Tag Les blogs politiques

22 Déc

Commentaires fermés sur « La révolution, la gauche et nous », interview croisée de Jean-Christophe Cambadélis et Daniel Cohn Bendit pour L’Obs

« La révolution, la gauche et nous », interview croisée de Jean-Christophe Cambadélis et Daniel Cohn Bendit pour L’Obs

par

2016-12-05-debat-cambadelis-goupil-cohn-bendit-a-lobs-27 2016-12-05-debat-cambadelis-goupil-cohn-bendit-a-lobs-21 2016-12-05-debat-cambadelis-goupil-cohn-bendit-a-lobs-11

L’Obs publie ce jour une interview croisée de Jean-Christophe Cambadélis et Daniel Cohn-Bendit que vous pouvez retrouver ci-dessous:

Pour Daniel Cohn-Bendit et Jean-Christophe Cambadélis, 1917 a changé la gauche et déterminé leurs choix politiques. L’ex-leader de Mai-68 s’est construit dans une opposition radicale au communisme. Le futur patron du PS s’est nourri des récits de la révolution russe et a fait ses armes dans une organisation trotskiste. Pour « l’Obs », ils ont accepté d’en débattre. Avec le concours d’un autre soixante-huitard, le réalisateur Romain Goupil, vieil ami de « Dany », qu’il accompagnait ce jour-là

Les révolutions russes ont eu lieu il y a cent ans. Pourquoi avoir accepté de venir en débattre avec nous aujourd’hui, au moment où la gauche française a tant d’autres problèmes ?

Daniel Cohn-Bendit Je trouve ça drôle, je n’y avais pas pensé !

Jean-Christophe Cambadélis Je voulais écrire un livre sur 1917, mais je n’aurai pas le temps. L’année 2017 va être un peu occupée pour les socialistes.

Qu’est-ce que ces événements représentent pour chacun de vous personnellement? Quelque chose de fondateur ?

J.-C. C. C’est, avec la guerre de 1914, la matrice du xxe siècle. Et la base de mon engagement politique, qui a démarré avec l’« Histoire de la révolution russe » de Trotski, que j’ai lu un été de mon adolescence. J’ai été emporté par cette histoire d’émancipation des peuples, de grande marche de l’humanité vers sa libération. A cette époque, je militais dans une toute petite organisation qui s’appelait Rouge et Noir [un groupuscule anarchisant, NDLR].

D. C.-B. Toi aussi ? Mais moi, c’était « Noir et Rouge » [une revue anarchiste]! (Rires.)

J.-C. C. A cette époque, les universités étaient très politisées. On vivait, après 68, dans l’espérance que la révolution était imminente. On vibrait à la fin des colonels, à la révolution des Œillets On prenait l’étendard de 1917, parce que c’est la révolution par excellence.

Pourquoi avoir choisi de militer à l’Organisation communiste internationaliste (OCI) ?

J.-C. C. J’ai toujours en mémoire mon arrivée à la faculté de Nanterre. Il y avait vingt ou trente tables avec les différents groupes, LCR, Alliance marxiste révolutionnaire, LO, conseillistes [conseils ouvriers] C’était le temps des groupuscules! Tous avaient une matrice commune, mais je suis allé à l’OCI parce que je pensais que pour faire la révolution, il fallait des ouvriers. Et cette organisation, qui avait des liens avec FO, était dirigée par un ouvrier de la RATP, Stéphane Just, et par un salarié de la Sécurité sociale, Pierre Lambert. Les autres organisations étaient à mes yeux celles d’intellectuels petits-bourgeois.

Et vous, Daniel Cohn-Bendit, vous n’avez pas été attiré par cette geste de 1917? Il y avait, dans vos années de jeunesse, le « communisme libertaire » dont vous étiez proche

D. C.-B. Je n’ai jamais été communiste ni trotskiste! Communisme et libertaire, c’est un oxymore qui ne fonctionne pas! Et j’ai eu la chance d’avoir un grand frère, de neuf ans mon aîné, qui avait fait toutes les conneries : il a été sartrien, trotskiste, il a été à la IVe Internationale, il a même trouvé LO sympathique Pour moi, 1917, c’est une référence négative, le début de la construction de mon opposition radicale au marxisme et au bolchevisme. Cette révolution-là a démontré que le putschisme bolchevique, qui a été dans la tête de tous les communistes depuis, avait quelque chose d’absolument terrifiant : la négation de toute possibilité de démocratie. Mes références positives de 1917, ce sont les conseils révolutionnaires, les révoltés de Kronstadt [en 1921, les marins de cette base navale russe se révoltent contre la dictature du parti bolchevique]. C’est un élément constituant de mon libertarisme et de mon identité politique.

Vous n’étiez pas fasciné par cette révolution ?

D. C.-B. Moi aussi j’ai lu l’« Histoire de la révolution russe » de Trotski, c’est vrai que c’est fascinant. Le Trotski de 1905, celui des conseils ouvriers, est presque libertaire. Mais son ralliement au léninisme a été une catastrophe. L’idée au coeur du bolchevisme, c’est qu’il y a une science de la révolution et que le parti possède la vérité. C’est là où commence le drame de tout révolutionnaire !

J.-C. C. Ce qui motive mon romantisme initial, c’est la révolution russe, mais c’est la révolution trahie! D’emblée, je suis antistalinien. Se mêlent dans mon engagement l’espoir d’une humanité qui change – « les masses montant à l’assaut des étoiles », pour reprendre une expression de l’époque – et l’idée qu’elle a été trahie par une bureaucratie. Donc la pureté de l’engagement est préservée. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas pourquoi autant de jeunes se sont engagés dans le trotskisme.

D. C.-B. Pour l’avenir de la Russie à l’époque, l’idéal aurait été la victoire des mencheviks. Cela aurait permis une évolution positive dans un moment politique difficile pour les Russes et, par la suite, la naissance d’une démocratie, disons bourgeoise.

J.-C. C. Je ne veux pas t’embarrasser, mais j’ai eu de nombreuses discussions avec François Mitterrand sur la révolution russe, et il défendait la même thèse (sourire) : le gouvernement provisoire d’Alexandre Kerenski permettait une transition démocratique. Mais Mitterrand me disait : « La révolution, on la fait quand elle vient. Quand elle ne vient pas, vous, les trotskistes, vous construisez un petit parti qui attend qu’elle vienne, et vous perdez beaucoup de temps. Pendant ce temps-là, vous n’améliorez pas la situation. »

Les germes du totalitarisme étaient-ils déjà dans la révolution de 1917 ?

J.-C. C. A partir du moment où le but n’est plus le changement social par rapport au tsarisme mais le maintien du parti, le totalitarisme est là !

D. C.-B. La révolution était présentée comme une science dont le parti était porteur. A partir de là, il n’y a aucun espace de démocratie. En mathématiques, tu ne peux pas voter! Tu ne soumets pas « deux et deux font quatre » au référendum !

J.-C. C. Tout vient du texte de Lénine, en 1908, « Matérialisme et empiriocriticisme ». Pour lui, entre matérialisme et idéalisme, il n’y a rien. Entre le prolétariat ou la bourgeoisie, il n’y a rien. C’est la dictature soit de l’un soit de l’autre. Ce livre, que Trotski avait violemment critiqué, est la matrice de ce bolchevisme dégénéré.

D. C.-B. Certes, mais c’est Marx qui le premier a théorisé la science de la révolution. Ce qui a été catastrophique, après, ce n’est pas seulement le parti mais cette volonté de « prendre le pouvoir ». Tous ces groupes que j’ai pu côtoyer, après, me cassaient les pieds avec ce problème du pouvoir! Au début de 68, Joan Baez passe à Paris. Elle veut discuter avec des étudiants. Elle est contre la guerre du Vietnam et défend le « pacifisme ». Vous ne pouvez pas imaginer ce qu’elle a pris! « La révolution, c’est la prise du pouvoir, le pacifisme, c’est l’arme de la bourgeoisie. »

Romain Goupil On taxait sans arrêt les autres de « déviationnisme ». Il y avait une loi et l’OCI se posait en gardien de celle-ci. C’était encadré, vous imaginez mal à quel point on bossait, chacun dans les AG pouvait citer des phrases de la révolution.

Que reste-t-il de 1917 dans la gauche française aujourd’hui?

D. C.-B. Ce qui frappe, ce sont ses répercussions idéologiques jusqu’à aujourd’hui! La révolution russe est longtemps restée une matrice. Si tu disais un mot contre, tu étais renvoyé à la droite ou à l’extrême droite.

J.-C. C. Cet événement a pesé, a formé beaucoup de responsables politiques à la passion de l’histoire. Je me faisais cette réflexion en écoutant les intervenants, le 3 décembre, au rendez-vous de la Belle Alliance populaire. Tous les orateurs faisaient des références à l’histoire, disaient : « Il faut être au rendez-vous de l’histoire. » Mais il y a belle lurette que les uns et les autres ont rompu avec le matérialisme historique, l’avant-garde du prolétariat ou la nécessité de faire le bonheur des masses à leur place.

D. C.-B. Le peuple de gauche, celui qu’on voit descendre dans la rue, est toujours empreint de cette idée révolutionnaire. Cette idée qu’on ne changera les choses que s’il y a une rupture radicale avec le capitalisme. Cette pulsion révolutionnaire rend très difficile pour un gouvernement de gauche en France d’être réformiste et accepté.

Cette mémoire de 1917 n’explique-t-elle pas cette forme de schizophrénie d’une partie de la gauche qui caresse l’idée de révolution mais se montre, dans les faits, réformiste?

R. G. C’est vraiment le problème. Il n’y a eu en France ni Bad Godesberg [le célèbre congrès par lequel, en 1959, le parti social-démocrate allemand rompt avec le marxisme et se rallie à l’économie de marché] ni aggiornamento. Quand tu entends Nuit debout ou les frondeurs Ceux qui assument la rupture avec la révolution sont forcément des traîtres. Dans une manif sur la loi travail, ne dis surtout pas « on pourrait obtenir un compromis » ! Cent ans après, c’est encore très prégnant.

J.-C. C. Ce qui reste, c’est le vocabulaire de la traîtrise ! Quand un gouvernement de gauche est au pouvoir, il est obligatoirement traître à la cause. Regardez le discours du Bourget de François Hollande en 2012.

D. C.-B.
Un discours minable.

J.-C. C. Un discours de campagne. En germe, il y avait la traîtrise, le PS lié au patronat.

D. C.-B. 1917, c’est la radicalité. Mais dans le monde d’aujourd’hui, il ne peut pas y avoir de gouvernement qui ne soit pas dans le réformisme, dans les compromis. Regardez Angela Merkel : elle fait une coalition avec les sociaux-démocrates. On me rétorque que ce sont les Allemands, comme si le compromis était génétique !

J.-C. C. La culture du compromis en France a eu du mal à exister. Deux cultures ont dominé : soit le parti avait raison – c’est la culture du PCF -, soit le chef avait raison, c’est la culture bonapartiste.

D. C.-B. Et la gauche a gagné quand elle avait les deux à bord !

J.-C. C. Ce compromis, peu d’organisations, peu de syndicats, le portaient. A partir du moment où le parti ou le chef avait raison, pas besoin de prendre en compte le réel. Au fond du fond de tout homme politique en France, il y a la révolution, cette idée que nous avons donnée de l’universel à l’humanité.

Pensez-vous que la référence à 1917 demeurera pour les nouvelles générations politiques ?

J.-C. C. Tout cela sera englouti par la nouvelle culture du clic, du SMS. Les jeunes générations politiques sont tacticiennes et peu romantiques !

D. C.-B. Beaucoup de jeunes s’engagent aujourd’hui, pour aider les réfugiés par exemple. Mais la tradition organisationnelle des partis ne leur correspond plus. Si vous deviez ne retenir qu’un personnage secondaire de la révolution russe

D. C.-B. Alexandra Kollontaï, l’égérie des conseillistes.

J.-C. C. Je vais aggraver mon cas. Iakov Sverdlov. L’homme qui dans l’ombre a organisé réellement la révolution avec Trotski. Un idéaliste qui n’a jamais voulu se mettre en avant.

Propos recueillis par Pascal Riché et Maël Thierry

Crédit photos: Mathieu Delmestre

31 Mai

Commentaires fermés sur Liste des 89 interdits en Russie: Le parti socialiste défend la liberté d’expression

Liste des 89 interdits en Russie: Le parti socialiste défend la liberté d’expression

par

logops160

La publication par la Russie d’une liste de personnalités politiques et militaires européennes qui seraient interdites de territoire pour avoir critiqué la politique russe n’est pas de nature à aider à un partenariat russo européen.

Le président du groupe socialiste à l’assemblée nationale, Bruno Le Roux figure sur cette liste noire qui n’honore pas la diplomatie russe. Monsieur Poutine ne peut laisser des banquiers financer l’extrême droite en France et tenter d’intimider des démocrates.

Le parti socialiste, solidaire de Bruno Le Roux, est désireux qu’un grand pays comme la Russie soit un partenaire respecté qui nous respecte. C’est pourquoi nous demandons à messieurs Poutine et Lavrov de revenir sur cette décision qui ternit l’image de leur pays en Europe.

28 Avr

Commentaires fermés sur Une politique volontariste pour lutter contre le chômage

Une politique volontariste pour lutter contre le chômage

par

 

Le nombre de demandeurs d’emplois en catégories A a augmenté de 15 400 personnes en mars 2015. C’est une déconvenue. Les chiffres trimestriels montrent aussi une hausse de 3000 personnes en moyenne mensuelle, la plus faible enregistrée depuis 2011. En outre le chômage des jeunes a diminué au premier trimestre. C’est encourageant.

 

La conjoncture économique présente des signes positifs, résultats de l’action entreprise et non à des causes extérieures comme le dit la Droite. Il ne faut pas baisser les bras. Les nouvelles initiatives du gouvernement en terme de fiscalité et d’investissement devraient rapidement renforcer cette dynamique.

Dans quelques semaines, comme l’a rappelé le Premier ministre, le bilan du  CICE permettra d’ajuster le dispositif pour mieux cibler le soutien aux entreprises qui en ont besoin et de réorienter les montants allouées non utilisés. Il a aussi indiqué que pour le Pacte de responsabilité, « le compte n’y est pas! ». L’impatience des organisations syndicales se manifeste à juste titre. Une démarche du même type que pour le CICE va prochainement faire le point, avant l’été.

Le Parti socialiste appelle le gouvernement à tout mettre en œuvre pour relancer l’investissement efficace et ciblé. Les efforts importants consentis par les Français doivent être mis pleinement au service de la croissance et de l’emploi.

20 Déc

2 Comments

Les nouvelles couleurs de François Hollande

par

160513hollandeIl y a d’abord le double succès européen sur l’emploi des jeunes et sur l’union bancaire. Cela illustre que le Président a trouvé ses marques et indique que « Merkel 3  » sera sous l’impulsion des sociaux-démocrates allemands plus régulatrice.

La crise de l’euro est passée, même si elle n’est pas dépassée. Il suffirait que les progressistes l’emportent en juin au Parlement Européen et propulsent Martin Schulz à la présidence de la Commission, et un nouveau cycle commencerait, plus centré sur la croissance et l’emploi.

Ajoutons le maintien de la politique de la Fed d’investir des liquidités dans l’économie américaine et le retour des investisseurs en Europe et en France. La Chine est attentive à la France, le Qatar et l’Arabie Saoudite aussi. La présence des sociaux-démocrates au pouvoir en Allemagne renforce la stabilité et la lisibilité du couple franco-allemand.

Ensuite il y a la sortie des mouvements poujadistes de l’automne qui se sont cristallisés sur la mauvaise formule du ras-le-bol fiscal. Puis les chiffres du chômage, l’accord sur la formation professionnelle, le vote de la loi sur les retraites, le démarrage du CICE malgré les critiques.

Enfin en politique aussi cela s’éclaircit. Quelques signes dans les sondages qui sanctionnent les premiers résultats économiques et sociaux et les percées dans le domaine international où le couple Hollande / Fabius a réinstallé la France au rang d’interlocuteur incontournable, voire de facteur d’ordre.

Un indice ? Le retour de Nicolas Sarkozy ! Hier ce dernier l’étalonnait sur l’échec de François Hollande mais aussi de l’UMP tout en pariant sur la percée du Front National en juin. Mais aujourd’hui il se hâte car il lui faut contester à François Hollande la séquence qui s’ouvre. Ce retour précipité bouscule l’UMP, les prétendants et l’UDI. Voilà qui est aussi un signe positif pour le chef de l’Etat. Car ce « come-back » va être source de divisions.

On n’évoque plus chez les sondeurs et analystes la déroute aux élections municipales. Les élections européennes sont souvent vues comme un moment d’éclat du Front National. Mais rien n’indique que le Parti socialiste fasse moins que lors des précédentes élections européennes. Et la victoire des sociaux-démocrates en Europe est possible. Ce qui changerait un peu le rapport de force entre François Hollande/Merkel. Le Front National est haut mais sur un faux plat. Sûr de sa pénétration mais pas certain de ses gains.  Le Front de gauche lui est au bord de la scission. Chez les écologistes c’est le post-congrès donc moins dans la surenchère. Et les syndicats ne sont pas mécontents d’être sortis des retraites et du poujadisme rampant. Et le Medef n’a pas trouvé ses marques et évite les critiques frontales.

Certes le mécontentement est là ! Mais les éclaircies aussi. Un scénario gris-rose est donc envisageable avec prudence pour les mois à venir. Venant après les orages de l’automne. C’est déjà mieux. Tout cela est fragile. D’autant que le pugilat fait rage entre cabinets et ministres pour une hypothétique succession du Premier ministre qui arrivera bien un jour. C’est un peu triste. D’autant que cela ne s’accompagne pas d’une autre politique. Ce qui n’est pas impossible mais pas présenté.

Une rechute est donc possible tant les couacs sont devenus une deuxième nature socialiste. Et le redressement de la France est moins rapide que l’impatience des Français. On aurait tort de passer par pertes et profits l’abstentionnisme dû à la perte de crédibilité du politique. Ainsi que la grande séquence nationale populiste en Europe. Pour autant il y a un bouger qui donne de nouvelles couleurs à François Hollande. Le mieux serait de ne pas trop le contrarier. En attendant, je vous souhaite de Bonnes Fêtes !

18 Nov

2 Comments

Pourquoi tant d’impopularités ?

par

SEANCE DES QUESTIONS AU GOUVERNEMENT A L'ASSEMBLEE NATIONALE.

Ce n’est pas la première fois sous la 5ème République que le Président est impopulaire. De Gaulle, Giscard d’Estaing le furent, ou dans les mêmes eaux sondagières que François Hollande,  François Mitterrand avec Edith Cresson et Jacques Chirac avec Alain Juppé. Alors pourquoi en sommes-nous arrivés là ?

D’abord une triple sous-estimation : la facture Sarkozy, le caractère illégitime de la gauche au pouvoir pour une partie de la droite et de l’extrême droite et la difficulté dans une Europe à majorité de droite de la réorienter. Si sur Nicolas Sarkozy tout a été dit, rien ne s’est vraiment imprimé. C’est comme si la gauche n’avait qu’à faire sans entrave ni contrainte. Les déficits colossaux laissés par près de 20 ans de droite sont passés au second plan tant l’envie de virer Nicolas Sarkozy était grande. Redistribuer dans ces conditions comme en 1936 ou 1981 nous précipitait sur le mur de l’argent. Quant à reformer à gauche comme avec Lionel Jospin cela passait par assainir.

Et puis cette alternance ne va pas de soi. Un bloc réactionnaire refuse toujours la gauche. Elle est jugée illégitime dans une France qui reste électoralement à droite. Et la haine de ce bloc a trouvé dans le mariage pour tous, le refus de la xénophobie et l’anti impôt, la vérification de ce ressentiment.

Reste la réorientation européenne nécessairement longue vue de la majorité de gouvernement de droite. Il faut ajouter l’absence d’opposition empêtrée dans ses crises de leadership, stratégiques et ses lâchetés, ce qui biaise le débat politique. Il s’en suit une série de polémiques hors-sol où on ne conteste pas le fond mais la forme. Car sur le fond le contre programme de la droite est inapplicable dans la France actuelle, tellement il est violent. Même Nicolas Sarkozy s’en est gaussé en privé. Celui de l’extrême-droite rayerait la France de la carte des nations qui comptent, et provoquerait une guerre civile autour de l’immigration. Quand à celui de l’extrême gauche, les Français, élections après élections, ne semble pas enclin à l’adouber.

Mais il faut aller plus loin. Il y a indubitablement une difficulté de lisibilité de l’action du pouvoir. Lorsqu’on voit comment le succès européen de François Hollande sur l’emploi des jeunes a été zappé, on se dit qu’il y a un souci.

L’information comme marchandise, son côté spectacle, sa posture interpellante et haletante, sa volonté de tout déconstruire, bouscule l’art d’exécution du politique. Mais il y a le cœur du problème. Il existe au-delà de la crise, une crise dans la crise: celle de la représentation.

L’effet 3 D, la désidéologisation, la dépolitisation et la désoccidentalisation provoquent un climat dépressif sans repères et sans temps mort. Ceci frappe tout le champ politique, mis à part le Front National qui campe sur une France d’hier, rêvant à celle d’avant hier. S’il faut faire de la politique, nommer les difficultés, donner du sens aux effort en ralentissant le pas, il faudrait surtout un effort de refondation idéologique et politique de tout l’espace public. Sinon on s’agite en tous sens, préconisant des solutions techniques qui ne règlent rien et hystérisent un paysage médiatico-politique passablement éméché.

17 Nov

2 Comments

Les petites lâchetés de l’UMP

par

logoumpUne partie des problèmes du Président Hollande réside dans l’absence d’un adversaire. Il n’y a pas de chef de l’opposition même si il y a des oppositions. Même si une partie de la droite et de l’extrême droite estime illégitime la gauche au pouvoir et un bloc réactionnaire qui voit dans le mariage pour tous, le refus de la xénophobie et la hausse des impôts, la justification de sa haine politique.

Tout cela est déterminant mais il faut ajouter d’abord que la droite n’a pas de chef et François Hollande boxe seul sur le ring. Ensuite que celle-ci n’a pas de ligne collective vis-à-vis de l’avenir du pays. Il suffit de lire le contre projet de budget ou sur les retraites. C’est tellement anti-social que l’on se demande comment dans la France actuelle, ils pourraient appliquer un tel programme.

Mais surtout la lâcheté de l’UMP est sans limite. Condamner l’écotaxe qu’ils ont votée et organisée. Faire de même sur la réforme scolaire qu’ils disaient vouloir faire appliquer. Se prononcer pour le refus du respect de la loi, alors qu’ils stigmatisent le moindre acte en banlieue qui ne la respecterait pas. Ou s’offusquer de la hausse de la TVA, alors qu’ils en avaient fait un argument électoral et prévoyaient une hausse plus forte que celle qui vient d’être votée. Cette incapacité à trouver un chef, un cap et une colonne vertébrale est une des données de la situation actuelle.

02 Nov

2 Comments

Interview dans France Soir: Jean-Christophe Cambadélis l’assagi

par

Jean-Christophe Cambadélis a répondu dans France Soir à une interview que vous pouvez retrouver ci-dessous ou en cliquant ici:

photo JCC France soir

 

Harlem Désir lui a été préféré pour prendre la tête du PS. Mais rue de Solférino, Jean-Christophe Cambadélis est loin d’être isolé. Face aux luttes internes, au milieu des affaires Leonarda et de l’écotaxe et contre la montée du Front national, le député de Paris apparaît aujourd’hui comme le rassembleur d’un camp divisé.

Propos recueillis par Sylvain Chazot

 

 

Le pouvoir exécutif connaît une grande crise d’autorité. Mardi Jean-Marc Ayrault a annoncé la suspension de l’écotaxe, trois jours après des manifestations en Bretagne. C’est une bonne chose selon vous ?
Oui. Il fallait s’adapter à la situation et à la capacité des Français. Cette suspension – et non pas une suppression – était une nécessité. Nous allions au devant d’un affrontement avec les Bretons.

Mais les Verts sont furieux. La question de leur place au gouvernement se pose à nouveau.
Ils ont évidemment tout leur place. Ils savent la détermination de ce gouvernement à avancer vers une écologie nouvelle.

Le message envoyé par le gouvernement avec la suspension de l’écotaxe va pourtant dans le sens contraire. L’ancienne ministre de l’Environnement Delphine Batho a déclaré que l’écologie devenait « la victime expiatoire de la crise »…
Non. Cette suspension est juste. Maintenant, si Delphine Batho veut faire passer l’écologie au canon, qu’elle n’hésite pas.

« J’espère que Leonarda s’émancipera de sa famille»

L’autorité de l’exécutif a tout de même été mise à mal. Certains laissent entendre qu’un remaniement du gouvernement, voire une dissolution de l’Assemblée nationale, serait une solution.
Un remaniement ? Pourquoi pas. Mais c’est avant tout une question technique qui doit être subordonnée à une politique. Il nous faut sortir de ce débat budgétaire. Ce n’est pas là que se situe le terrain politique aujourd’hui, surtout après la sortie de Jean-François Copé sur le droit du sol (1). La vraie question est : quelle France voulons-nous ?

Justement, cette polémique sur le droit du sol est survenue en pleine affaire Leonarda, du nom de cette collégienne expulsée au Kosovo. Cette affaire avait déjà mis le feu la gauche. Le Front de gauche et le Parti communiste avaient dénoncé la politique de Manuel Valls. Même au PS, de nombreuses oppositions avaient éclaté au grand jour…
Dans la gauche il y a toujours eu ce débat sur la question de l’immigration. Déjà avec Gaston Deffere (ministre de François Mitterrand, ndlr) ! Puis avec Jean-Pierre Chevènement. Mais cette polémique a une dimension un peu étonnante. La quasi totalité des forces politiques ne réclament pas la régularisation de tous les sans-papiers : c’est un consensus. Tout le monde a compris que l’on ne pouvait pas s’installer où l’on voulait, quand on voulait, et que les États étaient en droit de réguler les pressions migratoires. La polémique Leonarda ne porte pas sur le fond mais sur la manière dont elle a été reconduite à la frontière, en la récupérant à bord d’un bus scolaire.

François Hollande devait calmer le débat et son intervention le 19 octobre n’a fait qu’amplifier la polémique…
Mais qui peut contester que le président de la République a réaffirmé le respect de la loi et le respect des valeurs ? Qui peut contester qu’il a été humain en tendant la main à Leonarda et en lui proposant de revenir étudier en France ?

« Tout ce que dit Hollande est contesté »

Les Verts le disent…
Ils disent qu’on ne peut pas séparer un enfant de sa famille. Personnellement, j’espère que Leonarda s’émancipera de sa famille. De toute façon, ce n’est pas ce qu’a dit le président qui est en cause, c’est la situation dans les sondages : tout ce qu’il dit est contesté.

N’était-ce donc pas l’occasion d’avoir une position claire ?
Mais sa position était très claire : ils ne rentrent pas.

Pourquoi autant de polémiques alors ?
Nous sommes dans une situation de contestation forte de l’exécutif. Il n’aurait pas parlé, on l’aurait critiqué. Il a parlé, on l’a critiqué. Les Français sont agacés de ne pas voir de résultats sur le plan économique, social… Tant qu’ils n’ont pas de résultat, ils ne font pas confiance au chef de l’État. Petit à petit, la France se redresse. Mais la cacophonie fait qu’on ne le voit pas.

Une cacophonie amplifiée par le PS et notamment par son premier secrétaire, Harlem Désir, qui, quelques minutes après l’intervention de François Hollande sur Leonarda, contredisait la parole du président… Est-ce qu’il y a un problème de leadership aujourd’hui au Parti socialiste ?
(Il sourit). Ne rajoutons pas des polémiques à la crise que nous traversons. Aujourd’hui, il faut faire bloc. Il ne s’agit pas d’étaler ses états d’âmes et ses amertumes. Il y aura un congrès dans quelques années pour revenir dessus.

Mais c’est vous qui, aujourd’hui, apparaissez comme la voix de la raison au PS, pas Harlem Désir. C’est un problème ?
J’avais dit que je serai le capitaine de route de cette équipe. Je dois constater que je n’ai pas réussi à calmer les troupes. Qu’il y aient des dissensions, ce n’est pas anormal, surtout à gauche. Mais les socialistes doivent comprendre la situation dans laquelle nous sommes : le pays se relève dans la difficulté à cause du bilan que nous a laissé la droite. Cela provoque du mécontentement et sur la base de ce mécontentement, le Front national est aux portes du pouvoir, aujourd’hui dans les municipalités, demain dans les régions, et peut-être même à la présidentielle. Nous devons être responsables : on ne peut pas être comme des enfants à vouloir tout.

Revenons à l’affaire Leonarda. Y-a-t-il trop d’étrangers en France ? Durant la campagne présidentielle, François Hollande n’avait jamais voulu répondre à cette question…
Je rejoins sa position. Il n’y a pas de baromètre qui dirait qu’il y a trop ou pas assez d’étrangers dans le pays. Aujourd’hui, vue la situation économique mondiale, les peuples d’Europe estiment que la pression migratoire est trop forte. C’est l’état de l’opinion. Donc il faut faire avec. Comment répondre ? Avec une politique de développement économique dans les pays d’où sont issus ces migrants. Sinon ils continueront de s’agglutiner devant les vitrines du monde occidental.

« Manuel Valls est un atout »

En terme d’expulsions et de régularisations, la politique migratoire actuelle n’est pas si éloignée que celle de Nicolas Sarkozy…
Mais ni le Parti socialiste ni le ministre de l’intérieur n’en ont fait un communiqué de victoire. Nicolas Sarkozy voulait montrer qu’il luttait contre l’immigration et qu’il stoppait la montée du monde arabo-musulman en France.

Cela n’empêche pas la multiplication des critiques envers l’actuel ministre de l’Intérieur…
Manuel Valls est un atout même s’il n’est pas tout seul à gauche. Certains peuvent critiquer ses formulations mais il est invraisemblable de vouloir faire du cas Manuel Valls la question centrale de la vie politique actuelle. La question centrale, aujourd’hui, c’est le Front national. Manuel Valls est l’une de nos cartes contre la montée du FN et il serait ridicule de s’en priver.

« La gauche d’en bas est plus unie que celle d’en haut »

Entre la reculade sur l’écotaxe, l’affaire Leonarda, le psychodrame de la primaire à Marseille avec cette opposition interne entre Samiah Ghali et Patrick Mennucci, une lueur d’espoir pour vous : le PCF a décidé de s’allier au PS pour les municipales à Paris…
C’est l’illustration de ce qui est en train de se passer dans le pays : la gauche d’en bas est plus unie que celle d’en haut.

Vous parliez du FN. La victoire du candidat frontiste lors de l’élection cantonale partielle de Brignoles (Var) a frappé les esprits, cinq mois avant les municipales. Certains, à droite, accusent la gauche et le gouvernement d’alimenter la progression du Front national, soutenant que le PS a intérêt électoral à avoir un FN fort…
Je trouve cette idée dérisoire. C’est une triple faute : c’est faire du FN l’élément central de la vie politique. C’est indiquer aux électeurs de l’UMP que le PS n’est pas fréquentable et ça brise le front républicain. Tout cela permet à Marine Le Pen de s’imposer petit à petit.

Le front républicain est donc toujours de mise ?
Le front républicain est dans les sondages : 70% des Français rejettent le FN (2). Le front républicain est une nécessité même s’il marche à cloche pied puisque la droite ne veut plus en entendre parler. Mais alors, si le FN est un parti comme les autres, pourquoi l’UMP refuse de s’y associer ?

« Si le programme du FN était appliqué, ce serait la guerre civile »

Vous pensez que le vote FN n’est toujours pas un vote d’adhésion ?
Certains adhèrent à la grille de lecture principale du FN qui est la xénophobie. Il y a une tentative d’OPA du FN sur l’une des deux France, celle qui estime que les problèmes viendraient de l’étranger, de l’Europe ou du Maghreb et qu’il faudrait rester entre soi pour se protéger. Cette idée de préférence nationale, l’opposition entre les Français de souche et les Français de papiers… Certains soutiennent ces idées mais ils ne se rendent absolument pas compte que c’est un régime d’apartheid qui se mettrait en place.

Un apartheid ?
Le FN porte le désordre comme la nuée porte l’orage. Sur Leonarda, les jeunes étaient dans la rue, la moitié de la classe politique était mobilisée… Vous imaginez si le programme du FN était appliqué ? Ce serait la guerre civile, et pas seulement dans les mots. La sortie de l’euro ruinerait l’ensemble des familles françaises. La France ne serait plus le pays des droits de l’homme…

Mais la France a-t-elle encore les moyens de revendiquer cet humanisme ?
Nous sommes dans une période difficile mais nous sommes un grand pays, nous avons les moyens de prendre notre part, pour reprendre la fin de la célèbre formule de Michel Rocard (3).

 

1. Jean-François Copé a affirmé qu’il souhaitait réformer le droit du sol qui permet à un enfant né en France de parent étranger d’obtenir la nationalité française.
2. Selon un sondage Ifop pour le Nouvel Observateur paru le 9 octobre, 24% des Français se disent prêt à voter FN lors des prochaines élections européennes.
3. « La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre fidèlement sa part », en 1990.

28 Jan

Commentaires fermés sur Le Parti Socialiste signe l’appel fondateur RESF

Le Parti Socialiste signe l’appel fondateur RESF

par

logo3.jpgLa direction du Parti Socialiste a décidé se soutenir l’action du Réseau Éducation Sans Frontière (RESF). En effet, ce réseau associatif regroupant parents d’élèves et acteurs associatifs militent pour la régularisation des élèves et parents d’élèves sans-papier.

Je soutiens régulièrement RESF dans le XIXème arrondissement de Paris dont l’action a permis de nombreuses régularisations.

Voici le communiqué du Parti Socialiste:

PRPS.jpgLe Parti socialiste décide d’apporter sa signature à l’appel fondateur du Réseau Éducation Sans Frontière, qui demande la régularisation des élèves et parents d’élèves sans-papier.

Les intrusions policières répétées au sein des écoles, les arrestations injustifiées de parents – sous les yeux des enfants -, les séparations forcées et traumatisantes des enfants et de leurs parents, l’isolement des enfants dans des zones d’attentes avant expulsion sont autant de gestes d’inhumanité délibérées de la part d’un gouvernement décidément peu regardant sur les droits de l’Homme et les libertés dans son propre pays.

Le Parti socialiste condamne fermement les dérives paranoïaques d’un gouvernement qui voit en chaque étranger, y compris les enfants, un danger pour notre pays, alors que les menaces sérieuses proviennent en réalité de sa politique délibérée de tension sociale.

Au moment même où le gouvernement se targue d’expulser du territoire 30 000 personnes comme on brandit des scalps, les socialistes inscrivent aussi leur action dans les mobilisations citoyennes courageuses et déterminées qui entendent préserver le droit à l’éducation, au savoir et à la dignité de tous.

Il est temps également d’affirmer que l’école de la République est un lieu d’universalité et reste le principal facteur d’intégration dans la communauté nationale.

Le Parti Socialiste appelle ses militants et ses élus à prendre toute leur part dans les réseaux d’aide et de solidarité, comme ils le font déjà dans de nombreuses villes de France, aux côtés des parents d’élèves, des réseaux de solidarité et des organisations de défense des droits et des libertés.

26 Jan

Commentaires fermés sur Pour l’emploi, contre la précarité

Pour l’emploi, contre la précarité

par

C’est à l’unisson que les syndicats appellent à manifester dans toute la France jeudi 29 janvier pour la défense de l’emploi, des salaires, du pouvoir d’achat, de la protection sociale et des services publics face à la crise.

Le Parti Socialiste prendra toute sa place dans cette mobilisation qui s’annonce déja comme un grand succès. Nous serons présents, déterminés à y prendre notre place en tant que principal parti politique d’opposition face à la politique du gouvernement Sarkozy/Fillon.

Participons tous ensemble, chacun dans nos villes.
Pour l’Île-de-France, la manifestation partira de la Place de la Bastille à 14h.