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05 Fév

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« L’espoir est permis », mon interview au Monde

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Le Monde publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez lire en cliquant ici ou bien ci-dessous:

 

Un score d’à peine 3 % dans le territoire de Belfort et d’à peine 7 % dans le Val-d’Oise lors des deux élections législatives partielles qui viennent de se dérouler, le Parti socialiste est-il mort ?

Comme vous y allez ! Non, le Parti socialiste n’est pas mort, du moins en tant que structure. La fonte des militants est stoppée, il reste la première formation de gauche à l’Assemblée nationale et au Sénat. Hormis Gérard Collomb et Jean-Yves Le Drian, les grands élus ne l’ont pas quitté et son autonomie financière est assurée jusqu’à la prochaine élection présidentielle, au prix d’un double sacrifice : la vente de son siège et un plan social sans précédent. Mais si la structure demeure, le Parti socialiste est nu, il n’a plus de doctrine.

Quatre candidats se disputent malgré tout votre succession. Cela ne vous fait-il pas un peu sourire ?

Non, parce que ce que j’ai craint, c’est le vide. J’ai craint que personne n’ose reprendre le flambeau. Au bout du compte, ils sont quatre, Olivier Faure, Stéphane Le Foll, Luc Carvounas, Emmanuel Maurel, et qui plus est d’accord sur l’essentiel : le Parti socialiste doit défendre une ligne d’autonomie stratégique, il doit procéder à un examen critique du hollandisme, il doit renouveler en profondeur les têtes et ce qu’il y a dans les têtes. L’espoir est permis.

Qui allez-vous soutenir ?

Je n’ai pas de favori, ce n’est pas mon rôle. En outre, j’ai la conviction que quel que soit le gagnant, ils devront tous travailler ensemble à l’essentiel : faire émerger un nouveau dessein qui permettra à la gauche non alignée [sur Macron et sur Mélenchond’incarner une alternative globale. Se satisfaire que la droite batte Emmanuel Macron, comme cela a été le cas dans les deux législatives partielles, ne peut être le destin de la gauche.

Lorsque vous étiez premier secrétaire du Parti socialiste, vous aviez tenté de convertir vos camarades au « progressisme ». En vain, puisque l’aile gauche du parti a refusé l’appellation. Le regrettez-vous ?

Oui, je le regrette. J’ai commis l’erreur de sacrifier à la synthèse au lieu d’imposer ce terme de progressiste.

Mais cela voulait clairement dire que le socialisme est dépassé…

Non, cela voulait dire que le socialisme dans les conditions politiques actuelles n’est qu’une partie de la gauche et qu’il doit impérativement se renouveler dans un ensemble plus large. On glose beaucoup sur la crise de la social-démocratie française, mais regardez ce qui se passe au niveau mondial. Partout, c’est la division : en Grande-Bretagne entre Corbyn et Smith, aux Etats-Unis entre Clinton et Sanders, en Italie entre Renzi et D’Alema, en Allemagne entre Schulz et Gabriel…

Partout, la gauche est confrontée aux mêmes tensions entre ceux qui veulent accompagner la mondialisation et ceux qui la contestent radicalement. Moyennant quoi les gauches ne sont pas seulement en désunion, elles sont en rivalité mortelle car aucune ne peut espérer gagner l’une sans l’autre. C’est pourquoi il est vital pour le PS de dégager un nouvel horizon capable de rassembler les forces progressistes non pas sur l’opposition capital-travail mais sur l’idée de l’émancipation.

Moyennant quoi c’est Emmanuel Macron qui s’est accaparé ce terme de progressiste, non sans succès d’ailleurs…

Emmanuel Macron s’est servi du progressisme pour séduire une partie des électeurs socialistes, mais à peine élu il l’a abandonné.

Pour devenir un président de droite ?

Pour devenir un président de centre droit. Aujourd’hui, sa tactique consiste, avec son premier ministre issu des rangs juppéistes, à ramener à lui le centre droit sans se préoccuper de la gauche parce que sa conviction est qu’elle est morte. Ce en quoi il se trompe lourdement.

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Les Français sont dans l’attente, pas dans l’adhésion. Ils veulent des résultats et, si les résultats ne viennent pas, ils rechercheront une alternative. Or la politique menée par Emmanuel Macron est hasardeuse. Elle est faite pour les gagnants de la mondialisation, pour ceux qui ont intérêt au libéralisme et à la dérégulation. Le raisonnement est que la richesse donnée aux uns profitera à tous mais c’est un leurre, car la croissance, même si elle revient, sera pauvre en emplois. Il y aura des gagnants d’un côté et des perdants de l’autre, des inclus et des exclus, des nantis et des chômeurs, tout le contraire du progressisme promis par le président de la République. D’où la nécessité pour la gauche de construire dès aujourd’hui une alternative globale.

Incluez-vous encore Jean-Luc Mélenchon dans la gauche ?

Je ne l’exclus pas. Je constate simplement que c’est lui qui exclut la gauche de son populisme, lequel comporte une part d’utopie et une part de dangerosité. Je n’aime pas ses attaques contre la démocratie parlementaire ni son souverainisme de plus en plus exacerbé sur la question européenne…

L’une des raisons de la rupture entre les gauches, ces dernières années, a été l’Europe. Existe-t-il une voie de réconciliation ?

La bataille fiscale est à mes yeux primordiale. Pour que l’Europe change, il faut d’abord lutter contre le dumping fiscal. C’est pourquoi je propose que le camp progressiste se batte autour de l’idée d’un serpent fiscal, exactement comme il a existé un serpent monétaire : les taux d’imposition ne pourraient évoluer qu’à l’intérieur d’un plafond et d’un plancher fixés par les Etats membres. Autour de cette idée, on peut espérer créer lors des prochaines élections européennes de 2019 un rassemblement large allant de Martin Schulz [à la tête du Parti social-démocrate allemandà Alexis Tsipras [premier ministre grec, issu de la gauche radicale] .

« La gauche de demain sera girondine », proclamez-vous dans l’essai que vous publiez à la Fondation Jean-Jaurès. C’est surprenant pour un jacobin comme vous…

En faisant la tournée des fédérations, l’année dernière, j’ai été frappé par l’envie de faire et l’enthousiasme qui se dégageaient du terrain. Il y a une formidable énergie citoyenne à mobiliser face au jacobisme d’Emmanuel Macron que je considère comme une impasse. On ne peut pas faire bouger le pays depuis Bercy sur une vision technocratique. Tôt ou tard, il y aura un blocage. La gauche doit en finir avec le jacobinisme.

A qui voulez-vous donner le pouvoir ?

Aux régions ! C’est elles qui ont la puissance de faire au niveau économique. C’est à elles qu’il revient de corriger les inégalités sur le territoire, angle mort de la politique d’Emmanuel Macron.

Et si un président de région issu de l’extrême droite se faisait élire ?

C’est un risque à prendre. C’est la démocratie. Il y a des régions en Italie ou en Autriche qui sont malheureusement dirigées par l’extrême droite.

Que deviendrait la Corse ?

Je suis pour une large autonomie.

Et pour le bilinguisme ?

Pourquoi ne poserait-on pas la question aux régions ?

Qui aurait décidé de l’avenir de Notre-Dame-des-Landes ?

La région évidemment, parce qu’elle est la première concernée.

La droite aussi veut reconquérir le pouvoir par les régions…

Mais elle est dans une contradiction absolue, car Laurent Wauquiez est le plus jacobin des jacobins. Il faudra qu’il fasse un choix.

L’électorat populaire est convoité par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Laurent Wauquiez. Comment espérez-vous le séduire de nouveau ?

La dégénérescence des socialistes les a conduits d’un parti de gouvernement à un parti de bonne gouvernance. Elle les a amenés à abandonner les exclus, à faire passer l’intérêt de l’entreprise avant celui des salariés.

C’est une critique forte du quinquennat Hollande…

Le déficit public était élevé, on devait encourager l’investissement à travers le pacte de responsabilité et le CICE [crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi] . Mais la grande erreur est d’avoir théorisé les deux gauches irréconciliables alors qu’il fallait dire que c’était une parenthèse, comme Lionel Jospin lors du tournant de la rigueur en 1983.

Concrètement, comment aider les exclus ?

Il faut viser l’égalité réelle, attaquer les inégalités là où elles se constituent, donner plus à ceux qui ont moins. D’où l’importance de la décentralisation, qui permet de concentrer plus de moyens à certains endroits, de lutter contre la relégation territoriale dans une parfaite connaissance du terrain.

Considérez-vous, comme Benoît Hamon, que le travail, c’est fini, qu’il ne structurera plus la société de demain ?

Non, la fin du travail est une utopie dangereuse. Le travail, même s’il évolue, restera structurant. C’est la raison pour laquelle nous devons placer la lutte contre la précarité au centre du projet des progressistes.

Quel est l’ennemi du progressisme ?

Le marché libéral, parce qu’il ne fait pas société, mais aussi le nationalisme, le populisme.

Le prochain premier secrétaire du PS devra-t-il être dans une opposition ferme à Emmanuel Macron ?

Mon dernier acte de premier secrétaire est d’avoir fait voter à l’unanimité du Conseil national une résolution qui disait que nous étions une opposition de gauche, réaliste. Il faut s’en tenir à ça.

Quel horizon fixez-vous à la recomposition de la gauche ?

Je ne fixe pas de rythme. Je fixe un but : l’invention d’un nouveau progressisme et assumer un girondisme salvateur. Ce qui me frappe, c’est la vitalité du monde associatif, qui est confronté à la très grande pauvreté et aux blessures sociales. Le PS a là une mine qu’il n’utilise pas. Dans le rendez-vous des municipales, il y a la possibilité de faire l’alliance des divers gauche pour la conquête et le maintien d’un certain nombre de villes, donnant ainsi un maillage qui comptera pour la prochaine présidentielle. S’il fait cela, le PS pourrait devenir incontournable.

 

Propos recueillis par Françoise Fressoz et Abel Mestre

 

 

08 Sep

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L’invité de Guillaume Durand sur Radio Classique en partenariat avec LCI

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Jean-Christophe Cambadélis était ce matin l’invité politique de Guillaume Durand sur Radio Classique  en partenariat avec LCI.

 

Vous pouvez retrouver la vidéo de l’interview ci-dessous: