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28 Août

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« Le social libéralisme ne fait pas partie de notre vocabulaire », interview dans Le Monde

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Le Monde publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Dès la rentrée, la gauche au pouvoir a connu une de ses plus graves crises politiques depuis le début du quinquennat. Est-ce nécessaire ?

Nous sommes dans une conjoncture de décomposition politique. Et la gauche s’étiole, se désole, voire s’affole. Fallait-il y ajouter une crise de l’exécutif ? Je ne le pense pas. Faut-il pour autant que la fermeté soit synonyme de fermeture ? Je ne le pense pas non plus. Cette crise était inutile au regard des difficultés et des doutes que connaissent les Français.

Les positions économiques d’Arnaud Montebourg étaient-elles réellement incompatibles avec la ligne de MM. Hollande et Valls ?

Si Arnaud Montebourg avait été en désaccord avec le pacte de responsabilité que la majorité a adopté, il aurait démissionné. Je ne pense pas qu’il était nécessaire de dire que rien ne bougeait. Mais je ne pense pas non plus qu’il soit nécessaire de dire qu’il y a deux lignes irréconciliables qui s’affrontent. J’appelle tous les socialistes à ne pas surjouer leurs différences, parce que ça mute en divergences et ça se termine en divisions. Une divergence, il ne s’agit pas de la faire vivre, il s’agit de la surmonter.

Le nouveau gouvernement, dont le symbole est la nomination d’Emmanuel Macron à Bercy, illustre-t-il la victoire de la seule ligne social-libérale à gauche ?

Je n’ai pas été prévenu de la nomination d’Emmanuel Macron. Je n’avais pas à l’être. Il sera la cible facile de ceux qui n’attendaient que cela. Mais Arnaud Montebourg ne fixait pas la ligne économique du gouvernement. Il n’y a pas de raison qu’Emmanuel Macron la fixe davantage. Laissons-le travailler, mais je fais une remarque générale : le social-libéralisme ne fait partie ni de notre vocabulaire ni de notre tradition, je me suis opposé fermement à certaines dérives à la gauche du Parti socialiste, je pourrais le faire vis-à-vis d’autres tentations.

Le discours mercredi de Manuel Valls devant le Medef, très favorable au patronat et aux entreprises, peut-il être celui d’un premier ministre socialiste ?

Ce n’est pas tant le discours du Premier ministre qui m’a surpris que l’attitude du patronat qui semble enfin se rendre compte que le « toujours plus » – au moment où les dividendes aux actionnaires explosent – indisposait la France. Mais le MEDEF ne s’en tirera pas par des applaudissements.

La question de la réorientation de la politique économique ne se pose-t-elle donc plus ?

Le gouvernement maintient sa trajectoire même si les inflexions sont déjà là. On a déjà bougé sur les 3%, la transition énergétique, le pouvoir d’achat via la baisse des impôts, le ciblage des aides patronales… Même le débat sur la BCE fait avancer les choses. Le quinquennat est face à un double tournant. Nous avons jeté les bases du redressement, et à quel prix électoral ! Nous devons désormais ouvrir une deuxième séquence qui est celle de l’investissement, dans l’éducation nationale, l’apprentissage, le logement, les collectivités locales, les entreprises… Le temps de l’investissement est arrivé !

Le débat sur la ligne économique est-il clos dans la majorité ?

Le gouvernement veut être cohérent et on voit bien l’importance de cette cohésion dans la situation politique actuelle. Mais le PS doit être le lieu du débat. Je ne serai jamais pour la discipline des consciences, pour un Parti socialiste caserne. Je me porte garant des débats au PS. Mais je ne saurais accepter que ce débat ait pour but de renverser le gouvernement. Le sens des responsabilités, c’est de permettre le débat, mais de ne pas ajouter la crise institutionnelle à la crise économique et politique.

Le gouvernement a-t-il une majorité à l’Assemblée pour faire voter ses réformes ?

La sortie d’Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti va renforcer médiatiquement l’ensemble des critiques de l’action gouvernementale. Mais devant quels choix sont les socialistes ? Réussir, moderniser et redresser notre pays ou une dissolution qui nous ramènerait à une portion congrue ? L’arrivée d’une droite thatchérisée ? Ou alors, l’impensable de plus en plus probable, la venue d’un FN qui combinerait sortie de l’Europe et xénophobie ? Les socialistes et la gauche sont condamnés à surmonter leurs divergences. Qui peut, socialiste, arriver à souhaiter que le gouvernement tombe ? Les conséquences seraient incalculables. Chacun sait que la dissolution serait aussi celle de ceux qui l’ont provoquée. La gauche a toujours eu deux cultures : celle de la réforme et celle de la contestation. Celles-ci doivent dialoguer mais ne pas s’affronter car sinon, de postures en prises de position, nous allons tous nous marginaliser.

Pourtant sans les écolos et le Front de gauche, avec des radicaux qui menacent de sortir, la majorité n’a jamais semblé aussi peu plurielle…

Puisque Cécile Duflot aime les formules latines, en voici une : adhuc tua Messis in herba est, « la moisson ne fait encore que poindre ». On ne construit pas un avenir sur l’amertume. Cécile Duflot le sait. Les écologistes ont besoin du PS et vice versa, personne ne gagnera dans son coin, nous perdrons tous. Les écologistes doivent continuer à travailler leur culture politique de gouvernement. A Jean-Luc Mélenchon, je voudrais dire qu’il n’y a pas de place pour un chavisme en France. C’est une impasse. Je préfère quand il évoque la 6e République qui est un sujet, que quand il dit préférer Sarkozy à Hollande, ou quand il dit que les frondeurs couinent… Comment peut-on parler ainsi ? Quant à Jean-Michel Baylet, on connaît ses positions, il les maintient et pour l’instant il n’insulte personne. Collectivement, il faut être à la hauteur de la conjoncture historique. On est en guerre civile aux portes de l’Europe ; une partie du bassin de la Méditerranée est à feu et à sang ; nous sommes dans la récession voire dans la déflation en Europe ; et chacun va faire sa soupe dans son petit coin ? J’appelle à ce qu’on cesse les petites phrases, les postures, qu’on délaisse les anathèmes pour enfin aborder les thèmes, les vrais.

 

Le PS ouvre vendredi son université d’été à La Rochelle. On risque d’assister une fois encore au bal des divisions….

J’appelle chacun à la responsabilité, même si je sais comment ça fonctionne. Il y aura de tout, de la surenchère, des petites phrases, mais aussi beaucoup d’union. Et moi j’irai à La Rochelle avec trois mots simples : expliquer, apaiser, rassembler.

 

Vous lancez dès le vendredi 29 août les états généraux des socialistes. Sur quelle ligne idéologique ?

Le PS ne fondera pas le social libéralisme mais un nouveau progressisme. Je ne crois pas au socialisme de l’offre ni à celui de la demande. Nous sommes des sociaux-démocrates à la française, républicains, en faveur de l’état social décentralisateur. Par ailleurs, nous avons des divergences sur la manière de redresser le pays. Mais il n’y a pas de quoi créer un schisme, si personne ne s’enferme dans des postures.

Pourquoi cette refondation du PS est-elle nécessaire ?

Nous sommes dans une nouvelle époque. Le monde est plus mondialisé, plus connecté, plus polarisé, plus conflictuel, et beaucoup plus complexe que celui des années 1970 au moment du congrès d’Epinay. Le courant progressiste a été battu quand l’identité, comme référent pour tous les partis, a supplanté l’égalité. Enfin, nous sommes entrés dans le tripartisme, ce qui nécessite d’avoir une force propulsive dès le premier tour de la présidentielle. Il faut ouvrir les fenêtres et les portes, sortir de l’entre soi et du débat technocratique, pour dire quel type de société nous voulons. S’il n’y a pas de construction d’une carte d’identité du PS qui permette une doctrine commune, je ne donne pas cher du socialisme.

Le PS doit-il tenir un congrès au plus vite ?

Nous allons constituer en septembre la commission qui doit discuter de la date et du contenu du congrès. Il y aura tous les courants. Mais nous ne connaissons pas l’agenda des élections régionales. Je proposerais que le congrès se penche sur l’évolution de nos institutions. La 5ème République doit évoluer. Cette question est dans toutes les têtes et dans toutes les analyses. Je préfère des congrès qui permettent de donner une visibilité à la position du PS que ceux où on a l’addition de motions dont on ne sait pas à la fin quelles orientations elles ont produites.

Etes-vous favorable à la tenue de primaires pour désigner le candidat en 2017 ?

Le Parti socialiste n’est pas un prestataire de service chargé d’organiser les primaires. Le réduire à ça est un peu méprisant. En 2016 ce n’est pas du casting dont nous aurons à nous occuper, il viendra, je compte bien que les socialistes s’emparent de l’élection présidentielle pour dire comment ils voient le prochain quinquennat. Nous le ferons si possible avec nos partenaires.

 

13 Août

Commentaires fermés sur « Abandonner l’objectif des 3% de déficit est inévitable », Interview dans Les Echos

« Abandonner l’objectif des 3% de déficit est inévitable », Interview dans Les Echos

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Les Echos publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis, que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Faut-il se réjouir pour le pouvoir d’achat des chiffres de l’inflation publiée hier ou s’en inquiéter ?
Je crois que le débat économique change de nature en France et en Europe. La japonisation de l’économie européenne menace. Il y a danger avec le fléchissement des prix ce mois-ci en France, leur niveau historiquement bas en Europe, une croissance anémique, une demande faible, un euro fort. Nous sommes en situation de pré-déflation si ce n’est de déflation. J’appelle immédiatement à un débat public national sur ce sujet.

Un débat sur l’orientation de la politique économique ?

D’abord sur le diagnostic en Europe. En Allemagne, on voit que la croissance stagne, les investissements et la consommation sont en baisse. En Italie, malgré la « Renzi-mania », l’économie dévisse. La France fait du surplace, malgré ses réformes et le prix électoral  faramineux que nous avons dû payer. Elles lui permettent de se maintenir, mais pas de progresser. Or endiguer la crise, ce n’est pas la surmonter. Il y a un débat à avoir en France et en Europe sur la nature du moment dans la crise que nous traversons.

Mais comme le gouvernement allemand la semaine dernière, le président de la Bundesbank hier dans « Le Monde » refuse d’ouvrir ce débat sur la croissance…

Il ne faut pas demander la permission. Ce ne serait pas du niveau de la France. Il faut provoquer le débat. Car que nous dit l’Allemagne ? Qu’elle ne voit pas, à cette étape, d’élément nouveau ou majeur conduisant à un changement de la politique économique menée en Europe. Or, il y a un changement majeur : c’est la déflation. Ne discutons pas de ce qui nous a conduits là, mais de la situation dans laquelle nous sommes maintenant. L’évidence, quand on voit la situation de la croissance en Allemagne, c’est qu’il n’y a pas de quoi se réjouir. Les Allemands seraient bien fondés à, avec nous, analyser la situation réelle dans laquelle nous sommes.

Aujourd’hui, les Allemands répondent que la France doit faire des réformes et tenir ses engagements budgétaires…

C’est un débat de sourds. La France fait des réformes. Elles ont un prix électoral considérable. Beaucoup de pays font des efforts. Mais la spirale de l’austérité qui les a conduits à la récession produit de nouveaux effets, ceux de la déflation. Nos amis Allemands devraient se rendre compte que leur investissement est plus que léger et que leur croissance est particulièrement faible. Dans ces conditions, ils ont des mesures à prendre, comme nous, pour relancer la zone euro.

Lesquelles ?

Je ne veux pas ouvrir à cette étape le débat sur les solutions. Encore que, si l’on écoute ce que dit le chef économiste du FMI, Blanchard, une inflation de 4% serait nécessaire en zone euro, nous sommes sous la barre des 1%. Or, ce que dit les traités européens, c’est que l’objectif principal du système européen de banque centrale est de maintenir la stabilité des prix. Il y a là des mesures à prendre entre les 4% réclamés par le FMI et la réalité.

N’est-ce pas excessif de parler de déflation, nous n’y sommes pas encore ? N’est-ce pas un moyen, comme disent les Allemands, de ne pas faire les réformes et tenir les engagements budgétaires ?

Mais les réformes sont engagées à un niveau qui n’a jamais été porté par la France auparavant ! Il faut arrêter ce débat sur les réformes françaises. A moins qu’il ne contienne des arrières pensées qui seraient, pour l’Europe, de ne pas bouger. Or, il y a urgence. Ce n’est pas quand nous serons dans la déflation qu’il faudra prendre des mesures. La spirale japonaise dure depuis plus de dix ans. C’est maintenant qu’il faut discuter et agir, pas quand nous serons le nez dedans.

Faut-il abandonner l’objectif d’un déficit public de 3% du PIB en France en 2015 ?

C’est inévitable. Je m’étais déjà exprimé là-dessus pendant la campagne des élections européennes. Ces seuils ont été fixés avant la crise. Et aujourd’hui, il y a une nouvelle situation. On est dans une possible déflation. Il faut en tenir en compte. Il faut donner du temps pour réduire le déficit public, pour atteindre cet objectif de 3 %, comme l’a dit entre autres le président du Parlement européen, l’Allemand Martin Schulz.

Quelle mesure appelez-vous de vos vœux pour les ménages, après la censure du Conseil constitutionnelle de la baisse des cotisations salariales ?

Je suis attaché à l’équilibre qui avait été trouvé lors du débat parlementaire. Il faut un geste pour le pouvoir d’achat des ménages et notamment les salariés. Les mesures seront prises dans le cadre de la  loi de finance. Je souhaite qu’elles soient de la même ampleur que celle qui a été censurée par la Conseil constitutionnel.

Une partie du PS revient à la charge sur la CSG progressive. Y êtes-vous favorable ?

Il ne faut pas se tromper de débat. Nous sommes plus dans la situation précédente. Le temps n’est plus aux polémiques sur des mesures techniques d’hier mais à grand débat sur la nouvelle donne économique. J’appelle à ne pas mener des combats d’arrière-garde mais se confronter à la nouvelle situation.

Dans le contexte actuel de faible inflation, serait-il envisageable d’augmenter la TVA pour se dégager des marges d’action sur le plan budgétaire ?

Toutes les options sont sur la table, celle-ci comme les autres. Je n’exclus aucune possibilité. Mais avant de débattre des mesures, il faut d’abord tomber d’accord sur le diagnostic.

Les Radicaux de gauche ruent dans les brancards, les écologistes prennent de plus en plus leurs distances et les « frondeurs » ne renoncent pas. Le gouvernement a-t-il encore une majorité à l’Assemblée ?

Bien sûr que le gouvernement a une majorité à l’Assemblée. Il ne faut pas confondre les mouvements d’humeur et les réalités politiques, on l’a vu pendant la session extraordinaire du mois de juillet lors des votes sur les collectifs budgétaires. Je demande aux uns et aux autres de faire preuve des responsabilités. Le moment est difficile Il ne s’agit pas de se chamailler mais de se rassembler.  

 

Propos recueillis par Stéphane Dupont et Isabelle Ficek