Tag réformes

06 Oct

Commentaires fermés sur « La vie politique a plus d’imagination que les sondages », interview dans la Tribune de Genève et 24heures

« La vie politique a plus d’imagination que les sondages », interview dans la Tribune de Genève et 24heures

par

tribune de genève 2

logo-24heures

 

La Tribune de Genève  et 24heures publient ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez  lire ci-dessous:

 

Pour le premier secrétaire du Parti socialiste français, Jean-Christophe Cambadélis, un retour en grâce du président n’est pas impossible.

Le mot est à la mode, mais Jean-Christophe Cambadélis ne veut pas être l’homme providentiel du PS. Non, il se définit comme un militant soucieux de la rénovation du socialisme et attentif à ce que sa formation traverse au mieux «les événements terribles» qu’elle a vécus. Le premier secrétaire du PS, en baroudeur de la politique (63 ans) qui a connu bien des retournements – il a été le bras droit de Dominique Strauss-Kahn – a attendu que le bateau traverse la tempête d’une rentrée très chahutée avant de nous répondre.

 

Le retour de Nicolas Sarkozy, c’est la meilleure chose qui soit arrivée au PS ces derniers temps? Nicolas Sarkozy a tout fait pour être élu. Les Français n’en ont pas voulu. Il reste un redoutable compétiteur mais sa stratégie a un seul slogan: «Moi». Sa tactique a un seul paramètre, «moi», et son programme se réduit à un seul mot d’ordre, «moi». C’est un peu court pour séduire les Français.

Pensez-vous un retour de popularité possible pour François Hollande? La situation politique française est volatile. On disait, dix-huit mois avant la présidentielle, Edouard Balladur imbattable et quelques années plus tard, Lionel Jospin, PS, gagnant d’avance. Pourtant, dans les deux cas, ils ont été éliminés. La vie politique a beaucoup plus d’imagination que les sondages!

Etes-vous favorable à des primaires au sein du PS pour désigner le candidat de 2017? Les statuts le permettent, mais pour l’instant je n’ai ni des demandes ni des candidats.

Et quid des candidatures sauvages? Arnaud Montebourg ou Martine Aubry par exemple… Sûrement pas! Si notre candidat ne fait pas le plein des voix de gauche au premier tour de l’élection présidentielle, il sera éliminé. On aura donc une bataille au deuxième tour: droite – extrême droite. Dans ces conditions, personne ne prendra le risque soit de faire perdre la gauche, soit d’être ultramarginalisé par le vote utile.

Le gouvernement de Manuel Valls ne dispose au Parlement que d’une majorité relative. Est-ce suffisant pour tenir trois ans? Il y a au Parlement une majorité relative pour Manuel Valls. Il n’y a pas de majorité contre Manuel Valls. Les opposants du PS à la ligne économique du gouvernement ont indiqué qu’ils ne voteraient jamais contre le gouvernement car «ce serait synonyme de dissolution et d’exclusion».

Les «frondeurs» sont-ils dans le vrai quand ils disent ne pas avoir été élus sur le programme appliqué aujourd’hui? Les «opposants» ont été «élus candidats» par les militants du PS. La tradition du PS n’est pas la remise en cause des partis. Le lien direct entre les députés et les électeurs, c’est une culture bonapartiste qui n’est pas la nôtre. Leur mandat est de redresser économiquement la France dans la justice. J’observe enfin que le désaccord ne porte pas sur les 50 milliards d’économies mais sur la répartition entre les ménages et les entreprises.

En quoi le tournant social-démocrate du gouvernement français est-il comparable à ceux de Blair et Schroeder? Je pense que cette inflexion de politique n’est que conjoncturelle face à une trop faible croissance. Elle n’a rien à voir avec le blairisme qui théorise la neutralité de l’économie… J’ai dit et je vous le répète, le social libéralisme n’est ni notre culture ni notre vocabulaire.

Alors en quoi ces réformes, la Britannique et l’Allemande, sont-elles différentes de la Française? Blair avait théorisé une troisième voie entre le socialisme étatique et la social-démocratie avant d’arriver au pouvoir. Schroeder, lui, s’est attaqué à certains acquis sociaux au cours de son mandat. Tout simplement parce que l’économie allemande était à cette époque sous-compétitive vis-à-vis de la France. Il a obtenu de l’Europe et grâce à la France une autorisation pour aller au-delà de 4% de déficit et ses réformes se sont étalées sur dix ans.

Le cap économique du pacte de responsabilité semble désormais évident pour le gouvernement. L’est-il pour le Parti socialiste? Le gouvernement a un cap clair. Le PS, lui, redéfinit sa carte d’identité qui ne se veut ni sociale-libérale ni néocommuniste. Il s’agit de fonder un nouveau progressisme où nos valeurs et nos principes retrouveront leur pertinence et leur efficacité dans la «nouvelle économie» et sa révolution de l’immatériel.

Ce travail de mise à jour n’aurait-il pas dû être fait pendant les dix années d’opposition (depuis 2002)? Le PS a travaillé pendant les dix dernières années. La preuve en est que le programme du candidat Hollande n’était pas une rêverie. Il indiquait que l’on ne pouvait distribuer que ce que l’on avait produit. Et il soulignait l’urgence de la remise à flot budgétaire de la France. Ce que nous avions sous-estimé, ce sont les plans sociaux cachés ou retardés à l’après élection et l’état réel de la production industrielle française qui était en chute libre. Retrouver des marges de compétitivité pour les entreprises tout en asséchant les déficits sans pour autant tomber dans l’austérité ni casser notre modèle social fut notre problème en arrivant au pouvoir.

Social-démocrate; social-libéral, n’est-ce pas pour les politologues? Vos électeurs n’attendent-ils pas simplement des résultats – du pouvoir d’achat, de l’emploi, des perspectives d’avenir? C’est parce que les salariés s’intéressent à leur pouvoir d’achat ou à l’emploi qu’ils ne sont pas indifférents à une politique qui favorise la production, l’industrie; et une politique qui favorise la rente. Ne sous-estimez pas la capacité du peuple de faire le lien entre une «offre» théorique et ses conséquences pratiques.

La parenthèse du sénat à gauche n’aura duré que trois ans. La gauche n’est-elle pas en train de rater une occasion historique de changer la France? Était-elle suffisamment préparée à prendre le pouvoir? Le Parti socialiste a perdu les élections municipales. Et comme le Sénat dépend de ces élections, il était certain que nous allions perdre le Sénat. Constatons quand même que tous les analystes disent que le PS a mieux résisté que prévu. Ce qui indiquerait que le PS, deuxième parti de la haute assemblée avec 112 élus, n’est pas sans ressource. Non seulement nous étions préparés à prendre le pouvoir, mais rien ne dit que nous allons dans deux ans et demi le perdre.

Toujours à propos du pacte de responsabilité, n’avez-vous pas le sentiment de faire le sale boulot de la réforme? Vous tirez les marrons du feu pour la droite? On peut, au nom de l’électoralisme, différer ou refuser des réformes. C’est tourner le dos à l’intérêt général et pousser des réformes devant soi qui deviennent ingérables et se retournent contre ceux qui professent l’immobilisme.

Le MEDEF a fait, en matière de réglementation du travail, des propositions radicales mais peut-être nécessaire. Provocation ou nécessité de faire bouger les lignes politiques? Je trouve que le MEDEF manque d’imagination. Depuis près de trente ans, il avance les mêmes revendications. Revendications elles-mêmes assorties des mêmes promesses d’emplois. Il n’y a rien de nouveau.

Vous avez lancé les Etats généraux du socialisme en France. L’ADN du socialisme à la française semble en péril?
Notre carte d’identité est périmée. Elle a été éditée dans les années 1970 sur la base de réflexion des années 1960. Depuis le monde a changé, le modèle de production a changé, la manière de faire de la politique a changé.

Sur le site du PS, dans votre message, vous parlez du besoin d’une carte d’identité socialiste pertinente à l’époque. Elle ne l’est plus donc? Oui. Un exemple: dans les années 1970, la gauche avait mis au centre des débats la question de l’égalité. Aujourd’hui cette notion est supplantée par l’identité. Voir le monde à travers la nécessaire égalité et l’obligation de l’identité ne provoque pas la même chose dans le combat social ou l’opinion.

Le mot rassemblement revient souvent: le PS est-il à ce point divisé, en proie aux doutes? Le rassemblement est nécessaire. D’abord parce que l’individualisme contemporain fait des ravages dans la gauche. Ensuite parce que les formes nouvelles de communication – chaînes d’infos, l’Internet, Twitter etc. – poussent au chacun pour soi. Enfin parce que la multiplication des propos en tous sens brouille le message.

En fait, comment va la base du PS? Que vous disent les élus sur le terrain qui vous interpellent? La base va bien merci. C’est surtout l’encadrement qui s’interroge, qui doute ou qui conteste. Ce n’est pas anormal. Les militants, eux, ne sont pas dans ce registre. Ils veulent tout à la fois des marqueurs de gauche et de l’unité.


Propos recueillis par Xavier Alonso

 

15 Sep

Commentaires fermés sur Interview dans El País : « Je crois que toute la gauche européenne saura s’unir pour qu’Angela Merkel fasse marche arrière »

Interview dans El País : « Je crois que toute la gauche européenne saura s’unir pour qu’Angela Merkel fasse marche arrière »

par

JCC ITW EL Pais 15092014

Le quotidien espagnol El País a publié une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire en français ci-dessous:

El País : Qu’est-ce qu’être socialiste aujourd’hui ? Vous-mêmes vous vous êtes appelés «sociaux-démocrates», «sociaux-libéraux», «socialistes» tout court…

Jean-Christophe Cambadélis : Nous sommes en train de définir ce qu’est le socialisme moderne, ce qu’est notre carte d’identité face à la mondialisation, au nouveau modèle économique, à la situation internationale complexe et à la montée d’un Front national en France qui se prépare à accéder au pouvoir. Nous devons définir le nouveau progressisme.

Manuel Valls a déclaré que la gauche pouvait disparaître. Pensez-vous également qu’elle peut se dissoudre ?

Toutes les gauches européennes ont perdu le combat culturel. Auparavant, l’égalité était le point focal du débat. Comment l’élargir ? Comment la renforcer ? Désormais, c’est l’identité qui est passée au premier plan. L’identité de « mon peuple », de « ma région », « mon pays » … Tout cela contre l’Europe, la mondialisation, la nation. Ce qui se passe en Catalogne ou au Pays Basque sont des exemples. La grande difficulté pour les partis progressistes européens consiste à se recentrer sur la question de l’égalité, alors que les circonstances rendent la redistribution difficile.

Redistribution de la richesse alors que nous sommes dans une période de récession où l’économie stagne…

En effet, afin de distribuer, il faut d’abord pouvoir produire.

Et sur la base de ce principe vous proclamez :  » Réinventons-nous ! « .

Dans les années 1970, François Mitterrand fonda la rénovation socialiste sur une rupture avec le système capitaliste. Maintenant, il n’y a pas un socialiste en faveur de cette rupture. Bien sûr, il y a une critique du système, mais nous savons que nous devons agir dans ce cadre du capitalisme pour une plus grande justice.

Le courant critique dans le PS « Vive la gauche » – reproche aux réformes gouvernementales de donner 41 mille millions d’euros d’aides aux entreprises et seulement 5 000 aux ménages…

Nous sommes en face d’un désaccord majeur car le PS est au pouvoir. Mais jamais les désaccords n’ont été si faibles. Avec François Mitterrand et Michel Rocard ils portaient sur la nature du socialisme dans sa totalité : renforcer la société civile, les nationalisations, porter la République jusqu’au bout… C’étaient des désaccords politiques et idéologiques majeurs. Maintenant le débat porte sur ce que nous donnons aux entreprises et aux ménages. Ce désaccord entre l’offre et la demande prend une dimension très importante parce que nous sommes au pouvoir. Et parce qu’il est dit que le gouvernement pourrait tomber à cause de ce désaccord.

Certains députés socialistes pourraient voter contre le gouvernement dans la motion de censure le 16 septembre prochain ?

Je ne le pense pas. Voter « contre » signifierait que ceux-ci doivent quitter le PS.

Les rebelles, comme de nombreux militants affirment que François Hollande n’a pas rempli ses engagements électoraux…

Nous nous sommes adaptés au déficit public, qui était beaucoup plus élevé que nous le pensions, à la régression de la production industrielle, qui a coulé, au ralentissement de la croissance … Mais le gouvernement s’est adapté en évitant les risques. Nous n’avons pas d’Indignés en France. Et nous n’en avons pas parce que nous avons maintenu le lien social. Nous ne sommes pas si pauvres. Oui, nous avons 3,5 millions de chômeurs, mais ils reçoivent tous les mois – pendant 10 mois – 80% du salaire qu’ils avaient, puis cela diminue. Nous réformons sans confrontation sociale.

  1. N’y a-t-il pas lieu de s’inquiéter un peu à propos de la relation entre Paris et Berlin ?

C’est vrai.  La relation entre François Hollande et Angela Merkel est correcte mais il est vrai qu’il y a une double irritation. D’une part, on nous dit que nous devons faire des réformes et de l’autre, on s’oppose à des politiques visant à relancer l’économie. Je demande à la droite allemande de ne pas dire du mal de la France et qu’elle ne se comporte pas de mauvaise manière à notre égard. Ils ne peuvent pas dire que nous ne faisons pas de vraies réformes. Si on avait l’impression que l’Allemagne nous oblige à faire des réformes, cela susciterait des sentiments négatifs chez les Français contre l’Allemagne. Il faut être plus prudent.

Vous faites référence aux mots d’Angela Merkel appellant la France à poursuivre les réformes ?

Ils n’ont pas eu de commentaires sympathiques. Ils ont créé des frictions.

Y a-t-il un accord entre les dirigeants socialistes européens à mettre un terme à la politique d’austérité ?

Oui. Jean-Claude Juncker s’est engagé à agir. Angela Merkel, cependant, reste très prudente. Je pense que toute la gauche européenne saura s’unir pour que Madame Merkel fasse marche arrière.

Manuel Valls a déclaré que le Front national « est aux portes du pouvoir… »

Ce serait le chaos. Une catastrophe. L’élection présidentielle est à deux tours. Il y a trois forces concurrentes : l’extrême droite avec le FN, la droite avec l’UMP (Union pour un mouvement populaire) et le PS. Selon tous les sondages, le candidat socialiste serait éliminé au premier tour. Avec la tension croissante entre l’UMP et le PS, il serait impossible que les socialistes soutiennent l’UMP si elle faisait face au FN au second tour. Mais si l’on parvenait au second tour, l’UMP hésiterait aussi à soutenir notre candidat. Alors imaginez : nous sommes en 2017 et, Marine Le Pen face à François Hollande ou face à Nicolas Sarkozy l’emporte et devient présidente de la France. Ce serait une catastrophe pour la France, pour l’Europe … et, ça la jamais la gauche ne l’acceptera.

Quelle est la différence entre le FN des années 1990 avec Jean-Marie Le Pen et celui de sa fille aujourd’hui ?

Le FN d’avant était un front de contestation solitaire, sans aucune chance de remporter le pouvoir. Aujourd’hui il veut le pouvoir. Et il rassemble bien sûr de nombreux malheureux et des xénophobes. Marine Le Pen a dit que « l’immigration était un problème de sécurité sanitaire ». On a dit la même chose durant la Seconde Guerre mondiale sur les Juifs. Mais Marine Le Pen exploite également le souverainisme qui veut restaurer les frontières et le franc – et capte de nombreuses critiques de Europe. Ils ne sont pas seulement eurosceptiques, ils sont europhobes. Maintenant, il y a 30% des Français qui disent qu’ils veulent quitter l’Europe et dont elle recueille le soutien.

Mais dispose-t-elle d’une équipe pour former un gouvernement ? Ou un programme de gouvernement ?

Non, son père l’a reconnu, mais elle dit qu’elle est prête à prendre le pouvoir. C’est une forme d’aventure, une forme de péronisme. C’est du national-populisme.

Pour compléter ce panorama complexe, il y a des leaders qui ont appelé à la dissolution de l’Assemblée. D’autres, à la démission de François Hollande. Certains parlent de «crise de régime». D’autres, de la nécessité d’aller vers une VIème République

La dissolution de l’Assemblée n’apportera pas la reprise économique, mais elle apportera le chaos. Des députés FN y entreront. Peut-être même trouveront-ils une majorité. La démission du président ? Ceux qui le demandent sont irresponsables car ils savent que la droite n’est pas prête et que la gauche est divisée. Autant donner les clés du pouvoir au Front national.

Par conséquent, la seule solution pour vous est de faire des réformes et de gagner la confiance qui donneront des résultats positifs ?

Exactement.

28 Août

3 Comments

« Le social libéralisme ne fait pas partie de notre vocabulaire », interview dans Le Monde

par

logolemonde

Le Monde publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

 

Dès la rentrée, la gauche au pouvoir a connu une de ses plus graves crises politiques depuis le début du quinquennat. Est-ce nécessaire ?

Nous sommes dans une conjoncture de décomposition politique. Et la gauche s’étiole, se désole, voire s’affole. Fallait-il y ajouter une crise de l’exécutif ? Je ne le pense pas. Faut-il pour autant que la fermeté soit synonyme de fermeture ? Je ne le pense pas non plus. Cette crise était inutile au regard des difficultés et des doutes que connaissent les Français.

Les positions économiques d’Arnaud Montebourg étaient-elles réellement incompatibles avec la ligne de MM. Hollande et Valls ?

Si Arnaud Montebourg avait été en désaccord avec le pacte de responsabilité que la majorité a adopté, il aurait démissionné. Je ne pense pas qu’il était nécessaire de dire que rien ne bougeait. Mais je ne pense pas non plus qu’il soit nécessaire de dire qu’il y a deux lignes irréconciliables qui s’affrontent. J’appelle tous les socialistes à ne pas surjouer leurs différences, parce que ça mute en divergences et ça se termine en divisions. Une divergence, il ne s’agit pas de la faire vivre, il s’agit de la surmonter.

Le nouveau gouvernement, dont le symbole est la nomination d’Emmanuel Macron à Bercy, illustre-t-il la victoire de la seule ligne social-libérale à gauche ?

Je n’ai pas été prévenu de la nomination d’Emmanuel Macron. Je n’avais pas à l’être. Il sera la cible facile de ceux qui n’attendaient que cela. Mais Arnaud Montebourg ne fixait pas la ligne économique du gouvernement. Il n’y a pas de raison qu’Emmanuel Macron la fixe davantage. Laissons-le travailler, mais je fais une remarque générale : le social-libéralisme ne fait partie ni de notre vocabulaire ni de notre tradition, je me suis opposé fermement à certaines dérives à la gauche du Parti socialiste, je pourrais le faire vis-à-vis d’autres tentations.

Le discours mercredi de Manuel Valls devant le Medef, très favorable au patronat et aux entreprises, peut-il être celui d’un premier ministre socialiste ?

Ce n’est pas tant le discours du Premier ministre qui m’a surpris que l’attitude du patronat qui semble enfin se rendre compte que le « toujours plus » – au moment où les dividendes aux actionnaires explosent – indisposait la France. Mais le MEDEF ne s’en tirera pas par des applaudissements.

La question de la réorientation de la politique économique ne se pose-t-elle donc plus ?

Le gouvernement maintient sa trajectoire même si les inflexions sont déjà là. On a déjà bougé sur les 3%, la transition énergétique, le pouvoir d’achat via la baisse des impôts, le ciblage des aides patronales… Même le débat sur la BCE fait avancer les choses. Le quinquennat est face à un double tournant. Nous avons jeté les bases du redressement, et à quel prix électoral ! Nous devons désormais ouvrir une deuxième séquence qui est celle de l’investissement, dans l’éducation nationale, l’apprentissage, le logement, les collectivités locales, les entreprises… Le temps de l’investissement est arrivé !

Le débat sur la ligne économique est-il clos dans la majorité ?

Le gouvernement veut être cohérent et on voit bien l’importance de cette cohésion dans la situation politique actuelle. Mais le PS doit être le lieu du débat. Je ne serai jamais pour la discipline des consciences, pour un Parti socialiste caserne. Je me porte garant des débats au PS. Mais je ne saurais accepter que ce débat ait pour but de renverser le gouvernement. Le sens des responsabilités, c’est de permettre le débat, mais de ne pas ajouter la crise institutionnelle à la crise économique et politique.

Le gouvernement a-t-il une majorité à l’Assemblée pour faire voter ses réformes ?

La sortie d’Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti va renforcer médiatiquement l’ensemble des critiques de l’action gouvernementale. Mais devant quels choix sont les socialistes ? Réussir, moderniser et redresser notre pays ou une dissolution qui nous ramènerait à une portion congrue ? L’arrivée d’une droite thatchérisée ? Ou alors, l’impensable de plus en plus probable, la venue d’un FN qui combinerait sortie de l’Europe et xénophobie ? Les socialistes et la gauche sont condamnés à surmonter leurs divergences. Qui peut, socialiste, arriver à souhaiter que le gouvernement tombe ? Les conséquences seraient incalculables. Chacun sait que la dissolution serait aussi celle de ceux qui l’ont provoquée. La gauche a toujours eu deux cultures : celle de la réforme et celle de la contestation. Celles-ci doivent dialoguer mais ne pas s’affronter car sinon, de postures en prises de position, nous allons tous nous marginaliser.

Pourtant sans les écolos et le Front de gauche, avec des radicaux qui menacent de sortir, la majorité n’a jamais semblé aussi peu plurielle…

Puisque Cécile Duflot aime les formules latines, en voici une : adhuc tua Messis in herba est, « la moisson ne fait encore que poindre ». On ne construit pas un avenir sur l’amertume. Cécile Duflot le sait. Les écologistes ont besoin du PS et vice versa, personne ne gagnera dans son coin, nous perdrons tous. Les écologistes doivent continuer à travailler leur culture politique de gouvernement. A Jean-Luc Mélenchon, je voudrais dire qu’il n’y a pas de place pour un chavisme en France. C’est une impasse. Je préfère quand il évoque la 6e République qui est un sujet, que quand il dit préférer Sarkozy à Hollande, ou quand il dit que les frondeurs couinent… Comment peut-on parler ainsi ? Quant à Jean-Michel Baylet, on connaît ses positions, il les maintient et pour l’instant il n’insulte personne. Collectivement, il faut être à la hauteur de la conjoncture historique. On est en guerre civile aux portes de l’Europe ; une partie du bassin de la Méditerranée est à feu et à sang ; nous sommes dans la récession voire dans la déflation en Europe ; et chacun va faire sa soupe dans son petit coin ? J’appelle à ce qu’on cesse les petites phrases, les postures, qu’on délaisse les anathèmes pour enfin aborder les thèmes, les vrais.

 

Le PS ouvre vendredi son université d’été à La Rochelle. On risque d’assister une fois encore au bal des divisions….

J’appelle chacun à la responsabilité, même si je sais comment ça fonctionne. Il y aura de tout, de la surenchère, des petites phrases, mais aussi beaucoup d’union. Et moi j’irai à La Rochelle avec trois mots simples : expliquer, apaiser, rassembler.

 

Vous lancez dès le vendredi 29 août les états généraux des socialistes. Sur quelle ligne idéologique ?

Le PS ne fondera pas le social libéralisme mais un nouveau progressisme. Je ne crois pas au socialisme de l’offre ni à celui de la demande. Nous sommes des sociaux-démocrates à la française, républicains, en faveur de l’état social décentralisateur. Par ailleurs, nous avons des divergences sur la manière de redresser le pays. Mais il n’y a pas de quoi créer un schisme, si personne ne s’enferme dans des postures.

Pourquoi cette refondation du PS est-elle nécessaire ?

Nous sommes dans une nouvelle époque. Le monde est plus mondialisé, plus connecté, plus polarisé, plus conflictuel, et beaucoup plus complexe que celui des années 1970 au moment du congrès d’Epinay. Le courant progressiste a été battu quand l’identité, comme référent pour tous les partis, a supplanté l’égalité. Enfin, nous sommes entrés dans le tripartisme, ce qui nécessite d’avoir une force propulsive dès le premier tour de la présidentielle. Il faut ouvrir les fenêtres et les portes, sortir de l’entre soi et du débat technocratique, pour dire quel type de société nous voulons. S’il n’y a pas de construction d’une carte d’identité du PS qui permette une doctrine commune, je ne donne pas cher du socialisme.

Le PS doit-il tenir un congrès au plus vite ?

Nous allons constituer en septembre la commission qui doit discuter de la date et du contenu du congrès. Il y aura tous les courants. Mais nous ne connaissons pas l’agenda des élections régionales. Je proposerais que le congrès se penche sur l’évolution de nos institutions. La 5ème République doit évoluer. Cette question est dans toutes les têtes et dans toutes les analyses. Je préfère des congrès qui permettent de donner une visibilité à la position du PS que ceux où on a l’addition de motions dont on ne sait pas à la fin quelles orientations elles ont produites.

Etes-vous favorable à la tenue de primaires pour désigner le candidat en 2017 ?

Le Parti socialiste n’est pas un prestataire de service chargé d’organiser les primaires. Le réduire à ça est un peu méprisant. En 2016 ce n’est pas du casting dont nous aurons à nous occuper, il viendra, je compte bien que les socialistes s’emparent de l’élection présidentielle pour dire comment ils voient le prochain quinquennat. Nous le ferons si possible avec nos partenaires.