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02 Mar

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« Excommunier une gauche, c’est affaiblir l’ensemble », interview à L’Obs

par

Obs

 

L’Obs publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Entre la charge de Martine Aubry et de ses amis d’un côté et l’inflexion « sociale-libérale » du tandem Valls-Macron de l’autre, le PS est-il confronté aujourd’hui à un risque d’éclatement, voire de scission ? 

Je ne nie pas la crise au PS. Mais constatons qu’en Angleterre, le débat est fracassant au sein du gouvernement sur le maintien dans l’Europe, qu’en Allemagne, une partie de la CDU critique violemment Angela Merkel, que Syriza en Grèce a vu le départ de son aile gauche et qu’en Espagne, il n’y a toujours pas de gouvernement. Bref, les formations politiques au pouvoir en Europe occidentale traversent un moment très particulier.

Le PS connaît une crise de mutation car il cherche la réponse à la question : comment être encore socialiste quand on se heurte simultanément à quatre grandes crises ? La révolution de l’immatériel, qui bouleverse notre mode de production et la nature du salariat ; la nouvelle donne géopolitique qui nous fait entrer dans l’ère d’un monde a-polaire, marqué par le terrorisme, les guerres, les flux de réfugiés; la possible fin de l’Europe; et le défi climatique. Les socialistes doivent retrouver une grille de lecture qui combine leurs valeurs dans un monde bousculé par ces quatre crises.

 

Avec la déchéance de nationalité, les socialistes se sont fâchés avec la gauche sociétale, et avec la loi El Khomri, ils finissent de se fâcher avec la gauche sociale. Qu’est-ce qui leur reste ? Passer à droite ?

Ce pourrait être une tentation, mais ce n’est pas la mienne. Le salut des socialistes n’est ni dans la droitisation, ni dans la gauchisation, il est dans la social-démocratisation et la social-écologisation. Tout le problème du PS et de ses dirigeants, c’est qu’ils ne sont que la résultante des pressions diverses et qu’ils sont dans l’incapacité d’affirmer leurs propres thèses.
Les socialistes ont la gauche honteuse ?

Ils ont la gauche malheureuse. Ils subissent les pressions médiatiques, les interpellations politiques, les admonestations patronales, les surenchères syndicales. Ils vont l’un à l’autre sans poser ce qu’ils pensent réellement. Un parti politique ne peut pas être la résultante de pressions contradictoires. Il doit affirmer ses propres thèses : oui nous voulons bâtir l’union nationale pour combattre le terrorisme, non, sur la déchéance, il n’était pas acceptable d’inscrire les binationaux dans la Constitution. A propos de la loi El Khomri, entre ceux qui veulent tout défaire et ceux qui veulent ne rien faire, il y a la place  pour défendre un modèle à la fois souple et sécurisant. Le Parti socialiste n’est pas contre la souplesse quand c’est nécessaire, mais il ne veut pas dissoudre le droit du travail.

Martine Aubry a raison de vouloir quitter la majorité du PS puisque ce texte contredit la motion que vous aviez adopté ensemble au congrès de Poitiers ?

C’est pour cela que je juge le texte El Khomri déséquilibré. Mais l’enjeu n’est pas de saisir un prétexte pour sortir de la majorité du parti, c’est de l’améliorer. Il vaut mieux travailler à la construction d‘une issue positive qu’à l’élaboration d’une solution punitive.

Oui à l’évolution, et je partage bien des choses qu’a dites Martine Aubry, mais oui aussi au maintien de la réforme car je crois, comme le Premier ministre, qu’il y a des rigidités qu’il faut lever.

Ceux qui s’opposent au texte El Khomri, c’est la « gauche archaïque et passéiste » que Manuel Valls dénonçait dans l’Obs en octobre 2014 ?

Il y a des archaïques dans cette gauche comme il y a des libéraux dans l’autre camp. Mais il y a surtout des hommes et des femmes qui veulent défendre des valeurs, des principes. Dire que le code du Travail est fait pour protéger les salariés, ce n’est pas une hérésie. Dire que dans le marché mondial, il faut pouvoir s’adapter, ce n’est pas blasphémer.

Le fossé entre ces deux gauches n’est-il pas devenu irréductible comme le disent Manuel Valls d’un côté, Benoît Hamon de l’autre ?
Je ne le pense pas. Des débats de ce type ont été plus violents encore dans l’histoire du PS : entre François Hollande et Laurent Fabius sur le TCE en 2005, entre François Mitterrand et Michel Rocard sur la stratégie après le congrès de Metz en 1979, entre Lionel Jospin et Laurent Fabius après le congrès de Rennes de 1990. L’ADN du PS, c’est que c’est le creuset de toutes les gauches. Vouloir excommunier une gauche, c’est affaiblir l’ensemble. Manuel et Benoît se trompent: personne ne peut gagner seul.

C’est terrible : le PS serait donc condamné à la synthèse hollandaise…

Non, la solution, c’est le compromis. La synthèse dissout les thèses. Le compromis permet à tous de dire ce qu’ils pensent et à chacun de faire un pas vers l’autre. Il n’y a pas assez de compromis dans notre société, et pas assez de compromis à gauche. Il faut écouter ce que l’un et l’autre ont à dire sans être dans le préjugé.

Pour esquisser ce compromis, vous avez besoin du processus de la primaire ?
Je le souhaite parce que l’on a le droit à un débat. Et je n’ai pas de doute sur celui qui pourrait l’emporter.

C’est à dire ?

Le président de la République s’il se présentait serait désigné dans cette primaire.

C’est ça la vraie cause de la crise de la gauche : elle ne peut échapper à la candidature de François Hollande en 2017 ?

J’ai l’impression que dans une partie de la gauche, on ne veut pas de François Hollande, on ne veut pas de Manuel Valls et on sait que Martine Aubry n’ira pas. Donc, on ne veut pas de solution gagnante et on crée les conditions de la dispersion. Moi, je veux une solution gagnante en 2017. C’est pourquoi je souhaite que le Président de la République soit candidat. François Hollande, c’est une candidature pour temps de crise.
Et s’il n’était pas candidat, le Premier ministre s’imposerait naturellement ? 

Dans ce cas, ce serait une nouvelle donne. Et le Premier secrétaire que je suis aurait son mot à dire.
Emmanuel Macron n’incarne-t-il pas cette gauche qui ose dire ce qu’elle pense, sans tenir compte des pressions que vous évoquiez. Peut-il être la solution gagnante pour la gauche dès 2017 ?

Emmanuel Macron, comme Manuel Valls comme Arnaud Montebourg comme Benoît Hamon, seront un jour ou l’autre une solution, mais je ne suis pas certains qu’ils soient à cette étape en situation. La présidentielle de 2017 va être surplombée par les quatre crises que j’ai évoquées. Le pays voudra être rassuré. Il ne fera pas dans l’aventure, dans l’expérimentation. Il ne se jettera pas dans les bras de tel ou tel aussi brillant soit-il.
Manuel Valls comme Emmanuel Macron pensent qu’il faut dépasser voire saborder le PS pour faire autre chose…

Dépasser le PS, c’est la feuille de route du congrès de Poitiers. La question, ce n’est pas le dépassement, c’est pour faire quoi. S’il s’agit de faire un parti démocrate à l’américaine rompant avec la culture socialiste, ce sera sans moi. S’il s’agit de faire un nouveau parti socialiste, écologique et républicain, je suis candidat. C’est le sens de l’alliance populaire que je veux porter, le dépassement du PS avec d‘autres, des radicaux, des écologistes, des citoyens, des associatifs, des syndicats, des personnalités, issues de la société civile.

Aujourd’hui, à gauche et même au PS, certains socialistes ne préfèreraient-ils pas une bonne défaite glorieuse plutôt qu’une hypothétique et pénible victoire électorale ?

Tous les socialistes préfèreraient une bonne politique mais il est vrai, comme c’est arrivé plusieurs fois dans notre histoire, qu’aujourd’hui, certains pensent que dans la mondialisation, les socialistes ne doivent pas être au pouvoir. Beaucoup pensent que ce n’est pas au Parti socialiste de faire les adaptations au « réel-réel » mais à la droite et que la gauche devrait se contenter de manifester dans l’opposition. A l’heure du tripartisme, cette ligne ferait petit à petit sortir la gauche des radars de l’histoire.

 

 

Propos recueillis par Renaud Dély

 

28 Fév

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L’invité d’Apolline de Malherbe sur BFM TV

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2016-02-28 - Jean-Christophe Cambadélis à BFM-35

Jean-Christophe Cambadélis était dimanche 28 février 2016 l’invité de BFM Politique en partenariat avec Le Parisien, RMC et BFM Business.

 

Retrouvez ci-dessous les vidéos de l’émission ainsi que ses principales déclarations:

Tribune de Martine Aubry dans Le Monde

« Il y a une crise du Parti socialiste, il faut la mesurer et la caractériser (…) Il y a partout en Europe des débats, il faut replacer ceci dans son contexte. Je crois que c’est une crise de mutation. La grande question qui est posée, c’est comment être socialiste et être de gauche face aux crises plurielles. »

Sur la tribune : « C’est une prise de position. Moi je suis pour rassembler. Il faut unir l’ensemble des socialistes sur des positions équilibrées ».

« Je suis en charge de l’intérêt général du Parti socialiste et quelque part de l’ensemble de la gauche. Je trace une route équilibrée entre l’action gouvernementale qui me semble nécessaire et qui porte ses fruits et ceux qui estiment qu’un certain nombre de valeurs ont été froissées ou remises en cause dans la dernière période.

Mon objectif, c’est de rassembler, d’être clair et unitaire. Je suis un homme d’écoute. Je suis un homme de synthèse, d’unité, parce que c’est nécessaire si nous voulons pouvoir peser dans la vie politique française et gagner l’élection présidentielle

Je vais discuter avec Martine Aubry, je vais essayer de faire en sorte que nous nous retrouvions. Si elle n’est pas d’accord, elle restera en dehors de la majorité mais la majorité, elle est stable.

Il y a quelque part une négation de ce que nous arrivons à obtenir dans le dialogue. C’est le Parti socialiste qui a dit que la loi El Khomri était déséquilibrée et qui a fait des propositions.
Avec Martine Aubry, ce n’est jamais une question de poste, mais de valeurs et d’orientation.
J’ai besoin de tous les socialistes. Martine Aubry est une grande voix des socialistes et nous en aurons besoin dans la campagne présidentielle comme nous aurons besoin de Manuel Valls.

La gauche n’est pas en miettes, la gauche a beaucoup à faire ensemble.
Je me battrai jusqu’au bout pour que le PS soit uni, qu’il se dépasse et qu’il rassemble au-delà des postures. »

Primaires
« Je suis pour les primaires. Cela peut être un moyen de retrouver de l’unité dans la gauche.

Si on veut des socialistes dans une primaire, on prend en compte leur candidat. (…) Il faut que les conditions pour que toute la gauche soit réunie, soient réunies. Je ne veux pas que l’on mette en place un « périmètre » interdisant au PS de participer.

Moi je pense que, dans la période, la candidature aux primaires et à la présidentielle ne s’improvise pas. Nous sommes en guerre, nous avons le terrorisme (…) nous avons une situation économique détestable. Je pense que le seul qui peut aujourd’hui prétendre mener la bataille pour l’emporter, c’est François Hollande qui est un bon président.

J’ai beaucoup de respect pour ceux qui se sont déclarés à cette primaire ou qui vont se déclarer candidats à la primaire, mais moi je ne veux pas d’une candidature de témoignage. »

Parti Socialiste
« Le PS est aussi dans une transition sur le plan organisationnel. (…) Un clic ce n’est pas la même chose que tracter sur un marché

Le Parti Socialiste est le seul parti a avoir lancé l’initiative des villes solidaires pour accueillir les réfugiés.
L’Alliance populaire c’est le dépassement du Parti socialiste, ce n’est pas l’unité de la gauche. »

Loi El Khomri

« Ne cherchez pas un élément politicien à chaque déclaration. Il s’agit de faire évoluer la loi.
La loi El Khomri est déséquilibrée pour le moment mais il y a quelques pépites que je voudrais garder comme le CPA.

Je dis à mes camarades qu’il faut rééquilibrer mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain parce que c’est la dernière fois qu’on aura la possibilité d’imposer dans la loi le CPA (…) Je comprends les colères, les indignations, les prises de position radicales mais je sais aussi qu’on n’aura pas beaucoup d’occasions d’avancer dans le domaine social.

On a une chance, que le texte ne soit pas passé en Conseil des ministres, il a un statut juridique évanescent. Il y  a la possibilité là de discuter.

Je souhaite qu’on renoue le fil du dialogue. Ce texte doit être redébattu, réanalysé, réinitialisé.
C’est un texte qui voulait combattre le chômage mais qui est perçu comme favorisant le licenciement. Il faut faire un travail de pédagogie.

Entre ceux qui ne veulent rien faire et ceux qui veulent tout défaire, il y a la place pour ce que l’on appelle la souplesse et la sécurité. Il faut que la sécurité soit perceptible, or elle n’est pas perceptible, sur la question du licenciement et des indemnités prud’homales

Le CPA est pour moi la grande réforme du quinquennat car elle permet de sécuriser les parcours professionnels. Il y a des rigidités et des souplesses à avoir mais il faut faire évoluer le code du travail sans le mettre à bas. »

Débat face à Emmanuel Zemmour :

« Aujourd’hui, l’élément déployé par certaines élites est celui de l’identité et pas l’égalité. La question n’est pas de séparer les gens mais de construire le commun.

La réalité est en perpétuelle évolution. La question est de pouvoir s’adapter en gardant ses valeurs.

La fragmentation de la gauche permet au populisme d’être majoritaire.

Je suis pour une France ouverte à la mondialisation, progressiste, qui rayonne, ouverte aux autres.

La majorité des Français veulent une France fraternelle et laïque.. Les Français n’ont pas peur d’être remplacés. (…) Ce que je refuse de toute mon âme c’est qu’on généralise, que l’on fasse peur aux Français.
Notre système intègre, assimile et se transforme et c’est normal. Si nous voulons continuer à être la France, il faut être républicain ».

Sur les réfugiés: « Il faut tarir, contenir, répartir en Europe et enfin punir les filières illégales ».

Parti socialiste:

« Il y a des gens qui veulent en découdre, moi je veux recoudre. Ce n’est pas être mou, c’est être ferme.

Au PS, nous avons des discussions, des convergences, il n’y pas que des divergences !

Je n’accepte  pas que l’on dise que tout est foutu. Pour le reste, j’entends, et je dis parlons en. »

 

Crédit photo: Mathieu Delmestre

23 Fév

Commentaires fermés sur L’invité de Renaud Pila sur LCI

L’invité de Renaud Pila sur LCI

par

LCI 23022016

 

Jean-Christophe Cambadélis répondait ce matin aux questions de Renaud Pila dans LCI Matin.

Retrouvez ci-dessous la vidéo de l’interview ainsi que ses principales déclarations:

 

 

Parti socialiste

Cambadélis dernier premier secrétaire du PS ? « Dans la longue lignée des premiers secrétaires, il y en aura d’autres après moi.
Le Parti socialiste est le seul lieu où les deux gauches peuvent dialoguer et surmonter leurs divergences.

Réforme du travail

« J’observe qu’à l’époque on faisait moins de cas des 200 000 signatures pour le référendum de l’unité de la gauche aux élections régionales que la pétition contre la loi El Khomri.
Il faut négocier et voir les organisations syndicales. Je les recevrai cette semaine

Il n’y a pas de rupture mais une demande d’amélioration chez les parlementaires socialistes.

Le point qui m’interroge le plus est l’article sur les causes de licenciements. Il me parait flou.

Etre de gauche, c’est d’être dans la conciliation, être de gauche, c’est d’être dans la négociation, être de gauche, c’est d’être dans la discussion
Je demande au gouvernement d’être dans la négociation sur la réforme du travail. Il faut avoir de la souplesse. On ne peut pas demander de la souplesse dans les entreprises et ne pas le faire au niveau de l’organisation de l’Etat et particulièrement dans les négociations

Maintenant il n’y a qu’une seule solution: la négociation ! C’est mon mode opératoire dans le moment

Il faut prendre en compte ce que demandent les organisations syndicales à savoir que sur deux, voire trois sujets, il y ait des évolutions. Je crois que si on veut faire triompher la philosophie de la souplesse et de la sécurité pour les salariés, il faut associer les syndicats réformistes

Utilisation du 49.3  « ni souhaitable, ni nécessaire pour Myriam El Khomri » : « Il vaut mieux commencer par la discussion que par le couperet .

Le 49.3, c’était la volonté de dire il faut faire vite, il faut faire fort, il faut faire net. Très bien, maintenant, discutons »

A partir du moment où l’on cherche l’intérêt général, il n’y a pas de raison qu’il y ait le feu dans les campus.

En 2012 nous n’avons pas vu l’effondrement de notre système industriel que la droite avait caché sous le tapis. »

Primaires

« S’il y avait un seul candidat de toute la gauche, elle gagnerait la présidentielle.

La gauche n’a pas conscience de ce qui vient, c’est à dire le programme de la droite et de l’extrême droite.
François Hollande est un candidat pour période de crise. Il a conditionné sa candidature aux résultats pour les Français. C’est assez rare.
C’est courageux de sa part, peu d’homme politique en ont fait autant. »

Primaire à droite / candidature de Bruno Le Maire

« Bruno le maire est le candidat le plus dangereux à droite parce qu’il allie à la fois une position très à droite et en même temps il se présente comme un cnetriste bon teint.

Il y a deux Bruno Le Maire en un, vous avez celui qui est plus à droite encore que Laurent Wauquiez et l’autre qui serait plus centriste qu’Alain Juppé.
L’ambiguïté de Bruno Le Maire résume le problème de la primaire de la droite: faut il aller au centre ou à la droite de la droite ? »