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28 Sep

Commentaires fermés sur Toda Shimon

Toda Shimon

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« Toda Shimon », retrouvez la tribune de Jean-Christophe Cambadélis, Premier secrétaire du Parti socialiste publié ce jour dans le Huffington Post:

Nous devions nous rencontrer lors de ma visite en Israël cette semaine. Je me faisais une joie de l’entendre et j’avais tant de chose à lui dire. Je tenais à lui marquer mon admiration pour cette immense qualité qui l’anime, cet optimisme sans failles qui force le respect. Shimon Peres a toujours été engagé pour la paix. Et il a toujours été optimiste pour la paix. Habité par la conviction profonde que la majorité des Israéliens et la majorité des Palestiniens veulent la paix, il a mis son expérience et sa volonté au service de ce bien suprême.

Shimon Peres a occupé quasiment toutes les fonctions et affronté toutes sortes de défis. Et c’est sans doute son expérience sans commune mesure qui lui a enseigné l’art du possible. Là où il y a une volonté, il y a un chemin et donc là où il y a un problème, il y a une solution. Il rappelait aussi qu’il fallait éviter les faux problèmes. Je me souviens d’ailleurs de lui nous disant à propos des sondages : « C’est comme les parfums, on peut les sentir, mais il ne faut surtout pas les boire ».

C’est parce qu’il avait la passion infinie de son pays qu’il a servi la paix sans relâche. Ce n’est pas facile. La paix est un combat, un effort incessant, un labeur épuisant. Avancer sur le chemin de la paix, c’est faire reculer les logiques de guerre, de haine et de méfiance. C’est lutter aussi contre les mauvaises volontés, contre le pessimisme militant, contre ces folles idées de paix impossible et de guerre promise.

Lui qui avait frôlé la paix des doigts en 1993, il savait combien elle est fragile mais aussi qu’elle est possible. Les obstacles lui étaient connus : incitation insoutenable à la violence et implantation illégale des colonies. Les paramètres de la solution étaient connus : Deux États en sécurité, avec une capitale partagée.

On dira de lui qu’il aura connu beaucoup de rendez-vous manqués et qu’il ne fut reconnu que tardivement par les siens, devenant le dernier des Pères de la Nation qui avait été témoin des grands bouleversements du siècle. De l’idéal des juifs fuyant les persécutions en Europe à l’invention d’un pays qui devait malgré un environnement hostile, à la fois se défendre et apprendre à vivre avec ses voisins qui devaient eux-mêmes apprendre à vivre avec lui.

 

Shimon a toujours été le plus français des Israéliens, ami de Guy Mollet, de François Mitterrand et de Lionel Jospin. Cette amitié doit rester comme un héritage partagé pour que dans les deux pays, une société juste, pacifiée et passionnée par l’Egalité s’établisse durablement. C’est ainsi que nous honorerons sa mémoire. En donnant vie le plus vite possible à son rêve de paix.

Avec sa sagesse légendaire, Shimon Peres disait souvent qu’il ne fallait pas essayer de changer autrui, mais plutôt essayer de changer soi-même. C’est le chemin à emprunter par tous. Le monde a changé, il le répétait aussi sans cesse : il ne s’agit plus de conquérir des territoires mais de développer le savoir. La science est infinie et constitue notre alliée principale pour préparer l’avenir.

Oui, Shimon Peres va nous manquer. Il va manquer à son pays et à la paix. Il savait que le statu quo actuel est une impasse et une menace, car si les négociations de paix sont bloquées, le sectarisme et l’extrémisme progressent partout dans la région et donc aussi en Israël. L’obscurité assaille la région, la barbarie des djihadistes semble contagieuse et les peuples sont pris de lassitude et de frustration.

Lors de notre rencontre, j’aurais aimé lui dire que puisque ce statu quo est intenable, le Parti socialiste soutient la démarche des autorités françaises pour raviver les négociations israélo-palestiniennes. La semaine dernière, à la tribune de l’ONU, le Président français François Hollande a exprimé son espoir que Paris puisse accueillir une conférence de paix entre Israël et les Palestiniens cette année.

Oui, le Proche-Orient a besoin d’un miracle. Nous savons ici en Europe que la paix est un miracle et donc aussi que les miracles adviennent, non par magie mais par volonté. Cette année nous avons célébré le grand ami de Shimon Peres, un grand dirigeant socialiste, un grand Président, tout comme lui, François Mitterrand, qui, en 1982 à la Knesset, rappela que la France est l’amie d’Israël et de la paix. L’année prochaine, en 2017, nous célébrerons la création d’Israël.

En ami, je lui aurais dit que la France ne laissera jamais en paix ceux qui font la promotion du terrorisme contre Israël, mais qu’en amie fidèle, elle travaillera sans relâche pour que la paix se fasse avec une Palestine souveraine et indépendante.

Shimon Peres disait sans cesse qu’il ne faut jamais sous-estimer la puissance des rêves. Il n’y aurait donc pas plus bel hommage que de se donner rendez-vous l’année prochaine à Jérusalem, où Israéliens et Palestiniens, frères humains, surprendront le monde.

Au revoir Shimon et « Toda », merci. Tu as été un pilier de ton pays et de la paix. Fidèle à ton héritage socialiste, à ta sagesse de dirigeant qui enseignait de ne pas briller mais d’éclairer, nous servirons la paix.

 

 

04 Nov

Commentaires fermés sur Pour Rabin, pour la paix.

Pour Rabin, pour la paix.

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hommage à Yitzhak Rabin

 

Le Huffington Post publie une tribune de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Pour Rabin, pour la paix. 

 

Ils ont tué Rabin. Il y a vingt ans de cela. Ils lui ont tiré dans le dos, lui qui dans sa vie a toujours su faire face. Lui, le Prix Nobel de la paix qui ne connaissait que trop bien le prix cruel de la guerre.

Ils ont tué Rabin, parce qu’il avait emprunté le chemin du dialogue avec les Palestiniens, parce qu’il avait voulu extirper son peuple de la spirale de la guerre promise. Qu’il est dur de se souvenir de ce jour, car c’est rouvrir une plaie profonde, c’est aussi constater un manque immense.

Ils ont tué Rabin, à Tel Aviv, à l’issue d’un rassemblement pour dénoncer la haine qui tenait la rue depuis des mois, organisant de violentes manifestations. Le 6 octobre 1995, ils allèrent jusque sous les fenêtres du domicile d’Yitzhak Rabin à Jérusalem, le grimant en officier SS et en appelant littéralement au meurtre.

« Surveille tes pensées », nous dit la sagesse rabbinique, « car elles préfigurent tes paroles. Maîtrise tes paroles, car elles précèdent tes actes ». Le 4 novembre 1995, la haine est passée à l’action. Avant que l’irréparable soit commis, Rabin entonna le « Chant de la Paix », à l’unisson de la foule. Il prit la parole, jugeant le moment historique, propice au rapprochement, ajoutant que cela n’avait pas toujours été le cas, qu’il avait « combattu, tant qu’il n’y avait aucune chance pour la paix ».

Rabin avait signé les accords d’Oslo pour permettre la paix avec les Palestiniens. Il était prêt à aller plus loin, à abandonner le Golan pour obtenir la paix avec les Syriens. L’extrémisme religieux renaissant ne pouvait le tolérer.

Ceux qui ont guidé la main de son assassin sont toujours là. Ils continuent de répandre la haine et de ronger les fondements démocratiques de l’État Israël. Mais, pour aborder l’Orient complexe, il faut être complet, alors n’oublions pas qu’après la mort de Rabin, le terrorisme au nom d’un islam pris en otage a lancé sa vague d’attentats, visant les civils dans les bus, dans les cafés et les universités.

Aujourd’hui, Rabin repose en paix. La guerre, elle, rode tout autour. Les faucons se sont emparés de la région, même le Hamas est dépassé, en lutte à Gaza contre la présence de Daech. Les temps ont changé, ils ont empiré. L’islamisme ultra est ultra-dominant. Le messianisme juif progresse comme jamais, colonisant la Palestine et la société israélienne, voulant reconstruire le Temple sur les ruines d’al-Aqsa. 20 ans après la mort de Rabin. Mahmoud Abbas a prononcé à la tribune des Nations Unies l’acte de décès d’Oslo, déclarant que les Palestiniens ne peuvent « continuer à être engagés par ces accords ».

Aujourd’hui, le sentiment prédomine qu’il n’y aurait qu’un miracle pour sauver l’esprit de paix, pour soigner ce que Rabin appelait le « cancer » des colonies. A sa mort il y avait 150.000 colons, aujourd’hui ils sont 400.000. Il faudrait un miracle pour que les jeunes générations palestiniennes qui ont été élevées dans la détestation de cette occupation, se départent de la haine du juif trop souvent entretenue, héroïsant les attaques au couteau.

Oui, il faudrait un miracle. Mais, au Proche-Orient, tout est possible. La paix des braves reste pensable, la solution à deux États réalisable, à condition de ne pas voir en Yitzhak Rabin seulement une icône mais avant tout une politique, courageuse, humaniste et volontaire. Il faut que les fous de la paix osent enfin relever la tête et affronter les fous de dieu, ces soldats du chaos, ces serviteurs aveugles d’illusions meurtrières.

Aujourd’hui, il faut donc se souvenir de ce jour funeste qui arracha nos larmes et une partie de l’âme israélienne. Pour rendre hommage à la grandeur de Rabin, être à la hauteur de l’histoire et pour préparer enfin le règne de la raison. Se souvenir pour construire, pour que Rabin ne soit pas mort pour rien. Pour que la jeunesse de cette belle partie du monde cesse de mourir pour rien et vive enfin en paix, cette plus belle chose au monde. Pour que l’espoir revive, pour que le sang cesse enfin de couler, pour que ne coulent que le lait et le miel.

 

 

Jean-Christophe Cambadélis