot ou la candidate de Lutte ouvrière. Il n’y a aucune raison que nos partenaires s’immiscent dans nos choix. S’ils voulaient le faire, bienvenue, il y a les primaires.

David Miodownick : On connaît votre engagement passé et présent pour lutter contre le FN. Pensez-vous que le PS ait retenu toutes les leçons de l’électrochoc du 21 avril 2002 ? Le FN « new generation » peut-il cartonner en 2012, et si oui, au détriment de qui ?

Jean-Christophe Cambadélis : Je suis sceptique, pour ne pas dire plus, du buzz actuel sur la montée inexorable de Marine Le Pen. Je pense qu’il s’agit là d’un moyen de rassembler les troupes de l’UMP et éviter la division.

Marine Le Pen a quelques talents médiatiques, mais le facho-bobo, j’y crois pas trop. C’est-à-dire ce mélange complexe entre un populisme nationaliste, mais quand même de bon teint, et quelques thèmes puisés au sein de l’extrême droite. Marine Le Pen n’a pas l’histoire de Jean-Marie Le Pen. Elle aura beaucoup de mal à unifier toutes les familles de l’extrême droite.

Elle s’appuie beaucoup, dans le moment présent, sur les mégrétistes, ce qui lui vaudra quelques ressentiments dans d’autres courants. Que lui reste-t-il ? Un populisme rugueux, mais elle n’est pas la seule à vouloir catalyser les mécontentements populaires.

Donc au bout, je la vois dans l’épure de ce que fait le Front national, mais pas en capacité d’aller au-delà. C’est déjà un problème que sur ces thèmes il y ait en France autant de popularité pour le Front national. Mais la bataille sera très clairement entre Nicolas Sarkozy et le candidat du Parti socialiste, et ceci, à mon avis, dès le premier tour.

Gaëtan Poitevin : Selon certains commentateurs, Nicolas Sarkozy préférerait Dominique Strauss-Kahn face à lui pour les prochaines élections présidentielles. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Christophe Cambadélis : Je ne sais pas qui Nicolas Sarkozy préfère. Ce qu’il veut, c’est être le plus haut possible au premier tour, car s’il était accroché, voire battu, tout son édifice s’effondrerait. Donc je le crois beaucoup plus pragmatique qu’on veut bien le dire. Il prendra le candidat socialiste qui viendra et calera sa campagne par rapport à ce qu’il pense être les défauts du candidat socialiste en question.

C’est d’ailleurs pourquoi il ne faut pas se précipiter : tant qu’il ne sait pas, il ne peut pas construire son système de jeu, si vous me permettez l’expression. Donc il dira alternativement qu’il préfère l’un parce que l’extrême gauche n’en veut pas, ou l’autre parce que le centre ne peut pas. Mais son objectif, c’est d’être en tête au premier tour.

Jack : Vous êtes allé en Côte d’Ivoire en tant que secrétaire du PS : reconnaissez-vous la victoire de Ouattara, demandez-vous à Laurent Gbagbode se retirer ?

Jean-Christophe Cambadélis : C’est fait : dès le premier jour, nous avons dit, au Parti socialiste, qu’il fallait que les autorités reconnaissent la victoire de Ouattara. Nous sommes aujourd’hui dans une impasse. Laurent Gbagbo refuse le résultat annoncé par la commission indépendante. Il se maintient au pouvoir malgré toutes les prises de position internationales et africaines.

M. Ouattara est élu, mais protégé par les Nations unies. Il a dû nommer M. Soro, ancien chef rebelle du Nord, alors qu’il était dans une alliance avec M. Bédier, qui est du Sud.

Les élections avaient surmonté le clivage ethnique, la suite le reconstitue. Il faut donc obtenir que Laurent Gbagbo reconnaisse le résultat, car je ne vois pas bien comment, sinon, la Côte d’Ivoire peut s’en sortir.

Dudule : Vous étiez connu pour être un « porte-flingue » et pour vos saillies à l’égard de vos adversaires. Depuis quelque temps, votre discours est plus apaisé. Changement de style ?

Jean-Christophe Cambadélis : On vieillit… Plus sérieusement, il y a un temps pour tout. Aujourd’hui, je suis dans des responsabilités politiques européennes et internationales où c’est plutôt la diplomatie qui doit primer.

Et puis je me dis que si la gauche gagnait l’élection présidentielle, voire si elle la perdait, le temps de ma génération serait arrivé et que somme toute, je pourrais être utile au Parti socialiste.

David Miodownick : Pourquoi Dominique Strauss-Kahn a-t-il échoué lors des primaires en 2006 ?

Jean-Christophe Cambadélis : Pour de nombreuses raisons, à la fois personnelles et objectives. Personnelles parce que je pense – il ne va pas aimer – qu’il n’était pas prêt, qu’il voyait la présidentielle comme une possibilité, mais n’avait pas encore totalement réfléchi à la France, à ses passions, à ses problèmes, à ses espoirs.

Ensuite, nous avons sous-estimé la cristallisation médiatico-sondagière autour de Ségolène Royal. Il était quasiment impossible d’avancer un argument rationnel. On nous répondait : « Elle va gagner. »

Et Dominique Strauss-Kahn, qui est précisément un rationnel, avait du mal à trouver les arguments démontrant que son chemin social-démocrate, aujourd’hui tellement loué, était celui nécessaire à la France. Et puis, et puis, on ne nous a pas facilité le travail. Mais c’est de l’histoire ancienne.

aer0s : Depuis quelque temps, on nous présente Strauss-Kahn comme le candidat parfait. Mais il a bien quelques défauts. Sur quels points faudra-t-il le plus travailler s’il se présente pour 2012 ?

Jean-Christophe Cambadélis : La rançon de son intelligence. Il va vite, absorbe très vite documents, notes et lectures, comprend très vite avant qu’une conversation soit terminée, et il lui arrive d’avoir un ton un peu professoral. Ce qui chez lui n’est pas du mépris, mais la volonté d’arriver à l’efficacité le plus rapidement possible.

Cela peut être mal compris dans une campagne électorale. Et il devra accepter de laisser percevoir le garçon sympathique, convivial, et pour tout dire blagueur, avec beaucoup d’humanité, qu’il est en réalité.

Chat modéré par Alexandre Piquard