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21 Oct

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Sommet des Progressistes pour le Climat – Discours de Jean-Christophe Cambadélis – Mardi 21 octobre 2015

par

Discours de Jean-Christophe Cambadélis,
Premier secrétaire du Parti socialiste
Premier Vice-président du PSE
Sommet des Progressistes pour le climat
Paris, mercredi 21 octobre 2015
(Seul le prononcé fait foi)

 

 

Mesdames et Messieurs,
Chers leaders sociaux-démocrates et progressistes,
Cher-es ami-es,

Dans six semaines, l’humanité a rendez-vous avec son destin. Les dirigeants du monde entier et leurs délégations vont se réunir ici même, à Paris, pour répondre au péril écologique, pour empêcher que la Terre ne devienne une planète sans vie et donc pour éviter que l’humanité devienne un peuple sans terre.

Il m’a semblé important, essentiel même, que les dirigeants sociaux-démocrates et les Progressistes européens se réunissent eux aussi, avant ce grand rendez-vous, pour faire entendre leur voix.
Je tiens à vous remercier, toutes et tous, d’avoir fait le déplacement en nombre et de témoigner ainsi, par votre présence, de l’importance de ce qui va se jouer au cours des semaines à venir. Merci aux éminences qui vont intervenir dans un instant : Pervenche Berès tout d’abord, européenne de cœur et de combat, Présidente de la délégation socialiste au Parlement européen, que je salue amicalement. Je remercie Anne Paugam, directrice de l’Agence française de développement, Teresa Ribera, Directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et, enfin, le professeur Michel Aglietta, conseiller scientifique du CEPII. Je salue également la présidente de YES et du MJS, ma chère Laura Slimani. Merci aussi aux deux modérateurs de talents, Gilles Finchelstein, de la Fondation Jean-Jaurès et Ernst Stetter, de la Fondation européenne d’études progressistes. Je remercie aussi Massimo D’Alema qui préside cette institution.

Je me permets de remercier par avance les illustres intervenants qui encadreront, en fin d’après-midi, la cérémonie de signature des 21 propositions des Progressistes : Un grand merci à Sergueï Stanichev, président du PSE, Gianni Pitella, président du groupe des socialistes et des démocrates européens et à Manuel Valls, Premier ministre de la France, pays hôte de ce sommet climat de la dernière chance, qui viendra à la fin de nos travaux. Je remercie également Henri Nallet, président de la Fondation Jean Jaurès.

* * *

La bataille de Paris c’est l’impossible échec.

Oui, la bataille de Paris a commencé, elle sera dure. Nos adversaires sont connus, ils sont coriaces, ce sont nos conservatismes et nos vieux tropismes. Le pire de ces adversaires, nous le savons, c’est le temps. Le danger, c’est que les dérèglements se transforment en un grand emballement, qui échapperait à tout contrôle, à toute contre-mesure et qui mènerait l’humanité toute entière à sa perte. Oui, à Paris, en décembre, l’échec est impossible.

En 2011, l’historien français Jean-François Mouhot notait dans une comparaison volontairement provocante que les générations futures, celles qui paieront le prix de nos hésitations et de nos renoncements face au péril climatique, nous jugeront très probablement aussi sévèrement que nous jugeons aujourd’hui les esclavagistes.
L’historien écrivait : « Nous nous représentons les propriétaires d’esclaves come des brutes cruelles, sadiques, inhumaines », mais à leur époque, « l’esclavage semblait tout à la fois normal et indispensable, tout comme le droit de posséder une voiture, d’avoir le chauffage central ou de prendre l’avion à notre guise ». Il terminait son propos ainsi : « Si nous ne repensons pas rapidement notre manière de vivre, les générations futures se demanderont dans quelques années comment notre civilisation a pu vivre dans un tel aveuglement moral ».

Il est donc temps d’ouvrir une nouvelle voie, d’emprunter ensemble le chemin du salut de notre planète. De fait, Paris Climat 2015 ne peut pas être un rendez-vous manqué, un nouveau Copenhague. Pourquoi avons-nous échoué en 2009 ? Mais parce que nous avons abouti à un accord sans ambition et sans contrainte. Nous connaissons les causes principales de cet échec. Tout d’abord, les positions de départ étaient trop éloignées pour permettre un accord final. C’est tout l’enjeu des discussions qui sont menées en amont. Ensuite, on le sait, les paroles n’ont pas été suivis d’effets, beaucoup se sont défilés, il n’y a pas eu d’engagement chiffré ni de calendrier. D’où l’importance actuelle de la nature juridique de l’accord qui sera signé en décembre à Paris. Enfin, dernière raison de l’échec, l’absence d’unité de vue entre pays développés et pays en développement. C’est la question centrale du financement, j’y reviendrai.

Mes cher-es ami-es, ne nous voilons pas la face : les principales raisons de cet échec demeurent et rodent encore autour de la négociation en cours. Mais, d’autres signes encourageants sont là, qui montrent que la situation a radicalement changé. On ne connait pas encore la portée exacte de l’accord de Paris, mais on peut le dire, il y a déjà un accord mondial sur le diagnostic : la planète se meurt, elle se dérobe sous nos pieds. Cette année, ce sont 195 Etats qui vont s’engager à leur niveau pour le climat. C’est inédit et cela doit être soulignée, la volonté politique est au rendez-vous.

A vrai dire, on ne voit pas bien quelle serait l’alternative, car l’échec de Paris c’est l’aggravation garantie. Oui, la transition écologique est en train d’avoir lieu. Oui, la planète est le théâtre de changements radicaux. Radicaux et irréversibles si nous ne réagissons pas à temps. La concentration de CO2 est la plus forte depuis… 800 000 ans. Notons ici que le CO2 a tendance à se dissoudre dans les eaux de surface, provoquant l’acidification des océans. Ce phénomène est inédit dans les 300 derniers millions d’années – oui, millions – et les scientifiques ignorent les effets de cette acidification pour les prochaines décennies.

Alors, concentrons-nous sur un chiffre : 70 %. C’est la réduction nécessaire des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2050 par rapport à leur niveau de 2010 pour maintenir la hausse moyenne des températures en dessous de 2 °C. 2°, qu’est-ce que cela veut dire ? C’est très concret : C’est la limite pour éviter les inondations massives, les crises alimentaires et les désertifications, les réfugiés climatiques et les conflits. Je ne veux pas vous assommer de chiffre, mais je vous en livre encore un : 50%. Oui, une chute de plus de moitié des populations mondiales d’espèces sauvages en l’espace d’à peine quatre décennies : tel est le constat auquel aboutissent les calculs du Rapport Planète Vivante 2014 du WWF. Difficile dans ces conditions de parler d’empreinte écologique. Disons les choses clairement : nos pas ne laissent pas « d’empreinte », ils écrasent ! Ils écrasent la diversité et avec elle la viabilité de notre planète ! La question centrale est donc de savoir comment limiter rapidement et fortement l’impact de l’homme sur l’environnement.

* * *

Cher-es ami-es,

La vérité c’est que les changements climatiques, nous les avons provoqué mais nous ne savons pas les contrôler. Nous voulions être les « maîtres et les possesseurs » de la nature, elle nous rappelle – et de quelle manière – qu’elle est fragile, qu’elle ne se possède pas mais se respecte.

Face à la transition écologique, il faut donc répondre avec une transition de notre modèle de développement, de production et de consommation. Faire le choix de l’innovation permanente et de la circularité, voilà la perspective qu’il nous faut adopter. Disons le d’emblée et le plus nettement qui soit, car l’heure n’est plus aux chichis : il n’y a pas de travail, pas d’emplois, pas de richesses sur une planète morte. La question du changement climatique doit provoquer un intense débat économique et social, car ses racines et ses solutions sont aussi industrielles. Il s’agit de considérer les émissions de carbone comme un risque vital et d’accompagner fortement la transition énergétique mondiale: c’est le défi de la décarbonisation progressive de l’économie mondiale.

Il s’agit donc de mettre en œuvre la transformation industrielle nécessaire qui sera rendue possible grâce à des investissements durables et à un accès universel aux technologies de pointe. Le monde entier doit se désintoxiquer des combustibles fossiles. La France, à travers sa loi portée par Ségolène Royal sur la transition énergétique va renforcer son indépendance énergétique, réduire ses émissions de gaz à effets de serre et rendre possible une croissance verte. Les Progressistes français peuvent aller plus loin encore. Ainsi, un député de la République, Dominique Potier, se propose de créer un « devoir de vigilance » pour les multinationales, c’est-à-dire de renforcer la responsabilité des grandes entreprises à l’égard des risques humains, sociaux et environnementaux pouvant découler de leurs activités économiques. Cela va dans le bon sens, tous les Progressistes européens pourraient se retrouver d’ailleurs sur cette position.

Cher-es ami-es,
Comme souvent, le nerf de la guerre, ce sera la question du financement. 100 milliards de dollars, c’est ce que les pays riches se sont engagés à réunir chaque année à compter de 2020 pour aider les pays pauvres à s’adapter au changement climatique. Jusqu’à présent, les pays riches ont récolté près de 62 milliards de dollars. Il y aurait notamment 43 milliards issus d’institutions publiques, 16 milliards d’acteurs privés et 1,6 milliard de crédits à l’export. La Banque mondiale a annoncé qu’elle pourrait accroître d’un tiers son financement en faveur du climat, le faisant passer ainsi à 16 milliards de dollars par an. La Banque européenne d’investissement (BEI) a elle aussi annoncé une augmentation de ses financements liés au climat. On peut donc se rapprocher de la somme promise et donc de la possibilité d’un accord. Et s’il faut une taxe sur les transactions financières pour financer notamment le Fonds Vert des Nations Unies, nous la soutiendrons. Après tout, il n’est pas complètement absurde que la finance mondiale, qui pousse au profit et à l’exploitation sans limites des ressources limitées de notre planète, contribue un peu à son sauvetage.

* * *

Cher-es ami-es,
Nous le voyons, le dérèglement climatique nous pose aussi la question de la solidarité internationale. Et il faut voir aussi que les plus faibles sont les plus exposés aux déséquilibres écologiques. Au fond, je crois qu’avec cette question vitale du péril écologique nous touchons aussi du doigt la réponse à la crise de l’identité social-démocrate européenne.

Les Progressistes que nous sommes doivent changer pour faire face à un monde agité de changements multiples, dont le changement climatique est le plus crucial. A nous de compléter nos réflexions et nos propositions en combinant les facteurs capital, travail et nature pour permettre d’assurer le plus grand progrès possible pour le plus grand nombre possible dans un rapport de force qui soit favorable à la fois aux travailleurs et à la planète, permettant au Nord et au Sud de converger.

Il y a eut le temps le temps de la social-démocratie qui déboucha sur l’Etat-providence. Il faut aujourd’hui inventer la social-écologie qui débouchera sur la société décente et l’Etat de bien-être.

Oui, la social-écologie est la nouvelle étape de développement de la pensée progressiste. Lier exigence écologiste et défense de l’égalité, porter la question écologique au niveau de la question sociale, c’est le cœur de notre identité renouvelée. Les Progressistes doivent en somme mettre au cœur de leur action la domestication écologique et sociale de l’économie de marché et ils doivent se battre comme à l’aube de l’ère industrielle pour maitriser le capitalisme sauvage. Il s’agissait hier de conquérir des droits sociaux. Il s’agit aujourd’hui de conquérir les droits vitaux des générations futures de vivre dignement et pleinement sur notre planète. Sur leur planète.

Au moment même où nous nous réunissons, l’ultime session de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se tient à Bonn jusqu’à vendredi. Les discussions avancent, l’ébauche de texte se dessine, avec de nombreuses parenthèses et de multiples options. Ce lundi, 149 pays représentant près de 90 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ont publié leur « contribution nationale », les objectifs de réduction de leurs émissions à l’horizon 2030. On avance, pas à pas. On se rapproche d’un accord.

Nous l’avons dit, l’heure des choix est venue.

Agir, c’est exploiter au maximum les rapports de forces politiques européens pour provoquer le Plan Juncker, comme les Progressistes européens ont su le faire. Agir, c’est s’engager aussi pour que ce plan finance en priorité la transition écologique, pour soutenir le développement d’une économie circulaire, sobre en carbone et riche en emplois. Agir, c’est mettre en place les bases d’un nouveau modèle industriel au niveau européen, avec des universités européennes et des champions européens.

Agir, mes cher-es ami-es, c’est aussi signer l’accord de ce soir avec 21 propositions claires et précises pour préparer le terrain à un accord à Paris en décembre prochain. C’est envoyer un signal on ne peut plus clair aux délégations du monde entier, pour dire que l’Europe veut et peut assumer ses responsabilités écologiques et historiques. Je ne veux pas empiéter sur la présentation de ces 21 propositions, juste vous dire que je suis fier des Progressistes européens. Fier que nous puissions, sur un sujet essentiel, parler d’une voie unie, d’une voie forte, d’une voie utile.

Mes cher-es ami-es, la COP21 peut être un tournant, mais cela ne sera pas un achèvement. Il faudra poursuivre l’effort, sans doute actualiser en continu l’accord qui sera obtenu de haute lutte. Mais, si accord il y a, alors, oui, nous pourrons dire : un petit pas pour l’humanité mais un grand pas pour la planète.

Oui, les Progressistes doivent se battre pour la planète. Et j’en suis convaincu, la meilleure façon pour les Progressistes de faire baisser le thermomètre de la planète, c’est de relever la tête, de porter fièrement nos valeurs et de les transformer en actes.

Je vous remercie.

Jean-Christophe Cambadélis


#COP21 Sommet des progressistes pour le climat… par PartiSocialiste