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08 Juil

Commentaires fermés sur « Il y a la place pour une opposition de gauche et responsable », interview au Monde

« Il y a la place pour une opposition de gauche et responsable », interview au Monde

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Le Monde publie ce  jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Demain vous mettez en place la direction collégiale. Quelle va être son architecture ?

Le Parti socialiste doit se réorganiser avant de se refonder et pour cela il doit construire une nouvelle gouvernance avec une direction provisoire de 14 membres sur une centaine de candidatures. Parmi ces membres, six rapporteurs, trois hommes et trois femmes. Il y aura aussi quelques membres de droits (présidents de groupe, Fédération nationale des élus socialistes et républicains ou autre porte-parole…). Donc c’est une direction extrêmement resserrée. La feuille de route sera élaborée dans l’été et présentée devant un séminaire des directions (parlementaires, Bureau national et Premiers fédéraux) dans le dernier week-end d’août.

Un congrès suivra ?

Cette feuille de route sera votée par les militants la deuxième semaine de septembre et à partir de là, la direction provisoire collégiale sera légitimée. Il est vraisemblable que la question du congrès soit réglée à cette occasion. Je préconise qu’il se tienne au mois de février 2018, ni trop tôt ni trop tard. Cela permettra de trancher les problèmes importants: d’abord la question politique, c’est-à-dire notre rapport avec le pouvoir d’une part et Jean-Luc Mélenchon de l’autre. Il faudra aussi se pencher sur la question européenne, ainsi que sur les questions organisationnelles parce que la forme partidaire est datée. Elle remonte à 1905 pour le PS et il faut vraisemblablement muter…

Parmi la direction collégiale, y aura-t-il des partisans de Benoît Hamon ?

C’était prévu jusqu’au moment où Benoît Hamon a décidé de quitter le Parti socialiste. Mais comme on est dans un moment incertain où quelques uns ont décidé de le suivre et d’autres pas, je préfère que cette question ne soit pas posée dans la direction.

Il ne peut pas y avoir de double appartenance au mouvement du 1er juillet ?

Ce sont les statuts du parti. Il faut être clair. Pas de double appartenance vis-à-vis de La République en marche, ni du mouvement du 1er juillet.

Vous n’avez pas un sentiment de solitude après les départs de MM. Valls et Hamon ?

Il faut respecter les choix de chacun. Mais il faut clarifier.

Benoît Hamon dit qu’il n’a pas été soutenu par le PS pendant la campagne présidentielle et que c’est lui qui clarifie…

Ce n’est pas vrai. Le PS a apporté 12 millions d’euros à sa campagne. Ce n’est pas un soutien ça ? Et les 2039 parrainages c’est du sabotage ? Il est vrai que sa campagne a créé de l’abstentionnisme ou de l’hostilité, mais le PS, en tant que structure, a suivi. Par contre, je n’ai jamais vu un candidat à l’élection présidentielle refuser de venir devant le Bureau national avant et au lendemain de l’élection.

Je crois en outre que le double départ de Manuel Valls et de Benoît Hamon clôt le débat. Les deux dirigeants de la droite et de la gauche du parti ont décidé de ne plus être dans le PS. Ce qui donne, par cette clarification par le vide, une chance inattendue de ne pas être dépendant de leurs demandes.

L’avenir idéologique du PS, c’est ce qu’il y a entre Manuel Valls et Benoît Hamon ?

Je ne le présenterai pas comme cela ! Je dis que ça nous offre une opportunité de définir une ligne claire de ce que nous voulons être. La refondation idéologique est nécessaire. Cette question recouvre des aspects français mais aussi la grande crise du courant progressiste à l’échelle internationale. Regardez ce qui se passe aux Etats-Unis, en Espagne, en Italie et en Angleterre. Partout nous avons un débat entre les tenants du centre et ceux de la gauche. Entre l’adaptation et la résistance.

C’est toujours possible, quand on est socialiste, de discuter avec Jean-Luc Mélenchon ?

C’est de plus en plus difficile. Il m’a l’air de filer vers le gauchisme autoritaire et le populisme le plus échevelé.  Nous sommes en désaccord avec ce qu’il préconise sur  l’Europe et sur le plan économique. Mais le cœur de son dispositif, qui est la démocratie plébiscitaire, est pour nous une ligne de fracture majeure.

Est-ce plus envisageable de se tourner vers Emmanuel Macron ?

C’est aussi difficile. Mais entre l’opposition frontale de la France insoumise et la subordination totale à La République en marche, il y a la place pour une opposition de gauche et responsable. Emmanuel Macron a dit dans son discours au Congrès lundi que la France “n’était pas réformable”. Cela explique sa verticalité et son centralisme technocratique. C’est une erreur par rapport à la demande profonde du pays. Plus les décisions seront centralisées, tomberont d’en haut, plus on s’attaquera aux corps intermédiaires, plus le pays va se cabrer. L’hypercentralisation débouchera sur l’hypercontestation.

Ce “ni Macron ni Mélenchon”, n’est-ce pas aussi la ligne de Benoît Hamon ?

C’est pour cela qu’il ne fallait pas qu’il quitte le PS. A partir du moment où celui-ci reste une formation avec quatre présidents de région, des présidents de conseils départementaux, 1000 maires de villes de plus de 10 000 habitants et qu’aucun ne le suive… Son chemin, c’est une partie de la jeunesse et l’alliance avec Yannick Jadot et Cécile Duflot. Mais ça ne fait pas un Parti socialiste refondé, c’est un gros PSU [parti socialiste unifié]. Il est en train de refonder EELV.

Si les Verts sont en partie avec Hamon, que Mélenchon ne veut pas parler avec vous, avec qui le PS va s’allier ?

La gauche s’est majoritairement abstenue aux élections législatives. Mais il faut sortir de cela, c’est la vieille politique telle que nous l’avons connue au congrès d’Epinay, quand le champ politique était structuré par les partis dominants à gauche. Chacun contrôlait son petit espace politique et l’alliance de tous faisait une dynamique et la majorité. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Diriez-vous que votre bilan à la tête du PS est globalement positif ?

Je ne vais pas dire cela, à partir du moment où le candidat du PS a fait 6,4 % des voix à la présidentielle…

Globalement négatif alors ?

Je ne dirais pas cela non plus. C’est un bilan entravé.

Entravé par quoi ?

Par l’état du pays à notre arrivée, par les pesanteurs de l’appareil, par la compétition pour la future présidentielle, par un individualisme qui a pris des proportions rarement vues dans le mouvement socialiste. Et puis les socialistes avaient tendance à se faire la leçon et à faire la leçon.

Vous parlez, sans les nommer de Manuel Valls et Benoît Hamon…

J’ai fait preuve de respect vis-à-vis des deux, parfois au-delà du nécessaire.

Mais ils sont à l’image de ce qu’il nous est collectivement arrivé : des démarches individualistes et des stratégies personnelles.

Vous ne citez pas le quinquennat de François Hollande comme une entrave…

Cela viendra. On fera le bilan en temps voulu. Il y a des éléments critiquables et je le dirai. Ils tiennent plus de la méthode que de la réalisation. Mais n’oublions pas que François Hollande a dû faire face au terrorisme, à des crises internationales. Il faut toujours être honnête si on veut faire de bons bilans.

ll y a  bien d’autres entraves comme le retard pris dans la reformulation des socialistes qui se sont endormis sur leurs lauriers puis se sont affaissés et divisés. En 2012, nous avions tous les pouvoirs. Cinq ans plus tard, nous n’en avons plus aucun. A un moment donné, il faudra se confronter à cette réalité.

Qu’allez vous faire dans les prochains mois ?

Je partirai en septembre après le vote des militants. Il faut laisser la place à une nouvelle génération. J’essaierai d’être un des sages du Parti socialiste, j’aiderai à la refondation. Je continuerai à peser dans la vie politique française. Je serai une voix des socialistes et ne refuserai rien de ce qu’il me sera présenté.

Comment se porte financièrement le PS ? Vous allez vendre le siège ?

C’est une question qui se pose mais elle est plus politique que financière. On pourrait vendre des locaux de fédérations, nous avons un patrimoine très important. Mais la question que je poserai, c’est plutôt : « Peut-on peut penser que l’on peut construire le nouveau Parti socialiste à Solférino, dans le 7e arrondissement de Paris ? ». Symboliquement, je suis davantage pour quitter Solférino que de quitter le terme « socialiste ».

Justement, le PS doit-il changer de nom ?

Cela sera sur la table. J’ai tendance à penser : le problème est moins “socialiste” que “parti”.

Il y aura un plan social ?

Nous n’avons pas de dettes, on peut emprunter justement en gageant Solférino. S’il y a un plan social, il n’est pas annoncé pour l’instant. Le PS doit réorganiser son appareil permanent en investissant par exemple dans le numérique. Il vaut mieux des portails Internet dans chaque section que des locaux.

Donc il faut vendre les locaux pour faire des sites web ?

Je ne peux pas résumer ainsi, parce que je vais me faire appeler Arthur. Mais il faut muter. Donc il y a un gros travail de reformulation, de réorganisation, d’offre politique et de constitution d’un nouveau leadership.

Y-a-t-il une hémorragie de militants ?

Personne n’en sait rien. Vu les remontées des fédérations, on tourne autour de 80 000 militants.

C’est un chiffre qui semble énorme…

Les gens étaient prêts à partir. Ils nous laissent une dernière chance.

Le PS n’est donc pas mort ?

En fin de compte, le PS s’est affaissé après sa déroute parlementaire mais il ne s’est pas disloqué. Le climat a changé. Les adhérents voient qu’il n’est pas mort. Fortement affaibli certes, mais pas effondré.

Le PS joue un quitte ou double ?

Je crois que c’est cela. Si on retombe dans les errements des deux dernières années, je crois que les militants et les électeurs se diront que nous sommes incorrigibles.

Le PS éclaterait ?

Si la refondation ne fonctionne pas, oui. Pour l’instant, tout le monde retient son souffle. Les grands élus n’ont pas décidé de partir, les militants nous ont donné une dernière chance. Les parlementaires veulent faire du bon travail. Les dirigeants affectent de vouloir travailler ensemble. Cela donne un peu d’espoir.

 

Propos recueillis par Enora Ollivier et Abel Mestre

 

 

24 Juin

Commentaires fermés sur « Le PS n’est pas mort, c’est sa force propulsive qui l’est », interview à Libération

« Le PS n’est pas mort, c’est sa force propulsive qui l’est », interview à Libération

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Libération publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Allez-vous demander à vos députés de voter “contre” la confiance au gouvernement?

Nous présenterons une résolution ce samedi en conseil national qui clarifiera notre position par rapport à la majorité présidentielle et dira que nous ne voterons pas la confiance.

Vous laissez donc la porte ouverte à des abstentions pour vos députés…

Nous ne votons pas la confiance, donc nous sommes clairement dans l’opposition. Mais, comme toujours, je laisse la porte ouverte aux délibérations des groupes, ça a toujours été le cas dans notre histoire. Mais, pour moi, il faut une double clarification si nous voulons une refondation : vis-à-vis du bonapartisme social-libéral d’Emmanuel Macron et vis-à-vis du gauchisme autoritaire de Jean-Luc Mélenchon. Cela ne veut pas dire que nous ne serons pas amené à voter des lois de Macron ou de combattre des textes avec Mélenchon, mais nous devons le faire à partir de ce que nous sommes : socialistes, écologistes et européens.

Quand allez-vous quitter votre poste de premier secrétaire?

J’avais trois solutions : rester, partir dès dimanche soir ou organiser la transition. J’ai choisi la dernière option. Une direction provisoire sera installée lors d’un conseil national le 8 juillet, un séminaire sera ensuite organisé fin août pour adopter une feuille de route soumise début septembre aux militants. La direction collective sera ainsi légitimée. A ce moment, je pourrais alors m’en aller le cœur léger. Mais vous allez continuer à m’entendre car je compte bien participer au débat en toute liberté.

A quel moment avez-vous choisi de partir?

Je me suis posé cette question deux fois : la première à Noël 2015, après l’annonce de François Hollande d’inscrire la déchéance de nationalité dans la Constitution; la deuxième, le jour où l’ex-Président m’a appelé pour me dire qu’il ne se représentera pas, j’étais dans un hôtel, à Prague pour le PSE. Ce soir-là, J’ai compris que nous ne gagnerions pas l’élection présidentielle, et j’ai commencé à préparer les conditions de mon départ pour que la refondation s’amorce.

La génération qui va prendre les commandes peut-elle y arriver?

Elle peut et doit le faire car le parti n’est pas mort. C’est sa force propulsive et attractive qui l’est, à cause de la crise du courant progressiste et social-démocrate mondial; de la dégénérescence de la culture de gouvernement en “bonne gouvernance”; de l’individualisme arrogant qui s’est emparé des socialistes. Je suis convaincu que le PS se refondra en répondant à ces questions tout en portant une nouvelle république décentralisée et parlementaire via la proportionnelle.

Vous n’avez pas peur que cette direction collégiale se transforme en compétition pour prendre le parti ?

Il faut faire confiance à l’intelligence collective. Lorsque Podemos ou Syriza émergent ce sont avec des directions collectives. Leurs leaders respectifs se sont constitués dans le mouvement. Une direction collégiale préfigurerait le type de démocratie que nous voulons construire. Je vais conseiller de garder pendant un temps la collégialité. Si on repart avec un premier secrétaire, il y aura une majorité et une minorité. Et on recommencera comme avant…

Mais il faut bien qu’une personne s’installe dans votre bureau non?

Ils le transformeront en espace de coworking!

A l’époque, vous avez critiqué Manuel Valls lorsqu’il a parlé de “dépassement” et de changer de nom du PS. Vous proposez la même chose aujourd’hui non?

Il ne s’agissait pas d’une refondation de sa part mais d’une tentative d’exclure les frondeurs. Ce que je propose, c’est une refondation globale pour dépasser toutes les gauches.

Avec une stratégie d’union de la gauche?

Pour l’instant, nous n’avons pas de partenaire. Peut-être le Parti communiste… Il ne faut pas penser en terme partidaire, c’est l’ancien monde, il faut penser une gauche multiforme : des intellectuels, des syndicalistes, des associations, des citoyens… Il faut déclencher un mouvement pour déboucher sur un nouveau parti.

C’est un peu ce que compte faire Benoît Hamon dès le 1er juillet à Paris…

Je crois que la religion de Benoît n’est pas faite : je pense que cela passe par un PS reformulé, lui hésite entre cette perspective et une entité extérieure. Ses partenaires devraient le pousser à clarifier plus rapidement qu’il ne le pense. J’ai quelques expériences des rassemblements de 15 000 personnes. J’en ai fait des dizaines dans ma vie. A la fin, c’est toujours le PS qui fait le résultat électoral. Lutte ouvrière est toujours capable de rassembler 30 000 personnes à la Pentecôte, ça donne quoi sur le plan électoral? Il ne faut pas confondre la force militante qui existe, et que Hamon a su cristalliser, en force électorale dans une société qui n’est pas mûre pour une orientation radicale rose-verte. Nous l’avons vu avec le score à la présidentielle. Benoit Hamon peut apporter sa pierre à cette reformulation, comme beaucoup d’autres. Mais exclure d’emblée le PS serait une erreur.

François Hollande a-t-il un rôle à jouer dans le futur?

Je pense qu’il a encore envie de jouer un rôle. (Sourire)

 

Propos recueillis par Rachid Laireche et Lilian Alemagna

28 Août

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« Le social libéralisme ne fait pas partie de notre vocabulaire », interview dans Le Monde

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Le Monde publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Dès la rentrée, la gauche au pouvoir a connu une de ses plus graves crises politiques depuis le début du quinquennat. Est-ce nécessaire ?

Nous sommes dans une conjoncture de décomposition politique. Et la gauche s’étiole, se désole, voire s’affole. Fallait-il y ajouter une crise de l’exécutif ? Je ne le pense pas. Faut-il pour autant que la fermeté soit synonyme de fermeture ? Je ne le pense pas non plus. Cette crise était inutile au regard des difficultés et des doutes que connaissent les Français.

Les positions économiques d’Arnaud Montebourg étaient-elles réellement incompatibles avec la ligne de MM. Hollande et Valls ?

Si Arnaud Montebourg avait été en désaccord avec le pacte de responsabilité que la majorité a adopté, il aurait démissionné. Je ne pense pas qu’il était nécessaire de dire que rien ne bougeait. Mais je ne pense pas non plus qu’il soit nécessaire de dire qu’il y a deux lignes irréconciliables qui s’affrontent. J’appelle tous les socialistes à ne pas surjouer leurs différences, parce que ça mute en divergences et ça se termine en divisions. Une divergence, il ne s’agit pas de la faire vivre, il s’agit de la surmonter.

Le nouveau gouvernement, dont le symbole est la nomination d’Emmanuel Macron à Bercy, illustre-t-il la victoire de la seule ligne social-libérale à gauche ?

Je n’ai pas été prévenu de la nomination d’Emmanuel Macron. Je n’avais pas à l’être. Il sera la cible facile de ceux qui n’attendaient que cela. Mais Arnaud Montebourg ne fixait pas la ligne économique du gouvernement. Il n’y a pas de raison qu’Emmanuel Macron la fixe davantage. Laissons-le travailler, mais je fais une remarque générale : le social-libéralisme ne fait partie ni de notre vocabulaire ni de notre tradition, je me suis opposé fermement à certaines dérives à la gauche du Parti socialiste, je pourrais le faire vis-à-vis d’autres tentations.

Le discours mercredi de Manuel Valls devant le Medef, très favorable au patronat et aux entreprises, peut-il être celui d’un premier ministre socialiste ?

Ce n’est pas tant le discours du Premier ministre qui m’a surpris que l’attitude du patronat qui semble enfin se rendre compte que le « toujours plus » – au moment où les dividendes aux actionnaires explosent – indisposait la France. Mais le MEDEF ne s’en tirera pas par des applaudissements.

La question de la réorientation de la politique économique ne se pose-t-elle donc plus ?

Le gouvernement maintient sa trajectoire même si les inflexions sont déjà là. On a déjà bougé sur les 3%, la transition énergétique, le pouvoir d’achat via la baisse des impôts, le ciblage des aides patronales… Même le débat sur la BCE fait avancer les choses. Le quinquennat est face à un double tournant. Nous avons jeté les bases du redressement, et à quel prix électoral ! Nous devons désormais ouvrir une deuxième séquence qui est celle de l’investissement, dans l’éducation nationale, l’apprentissage, le logement, les collectivités locales, les entreprises… Le temps de l’investissement est arrivé !

Le débat sur la ligne économique est-il clos dans la majorité ?

Le gouvernement veut être cohérent et on voit bien l’importance de cette cohésion dans la situation politique actuelle. Mais le PS doit être le lieu du débat. Je ne serai jamais pour la discipline des consciences, pour un Parti socialiste caserne. Je me porte garant des débats au PS. Mais je ne saurais accepter que ce débat ait pour but de renverser le gouvernement. Le sens des responsabilités, c’est de permettre le débat, mais de ne pas ajouter la crise institutionnelle à la crise économique et politique.

Le gouvernement a-t-il une majorité à l’Assemblée pour faire voter ses réformes ?

La sortie d’Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti va renforcer médiatiquement l’ensemble des critiques de l’action gouvernementale. Mais devant quels choix sont les socialistes ? Réussir, moderniser et redresser notre pays ou une dissolution qui nous ramènerait à une portion congrue ? L’arrivée d’une droite thatchérisée ? Ou alors, l’impensable de plus en plus probable, la venue d’un FN qui combinerait sortie de l’Europe et xénophobie ? Les socialistes et la gauche sont condamnés à surmonter leurs divergences. Qui peut, socialiste, arriver à souhaiter que le gouvernement tombe ? Les conséquences seraient incalculables. Chacun sait que la dissolution serait aussi celle de ceux qui l’ont provoquée. La gauche a toujours eu deux cultures : celle de la réforme et celle de la contestation. Celles-ci doivent dialoguer mais ne pas s’affronter car sinon, de postures en prises de position, nous allons tous nous marginaliser.

Pourtant sans les écolos et le Front de gauche, avec des radicaux qui menacent de sortir, la majorité n’a jamais semblé aussi peu plurielle…

Puisque Cécile Duflot aime les formules latines, en voici une : adhuc tua Messis in herba est, « la moisson ne fait encore que poindre ». On ne construit pas un avenir sur l’amertume. Cécile Duflot le sait. Les écologistes ont besoin du PS et vice versa, personne ne gagnera dans son coin, nous perdrons tous. Les écologistes doivent continuer à travailler leur culture politique de gouvernement. A Jean-Luc Mélenchon, je voudrais dire qu’il n’y a pas de place pour un chavisme en France. C’est une impasse. Je préfère quand il évoque la 6e République qui est un sujet, que quand il dit préférer Sarkozy à Hollande, ou quand il dit que les frondeurs couinent… Comment peut-on parler ainsi ? Quant à Jean-Michel Baylet, on connaît ses positions, il les maintient et pour l’instant il n’insulte personne. Collectivement, il faut être à la hauteur de la conjoncture historique. On est en guerre civile aux portes de l’Europe ; une partie du bassin de la Méditerranée est à feu et à sang ; nous sommes dans la récession voire dans la déflation en Europe ; et chacun va faire sa soupe dans son petit coin ? J’appelle à ce qu’on cesse les petites phrases, les postures, qu’on délaisse les anathèmes pour enfin aborder les thèmes, les vrais.

 

Le PS ouvre vendredi son université d’été à La Rochelle. On risque d’assister une fois encore au bal des divisions….

J’appelle chacun à la responsabilité, même si je sais comment ça fonctionne. Il y aura de tout, de la surenchère, des petites phrases, mais aussi beaucoup d’union. Et moi j’irai à La Rochelle avec trois mots simples : expliquer, apaiser, rassembler.

 

Vous lancez dès le vendredi 29 août les états généraux des socialistes. Sur quelle ligne idéologique ?

Le PS ne fondera pas le social libéralisme mais un nouveau progressisme. Je ne crois pas au socialisme de l’offre ni à celui de la demande. Nous sommes des sociaux-démocrates à la française, républicains, en faveur de l’état social décentralisateur. Par ailleurs, nous avons des divergences sur la manière de redresser le pays. Mais il n’y a pas de quoi créer un schisme, si personne ne s’enferme dans des postures.

Pourquoi cette refondation du PS est-elle nécessaire ?

Nous sommes dans une nouvelle époque. Le monde est plus mondialisé, plus connecté, plus polarisé, plus conflictuel, et beaucoup plus complexe que celui des années 1970 au moment du congrès d’Epinay. Le courant progressiste a été battu quand l’identité, comme référent pour tous les partis, a supplanté l’égalité. Enfin, nous sommes entrés dans le tripartisme, ce qui nécessite d’avoir une force propulsive dès le premier tour de la présidentielle. Il faut ouvrir les fenêtres et les portes, sortir de l’entre soi et du débat technocratique, pour dire quel type de société nous voulons. S’il n’y a pas de construction d’une carte d’identité du PS qui permette une doctrine commune, je ne donne pas cher du socialisme.

Le PS doit-il tenir un congrès au plus vite ?

Nous allons constituer en septembre la commission qui doit discuter de la date et du contenu du congrès. Il y aura tous les courants. Mais nous ne connaissons pas l’agenda des élections régionales. Je proposerais que le congrès se penche sur l’évolution de nos institutions. La 5ème République doit évoluer. Cette question est dans toutes les têtes et dans toutes les analyses. Je préfère des congrès qui permettent de donner une visibilité à la position du PS que ceux où on a l’addition de motions dont on ne sait pas à la fin quelles orientations elles ont produites.

Etes-vous favorable à la tenue de primaires pour désigner le candidat en 2017 ?

Le Parti socialiste n’est pas un prestataire de service chargé d’organiser les primaires. Le réduire à ça est un peu méprisant. En 2016 ce n’est pas du casting dont nous aurons à nous occuper, il viendra, je compte bien que les socialistes s’emparent de l’élection présidentielle pour dire comment ils voient le prochain quinquennat. Nous le ferons si possible avec nos partenaires.

 

25 Sep

Commentaires fermés sur Élections régionales: le mistigri de la panne a changé de camp

Élections régionales: le mistigri de la panne a changé de camp

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Au vu de la panne gouvernementale, je ne vois pas comment la gauche perd les élections, mais pas non plus comment elle les gagne. La droite est politiquement dans les cordes avec sa série de couacs de rentrée et électoralement sans réserve. Le PS est en meilleure forme qu’on ne le dit, sur le plan électoral en tout cas. Cela bouge au PS. La consultation militante va régler une série de problèmes récurrents. La primaire qui externalisera la désignation du candidat. Le non-cumul des mandats déverrouillera et rajeunira le PS. La commission d’éthique qui dotera le PS d’une vraie séparation des pouvoirs. Le projet est sur les rails du tour de France. Même la question stratégique s’éclaire: tout le monde est pour l’union de la gauche et des écologistes au premier tour et pour s’élargir à ceux qui veulent battre Sarkozy sur notre programme au second.

Mais c’est peut-être là que le bât blesse, car le sursaut unitaire tarde à venir. Le PCF est dans l’hésitation, pôle de radicalité ou nouvelle union ? Les Verts n’en finissent pas de rêver à nous supplanter et l’extrême gauche à nous dégager. Alors oui, Nicolas Sarkozy plafonnera à 30 %, mais tout son travail est d’éviter la coalition de circonstance. Pour éclairer la situation, il faudrait que les partis de gauche signent un code de bonne conduite et de rassemblement pour les mois à venir. On n’y est pas encore. Mais en attendant, sous les lazzis et les quolibets, malgré les tentations de déstabilisation, le PS avance avec détermination vers sa refondation. Le mistigri de la panne a changé de camp.

Le PS va se doter d’une méthode pour régler son problème de leadership pour se doter d’un nouveau bagage programmatique pour surmonter les aléas stratégiques. Bref, la clarification est en marche même si tous les problèmes sont loin d’être réglés. Même la question de la direction sera dénouée avec l’adoption probable d’une corrélation entre l’orientation et le candidat au poste de Premier secrétaire.

En un vote, les socialistes vont faire un plus grand pas qu’en dix ans de confrontations internes.

02 Juil

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Vive la trêve estivale !

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La sarabande des candidatures et des clubs au PS donne le mal de mer.

La gauche sombre dans le ridicule pendant que Sarkozy fait la une du Nouvel Observateur.

Il est temps de déclarer la trêve estivale avant qu’à force d’émiettement nous ayons définitivement fatigué le peuple de gauche.

Pour le reste, la gauche a besoin du PS, d’union et de refondation plus que de fragmentations mais cela peut attendre fin août.

26 Juin

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Ce que je pense

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bloc_note_copieV2.jpgLe petit papier de Sylvie Pierre-Brossolette dans la dernière livraison du Point ne reflète que partiellement ma pensée et la mélange avec des attendus qui ne sont pas les miens. (C’est un doux euphémisme mais c’est la loi du genre).

Je résume donc pour les amis. La victoire de Nicolas Sarkozy aux européennes n’est qu’un trompe l’œil, alors que la défaite du PS est elle réelle. Cet échec combine tout à la fois, la crise de la social démocratie européenne à un moment où elle avait rendez-vous avec l’Histoire. Mais aussi la panne du PS français ! (Au passage, la thèse selon laquelle ce sont les électeurs de gauche apeurés, se réfugiant dans le conservatisme qui sont responsables de ce moment est une véritable fainéantise intellectuelle).

Revenons au Parti Socialiste. Ce dernier a une existence (une réalité : son implantation incomparable et historique dans les collectivités locales) mais il n’a plus d’essence. C’est à dire qu’il a perdu sa capacité d’attrait, son dynamisme… Et son projet de transformation sociale est tout à la fois flou, obsolète, voire inaudible. Depuis 2002, et le départ de Lionel Jospin, le PS combine une crise de leadership, stratégique et programmatique. Dans un moment où le modèle social-démocrate de l’Etat providence n’a plus de force propulsive.

Bref, Le PS se réduit à un parti d’alternance et n’est plus à un parti alternatif. Il excelle dans les élections locales où son modèle paraît plus performant que celui de la droite, mais s’évanouit dans les élections nationales.

Et lorsqu’il s’agit d’une élection à la proportionnelle nationale, l’électorat « socialisant » ne voit aucun intérêt à un patriotisme électoral. Tout simplement parce que les divisions sans projet tendent à démontrer que le PS n’est préoccupé que par le pouvoir. D’ailleurs, la vision du PS par nos concitoyens se réduit à cela. Nous sommes dans le cercle du pouvoir. Et la culture de gouvernement n’est qu’un prétexte à leurs yeux pour y rester. Il faut donc ré enchanter la gauche car gérer une collectivité n’est pas un projet de société. Lire la suite…

17 Juin

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Les actes de la refondation

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PRPS.pngMartine Aubry a lancé devant les socialistes un appel à refonder les idées et la maison commune de la gauche et par là même le PS.

Ce qui manque au PS et à la gauche c’est tout à la fois l’unité et l’évolution révolutionnaire dont parlait Jean Jaurès. Le but d’une nouvelle société et les moyens pour y arriver pas à pas. Retrouver le goût du changement de société.Il faut s’attacher à cette tâche déterminante en redonnant la parole aux militants et aux citoyens. Il faut le faire sans tabou mais avec l’esprit de responsabilité et de l’intérêt général.

Voilà pourquoi je vous propose un site ouvert à la discussion, aux propositions et à l’action.

A la demande de beaucoup, l’acte I de cette refondation serait le mandat électif unique. A vous de donner votre avis et proposer ce qui pourrait être l’Acte II.

Et ainsi nous allons élaborer ensemble une démarche sans autre ambition que d’aider la gauche à se ressourcer et à se refonder.

Pour signer la pétition et participer aux actes de la refondation, je me rends sur http://www.lesactesdelarefondation.net

02 Avr

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Déclaration à TV5 Monde

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On ne peut répondre à l’ampleur historique de la crise sans fixer des règles financières, des plans de relance massifs et un nouveau modèle de croissance.

Le G20 a décidé un plan de stabilisation certes bienvenu mais qui n’est pas une re-fondation. D’autres mesures plus profondes seront nécessaires, la preuve: Un nouveau G20 est annoncé dans quelques mois.

Les mesures du G20 n’exonèrent pas le gouvernement français bien au contraire et Nicolas Sarkozy doit décider d’un nouveau plan de relance pour la France. Avec l’abrogation du paquet fiscal, la réduction de l’éventail des salaires, une relance de la consommation et des mesures unilatérales de rupture avec les paradis fiscaux puisqu’il fait de cette question son cheval de bataille.

EDIT:

Vous pouvez visionner la vidéo de l’émission ici.

05 Déc

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Blog-notes n°57 – A la veille du Conseil National du PS

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bloc_note_copieV2.jpgLe Conseil National du Parti Socialiste va se réunir, et clore, la dernière phase du processus ouverte par la préparation du congrès du PS.

Il s’agira tout à la fois du discours d’investiture de Martine Aubry, d’adopter le contrat de gouvernance du PS qui résumera la philosophie de celui-ci pour les années à venir et d’élire le Secrétariat National du Parti, le Bureau National.

Nul doute que la constitution même, du Bureau National et du Secrétariat marquera une rupture.

Une génération a passé la main, et les nouveaux venus seront les acteurs du nouveau cycle. Cette nouvelle donne de la direction matérialise en partie, le vote des militants qui ont voulu un renouveau à gauche.

Dans la fin du « Marché Providence », nous avons vécu la fin du Parti d’Epinay.

La stratégie de la continuité fut battue en brèche. Il restait en lice, outre une proposition de refondation radicalement à gauche, deux conceptions de la rénovation. Celle de Martine Aubry l’a emportée.

Ce congrès libérait ressentiments, illusions et frustrations enfouies dans un parti sans repère ni boussole depuis le tournant de la rigueur de 1983, si on excepte le pragmatisme vertébré de Lionel Jospin au pouvoir de 1997 à 2002. Lire la suite…

29 Juil

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Une démarche partagée pour réussir le changement

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PRPS.jpgNous nous sommes réunis le mardi 22 juillet entre les contributions « Une vision pour espérer, une volonté pour transformer», « Besoin de gauche » et « Brèves de Campagnes » Nous avons fait plusieurs constats et envisagé une démarche partagée.

Nous aspirons à bâtir une alternative crédible pour les français et battre ainsi Nicolas Sarkozy et la droite libérale. Nous souhaitons renouer avec la victoire. Nous voulons entraîner la France sur le chemin de l’espoir.  Nous partageons le dessein d’un socialisme moderne, d’une Europe politique, du retour des valeurs de la gauche. Nous convergeons sur une idée simple. Le temps est venu de faire autre chose autrement. Car notre époque a changé et nous n’avons pas changé. Lire la suite…