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22 Juin

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Jean-Christophe Cambadélis a dialogué aujourd’hui avec les lecteurs du Monde lors d’un chat. Retrouvez l’integralité de l’échange ci-dessous ou sur le site du quotidien:

Jean-Christophe Cambadélis se place pour succéder à Martine Aubry

Amélie P : Quels sont les éléments qui vous ont décidé à rejoindre Martine Aubry ? La promesse d’un sous-secrétariat d’Etat ?

Jean-Christophe Cambadélis : J’ai déjà dit, à l’époque où Dominique Strauss-Kahn était possiblement candidat, que je ne serais pas ministre. Martine Aubry ou Dominique Strauss-Kahn, Dominique Strauss-Kahn ou Martine Aubry, cela a toujours été ma position. A partir du moment où l’un des deux n’était pas candidat, l’autre allait de soi.

Je crois que Martine Aubry, par le travail qu’elle a effectué, tant à Lille qu’au Parti socialiste, voire au gouvernement de Lionel Jospin, est une personnalité de gauche capable de rassembler, d’innover, voire de bousculer une France qui en a bien besoin.

Fox : Si vous ne souhaitez pas être ministre, que ferez-vous en 2012 en cas de victoire de la gauche ?

Jean-Christophe Cambadélis : J’ai indiqué il y a de cela un an que je me sentais plus utile au Parti socialiste que dans un des ministères de la gauche. Je crois nécessaire que le parti majoritaire soit animé convenablement, qu’il joue son rôle de vigie, d’impulsion, de combat politique. Je crois que tout en soutenant la politique du président ou de la présidente de la République, il doit être en capacité de renouveler les idées politiques et de mener le combat contre ceux qui s’opposeront à la marche du changement.

Donc c’est pour moi un rôle essentiel, et je vais vous faire une confidence : je crois qu’après le premier ministre, en cas de victoire de la gauche, ce sera une responsabilité de premier plan.

Louis : Quelles sont les qualités pour être un bon premier secrétaire du PS ?

Jean-Christophe Cambadélis : La patience, la conviction, l’écoute, et la capacité à rassembler. Il faut aussi, je crois, avoir une bonne capacité d’analyse politique d’anticipation. Toutes qualités que je crois modestement avoir.

DSK : Vous dites : « Je crois qu’après le premier ministre, en cas de victoire de la gauche, ce sera une responsabilité de premier plan. » Vous estimez donc que la politique du gouvernement sera conduite par et pour le parti et les militants de gauche ?

Jean-Christophe Cambadélis: Comme toujours sous la Ve République, le président doit rassembler au-delà de son propre camp. C’est la clé de voûte de nos institutions. On peut le regretter, mais c’est ainsi. Nous ne sommes pas sous un régime parlementaire mais présidentiel. Il n’en reste pas moins qu’il y aura une majorité parlementaire, tout du moins je le souhaite. Et dans celle-ci, le Parti socialiste aura un rôle non négligeable, il devra défendre le programme qui est le sien.

Donc si le président de la République ne peut se réduire au programme des socialistes, les socialistes ne peuvent pas abdiquer leur programme, même sous une présidence d’origine socialiste.

Guest : Un échec du Parti socialiste à la présidentielle de 2012 le fera-t-il éclater ?

Jean-Christophe Cambadélis : Vous comprendrez que c’est une perspective que je ne souhaite pas. Mais je ne crois pas à l’éclatement. Il y aura des départs, des querelles, de la contestation, de la colère, de l’amertume, tout ce que vous voulez, mais pas d’explosion. Parce que le Parti socialiste est très implanté dans les collectivités locales, conseils généraux, régionaux, municipalités. Ce sont les cerceaux qui tiennent le tonneau socialiste, si vous me permettez l’expression.

Et eux, ils tiendront, ne serait-ce que pour continuer à diriger lesdites collectivités locales. Par contre, je crois que, lentement, sûrement, comme nous pouvons le voir en Allemagne en ce moment avec les Verts, vis-à-vis du SPD, comme nous l’avons vu avant-hier entre le Parti radical et la force montante socialiste, un processus de substitution se mettra en place, une nouvelle gauche, moderne, écologique, frondeuse, audacieuse, viendra petit à petit se substituer dans les collectivités locales au Parti socialiste. Cela peut durer un moment, mais le danger sera là.

DSK : Vous dites que « se mettra en place, une nouvelle gauche, moderne » : le PS manque de modernité selon vous ?

Jean-Christophe Cambadélis : Sur un certain nombre d’aspects, oui. Le Parti socialiste s’est beaucoup modernisé, mais il est en retard sur la société dans le domaine d’un autre modèle de consommation, d’une autre manière d’être, plus frugale, plus écologique. N’oublions pas que le Parti socialiste est fils du productivisme, de la société industrielle, et il a encore du mal à s’adapter au monde tel qu’il est en train de muter.

Arno K : Pourquoi les strauss-kahniens ne sont-ils pas parvenus à donner d’une seule voix leur soutien à l’un des candidats socialistes ?

Jean-Christophe Cambadélis : Les strauss-kahniens sont pluriels depuis le congrès de Reims, qui a vu certains d’entre eux choisir Bertrand Delanoë et sa motion dans le congrès, et d’autres Martine Aubry. Ils s’étaient à nouveau rapprochés dans la perspective de la candidature de Dominique Strauss-Kahn, et il faut bien dire que son éviction les a pris de court.

Certains réfléchissent, d’autres s’engagent, comme moi, auprès de Martine Aubry, mais tous veulent continuer à défendre ce qui faisait le succès de Dominique Strauss-Kahn, c’est-à-dire son réformisme moderne.

Romaindu26 : Qui a la carrure pour reprendre le flambeau des strauss-kahniens après DSK, Manuel Valls ?

Jean-Christophe Cambadélis : : Je ne pense pas que le strauss-kahnisme, s’il existe, puisse être porté par une des personnalités actuelles du Parti socialiste. Chacun aura à se définir ou à définir ce qu’il estime nécessaire pour la gauche et la France. Chacun peut puiser dans l’arsenal idéologique et politique de Dominique Strauss-Kahn. Mais malheureusement, ce dernier, parce qu’il n’a pas gagné l’élection présidentielle, n’aura pu fonder un courant politique à l’aune d’un François Mitterrand.

Il reste que dans son entourage il y a des personnalités de valeur qui toutes joueront un rôle dans les années à venir : Manuel Valls, Pierre Moscovici, Marisol Touraine, Sandrine Mazetier, Jean-Marie Le Guen, Vincent Peillon. Pourquoi pas moi-même ?

Guest : Pourquoi vous allier avec Martine Aubry et Laurent Fabius, qui représentent l’inverse de ce que voulait défendre DSK – l’audace, l’avenir, la démolition des dogmes… – Quelqu’un comme Hollande ou Royal ne serait pas plus en phase avec votre courant ?

Jean-Christophe Cambadélis : François Hollande était à ce point en phase avec Dominique Strauss-Kahn qu’il se proposait de l’affronter jusqu’au bout, lors des primaires du Parti socialiste, indiquant que lui, contrairement à DSK, n’avait pas de problème avec la gauche. Sous-entendu, à l’époque : la gauche du Parti socialiste et celle de Jean-Luc Mélenchon. Martine Aubry était à ce point éloignée de Dominique Strauss-Kahn qu’elle se proposait de le soutenir dès le premier tour des primaires.

J’ajoute que le programme du Parti socialiste, qui avait été jugé strauss-kahno compatible, s’est construit sous la houlette de Martine Aubry et a été voté à l’unanimité. Enfin, permettez-moi un petit mot : il m’aurait semblé particulièrement déloyal de dire à Martine Aubry : « Choisissons celui qui est le mieux placé. », c’est-à-dire, à l’époque, Dominique Strauss-Kahn, et aujourd’hui qu’il est empêché, lui dire : « Ecoute, cela ne valait que pour Dominique Strauss-Kahn. »

Ce n’est pas ma conception de la loyauté en politique. Donc ni dans le fond ni dans la forme je me devais de faire un autre choix.

DSK : Vous vous êtes prononcé en faveur d’une candidature de Martine Aubry. Qui ferait un bon premier ministre selon vous ?

Jean-Christophe Cambadélis : Vous allez vite en besogne. Elle ne s’est pas encore déclarée, elle n’a pas encore été désignée, elle n’a pas gagné, et vous me demandez qui serait son premier ministre. Eh bien je n’en sais rien à cette étape. Je crois que si nous l’emportons, il se révélera dans la campagne par ses qualités, ou elle se révélera dans la campagne par sa combativité.

AFFRONTER LA DÉMONDIALISATION

Ro : Peut-on envisager un retour à la politique française de DSK dans l’hypothèse où il serait acquitté en janvier 2012 ?

Jean-Christophe Cambadélis : Evidemment, on peut souhaiter que Dominique Strauss-Kahn soit blanchi des accusations épouvantables portées contre lui. Si c’était le cas, à l’évidence, sa parole aurait de l’importance dans la campagne électorale.

Mais je me demande si on aura le temps de voir ce souhait réalisé. Enfin, il semble difficile de penser qu’après ce qui vient d’arriver, ce dernier ait envie de se relancer dans la campagne présidentielle. Donc une parole forte, oui ; une candidature, certainement pas.

Mohand : Quelle est la position de Dominique Strauss-Kahn actuellement. Soutient-il un candidat ?

Jean-Christophe Cambadélis : Vous n’êtes pas sans savoir que Dominique Strauss-Kahn est plus occupé à organiser sa défense qu’à participer au débat interne du Parti socialiste. Il serait quand même malvenu, après avoir défrayé la chronique de la planète, qu’il vienne là dire aux socialistes, en les tirant par la manche : « Au fait, il faut voter pour tel ou tel. »

Vidocq : Christine Lagarde va probablement succéder à DSK à la tête du FMI. N’est-ce pas symptomatique d’un clivage droite/gauche de moins en moins marqué, du moins sur le plan économique ?

Jean-Christophe Cambadélis: Pas tout à fait. Si vous voulez dire que la gauche et la droite placent leur action dans l’économie de marché sans s’en extraire, c’est évident. Mais les uns sont régulateurs, et les autres pour le laisser-faire. On peut être directeur du FMI comme Dominique Strauss-Kahn et imposer un nouveau cours à l’institution, rompant avec le consensus de Washington, c’est-à-dire les thérapies de choc libérales ; et l’on peut être directeur ou directrice du FMI et tenter d’appliquer au monde ce que l’on préconisait pour la France.

Voilà deux directeurs qui président aux destinées de la même institution, mais ne font pas la même politique.

Tetsuya : De partout on entend parler de « démondialisation » et de sortie de l’euro. En tant que secrétaire national du PS chargé de l’Europe et des relations internationales, quelles sont vos positions là-dessus ?

Jean-Christophe Cambadélis : On peut partager l’idée d’une démondialisation, par exemple dans le domaine de l’agriculture. Importer des gigots d’agneau de Nouvelle-Zélande ne semble pas tout à fait opérationnel quand nous en produisons nous-mêmes de très bonne qualité. Mais je suis gêné par ce terme, il donne l’impression que nous voulons nous retirer du monde, qu’il y aurait une ligne Maginot, frontière économique, qui nous permettrait de consommer, de vivre en vase clos en France.

Il ne faut pas se dérober à la mondialisation, il faut l’affronter. Je suis favorable à la révolution silencieuse, celle de la norme. Je suis favorable à une domestication écologique et sociale de l’économie de marché. C’est l’exemple que nos prédécesseurs ont donné. Au début du capitalisme sauvage, qui détruisait des vies, des enfants, ils remettaient en cause le mode de production précédent qui bouleversait les campagnes, et il a fallu un combat acharné pour le rendre moins dur, obtenir des acquis, introduire le social dans la production. Eh bien c’est un peu ce travail qui recommence.

J’ajoute qu’il faut un espace efficace ou efficient pour mener cette bataille de la norme. Et cet espace, c’est l’Europe. Regardez comment le débat avance. Il y a quelques années, on regardait les socialistes français comme des hurluberlus parce qu’ils étaient pour la taxation des mouvements de capitaux, pour une gouvernance économique, ou pour le juste échange, c’est-à-dire introduire des normes de réciprocité dans les échanges.

Eh bien aujourd’hui, c’est le programme du Parti socialiste européen. Hier, Sigmar Gabriel, le leader du SPD allemand, est venu au côté de Martine Aubry dire qu’il partageait cette vision et ce combat.

Voilà le vrai chemin dans la mondialisation.

Randy : Que doit faire le Parti socialiste pour contrer la montée des populismes en France et en Europe ?

Jean-Christophe Cambadélis: Commençons par la France. Il faut réenchanter la politique, montrer et démontrer, voire proposer, un autre chemin que les chemins battus et rebattus par la droite depuis dix-sept ans. Ce que l’on appelle une « alternative » à la droite.

Plus nous serons dans l’innovation, la rupture, l’audace, plus l’espoir sera au rendez-vous. Et le meilleur moyen de réduire le populisme, c’est de construire l’espoir. En un mot, plus vous avez de votants, moins le national-populisme pèse. Je crois que la victoire de la gauche en France peut constituer un déclic en Europe. Vous aurez les élections l’année suivante en Allemagne, vraisemblablement en Angleterre, surtout en Italie et dans l’Europe du Nord. Nous pouvons avoir à nouveau un moment social démocrate, mais une social-démocratie de type nouveau qui a tiré le bilan de son échec à accompagner le système libéral et qui pense et porte un nouveau modèle de développement.

Annie K : On vous qualifie depuis des années, sans que vous démentiez, comme le premier lieutenant de DSK. Pouvez-vous encore affirmer que jamais vous n’avez constaté que l’ancien patron du FMI avait une attitude condamnable vis-à-vis des femmes ?

Jean-Christophe Cambadélis : Je peux le constater, je peux vous l’affirmer, je n’ai jamais remarqué d’attitude condamnable, comme vous dites, en ma présence, auprès des femmes.

L.O. : Que pensez-vous du supposé revirement de position de François Hollande vis-à-vis de Tristane Banon, qui dit avoir reçu son soutien pendant la période qui a suivi l’affaire alors qu’il nie aujourd’hui avoir été au courant des faits ?

Jean-Christophe Cambadélis : Je ne connais rien de cette affaire, encore moins des relations de François Hollande et de Mme Banon, et je me garderai bien de tout commentaire en ce domaine.

Nadine M : Ne pensez-vous pas que la révélation de l’affaire Tron a permis au PS d’échapper au pire concernant son image auprès des Français puisque finalement chaque camp à ses cas pathologiques…

Jean-Christophe Cambadélis : Vous faites peu de cas de la présomption d’innocence, pour l’un comme pour l’autre. Une révélation vaut pour vous condamnation. Je ne crois pas que les Français l’aient vu de cette façon. J’en veux pour preuve l’extrême popularité, pour l’instant jamais démentie, du Parti socialiste et de ses candidats à la présidentielle qui – pour les principaux d’entre eux – battent à plate couture le président sortant.

Hélène B : Jacques Mahéas a été condamné pour harcèlement sexuel, en appel et en cassation, depuis plus d’un an. Le PS a envisagé de statuer sur son cas après la publicité de l’affaire DSK… N’est-ce pas tard ? le PS ne doit-il pas exclure Jacques Mahéas ?

Jean-Christophe Cambadélis : Le PS avait été saisi dans le cadre de sa commission des conflits, avant ce que vous appelez l’affaire DSK, et celle-ci devait statuer le 8 juillet. C’est toujours le cas. Il y a des procédures internes au Parti socialiste. Il faut simplement les respecter comme on doit respecter les procédures judiciaires.

NICOLAS SARKOZY EST DANS UN « CORNER »

Henry : Entre Bayrou, Borloo, Villepin ou encore Hulot, le centre ne risque-t-il pas d’être embouteillé en 2012 ? Le PS n’aurait-il pas à gagner à désigner un candidat vraiment ancré à gauche, et non un social-libéral comme l’était DSK ?

Jean-Christophe Cambadélis : La question ne se pose plus tout à fait. Mais je crois que Dominique Strauss-Kahn, tout en étant de gauche, attirait à lui des franges non négligeables du centre, comme Mitterrand avait pu le faire en 1988.

Mais aujourd’hui, nous n’avons pas de candidat comme Dominique Strauss-Kahn, capable de dominer le centre. Donc notre intérêt, c’est d’avoir un candidat ou une candidate qui « sécurise notre couloir » de socialistes, démocrates et écologistes. Car mon avis est que tout se jouera au premier tour. Si vous allez au centre et que vous perdez à gauche, dans une situation où vous ne dominez pas le centre, vous perdez de tous les côtés. Et vous pouvez vous retrouver derrière Marine Le Pen, et donc être éliminés au premier tour. Tout cela fait un peu cuisine ou tactique électorale, mais au-delà de la réponse aux problèmes des Français, le positionnement d’une campagne a son importance.

DSK : Pensez-vous que l’UMP joue la carte de la séduction de l’électorat frontiste ou drague-t-il le centre de Borloo et Bayrou ? Comment lisez-vous la stratégie de Nicolas Sarkozy ?

Jean-Christophe Cambadélis : La stratégie de Nicolas Sarkozy est la balkanisation du centre et l’OPA amicale sur le Front national. Il pense qu’il sera au deuxième tour et qu’il lui restera à ramener à lui les deux composantes d’une majorité. C’est plus facile à dire qu’à faire. Car la grande faiblesse de cette stratégie, c’est qu’elle s’est accompagnée d’une droitisation et d’une opposition frontale des Français à cette droitisation.

Nicolas Sarkozy est dans un « corner », il a pensé au deuxième tour faire venir à lui l’électorat frontiste avant le premier, avoir une surface suffisante entre l’électorat de l’UMP et l’électorat du centre.

Donc au-delà de son échec, qui sera patent lors de l’élection présidentielle, il devra tout à la fois séduire une partie de la droite qui ne supporte pas le national-populisme de Marine Le Pen et une partie de l’extrême droite qui vomit littéralement le centrisme européiste d’un Borloo ou d’un Bayrou. Rude tâche…

Bernard : En cas de victoire du parti socialiste, un gouvernement pluriel avec Europe Ecologie est-il envisageable ?

Jean-Christophe Cambadélis : Tout à fait. Je crois qu’il est nécessaire que l’ensemble des gauches et des écologistes se retrouvent au pouvoir pour changer vraiment la France. Ne nous trompons pas : la droite, qui occupe la présidence de la France depuis dix-sept ans, va nous laisser une situation épouvantable dans le domaine de la dette, de la crise industrielle, du retard social et économique, voire de l’avancée européenne.

Il faudra être unis et soudés si nous voulons passer toutes ces difficultés. Sinon, les querelles reprendront, les gens se décourageront, et nous serons sanctionnés avant d’avoir pu agir.

Chat modéré par Eric Nunès

26 Avr

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Interview publiée dans Libération

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Jean-Christophe Cambadélis a répondu aux questions du journal Libération publié le mardi 26 février:

«Nicolas Sarkozy vient d’entrer en campagne sur la ligne du FN»

Par CHRISTOPHE FORCARI

Secrétaire national du PS à l’Europe et aux relations internationales, Jean-Christophe Cambadélis dénonce le débat lancé par le chef de l’Etat sur une possible suspension des accords de Schengen. Une polémique qui s’inscrit dans la stratégie électorale du chef de l’Etat, selon le député socialiste de Paris, de braconnage sur les terres du FN.

Faut-il procéder aujourd’hui à «un contrôle technique» des accords de Schengen comme le souhaite le gouvernement après avoir demandé leurs suspensions ?

Nicolas Sarkozy vient d’entrer en campagne électorale sur la ligne du Front national, c’est-à-dire immigration, insécurité, identité nationale. Pendant un an, il y aura donc une provocation de tous les jours. Sur ce sujet des accords de Schengen comme sur d’autres. Le problème qui est posé aujourd’hui porte moins sur Schengen que sur la possibilité d’un accord à dimension européenne mettant en œuvre un véritable plan Marshall pour le Maghreb.

La coopération internationale peut-elle permettre, selon vous, de réduire les flux d’immigrés en provenance des pays arabes ?

Je crois qu’on ne peut pas bombarder la Libye et ensuite s’étonner que les gens fuient. On ne peut pas refuser de soutenir financièrement le Maghreb et s’étonner des flux migratoires. Un plan d’urgence aujourd’hui, s’il devait voir le jour, est assez simple. Il doit s’articuler autour de trois points. Premièrement, comme je l’ai déjà dit, un plan Marshall d’intervention pour cette région du monde. Deuxièmement, la mise en place d’un statut provisoire pour les migrants. Et enfin, dernier point, un plan d’urgence pour les camps en Tunisie et en Egypte. L’Europe a déjà absorbé, sans problème, plus de 100 000 migrants à la chute du mur de Berlin. Elle ne peut pas aujourd’hui se dire incapable d’assumer seulement 20 000 migrants venus du Maghreb.

Ce débat sur les accords de Schengen et la libre circulation des personnes en Europe a-t-il juste été lancé, selon vous, pour couper l’herbe sous le pied du FN et de sa présidente, Marine Le Pen ?

En tout cas, il s’inscrit dans le début de la campagne électorale nationale pour la présidence de la République. Nicolas Sarkozy a en tête la constitution d’un bloc des droites avec une proximité des thèmes et une convergence idéologique pour gagner cette élection. Donc il utilisera tous les événements quels qu’ils soient, à partir du moment où il a déclaré devant les parlementaires qu’il serait candidat. C’était le début de sa campagne et il subordonnera tous les faits de l’actualité à cette stratégie.

Etes-vous d’accord avec ceux qui, au sein même du PS, comme Manuel Valls, n’excluent pas la possibilité de suspendre ces accords dans certaines circonstances bien précises ?

Manuel Valls a pris soin de préciser également qu’aujourd’hui, suspendre ces accords constituerait une réponse disproportionnée aux problèmes de l’arrivée des migrants en provenance de Tunisie. Que l’on s’interroge sur la meilleure manière possible de répondre à des flux migratoires temporaires et extraordinaires me semble digne d’un homme d’Etat. Mais que l’on utilise ces événements à des fins électorales me paraît à la fois totalement à côté de la plaque et «agitatoire», plutôt que de permettre d’apporter une réponse viable aux véritables raisons de ce problème.

23 Mar

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Maroc: déclaration commune PS-USFP

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Jean-Christophe Cambadélis, Secrétaire national à l’Europe et aux relations internationales du Parti socialiste et Larbi Ajjoul, Secrétaire national aux relations internationales de l’Union socialiste des forces de progrès (USFP) du Maroc, se sont rencontrés ce lundi 21 mars à Paris.

Ils ont abordé la situation au Maroc, dans le Maghreb et dans d’autres pays arabes et exprimé leur soutien et leur solidarité avec les peuples arabes en lutte.

Les deux partis rendent hommage au peuple marocain qui a manifesté hier massivement dans le calme dans les différentes villes du pays pour les réformes et le changement.

22 Fév

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Centrafrique: des principes démocratiques à géométrie variable ?

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Communiqué de Jean-Christophe Cambadélis, Secrétaire national à l’Europe et aux relations internationales

Le Parti socialiste (PS) est préoccupé par la situation politique centrafricaine, après la proclamation le 12 février des résultats de l’élection présidentielle et du premier tour des élections législatives du 23 janvier 2011.

Les principales forces d’opposition centrafricaines, regroupées au sein du Collectif des forces du changement (CFC), n’ont eu d’autre choix que d’appeler au boycott du second tour des élections législatives, prévu le 20 mars 2011.

Le PS s’étonne du soutien manifeste des Autorités françaises à ces résultats, le Quai d’Orsay « prenant note » de la réélection du président sortant dès le 1er tour, en dépit des nombreuses irrégularités dénoncées par les observateurs indépendants – notamment européens – et dénoncées par les principales forces d’opposition : bureaux de votes fictifs, listes électorales truquées, électeurs porteurs de plusieurs cartes.

Les principes démocratiques ne sont pas à géométrie variable. Il ne saurait y avoir deux poids et deux mesures, en Afrique comme ailleurs. Partout, la France doit défendre le droit, la démocratie et la justice. Le népotisme du régime Bozizé est particulièrement caricatural. Outre lui-même, le président en place a fait élire plusieurs députés dès le premier tour : son épouse, deux de ses fils, sa sœur, son neveu, son cousin ainsi que de nombreux autres proches.

Le Parti socialiste entend construire une relation nouvelle, fraternelle et égale avec les États et les peuples d’Afrique. Il apporte son soutien résolu aux forces politiques centrafricaines exigeant un examen impartial des irrégularités commises le 23 janvier, et spécialement au courageux Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC) de Martin Ziguélé.

26 Jan

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Pour le PS, « c’est aux Egyptiens de dire si Moubarak doit partir »

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Après avoir déclenché une polémique sur la Tunisie, Michèle Alliot-Marie s’est montrée plus prudente, mercredi 26 janvier concernant la situation en Egypte : « Je ne peux que déplorer qu’il y ait des morts », a déclaré la ministre des affaires étrangères sur RTL.

Alors qu’elle avait proposé de faire profiter la Tunisie du savoir-faire français en matière de maintien de l’ordre, elle a affiché cette fois-ci une position plus équilibrée. Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national du PS, chargé des relations internationales, se félicite de ce changement de ton, tout en insistant sur les progrès à faire.

Michèle Alliot-Marie a-t-elle eu sur l’Egypte la bonne attitude ?

En tout cas, l’attitude de Michèle Alliot-Marie montre qu’une autre attitude était possible sur la Tunisie. Pour le reste, la révolution tunisienne ferme un cycle ouvert avec la révolution iranienne et ouvre un nouveau cycle dans le monde arabe : celui des aspirations à la démocratie, dans lequel on n’est pas obligé d’utiliser des mouvements religieux pour tenter d’obtenir plus de liberté.

C’est pour cela que le monde occidental doit être attentif à ce qui se passe en Egypte, mais aussi en Jordanie, au Liban… Ce qui est marquant, pour l’instant, c’est que c’est un processus laïc et citoyen qui est à l’œuvre.

Alliot-Marie a appelé à plus de démocratie tout en refusant de faire de « l’ingérence » : iriez-vous plus loin ?

Pas forcément. Le ton de la France sur l’Egypte est plus juste que celui employé sur la Tunisie. On s’est un peu grillés aux yeux de la rue arabe avec ce qu’on a fait… Et il reste des questions sur l’attitude de la France par rapport à la Tunisie, comme l’ont rappelé hier les députés socialistes Gaëtan Gorce et Bruno Le Roux : ils ont demandé à François Fillon des éclaircissements sur l’avion affrété de France vers la Tunisie avec à son bord du matériel de maintien de l’ordre.

Il y avait une tolérance de la France envers Ben Ali, pour ne pas dire un soutien, il ne faut pas désormais rester sans voix.

Diriez-vous que Moubarak doit partir ?

Ce n’est pas à nous de le dire, mais aux Egyptiens. Nous pouvons dire : « Il faut plus de démocratie, il faut respecter son peuple… » A l’évidence, il y a une désespérance dans certains pays, pour reprendre un terme utilisé récemment, après coup, par Nicolas Sarkozy.

La montée de l’islamisme a souvent été citée comme mauvais prétexte à un soutien du régime de Ben Ali : est-ce différent en Egypte ?

Là encore, on ne voit pas en Egypte, pas plus qu’en Tunisie, de présence massive des mouvements islamistes radicaux dans les manifestations. On pourrait dire que Twitter a pris la place des prêches.

Le potentiel révolutionnaire des manifestations en Egypte n’est-il pas amplifié par les médias et les politiques, en compensation de leur myopie sur la Tunisie ?

Tout à fait. Il ne faut pas passer d’une posture à l’autre. Il y a une résonance qui s’exprime par rapport à la Tunisie, mais de là à voir un embrasement de toute la région, il y a un pas que je ne franchirai pas. Pourtant, la revendication politique pour plus de démocratie est là. Elle s’était d’ailleurs exprimée en Iran, avant d’être réprimée.

Si vous étiez au pouvoir, que feriez-vous : de simples communiqués appelant à plus de démocratie ?

En tant qu’Etat français, nos liens avec Moubarak sont assez forts pour pouvoir parler. Pour plaider en faveur d’élections libres, pour dire que la répression n’est pas la solution. Ce n’est pas du ressort d’un Etat d’appeler à la démission du chef d’un autre Etat, mais on peut indiquer le bon chemin à suivre.

Propos recueillis par Alexandre Piquard

18 Jan

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La guerre pacifique

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Le sommet Hu Jintao – Barack Obama marque un peu plus le tournant dans les relations internationales. Le binôme sino-américain vient de se substituer à l’hyper puissance américaine qui, elle même, était la conséquence de l’effondrement soviétique, suite à la guerre froide entre l’Union soviétique et les Etats-Unis. Rarement un processus de décomposition – substitution n’aura été aussi vite. La conséquence principale réside dans le fait que la croissance est à l’Est et la puissance aussi. Les Etats-Unis regardent vers le pacifique et la Chine est plus que jamais au « milieu ».

Evidemment l’hyper-épargne de l’un finance l’hyper consommation de l’autre. Mais ce n’est pas l’essentiel. Les Etats-Unis tentent d’impliquer la Chine, avec le double objectif de partager le fardeau du monde et de peser sur la contradiction entre le régime politique et le développement économique, certains, comme l’a expliqué Brejinski dans le grand échiquier que supporter une part du poids du monde à l’extérieur, tout en étendant le marché à l’intérieur, minera le régime politique et à terme sa puissance. Les USA, avec Ronald Reagan, avait utilisé la guerre des étoiles pour mettre l’Union soviétique dans le rouge, si l’on peut dire, et s’effondrer. Là il s’agit de la guerre de l’étoile. Celle de la suprématie du monde, en jouant sur le nationalisme chinois. Ces derniers font un tout autre pari, celui de la puissance asymétrique. Ils utilisent la crise d’hégémonie du monde occidental et de son moteur américain pour conquérir la zone asiatique où le Japon s’essouffle. Il s’agit d’abord de faire de l’Asie le coeur de la nouvelle puissance dont la Chine est le moteur. Dans le même temps les Chinois se substituent sans s’impliquer. En Europe, en Afrique, ils laissent l’Empire mercenaire du monde occidental utiliser son hyperpuissance militaire, certains que le financement de celle-ci entrave la réorganisation des Etats-Unis. La Chine tire les leçons des déclins des empires où la puissance militaire est insupportable. (P. Keagan) Et la Chine se concentre exclusivement sur la puissance commerciale, rachetant des parts de marché là où les pays du Golf ont dilapidé leur capacité à le faire. La Chine adepte de Sun Tzu utilise la force de l’adversaire pour miner sa puissance, alors que les Etats-Unis, adeptes de Clausewitz, utilisent le monopole de la force pour contraindre l’adversaire à combattre sur un terrain qu’il ne peut supporter. Nous sommes dans une guerre du pacifique et pacifique où se joue l’hégémonie du monde. Quand à l’Europe ? En attendant son stratège, elle laisse passer l’Histoire.

08 Oct

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« Sarkozy réduit la parole de la France à une « speed diplomatie »

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Jean-Christophe Cambadélis répond aux questions de Renaud Czarnes dans Les Echos.

Les socialistes poursuivent l’élaboration de leur programme pour 2012. Ils organisent ce week-end à la Défense une convention sur les questions internationales. Le texte a été préparé par Laurent Fabius et le secrétaire national à l’Europe et aux relations internationales, Jean-Christophe Cambadélis.

Le document est très général et délibérément consensuel, qui se garde bien de ranimer les divisions internes, notamment sur l’Union européenne. Les militants l’ont d’ores et déjà approuvé à 87,4 %. Pour les dirigeants socialistes, il s’agit avant tout de dénoncer les « volte-face » de Nicolas Sarkozy sur la scène internationale et de réinscrire la France dans le concert des Nations. Jean-Christophe Cambadélis s’en explique.

Quel est l’enjeu de votre sur l’international ?

Doter le Parti socialiste d’une nouvelle vision du monde et proposer à la France un chemin praticable en Europe et dans le monde qui ne soit ni ce que fait Nicolas Sarkozy ni ce que fit la gauche. D’abord, parce que nous assistons à une nouvelle donne mondiale, la fin de l’occidentalisation du monde, suite à une double rupture, la fin de l’empire soviétique et la crise systémique de la financiarisation de l’économie débouchant sur une planète multipolaire mais mal régulée, plus intégrée mais plus fracturée. Bref, à la recherche d’un nouvel équilibre. Ensuite, parce que l’hyperprésidence de Sarkozy a réduit la parole de la France à une « speed diplomatie ». Un jour avec Bush, le lendemain contre Obama, la Chine, l’Afrique ou l’Allemagne, partout avec la même inconsistance, faute de temps, de vision et de constance.

Est-ce un contre-projet de politique étrangère ?

Oui, Martine Aubry conduit le renouveau socialiste dans tous les domaines. Face à une diplomatie française où Nicolas Sarkozy est partout, mais la France nulle part, il faut bâtir une alternative concrète.

Comment êtes-vous parvenus à un consensus ? Des sujets comme le Moyen-Orient ou le degré de protectionnisme ne sont-ils pas toujours en débat ?

Notre texte est à la fois robuste, clair et consensuel au sein du PS. Cela n’a été possible que parce que tous les socialistes ont préféré enrichir notre position que de cultiver des postures. Sous la présidence de Laurent Fabius, nous avons voulu revisiter les défis de la France dans le nouveau monde et trouver des solutions à la fois justes et praticables. Que ce soit dans le commerce mondial où nous préconisons le juste échange, dans notre volonté de refondre l’axe franco-allemand ou relancer l’Europe. Sans oublier l’Afghanistan, le Moyen-Orient, l’élargissement de l’Europe, le Sud ou la paix.

Ce texte constitue-t-il la base du programme du futur candidat socialiste à la présidentielle ?

Ce document est en effet la « doctrine » de base du PS. Après, le ou la candidat fera « ses gammes », tant il est vrai que, en ce domaine comme dans les autres, il ne s’agira pas d’élire le président de la gauche, mais le président de la France.

08 Sep

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[Parti Socialiste] Le conflit du Haut-Karabakh

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Le Parti socialiste s’inquiète de l’évolution de la situation dans le Haut-Karabakh où les violations du cessez-le-feu sur la ligne de contact entre Arméniens et Azerbaïdjanais ont provoqué, ces deux derniers mois, plus de 10 morts des deux côtés.

Le Parti socialiste, qui suit attentivement l’évolution de ce conflit depuis la chute de l’URSS, rappelle qu’il n’y a pas d’alternative à un règlement politique du problème. À cette fin, il exprime son soutien au Groupe de Minsk, co-présidé par la France, les États-Unis et la Russie, créé par l’OSCE et chargé de rétablir la paix dans la région, pour faire respecter les Principes de Madrid, clé de voûte de la paix régionale fondée sur le droit international : autodétermination des peuples et intégrité territoriale.